19/07/2013

Le soleil noir du déclin

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 19.07.13


 
La Suisse traverse une période âpre et rude. Attaquée de toutes parts, elle passe son temps à tenter, avec une incroyable maladresse, de se défendre. Comme un enfant pris en faute. Comme si elle avait constamment à se justifier. Devant qui ? Devant des pays comme la France, ou les Etats-Unis, qui n’ont strictement aucune leçon à nous donner. La première, en vertu de l’état catastrophique de ses finances publiques, sa fiscalité confiscatoire, son arrogance. Les seconds, parce qu’ils ont juré la ruine de notre place financière, pour établir l’hégémonie de la leur, tout en maintenant leurs paradis d’évasion fiscale. C’est cela, sous les masques de la morale, le véritable enjeu. Ne pas le voir, c’est faire preuve d’une coupable naïveté. En politique, la candeur confine parfois au crime.


 
Surtout, il faut que la Suisse rompe avec cette insupportable position défensive. Le scénario, comme à l’époque des fonds en déshérence, est toujours le même : un justicier providentiel, du côté de Washington, Londres ou Paris, entre en scène, brandit la morale, menace notre pays. Et nous, comme des agneaux, nous entrons en matière. Immédiatement, nous amorçons une grande psychanalyse collective, clamons nos fautes, encensons l’adversaire, faisons preuve pour lui d’une incroyable compréhension, qui n’a d’égale que notre indifférence à la légitime colère du peuple suisse. Lequel en a plus que marre de voir notre pays bafoué, ridiculisé, incapable de répondre avec classe, tenue, fermeté. C’est de lui, je vous le dis, oui d’en bas, que viendra un jour la réaction. Elle pourrait être dévastatrice.


 
Oui, nous cirons les pompes de nos adversaires. Au lieu de les combattre. On ne compte plus, par exemple, dans les colonnes du Temps, les interviews complaisantes de personnalités françaises qui nous sont hostiles, ou suisses appelant à la génuflexion. Eux, on les entend tous les jours ! On les écoute, on les bichonne. Mais en contrepartie, la voix de la colère, celle de tous ces Suisses qui n’en peuvent plus de voir leur pays humilié, jamais, ou presque. Etrange, tout de même, cette exaltation de l’autre, ce confinement de nous-mêmes. Comme si être Suisse, ne pas avoir envie de se laisser faire, prôner la plus extrême des fermetés dans la négociation, être fier de son pays, relevait d’une forme d’archaïsme. A Paris, Eveline Widmer-Schlumpf monte chez Pierre Moscovici comme une vassale chez son suzerain. Didier Burkhalter laisse son secrétaire d’Etat Yves Rossier entrer en matière pour que la Cour européenne de justice devienne instance d’arbitrage entre l’Union européenne et nous, ce qui s’appelle clairement des juges étrangers. Notre Conseil fédéral passe son temps à se faire avoir. Mais à part ça, tout va très bien : et mon ami Pierre, et mon amie Eveline, et patati et patata. Et pour notre pays, qui mérite tellement mieux, le soleil noir du déclin.


 
Pascal Décaillet

 

09:42 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (16) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Non Pascal, pas vous! Vous semblez contester le problème des fonds en déshérence, qui concernait les banques, et celui de l'or de la BNS, qui concernait le pays dans son entier. Pourquoi donc, au nom d'un nationalisme étroit, hier comme aujourd'hui, devrait-on assimiler un pays tout entier au comportement de quelques unes de ses banques?

A force de vouloir défendre des comportements d'affaires rentables mais à l'éthique douteuse, pour la simple et unique raison de la nation, nos voisins en viennent a assimiler toute la Suisse au comportement de quelques entreprises qui trichent. Juste parce que nous nous comportons de telle manière qu'ils ne peuvent avoir que cette réaction. L'amour de la patrie ne peut pas passer par une approbation béate de tout ce qui est fait sous le label "suisse".

Écrit par : Olivier | 19/07/2013

Et si les raisons de cette bisbille étaient à trouver du côté d'un certain Rafale ? Fantasme ?
Ce qui est certain, c'est que le choix du Gripen par nos forces aériennes est resté en travers de la gorge de la France.

Écrit par : petard | 19/07/2013

Pour la vérité historique, il convient de rappeler qu'en ce qui concerne les fonds en déshérence, les premières revendications des familles des victimes de l'holocauste datent de l'immédiat après-guerre, relayées, effectivement par Washington... Alors certes, Ed Fagan s'est érigé en "justicier providentiel", mais après combien d'années de fins de non recevoir et d'arrogance de la Suisse et de ses banquiers?

Écrit par : Déblogueur | 19/07/2013

Déblogeur.....les fonds en déshérence pourquoi que la Suisse? Et la France de vichy, le Portugal, l'Espagne, l'angleterre, l'allemagne bien sûr....eux ont été épargnés de tout reproche et revendications? Vraiment sans reproche ces béligérants qui ont mis l'Europe à feu et à sang pour mettre la main sur la manne de ces gens si intelligents et bons commerçants! Tout cela a été "l'anti-chambre" de ce qui se passe actuellement et très prochainement.

Écrit par : Corélande | 19/07/2013

Concernant les fonds en déshérence, on ne nous a pas dit toute la vérité. Autrefois, on racontait (100% de chances de vérité !) que lorsqu’un grand directeur de banque de la Bahnofstrasse (un de ces fameux gnomes de Zurich) prenait sa retraite, le conseil lui donnait la clé aux cadavres et ce Monsieur allait ouvrir le coffre, prenait l’enveloppe préparée à son nom, y déposait une nouvelle au nom de son successeur et refermait le tout pour une bonne dizaine d’années au moins. C’était là une partie des fonds déposés depuis très longtemps et jamais réclamés par les ayant-droits !
Sur le montant global des avoirs qui pourraient remonter réellement à des personnes ayant subi le sort que les nazis leur réservaient - il n’y avait de loin pas seulement des ressortissants dits « juifs » parmi ces personnes - les sommes avancées par les américains et la cacophonie de leurs avocats dits spécialisés n’ont de loin pas été valablement réclamées lors de la mise en place du processus d’égalisation des prétentions. Feu Jean-Pascal Delamuraz savait de quoi il parlait et avait avec raison défini ces prétentions exagérées comme du « chantage ». Les mesures de rétorsion des nord-américains n’ont plus besoin d’être prouvées, on en a l’exemple tous les jours à notre époque !
Alors, les défaitistes et finalement anti-suisses du Temps, de la majorité du PLR en Suisse romande (qui n’ambitionnent que le régime de la prébende, croyant avoir avantage à troquer les fonds des suisses-allemands contre ceux, mirifiques, de l’UE plus exsangue que jamais), des socialo-crypto-communistes internationalistes et multiculturalistes avec l’argent des autres et autres pseudo-bien-pensants préparent avec assiduité la ruine du Pays. Mais, comme en France où la même clique est aux commandes, les électeurs ne sont plus d’accord de passer au second rang et la vague qui se lève les submergera à coup sûr, en 2014 pour le premier Pays cité, en 2015 chez nous sur le plan national et avec un risque de tsunami à Genève en automne 2013 déjà.
Le ras-de-bol est si fort, qu’il est étonnant que les politiciens du centre et centre-droit, mous de chez les mous, ne semblent pas s’en rendre compte, tout affairés qu’ils sont à bénéficier de leurs droits aux vacances. La rentrée sera chaude assurément.

Écrit par : simonius | 19/07/2013

Pourquoi la Suisse ?

Evidemment que les juifs (et non juifs mais eux ont pu récupérer leur compte après) d'Europe n'allaient pas mettre leurs économies à Münich... Surtout que la Suisse avait réputation d'honnêteté !

Mais après la guerre, les banquiers ont fait les pires misères aux survivants ou à leurs descendants. Du genre à demander les certificats de décès pour des gens exterminés industriellement... Et fin de non-recevoir sans les documents.

Vu les circonstances et l'Histoire, une attitude plus compréhensive aurait été normale, cas échéant avec une caution officielle. Mais non, allez-vous faire voir ! Vous reviendrez quand vous aurez les documents...

Dans ce contexte, cela s'apparente à du recel ! Et je ne suis pas heureux que les banques qui ont contribué à notre richesse et à notre réputation se soient salies à faire du recel sur le dos des assassinés. Elles portent une lourde responsabilité dans l'image dégradée de la Suisse.

Pensons aussi aujourd'hui à ce que peut ressentir le citoyen d'une dictature dont l'argent détourné est mis à l'abri chez nous (Nigéria, Tunisie, etc).

Je ne parle pas de l'évasion fiscale car là, la règle doit être uniformisée pour tous les Etats et il n'y a aucun raison que la Suisse soit seule au bout du fusil et seule à baisser sa culotte.

Mais un jour, les règles de transparence fiscale seront harmonisées et ce marché ne sera plus une ressource. Et que restera-t'il au système bancaire suisse ? Sa réputation de stabilité du pays et de droiture de ses institutions. Et une immonde tache, un véritable autogoal. Est-on surs que dans ce domaine, les hommes ont la mémoire courte ?

Écrit par : archi-bald | 19/07/2013

Vous avez raison de souligner la colère grandissante du petit peuple tout comme vous ajoutez que nous n'avons de leçons à recevoir de personne ! Cela dit le comportement de nos banques depuis une vingtaine d'années donne largement assez de grain à moudre à nos voisins directs ou transatlantiques pour que nos autorités se trouvent dans une position très inconfortable ! Il est difficile de défendre des banques scélérates tout en les accusant de comportements plus que douteux.

A ma connaissance le peuple de notre pays est surtout en colère contre certaines de ses banques qui se sont montrées d'une rare arrogance à un moment où il eut été plus que naturel de faire preuve d'empathie envers tous ceux qu'elles avaient spoliés.

Je ne m'étonne guère de voir les pays "amis" appuyer là où ça fait mal. Et si nous étions tellement sûrs de nos bons droits, je ne doute pas une seconde que nos autorités seraient plus à l'aise pour négocier. Mais avec les casseroles que la Suisse traîne, il lui faudra une armée d'avocats pour arguer de sa bonne foi.

A jouer avec le feu, on finit par se brûler et là je vous l'accorde, ce ne sont pas nos voisins qui vont sortir les extincteurs pour nous aider à éteindre les incendies.

La fierté nationale est une chose qui ne devrait jamais trop s'éloigner du réalisme politique !

Écrit par : Michel Sommer | 19/07/2013

@ Corélande: il n'y évidemment pas eu que la Suisse... Les pays que vous mentionnez ont également payé... L'Allemagne, surtout, qui a payé et paie encore des réparations à l'Etat d'Israël...

Donc il n'y a pas que la Suisse. Mais cette dernière, comme d'habitude aurai-je la tentation de dire, a été la plus lente à la détente. C'est bien malheureusement une constante de l'histoire de notre pays. On commence par nier l'existence des problèmes puis, progressivement, on cède progressivement pour finir par tout lâcher.

On peut être d'accord avec l'hôte de ce blog: il faudrait combattre, certes... Mais pas lorsque l'on a laissé passer toutes les chances de gagner. Les fonds en déshérence, le secret bancaire, l'évasion fiscale... Même causes perdues car mobilisation trop, beaucoup trop tardive. Il est dès lors bien facile à nos "ennemis" (je ne suis pas certain que ce terme, utilisé par l'hôte de ce blog, soit le plus approprié) de vaincre sur tous les tableaux.

Jean-Pascal Delamuraz disait une chose très juste: "En Suisse, on se lève tôt, mais on se réveille tard". Et l'on ajoutera, avec La Fontaine, que rien ne sert de courir,il faut partir à temps.

Écrit par : Déblogueur | 19/07/2013

A point.

Écrit par : Pascal Décaillet | 19/07/2013

Beaucoup de bon sens dans tous ces commentaires. Bravo! Ce n'est pas toujours le cas sur les blogs...

Écrit par : Anthony Jaria | 19/07/2013

La France socialiste nous fait des grandes leçons de morale mais elle oublie que c'est sous le règne de François, le mythe errant du socialisme de l'après guerre que les archives du Crédit Lyonnais banque d'Etat, qui concentraient en réalité toutes les archives bancaires de la période de Vichy à 1945, ont opportunément brûlé. Il n'y avait donc plus de traces de rien et par conséquent plus de preuve et finalement pas de restitution. Il en va de même de biens fonciers qui ont été repris par l'Etat à la fin du conflit puis revendus à des privés légitimes propriétaires sans que les familles des ayants droit aient revu quoique ce soit. La rafle du Veld'Hiv n'a pas eu lieu ailleurs qu'en France, par des français. Des français parlaient aux français et méritent notre plus grand respect. Qu'en est-il de ces français qui vendaient des français, qu'ils soient juifs, homosexuels, franc-maçons ou artistes non conventionnels? Où est le repentir national à l'égard de ces vies perdues dans les tréfonds de la vilénie humaine? Nulle part, ce méaculpa n'est jamais venu, submergé par l'arrogance de ceux qui qui se croient nombril du monde et initiateurs de la démocratie.
Il y a certainement de par le monde des peuples qui peuvent donner des leçons à la Suisse mais certainement pas les français.

Que dire de la morale des puritains américains qui ne se sont pas privés de spolier les tribus indiennes quant ils ne les ont pas décimées pour gagner leurs terres ancestrales à l'image des Penn dont le comportement fut si infâme que vous ne trouverez de traces de ces infamies que chez Francis Jennings. La lecture de son "Benjamin Franklin The mask and the Man" est à ce sujet très révélatrice de la distorsion d'image voulue par l'histoire officielle qui nous livre une douce image d'Epinal de pratiques plus que troubles.

De ces puritains-là, nous n'avons pas d'avantage de leçons à recevoir.

Malheureusement pour nous, EWS s'est trouvé des compagnons d’infamie au centre gauche, Verts/PDC/Socialistes, pour la porter au pouvoir alors qu'elle n'en a pas la capacité. Son seuil de compétence est largement submergé par son appétence politique qui elle, est sans limite connue.

L'épreuve de vérité est devant le PLR, soit il sait fédérer la droite et tout le monde renvoie la grisonne à ses études parisiennes et rejette le contrat léonin qu'elle s'est crue autorisée à signer, soit ce contrat passe et les familles qui ont cru dans la stabilité juridique de la Suisse la fuiront.

Celui qui ignore l'Histoire est condamné à la vivre deux fois, dit le proverbe. La Suisse était pauvre à l'aube de la révolution industrielle et exportait ses enfants comme le font les pays du Sud aujourd'hui. Elle le redeviendra grâce à ces apprentis sorciers, qu'ils soient d'ici ou d'ailleurs, comme dirait Maxime Le Forestier.

Écrit par : Patrick Dimier | 19/07/2013

Excellent article de la TdG, qui dénonce la présence sur sol suisse, de douaniers français, surpris en train d'espionner des banques.

http://www.tdg.ch/geneve/actu-genevoise/banque-observee-douaniers-francais/story/25550097

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 20/07/2013

kes suisses sont gras et repus. Ils ne savent plus ce que se battre veut dire. Ils sont dans l'illusion de l'acquis sans combattre.

Rien n'est permanent dit le Dalaï Lama ils l'ont oublié.

A force de vouloir une vie sans ils risquent fort de passer à côté de la vie et leur pays sombrera par leur seule et unique faute.

Écrit par : Dominique Vergas | 20/07/2013

Lorsque Dieu créa le monde il décida de concéder deux vertus aux hommes de chaque peuple afin qu'ils prospèrent.
Par exemple il rendit :
Les Suisses précis et pacifistes
Les anglais flegmatiques et ironiques
Les japonais travailleurs et réalistes
Les italiens joyeux et humanistes
Quand aux Français, il dit :
Les Français seront intelligents, honnêtes et socialistes.
Lorsque le monde fut achevé l'ange qui avait été chargé de la distribution des vertus demanda à Dieu :
"Seigneur, tu as dit que tu octroyais deux vertus à chaque peuple, mais les français en ont trois.
Est-ce pour cela qu'ils se placent au dessus des autres ?"
"En vérité je te le dis, chaque peuple n'a droit qu'à deux vertus y compris les Français, chacun d'entre eux ne pourra en posséder que deux à la fois.

Ce qui veut dire que:
Si un Français est socialiste et honnête il ne sera pas intelligent
S'il est socialiste et intelligent il ne pourra pas être honnête
s'il est intelligent et honnête il ne peut être socialiste ...

Écrit par : Dominique Vergas | 20/07/2013

M. Décaillet, Dimier et Vergas,

Excellents commentaires.

Nous n'avons pas de leçons à recevoir en dépit de ces critiques de bas étages sur les fonds en déshérence ou autres.

Les USA ont perpétré un anéantissement des indiens, les grandes puissances européennes ont coloniser des populations de par le monde considérées "inférieures" et tout ce petit monde a pratiqué l'esclavage.

Et aujourd'hui ils utilisent les secrets défense, les renversements de gouvernements, créent de vrais guerres pour de fausses armes chimiques, mettent en place des gouvernements islamistes, etc...

Écrit par : la censure règne en Suisse | 20/07/2013

Bravo Pascal Décaillet, vos analyses deviennent de jour en jour plus pertinentes. Votre indépendance professionnelle nous ravi, car le service publique rend mou et bête. Notre PaBe ( les auditeurs-trices de la RSR le reconnaîtront) national en sait quelque chose avec sa chronique publiquement correcte! Merci à vous pour votre courage et votre intelligence!

Écrit par : Nmgeneva | 21/07/2013

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