02/08/2013

La charge de Saas Balen

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 Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 02.08.13

 

Avant-hier soir, mercredi 31 juillet 2013, à Saas Balen, en allemand devant un public haut-valaisan, Christophe Darbellay a lancé son attaque. Il devait l’avoir ruminée, il a choisi le lieu, la majesté symbolique de la montagne, la date, la langue. Il n’y avait plus qu’à appuyer sur la gâchette.

 

Dans un discours intitulé « Frei sein und frei bleiben », être et rester libre, le président du PDC suisse a ciblé un homme. Non pas Blocher, pour une fois. Ni la gauche. Mais le très raisonnable, très présentable et très gouvernemental Didier Burkhalter. Une charge du premier PDC de Suisse contre un conseiller fédéral radical en fonction, avec cette violence-là, était du temps de mes années fédérales, à l’époque des gentils PDC passe murailles, le gentil Koller par exemple, totalement inimaginable. Aujourd’hui, elle l’est, et c’est très bien ainsi, pour un motif qui ne tient ni aux convenances ni aux politesses sur les décombres du Sonderbund : ce motif, c’est que Darbellay a raison, et que la timidité de notre politique étrangère, en cette période de crise, doit en effet être dénoncée.

 

 « Celui qui me fait le plus de soucis, a déclaré à Saas Balen le Flandrin des Glaciers, c’est notre ministre des Affaires étrangères. Au lieu de représenter avec force et clarté nos intérêts, il est devenu le ministre du renoncement ». Allusion, bien sûr, à l’entrée en matière face à des juges étrangers dans l’affaire de la Cour européenne de justice qui pourrait arbitrer, en matière de bilatérales, les litiges entre la Suisse et l’Union européenne. Dans le Haut-Valais, à quelques heures du 1er Août, Darbellay a dit bien haut ce que l’immense majorité de nos compatriotes ressentent en silence, avec humiliation et colère, parfois jusqu’à la gorge nouée. Alors que nous sommes attaqués de toutes parts, et qu’il faut justement demeurer inflexibles, cette porte ouverte (via le secrétaire d’Etat Rossier) aux juges étrangers est un signal catastrophique. Il donne l’impression d’une diplomatie coupée du pays profond, consacrant davantage d’intelligence à l’adversaire que d’écoute de nos souffrances. C’est un coup de poignard dans le dos.

 

Christophe Darbellay n’a jamais éprouvé pour Didier Burkhalter une estime extatique, on le savait. Mais il serait faux, pour autant, de mettre sur le compte d’une inimitié personnelle le jugement sévère, mais juste, de Saas Balen. Oui, la Suisse a besoin de grandes voix, celles d’un Tschudi, d’un Furgler, d’un Delamuraz ou même d’un Couchepin. Elle n’a pas besoin, au plus haut niveau stratégique, de ces sortes d’éteignoirs du désir et de la parole politique. Ils sont là, c’est sûr, ils ont été élus, nous n’avons pas de procédure de révocation ni de motion de censure. Il nous reste la colère. Christophe Darbellay, à Saas Balen, a proclamé la sienne. Ici, citoyen de ce pays, je dis la mienne.

 

 Pascal Décaillet

 

10:45 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Toute proportion gardée, en tant que représentant du Conseil communal de ma petite commune vaudoise de Lonay, j'ai écrit et prononcé le discours du 1er août reproduit plus bas.

Sans appartenance politique dans un système majoritaire, je ne vois aucune raison d'attaquer des personnes. Ceci ne m'a pas empêcher de porter un jugement sévère quasi identique à M. Darbellay.

Les réactions du public qui a reçu mon discours correspond parfaitement à ce que vous exprimez dans votre conclusion ci-dessus.

Discours 1er Aout 2013 - Lonay (VD) - Michel Fontana Vice-Président Conseil Communal:
Citoyennes et citoyens de Lonay et d'ailleurs,
monsieur le syndic, madame la municipale, messieurs les municipaux,
Chers membres de la Jeunesse,
Mesdames et Messieurs les membres du corps de Pompiers miliciens sans qui ces festivités ne se dérouleraient pas avec autant de sécurité
chers amis, chères familles (au pluriel!),

C'est par un mélange de tradition et d'innovation que je me retrouve une nouvelle fois avec le redoutable honneur de vous adresser quelques mots pour cette commémoration de la signature de l'acte fondateur de la Suisse.

En effet en juin dernier, le conseil communal a innové en entérinant une rocade rendue internationalement célèbre par MM Poutine et Medvedev. Aujourd'hui vice-président, je vous apporte les salutations du nouveau président du Conseil Communal, M. Jean-Pierre Pinazza.

Ce soir, je ne prendrai que 6 minutes de votre temps pour vous motiver à vous rapprocher de vos représentants politiques au parlement fédéral. Question de cohésion nationale.

Depuis quelques années, nous avons tous constatés les difficultés des partis politiques en général à être représentatifs auprès d'un électorat devenu fuyant voire insaisissable.

Au risque de choquer, je vous dis ma conviction que les partis traditionnels sont en voie de disparition, car les clivages:
• gauche -droite
• libéral - socialiste
ne vous parlent plus, à vous citoyens.

Traditionnellement
• les valeurs de (droite) s'opposent aux valeurs de (gauche) ;
alors que
• les valeurs de travail, de liberté, de mérite et de justice sont transversales.

Il s'avère que la grande majorité d'entre-vous désirent que les politiciens défendent tout à la fois, mais dans le désordre:
1. les valeurs d'autorité, d'identité nationale1, d'ordre, de sécurité, de tradition et de conservatisme (droite) ;
2. valeurs de progrès, d'égalité, de solidarité, d'insoumission (gauche) ;
3. et les valeurs de travail, liberté, de mérite et de justice

Pourquoi en parler un 1er Août? Vous vous rappelez sans doute que la majorité
• des valeurs de droite (Identité nationale, ordre, sécurité par exemple)
• et des valeurs de gauche (solidarité, insoumission)
font partie des valeurs fondamentales exprimées il y a 722 ans dans le pacte fondateur de 1291!
Le clivage gauche-droite est aujourd'hui dépassé. Seule une politique pragmatique et non-doctrinaire fera avancer la Suisse sur le chemin du développement et du respect intérieur et extérieur!

Pour preuve et considérant les différends politiques ayant emaillé les relations franco-suisse de ces derniers mois, il est piquant de se rappeler cette citation de Charles de Gaule lui-même : "La politique est une affaire trop sérieuse pour être laissée aux seuls politiciens".


Nous, citoyens de Lonay ou d'ailleurs en Suisse avons instruit les politiciens, majoritairement et à de très nombreuses reprises particulièrement ces dernières années, de respecter ces valeurs fondamentales. En effet, nous avons maintes fois voté sur des sujets touchant:
• la sphère privée
• la souveraineté nationale
• l'union nationale
• notre indépendance
• etc...

Ces instructions simples et claires ont pourtant souvent été appliquées de manière très ...trop créative par un Conseil Fédéral dont la fierté et le courage ne sont malheureusement pas les principales qualités. Pire, le Parlement très...trop friand du mot d'ordre "on n'a pas d'autre alternative" n'a pas su comment s'opposer au Conseil Fédéral.

A leur décharge respective, la force et le rythme des pressions règlementaires internes ou externes ont été si effrénés, qu'ils ont été débordés... de leur propre aveu.

La raison pour laquelle je vous adresse ce constat ce soir, c'est parce que vous avez aujourd'hui un très grand rôle à jouer.

Nous citoyens, y compris une grande partie des politiciens locaux, avons collectivement la sérénité et le bon sens qui fait défaut à certains parlementaires et au Conseil Fédéral dans son entier.

Je vous enjoins d'être plus attentifs qu'à l'accoutumée à la politique fédérale. A chaque fois que vous vous sentirez mal-à-l'aise avec des modifications de loi qui contreviennent aux valeurs fondamentales que vous chérissez, apportez votre soutien aux mouvements citoyens qui ne manqueront pas de rappeler à l'ordre le Parlement et le Conseil fédéral. C'est aussi cela le civisme.

Notre système démocratique le permet et l'encourage. En bloquant ainsi certaine décision peu réfléchie, vous aiderez nos politiciens fédéraux :
• en leur donnant le temps de la réflexion
• en leur faisant comprendre vos aspirations.

Nous les aiderons ainsi à les reconnecter avec le citoyen et les valeurs qui ont fait de la Suisse ce qu'elle est aujourd'hui. La cohésion nationale, notre bien-être matériel et psychologique sont en jeu!

En Conclusion:
Le jour de la Fête nationale, il est encore plus politiquement correct d'affirmer notre fierté d'être citoyen d'un Pays, certes petit par la taille, mais grand par ses valeurs et son dynamisme.....Vive la Suisse!

Chères concitoyennes, chers concitoyens et familles respectives, je vous transmets mes meilleurs voeux pour un avenir radieux!

Joyeuse fête nationale !

Écrit par : Michel Fontana | 02/08/2013

Darbellay avait de quoi attaquer sa "petite" et bien frêle protégée, E. Widmer-Schlumpf.

Seulement voila, elle a fait mettre à la tête de la FINMA, un justiciable PDC.

S'attaquer frontalement au PLR Burkhalter, n'est pas seulement une faute de stratégie concernant la droite et donc justifier le qualificatif de "girouette", mais également une preuve au sujet de la protection accordée au petit parti PDB et sa conseillère fédérale EWS.

Nous savons donc dès maintenant que la droite part divisée, mais aussi que le fameux centre-droit s'unit contre la droite, mais aussi la gauche.

Cela promet bien des guéguerres ... de quoi alimenter la presse.

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 02/08/2013

On ne peut que constater, une fois de plus, la faiblesse du Conseil fédéral, car ce n'est Mme Evelyne Widmer-Schlumpf, c'est M. Didier Burkalter qui est prêt à soumettre la Suisse au juges étrangers. C'est grave et il faut un coup de fouet du peuple pour inverser la tendance.
Stop aux mous, vives les forts pour défendre notre pays.
Je ne peut que constater, et c'est de loin pas mes orientations de parti, mais le seul Conseiller fédéral, en ce jour de fête nationale, qui défend avec forces de ses propos, le pacte des Suisses de 1291, c'est notre Président de la confédération, M. Ueli Maurer. Puisse son discours fort être suivi d'effet.
Vive la Suisse.

Daniel Sormanni
Conseiller municipal Ville de Genève

Écrit par : Daniel Sormanni | 02/08/2013

Je me permets de rappeler que M. Delamuraz avait qualifié la votation de 1992 de "dimanche noir". Ce qui démontre au moins une chose, c'est que les voix, comme vous les appelez, ne suffisent pas toujours, tant s'en faut, à faire prendre les bonnes décisions !

Que M. Darbellay sonne la charge contre M. Burkhalter, je n'y vois aucun inconvénient à part le fait qu'on pourrait, peut-être, considérer l'attaque comme étant purement électoraliste. On ne se place jamais assez tôt sur le devant de la scène.

Écrit par : Michel Sommer | 02/08/2013

@ Daniel Sormanni

Puissent vos paroles devenir réalité un jour ...

"Stop aux mous, vives les forts pour défendre notre pays."

Il y a eu une fois un homme, du nom de Christoph ... un colonel ... un milliardaire ... et parce qu'il était un homme "fort" justement, nos propres élus, l'ont remplacé avec une femme ... un espèce d'Edith Piaf ...

Herr Blocher, revenez nous vite !

Écrit par : Victor DUMITRESCU | 02/08/2013

Jolie formule, "éteignoirs du désir"...

Mais, n'est-ce pas cette qualité qui, précisément, fait que les politiciens suisses sont si ennuyeux?

Quelques aboiements, ici et là, et tout rentre dans un ordre lustré et tellement lisse...

Écrit par : Déblogueur | 02/08/2013

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