29/06/2013

Gauchebdo, Circé, les pourceaux

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Sur le vif - Samedi 29.06.13 - 17.42h

 

A nouveau un remarquable numéro de Gauchebdo (no 26-35, spécial été, 28 juin 2013). Un journal qui respecte ses lecteurs, ne les prend pas pour des demeurés, leur élargit le champ du possible. Pour le seul volet culturel de cette édition, on retiendra, en vrac, une demi-page sur le Festival de Lucerne, d'Ernest Ansermet à Claudio Abbado; un papier sur la réédition de "La Pacification" de Hafid Keramane, sur les heures noires de la guerre d'Algérie; une page complète autour des 125 ans de Gottlieb Duttweiler, le fondateur de la Migros, avec un encadré plutôt sévère sur la mégalomanie de ses épigones. Ou encore, un bel hommage à Jean Ferrat.



Gauchebdo, le journal de quelques militants communistes suisses, enfin disons Parti du Travail et poussières de météorites gravitant autour, qui nous propose, au mètre carré de pagination, la meilleure densité du week-end. Pour nous ouvrir des horizons historiques, philosophiques et artistiques. Non à la manière de Circé, qui transforme en pourceaux les compagnons d'Ulysse. Mais comme des humains fiers de leur plume, habités par l'idée de transmettre au plus grand nombre, à commencer par ceux qui n'ont pas nécessairement un accès facile à la culture. Noble tâche !



Pendant ce temps, la presse orangée de la semaine (pas celle du dimanche, j'en conviens), captive de ce méga-groupe transformé par les Zurichois en machine à fric et rien d'autre, et fabriquée par une armada de collaborateurs en comparaison du modeste et artisanal successeur de la Voix ouvrière, nous produit de la sous-culture sur des sujets frivoles, pétaradants d'insignifiance,  totalement dénués d'intérêt public. Il y a de quoi enrager.

 

Cette disproportion, ce jeu de fange et d'éclairs, d'un côté des fragments d'intelligence, de l'autre le boueux mépris du public, il faudrait n'en point parler ? Se taire ? Laisser au vestiaire sa révolte. A cela, je dis non. Le presse romande mourra de son manque d'ambition et de courage. Il est tout de même assez fou qu'il appartienne à une feuille politique datant de 1944, fruit de la passion d'une poignée de Mohicans, de sauver ce qui reste d'honneur. Ils sont là, roides et fiers, archaîques paraît-il. Les autres, dégoulinant de modernité creuse, ne sont plus qu'en génuflexion. Pour certaines activités, visant à l'extase de l'actionnaire, c'est sans doute plus facile.

 

Pascal Décaillet

 

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26/06/2013

Les ectoplasmes

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - 26.06.13
 
 
Rien de pire que les planétaires, les mondialistes. Formés à HEI, les Hautes études internationales, en anglais ou en espagnol, perfectionnés aux Etats-Unis, frayant et fricotant dans le petit monde international, ces Suisse se permettent, au nom de leur vision céleste, de contempler leur propre pays de haut, du ciel, ou de Sirius, avec la longue-vue des savants. Ils nous regardent, nous, leurs compatriotes, comme un entomologiste contemple un insecte. 


Nous leur serions extérieurs. Cette nation qui est nôtre, nous a pétris, et dont ils sont autant que nous surgis, ils la renient. Il faudrait tout accepter, la Lex Americana, l’adhésion à l’Union européenne, les pressions de Washington et Bruxelles, Paris ou Berlin. Dire oui, parce que ce serait inéluctable. La marche du monde, disent-ils. Ils ne pensent qu’au monde, ne raisonnent que global, et nous les nationaux, accrochés à notre parcelle de terre, serions les archaïques, les dépassés.


Ces déracinés de l’âme n’ont aucune leçon à nous donner. Ils ont voulu sauter l’échelon de la patrie, pour une adhésion directe à la planète ? C’est leur droit. Le nôtre, c’est d’aimer notre pays, ce qui est d’ailleurs le meilleur commencement pour aimer un jour le monde. En étant soi-même. Et non des ectoplasmes.

 

Pascal Décaillet


 

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24/06/2013

Le Temps : tapis rouge pour Rethondes

 

Sur le vif - Lundi 24.06.13 - 10.02h

 

Sous la plume de notre talentueux confrère Alexis Favre, le Temps de ce matin nous explique, au nom du réalisme, les raisons d'abandonner notre souveraineté. Cela rappelle d'autres discours, à d'autres époques: soyons raisonnables, capitulons. Le Temps nous déroule un merveilleux tapis rouge, tellement convenable, tellement doux, pour signer l'armistice, dans le wagon de Rethondes, forêt de Compiègne.



Pour notre part, nous préférons la folie du refus à la raison de l'alignement. C'est de cela, justement, oui de cette résistance, que sont nées les nations. Et nous croyons beaucoup, encore, n'en déplaise aux modes, à l'échelon national comme espace de reconnaissance de valeurs, de liberté démocratique, de mémoire commune, de citoyenneté partagée. Une chose est sûre: l'échelon multinational, ou supranational, n'a pour l'heure rien réussi à prouver dans l'ordre de ces vertus-là, le flagrant déficit démocratique de l'UE étant à lui seul suffisamment éloquent. Tous les partisans, sans exception, de l'excellente matinale spéciale Europe, ce matin, à la RSR, reconnaissaient ce déficit comme le fléau premier.



Nous reviendrons sur ce texte du Temps, ici même, pour en élaborer une sévère critique. Regrettons enfin que l'auteur, quant à la forme, se soit cru obligé de parsemer sa démonstration de citations, ne faisant ainsi pas assez la part entre le papier journalistique classique, qui expose un problème avec les pour et les contre, et le commentaire assumé, où il convient de serrer au plus près la ligne de sa thèse. Cela vient-ils de sa propre prudence, de sa peur du conflit ou de l'Etiquette du Temps, pour ne pas froisser les salons, en matière d'auto-castration?

 

 

Pascal Décaillet

 

 

 

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22/06/2013

La totalité vivante de notre démocratie

 

Sur le vif - Samedi 22.06.13 - 09.53h

 

La Suisse est, au niveau fédéral comme dans les cantons, un régime (ou un ensemble de régimes) exagérément parlementaire. Tous, nous accordons intellectuellement beaucoup trop d'importance aux moindres faits et gestes de nos Assemblées législatives. Elles sont certes fondamentales. Mais la démocratie suisse, unique au monde, est un tissu tellement plus vivant, tellement plus global. Initiatives. Référendums. Possibilité, pour les citoyens, d'influer d'en bas sur le cours des choses. Souveraineté ultime accordée au collège de l'ensemble des citoyens, qu'on appelle "peuple".

 

Les perroquets des Pas perdus



Dans ce système total, les Parlements cantonaux et le Parlement fédéral occupent à coup sûr une place de choix, et il faut être reconnaissant à ceux qui se dévouent pour y siéger. L'immense majorité de nos élus sont habités par le sens de la chose publique. Mais les Parlements, chez nous, ne sont qu'un échelon de la vie démocratique. Nous avons tendance à les surestimer. Regardez le service public audiovisuel: dès qu'une initiative a récolté les signatures, le Mammouth passe plus de temps à se tétaniser sur l'avis des Chambres (en général, pour balayer le texte), qu'à nous présenter... l'initiative elle-même ! Et les accrédités de la molasse bernoise, perroquets des Pas perdus, pérorent à l'envi pour nous dire à quel point il faut refuser ce texte, "excessif", "de toute façon inapplicable", "contraire au droit supérieur". Bref, s'alignent immédiatement, par réflexe, sur le pouvoir en place, lorsque ce dernier est, sur un objet précis, contesté par au moins cent mille de nos concitoyens.



C'est absurde. Parce que justement, si une initiative existe, et a fortiori a recueilli plus de cent mille signatures, c'est qu'elle vient corriger un déficit d'écoute des élus. C'est cela, le génie de notre démocratie, ce mécanisme correctif qui permet au peuple de rétablir sa vision souveraine. Combien de fois une initiative sèchement refusée par le Parlement, et par l'immense majorité de la classe politique, méprisée et jugée comme pendable par 97% de la presse, n'est-elle pas, au final, acceptée par le peuple ?

 

Souffle, sève et vie

 

Notre démocratie directe, c'est la possibilité raisonnée, organisée, constitutionnelle, de "lever la Matze", comme on dit en Valais. C'est un extraordinaire fusible pour exprimer quelque chose de puissant, évidemment de l'ordre d'un mécontentement, surgi des entrailles, non d'en haut. Ca n'est pas de la doxa (l'opinion), encore moins du plêthos (le peuple, juste dans sa masse), mais bel et bien du démos (le peuple électeur), puisque c'est un mécanisme inscrit dans nos lois. L'utiliser, c'est faire vivre la démocratie, et non la déranger, comme voudraient nous le faire croire nos éditorialistes accrochés au pouvoir.

 

Le culot de ces journalistes de pouvoir, lorsqu'ils viennent parler de "mise en danger des institutions", alors qu' au contraire, un texte jailli d'en bas vient leur donner souffle, sève et vie, à ces institutions. Ils confondent juste "institutions" avec "pouvoir en place". Avec lequel il est si confortable de se sentir bien, entre gens convenables.

 

Carte de visite trompeuse


Pendant des années, à Berne, j'avais sur ma carte de visite "correspondant parlementaire". Titre objectivement faux: j'étais correspondant politique, basé au Palais fédéral. Certes, nous avions nos bureaux, à l'époque, à quelques mètres des deux Chambres fédérales, et vivions littéralement sous la Coupole, en symbiose avec les parlementaires et l'administration. Mais enfin, je couvrais aussi le Conseil fédéral, les Offices, les Assemblées de partis, les associations patronales et syndicales, j'allais dans les cantons. Il y avait déjà dans ce titre, "correspondant parlementaire", une exagération métonymique de l'échelon législatif. Elle est significative de notre excessive focalisation, en Suisse, sur un pouvoir qui a certes toute sa place, mais ne représente de loin pas, à lui seul, la totalité vivante de notre démocratie.

 

Pascal Décaillet

 

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21/06/2013

Le téléphone ? Jamais !

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Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 21.06.13


 
Lorsque j’étais petit, nous habitions dans un ancien immeuble, plein de charme, à quelques mètres du lac, et, comme je déteste tout changement, je vis à nouveau, depuis vingt ans, à côté de ce magique lieu d’enfance, miraculeusement retrouvé après mes années bernoises. Quelque part contre un mur, très haut, inaccessible pour moi, il y avait le téléphone. Quand il sonnait, c’était l’événement. Soit la famille, en Valais, qui appelait. Soit un événement sur un chantier, qui mobilisait mon père. Mais cet étrange instrument demeurait, la plupart du temps, totalement muet, et c’était très bien.


 
On sait la place que le téléphone a prise dans nos vies. Tous, nous avons grandi avec. Premiers émois, interminables conversations d’amoureux, on passait son temps au bout du fil, on s’écrivait moins. Je n’ai pourtant, pour ma part, outre ces passionnels épisodes de jeunesse, jamais été un fanatique de cet instrument. Aujourd’hui, bien qu’accroché à mon portable, je déteste y entretenir des conversations téléphoniques. Des SMS, des mails, oui, par milliers, rigoureusement gérés, en petit entrepreneur qui fait (presque) tout, tout seul. Mais raconter sa vie à un importun au bout du fil, pas envie. A mon propre téléphone, je ne réponds qu’à ma famille proche, quelques rares amis, ou alors des personnes que je sais suffisamment âgées pour n’avoir d'alternative. Pour les autres, pas de pitié.


 
Sans parler du come-box. Les messageries vocales, voilà, ami lecteur, la pire invention depuis les orgues de Staline ! Une absolue catastrophe. A part quelques hommes et femmes de radio, ayant appris à libeller un message nickel, moutardé, ficelé, dense, concis, avec info en tête, en dix ou quinze secondes, l’immense majorité des gens vous racontent leur vie, perdent le fil, ne savent plus eux-mêmes pourquoi ils vous ont appelé, vous bouffent trois minutes, pour au final ne rien vous dire du tout. J’en ai envie parfois, de rage, d’avaler mon portable, retourner à l’arsenal récupérer l’arme d’ordonnance que j’avais eu la faiblesse de rendre à 42 ans, rétablir la peine de mort, réclamer des têtes, monter des échafauds.


 
Le téléphone a cru, un moment, qu’il allait remplacer le message écrit, oui le bon vieux pneumatique de l’Affaire Dreyfus, le Petit Bleu. C’était sans compter l’évolution des techniques. J’envoie et reçois chaque jour des centaines de SMS et de mails, je peux conclure une invitation TV pour un conseiller d’Etat en quinze secondes, il me dit oui ou non, on fout la paix à sa secrétaire, d’ailleurs qui, aujourd’hui, a encore besoin (je veux dire professionnellement) d’une secrétaire ? Oui, le petit message écrit, bref et complet, a remplacé le temps d’attente des conversations vocales. Cette revanche de l’écrit sur l’oral, qui d’entre nous l’aurait imaginée il y a vingt ans ? Le monde change, et n’a pas fini de nous surprendre.


 
Pascal Décaillet

 

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19/06/2013

Socialisme et PME : pourquoi pas !

 

Commentaire publié dans le GHI - Mercredi 19.06.13

 

Les socialistes s’intéressent au PME ! Ils l’ont fait savoir haut et fort lundi 17 juin, en présence de leur président, Romain de Sainte Marie, et de leurs quatre candidats au Conseil d’Etat. Le signal n’est pas banal : le moins qu’on puisse dire est que le sort des petites et moyennes entreprises n’a pas, jusqu’ici, torréfié de passion le socialisme. Pendant des décennies, on a entretenu la flamme de l’idéologie ouvrière, les grands bassins miniers de Lorraine ou du Nord, le Front populaire ; en Suisse, la Grève générale de 1918, la lente conquête des acquis sociaux. Bref, une magnifique mythologie, mais toujours grégaire, toujours avec une masse de monde, dans les rues si possible, comme chez Zola.

 

La PME, ou même la TPE (Toute Petite Entreprise), c’est un autre monde, un autre état d’esprit. Tout part de l’entrepreneur. Un homme ou une femme tout seul, au début, qui un jour se lance à l’eau, ose assumer le risque économique, acquiert des locaux, investit dans du matériel, engage des collaborateurs. J’en parle en connaissance de cause : j’ai exactement entamé, il y a sept ans, ce chemin-là. Dire qu’il est parsemé d’embûches relève de l’euphémisme : tout, autour de vous, concourt à ce que vous vous plantiez. Assurances sociales, fiscalité, TVA, paperasseries, comptabilité, toutes choses que vous faites en plus de l’activité naturelle de votre boîte.

 

Les socialistes, aussi éclairés soient-ils, peuvent-ils vraiment comprendre ce monde-là ? On peut en douter. En même temps, il est stimulant, pour un petit entrepreneur, de voir que d’autres partis que ceux de droite commencent à s’intéresser à son univers, et franchement la démarche socialiste est la bienvenue. Les patrons de PME sont loin d’être tous des rupins qui roulent sur l’or, beaucoup d’entre eux ont une vision et une ambition sociales, et c’est pour cela qu’ils se battent pour l’emploi. Nombre d’entre eux sont farouchement indépendants dans leur prise de décision professionnelle, mais, comme citoyens, reconnaissent la nécessité d’un Etat fort, redistributeur, et pourquoi pas fraternel. En clair, on peut être patron de PME sans nécessairement être tétanisé par le dogme libéral. Cela, les socialistes l’ont compris. Reste à trouver un langage commun entre le leur et celui des petits patrons. L’enjeu est passionnant. Peut-être l’une des clefs de la législature 2013-2018.

 

Pascal Décaillet

 

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18/06/2013

Barack et les agneaux

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Sur le vif - Mardi 18.06.13 - 08.38h

 

Depuis la campagne de l'automne 2008, je dénonce ici même l'effet icône d'Obama en Europe. Depuis la campagne de 2008, j'annonce qu'il sera un Président comme les autres, ni meilleur ni pire, étant simplement chargé de la continuité de la défense des intérêts supérieurs des États-Unis d'Amérique. C'est exactement son rôle, exactement pour cela qu'il a été élu.



Il doit faire la guerre, maintenir la pression, obtenir, avec les techniques les plus modernes, les meilleurs moyens de renseignements sur la planète entière. Le faisant, il est dans son rôle, qui n'est pas celui d'un saint, mais de leader de la première puissance du monde. Comme un empereur, dans la Rome du premier, du deuxième ou même encore du troisième siècle de notre ère. Il doit tenir le rang. A la moindre faille, il est affaibli.



Ne m'étant jamais fait la moindre illusion sur Obama, qui n'avait fait qu'exploiter pour sa campagne le filon de la morale, n'ayant absolument pas trempé, en 2008, dans cette espèce de naïveté messianique qui voulait voir en lui un sauveur, ayant vivement condamné, ici même, l'attribution de son Prix Nobel en 2009, je ne nourris aujourd'hui aucune déception. Pour être déçu, il faut avoir cru.

 


Relisant mes textes de l'automne 2008, je suis heureux d'être demeuré lucide et froid face à cette tornade de bienpensance. Contre Obama, je n'ai rien, je trouve même qu'il assume sa fonction avec hauteur et talent. Mais les belles âmes qui, chez nous, nous annonçaient en 2008 des temps transcendés et post-modernes, sous le seul prétexte qu'il était beau et parlait bien, oui ces mêmes âmes qui étalent aujourd'hui leur déconvenue, je ne vous dirai pas ce que j'en pense. Vous l'avez compris.

 

Pascal Décaillet

 

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16/06/2013

Verdi, les entrailles de la terre

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Sur le vif - Dimanche 16.06.13 - 10.44h - Au lendemain du magnifique concert de Liederkranz-Concordia au Victoria Hall

 

Nous sommes tous des Risorgimentistes. Tous, nous ancrons nos rêves dans des musiques. Tous, surgis de la terre, notre souffle nous vient des profondeurs, non du ciel. La musique de Verdi, c'est le battement de la vie. D'ici-bas. Juste arrachés aux racines, avant d'y retourner. Musique jaillie des entrailles du sol. Non des anges, mais des hommes et des femmes. Le Lacrimosa, dans le Requiem, n'illusionne ni ne promet. Il ne regarde pas le ciel, mais prend acte de notre condition terrestre. Ou terrienne.

 


Peut-être la grande idée italienne, dans la seconde partie du dix-neuvième siècle, et encore dans la première partie du vingtième, est-elle plus esthétique que politique, plus humaniste que céleste, plus de chair que de concept. Le Risorgimento, c'est la Révolution, oui, mais comme  renaissance, re-jaillissement. De quelle source première ? De quelle énergie ? Les historiens posent la question. La musique de Verdi, par ses intuitions, fait chanter le ventre noir de la terre. Par la magie de ses notes, l'élan de ses souffles, elle nous tente une réponse.



Pascal Décaillet

 

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14/06/2013

Grégoire Carasso et la polyphonie du sens

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Sur le vif - Vendredi 14.06.13 - 10.56h

 

Grégoire Carasso, chef du groupe socialiste au Municipal de la Ville de Genève. Une tête incroyablement bien faite. Un phrasé aux inflexions juste contenues pour ne pas (ou presque) laisser perler le bouillonnement interne de la passion. Une rare qualité de français. Le mot est juste, bien choisi, le ton est sobre et plaisant, l'ellipse s'invite en fin de phrase, l'humour et la litote aussi. Un politicien qui sait parler.



Écrire, aussi. Son rapport de majorité sur Naxoo est simplement remarquable. A la fois "gründlich", dans le meilleur sens germanique, celui qui va puiser le fond des choses, et envoyé dans la forme, avec des moments d'aération pour relancer l'attention du lecteur. Un politicien qui sait communiquer.



Parler, encore. La phrase est contrôlée, juste ce qu'il faut. Pas de ce contrôle qui tue le verbe, l'étouffe dans sa spontanéité. Mais de celui - j'y reviens - qui canalise un flux dont tout auditeur sensible perçoit l'impétuosité fondamentale. Grégoire Carasso, j'en suis persuadé, est un passionné qui a appris à se contrôler. Suffisamment esthète pour ne point le faire trop.



Le grand plaisir, dans ces conditions, lorsqu'on pratique l'interview d'un homme de cette sensibilité et de cette intelligence, est d'aller chercher l'occasion du glissement, l'irruption possible du lapsus. Non pour le piéger, mais pour l'entrée en polyphonie de jeux - au sens de l'orgue - que l'interprète lui-même aurait voulu laisser inactifs.


Interviewer Grégoire Carasso, c'est s'élever soi-même, avec lui, dans une petite musique des mots et des sens, où la précision du jeu est essentielle. Le sens et la forme qui joueraient à colin-maillard, dans quelque clairière étoilée, comme aux heures lunaires de la Régence.

 

Pascal Décaillet

 

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13/06/2013

La vie rêvée des anges

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Sur le vif - Jeudi 13.06.13 - 14.59h

 

Pierre Maudet nous ANNONCE 600 policiers de plus. François Longchamp nous ANNONCE des milliers de logements d'ici 2030. C'est bien. Mais la politique ne peut-elle reposer que sur des ANNONCES ? Après tout, ces deux éminents Messieurs sont aux affaires, hic et nunc. Pour les ANNONCES, je préfère les anges.



L'ange, en grec angelos, c'est le messager, celui qui annonce. Gabriel, par exemple, lorsqu'il s'approche de Marie.



Et moi, j'aime passionnément les anges. Mais dans le ciel. Pour la politique, de la part de ceux qui sont maintenant au pouvoir (depuis 8 ans pour l'un, un an certes pour l'autre), je préfère du concret, ici et maintenant. Hic et nunc.

 

Pascal Décaillet

 

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Carouge rétablit la guillotine

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Sur le vif - Jeudi 13.06.13 - 08.27h

 

Ne manquez pas le dernier spectacle du Printemps Carougeois. Une évocation libre, par des amateurs, de "1793, l'Année terrible". Un échafaud a été monté sur la Place du Marché. On guillotinera vraiment des gens, "ça aiguise les sens", nous promet le prospectus.

 

Nous ne sommes pas encore en mesure de révéler toute la distribution, mais pouvons déjà vous annoncer que le bon docteur Buchs, PDC, assumera le rôle de Robespierre, et le MCG Sandro Pistis, celui de Saint-Just. Stéphanie Lammar vient d'être confirmée, sans auditions, pour celui de Marie-Antoinette.

 

Entrée libre. Un chapeau, en forme de bonnet phrygien, sera présenté à la sortie, pour éponger les frais de nettoyage du sang.

 

Pascal Décaillet

 

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12/06/2013

Cocktail de printemps

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Sur le vif - Mercredi 12.06.13 - 17.24h

 

Vous prenez le fan's club personnel d'une conseillère fédérale grisonne. Vous ajoutez le reliquat d'alluvions du pronunciamiento du 12 décembre 2007. Vous saupoudrez d'une fine couche d'appartenance aux conseils d'administrations des banques. Et vous obtenez, dans un cocktail printanier, un vote majoritaire au Conseil des Etats. Turquoise, comme les yeux d'une espionne américaine. Djà vous l'aimez. Déjà, vous succombez.

 

Faute de chips, quelques graines. Pour les pigeons.

 

Pascal Décaillet

 

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09/06/2013

Savoir perdre : l'honneur de la démocratie

 

Sur le vif - Dimanche 09.06.13 - 16.14h

 

La Suisse est une démocratie, l’une des plus accomplies du monde. Régulièrement, le corps des citoyens, qu’on appelle « peuple », est consulté, et c’est lui, non qui a raison, mais qui a le dernier mot : le peuple décide, il est le souverain. La moindre des choses, si on se dit démocrate, est d’accepter cette décision. On peut la regretter, bien sûr, enrager, maudire intérieurement l’univers, se jurer qu’on reviendra à la charge d’ici quelques années, chacun gère comme il peut le flux interne de ses humeurs, les torrents de lave qui le traversent. Tout cela, oui. Mais la décision, il faut l’accepter.

 

Insupportables sont donc les mauvais perdants. Dans une démocratie comme la Suisse, nous votons sur plusieurs objets en même temps, et chacun de nous, chaque citoyen, à moins d’avoir un bol incroyable ou de s’aligner par instinct sur les majorités flairées, se retrouve un peu perdant, un peu gagnant, Jean qui rit, Jean qui pleure. C’est ainsi. Et c’est même sur la distribution de ces mélanges que se construit la richesse de nos équilibres confédéraux. J’étais pour la révision du droit d’asile, et pour l’élection par le peuple : eh bien, me voilà moitié gagnant, moitié perdant. Je n’accuse personne d’avoir mal voté, ni d’avoir mal compris l’enjeu. J’accepte.

 

En Suisse, personne n’humilie personne. Regardez la France : si Giscard passe en 1974, les mitterrandiens en prennent pour sept ans. Que Mitterrand l’emporte en 1981, les giscardiens pleurent pour sept ans. Tout blanc, tout noir. Vainqueur, vaincu. Chez nous, la complexité du pays, avec 26 cantons, une démocratie directe venant régulièrement corriger des décisions des corps intermédiaires, la distribution des succès et des échecs et infiniment plus subtile.

 

J’invite tous ceux, notamment à gauche, qui proclament cet après-midi leur « honte d’être Suisses » à se montrer un peu meilleurs joueurs, s’interroger sur les raisons du raz-de-marée en faveur de la révision du droit d’asile, cesser de parler de débat tronqué, d’enjeux mal posés, lorsque ce se sont pas des références totalement hors de propos aux années trente ou quarante. Savoir perdre est l’un des actes majeurs de la liturgie démocratique.

 

Pascal Décaillet

 

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07/06/2013

Pierre Mauroy, passion française

 

Sur le vif - Vendredi 07.06.13 - 18.26h

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Bien qu’ayant eu l’honneur d’approcher et d’interviewer la plupart des grands leaders historiques de la gauche française, je n’ai, de ma vie, jamais rencontré Pierre Mauroy. Mais la nouvelle de sa mort, ce matin, m’a fait un choc. Parce que c’était un homme d’Etat, mais aussi un militant exceptionnel, un socialiste surgi de la grande famille du Nord, cette Flandre catholique et rugueuse tout à la fois, ouvrière, joviale, festive, fraternelle. Succédant à Augustin Laurent à la Mairie de Lille, en 1973, il commence par parler du beffroi, rappelle les cortèges et les fanfares de son enfance, ancre son destin dans les contours d’un tableau. Entré en socialisme comme en religion, aimait-il à rappeler, c’était en 1945, son adhésion aux Jeunesses, dans le culte de Léo Lagrange, qui avait été un mythique ministre du Front populaire, en 1936.

 

J’ai toujours éprouvé pour Mauroy un total respect. Il y a quelque chose de Jaurès dans cette Fédération socialiste du Nord, comme dans celle des Bouches-du-Rhône, et bien sûr dans les sections du sud-ouest, du côté de Toulouse. Il y a cette gauche du travail, de la très longue conquête des acquis sociaux, cette gauche réaliste, tenace, qui ne se gargarise pas de mots, comme nos bourgeois libertaires urbains, mais construit sa lutte sur le temps des générations. Comme on érige une cathédrale. Mauroy, Flandre de ces flèches en élévation vers le ciel, pays d’images pieuses, quelque folie d’Espagne dans la raideur du quotidien, rêves de fraternité. Je ne puis penser à Mauroy sans songer à Léon XIII et sa Doctrine sociale, qui eut certes d’autres épigones dans l’Histoire politique française, mais traça, véritablement, son Sillon. Son socialisme à lui n’en était au fond pas si éloigné.

 

Mauroy, ma jeunesse. Fervent partisan de l’élection de François Mitterrand le 10 mai 1981, entre autres par rejet viscéral de l’orléanisme giscardien, j’avais poussé un ouf de soulagement en apercevant ce Premier Ministre-là, le jour de l’intronisation, dans la voiture du Président. Mitterrand, prince de l’ambigu, socialiste depuis seulement dix ans (Epinay, juin 1971), avait eu l’intelligence de compenser l’insaisissable de son propre personnage par le choix, à Matignon, d’un roc inébranlable du socialisme. Dire que les deux hommes étaient complémentaires relève de l’euphémisme. Et pourtant, de nombreux traits communs : l’un et l’autre issus d’une famille nombreuse, marqués par le catholicisme (des Charentes ou du Nord), attachement intransigeant à la patrie. Car Mauroy, l’homme de la SFIO, chantait la Marseillaise autant que l’Internationale. Ces deux hommes-là aimaient la France, l’ont servie avec passion.

 

Ne nous attardons pas sur les différences. Entré gamin à la SFIO, Mauroy n’aura été, toute sa vie, que l’homme d’un seul parti. Pendant qu’il arpentait les kermesses socialistes de son enfance, l’autre, le futur président, frayait encore avec la droite de la droite intellectuelle et catholique de l’avant-guerre, laquelle ne manquait d’ailleurs ni d’allure, ni de panache. Ce qui est fou, c’est que les deux destins se sont rencontrés, un jour de la campagne présidentielle de 1965, où Mauroy avait accueilli à Lille celui qui, à 49 ans, avait osé défier le général de Gaulle. Un pacte, là, s’était scellé, qui durera trois décennies. On sait que Mauroy est l’un des hommes d’Epinay, le congrès de la prise de contrôle de l’appareil socialiste, en juin 1971, par un François Mitterrand qui n’était même pas membre du parti en arrivant à l’assemblée !

 

Le reste ? Le reste, c’est l’Histoire. Trois ans Premier ministre, les années des grandes réformes, mais aussi celles qui coûtent cher. 28 ans Maire de Lille. Député sénateur, enfin tout : Mauroy, comme Defferre, Chaban, comme naguère Herriot, fait partie de ces figures qui, à force, finissent par incarner la République à mesure qu’ils la servent. L’engagement de toute une vie. Entré en politique comme en religion. Ajoutant ses pierres à lui à l’édification de la cathédrale. Conscient du temps qui passe et de la fragilité de toute chose. Il faut réécouter sa passation de témoin à Martine Aubry, lorsqu’il lui remet en 2001 les clefs de la Ville de Lille : il cite Apollinaire, et c’est poignant.

 

La France perd un grand serviteur de l’Etat. Les années Mitterrand, c’était lui. Avant qu’elles ne devinssent affairistes, ravalées à la servitude de l’Argent. Pierre Mauroy a servi le socialisme, et il a aussi servi la France. Figure militante. Mais aussi stature du siècle. Dans le pays, dans le tableau, quelque part à l’ombre du beffroi, il a sa place. Celle d’un homme d’honneur et d’engagement. Fidèle. Infatigable.

 

Pascal Décaillet

 

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L'herbe sur les tas de foin

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 07.06.13


 
Ici, mes ultimes salves dans un combat que je mène depuis 25 ans, et que je sais perdu d’avance : mes compatriotes, ce dimanche 9 juin, voteront contre l’élection du Conseil fédéral par le peuple, et j’accepterai bien sûr cette décision. Au rythme où l’objet revient sur le tapis (1900, 1942, 2013), je ne me fais aucune illusion : de mon vivant, je ne connaîtrai pas cette réforme. Même pas sûr que mes filles (21 et 18 ans) la voient venir. Disons que les choses ne sont pas mûres, pour peu qu’elles le deviennent jamais.


 
En ces derniers jours de campagne, je dirai d’abord ma colère. Non contre les opposants, qui ont fait leur job, mais contre les partisans, qui eux ne l’ont pas fait. A part votre serviteur, qui s’est fendu d’un nombre incalculable de chroniques et d’éditos, jusqu’à tenter de convaincre ses amis tessinois en une du Giornale del Popolo, à part deux ou trois francs-tireurs, ils étaient où, les partisans du oui, dans cette campagne ? Vous en avez beaucoup croisés, sur votre chemin ? A commencer par l’UDC, qui n’a tout simplement pas fait son boulot. C’est tout de même incroyable : l’initiative vient de ses rangs, on s’attend dans ces cas-là à la grosse artillerie, orgues de Staline, fusées éclairantes. Au lieu de tout cela, nada. Au repos, les gaillards ! Ils faisaient quoi, les fiers enfants du parti du peuple, pendant la campagne ? Ils fumaient de l’herbe sur des tas de foin, en attendant que la pluie cesse ?


 
Dès lors, deux possibilités. Ou bien ce parti n’est plus capable de donner de puissantes impulsions dans les grands enjeux de démocratie directe qu’il suscite lui-même. Dans ce cas-là, c’est l’amorce d’une décrue. Ou bien, les quelques  têtes pensantes zurichoises n’ont pas jugé bon de se battre, parce qu’ils n’y croyaient plus. Dans les deux cas, le signal n’est pas bon. Et va restituer quelques ailes aux installés de la démocratie intermédiaire, ceux qui ont tenté de nous sacraliser l’Assemblée fédérale comme seul Conclave digne de ce nom. Ceux qui auront réussi à nous faire croire que 246 grands électeurs valaient mieux que quatre millions, jaillis du tellurisme profond de notre pays. Ceux qui ont tenté de nous faire oublier les combinazione des nuits des longs couteaux, les erreurs stratégiques de certains choix : prendre Alain Berset plutôt que Pierre-Yves Maillard, Johann Schneider-Ammann plutôt que Karin Keller-Sutter, bref surtout pas une sale tronche, un cochon de caractère qui pourrait résister au Parlement. Nous sommes sous la Quatrième République, la Suisse est un régime exagérément parlementaire, tout cela sera confirmé et prolongé dimanche, c’est triste, mais c’est ainsi.


 
Reste que, dimanche soir, rien ne sera réglé. Les partisans du suffrage indirect auront gagné. Mais nous aurons toujours un Conseil fédéral aussi faible, aussi peu taillé pour la tempête. Sans doute est-ce là la volonté des Suisses. Jusqu’au jour où la tourmente aura commencé à nous emporter.


 
Pascal Décaillet

 

 

10:59 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

05/06/2013

La confiance : non, merci !

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 05.06.13
 
 
La confiance. Les opposants à l’élection du Conseil fédéral par le peuple, donc les vainqueurs, je m’y résigne, du dimanche 9 juin, nous font de grandes démonstrations sur le principe de confiance dans l’élection indirecte. Nous élisons 246 parlementaires. Et nous leur faisons confiance pour élire, à leur tour et en notre nom, le gouvernement du pays. Je veux bien, sur le principe. Même si déléguer à 246 ce que les moyens modernes permettent de décider à quatre millions relève du temps des diligences. Mais enfin OK, allons-y pour la confiance.
 


Mais cette confiance, qu’en ont-ils fait, les parlementaires ? En préférant Alain Berset à Pierre-Yves Maillard, Johann Schneider-Ammann à Karin Keller-Sutter, en élisant un Burkhalter, ils ont avant tout pris garde à couper toute tête pouvant dépasser, évincer tout caractère fort pouvant affronter le pouvoir du Parlement. Alors, ils nous ont choisi d’adorables souris grises, ne dérangeant personne, laissant reine la cléricature parlementaire. Surtout pas d’homme fort, vous pensez ! Brumaire !


 
Et puis, dans la nuit du 12 décembre 2007, cette improbable troïka de comploteurs, pour virer celui qui venait de gagner les élections, c’est digne de confiance, cela ? J’en ai vécues, des nuits des longs couteaux. Je l’ai vue à l’œuvre, la combinazione. Alors, pour l’argumentaire du contre, tout ce que vous voulez. Mais la confiance, non merci.


 
Pascal Décaillet
 


 

15:36 Publié dans Coups de Griffe Lausanne Cités | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

02/06/2013

Jean Romain, la fureur républicaine

 

Sur le vif - Dimanche 02.06.13 - 16.15h

 

Professeur de philosophie au Collège Rousseau, mais aussi député PLR, penseur de l’école, passionné et même habité par la question scolaire, Jean Romain quitte l’enseignement. Il n’anticipe certes que de quelques années sa retraite, mais il le fait, et c’est un signal. Il s’en explique dans le Matin dimanche d’aujourd’hui, et nous en dira un peu plus à 18.40h, en direct dans le Grand Genève à chaud.

 

Oui, ce départ est un témoignage qu’il faut prendre au sérieux. Le départ d’un humaniste, très apprécié de ses élèves, et qui s’est toujours fait une très haute idée de ce que doit être la transmission. Celle dont parle si bien Péguy, dans un chef-d’œuvre intitulé « L’Argent », Sixième Cahier de la Quinzaine, 1913 :

 

«  Je voudrais dire quelque jour, et je voudrais être capable de le dire dignement, dans quelle amitié, dans quel climat d'honneur et de fidélité vivait alors ce noble enseignement primaire. Je voudrais faire un portrait de tous mes maîtres. Tous m'ont suivi, tous me sont restés obstinément fidèles, dans toutes les pauvretés de ma difficile carrière. Ils n'étaient point comme nos beaux maîtres de Sorbonne. Ils ne croyaient point que, parce qu'un homme a été votre élève, on est tenu de le haïr. Et de le combattre ; et de chercher à l'étrangler. Et de l'envier bassement. Ils ne croyaient pas que le beau nom d'élève fût un titre suffisant pour tant de vilenie. Et pour venir en butte à tant de basse haine. Au contraire, ils croyaient, et si je puis dire ils pratiquaient que d'être maître et élèves, cela constitue une liaison sacrée, fort apparentée à cette liaison qui de la filiale devient la paternelle. Suivant le beau mot de Lapicque ils pensaient que l'on n'a pas seulement des devoirs envers ses maîtres mais que l'on en a aussi et peut-être surtout envers ses élèves. Car enfin ses élèves, on les a faits. Et c'est assez grave. »

 

Oui, le départ de Jean Romain est démonstratif, protestataire. Oui, il veut montrer quelque chose. Confirmer ce qu’il rumine depuis tant d’années, lui qui a réveillé la question scolaire à Genève et obtenu, en septembre 2006, une victoire historique, à savoir sa colère contre ce qu’il appelle « l’école des pédagos » et des armadas de fonctionnaires. L’école qui « n’élève » plus (Dieu qu’est est belle, la métaphore de la verticalité), mais qui se contente, au mieux, d’animer. Ce signal de Jean Romain n’est pas dirigé contre ses confrères et consœurs, mais contre la rigidité d’un système, son aridité, sa prétention à ériger en science ce qui est avant tout un art de la transmission, de la communication.

 

Jean Romain quitte l’école, mais demeure en politique. Dire que c’est heureux est un faible mot : le député est apprécié de tous, même de ses adversaires, il ne cherche à convaincre que par la lumière de l’argument, respecte les gens, n’a de fureur que celle de la République, qu’il veut servir. A cet ami fidèle dont j’ai eu l’honneur de préfacer un livre, je souhaite bon vent et longue vie. Et toujours le retrouver sur la question scolaire. A Genève, ou ailleurs.

 

Pascal Décaillet

 

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01/06/2013

Le napalm ponctue, il n'informe pas

 

Sur le vif - Samedi 01.06.13 - 10.52h

 

Enfant, j'écoutais beaucoup la radio, toutes les chaînes possibles, pour avoir les informations. C'étaient les années soixante, la guerre du Vietnam. On nous décrivait très ponctuellement - je dirais même avec pointillisme - le détail des opérations militaires, évidemment de source américaine ou sud-vietnamienne, ce qui était équivalent, jamais de source nord-vietnamienne.



Mais ça n'était pas l'aspect propagande qui me gênait, j'étais d'ailleurs trop jeune pour en être conscient. Ce qui n'allait pas, c'était le pointillisme, justement. Sous prétexte de ne relater que les derniers faits (le principe d'un flash), on ne faisait que nous annoncer la dernière escarmouche, la dernière action de guérilla, le dernier bombardement au napalm. On nous donnait un nombre de morts et de blessés. Et puis, on passait à la météo, celle d'ici !



Enfant, j'étais déjà furieux. Je disais autour de moi, notamment à mes parents: "On s'en fout un peu du détail des opérations militaires, moi j'aimerais que quelqu'un m'explique cette guerre. Ses origines, ses causes, pourquoi on se bat là-bas, que font diable les Américains à des milliers de kilomètres de chez eux, en quoi le régime du Sud mérite-t-il à ce point d'être défendu contre celui du Nord ?"



Mes parents tentaient de m'éclairer. Ils me disaient, se souvenant de la guerre d'Indochine (mon père avait vu passer Mendès France et Churchill, et sans doute aussi Giap, en 1954, à l'angle de l'avenue de France et de la rue de Lausanne), que "de toute façon, c'était une guerre très compliquée, il y avait déjà eu un épisode avec les Français, etc. etc."



Beaucoup plus tard seulement, en lisant un nombre incroyable de livres sur le sujet, à commencer par ceux de Lacouture, je me suis initié à l'Histoire de la Cochinchine et du Tonkin, aux premières expéditions du temps de Jules Ferry, au passé exceptionnel de cette civilisation, le Vietnam. En lisant la biographie d'Hô Chi Minh, par Lacouture, je suis entré dans la logique de ceux qu'on nous présentait, ici, comme des sauvages. Bref, je me suis instruit. Pour l'Histoire de l'Algérie, une autre de mes grandes passions historiques, j'ai procédé exactement à la même démarche. Et là encore, Lacouture, pour nous présenter la lente maturation, à vrai dire dès 1830 avec Abd el-Kader, de l'idée d'indépendance algérienne.



Et plus je m'instruisais, plus j'en voulais férocement, avec le recul, à ces bulletins d’informations horaires de mon enfance, qui ne nous donnaient que l'écume du parcellaire. Ils faisaient pourtant leur boulot: ils nous donnaient les faits, rien que les faits.



Mais sans arrière-pays, sans perspective historique, sans quelques milliers d'heures de lecture sur les causes et les antécédents, le fait est condamné à la stérilité. Il n'informe pas. Tout au plus, il ponctue.

 

Pascal Décaillet

 

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