16/08/2013

La leçon de Jacques Vergès

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Sur le vif - Vendredi 16.08.13 - 01.34h

 

Prodigieuse leçon que celle de Jacques Vergès, qui nous quitte à l’âge de 88 ans. La leçon d’un homme libre. La leçon d’un homme seul. La leçon d’un immense avocat, d’un courage exemplaire. Franchement, défendre les gens du FLN en pleine bataille d’Alger, alors que la grande majorité de l’opinion publique demeure favorable à l’Algérie française, et à la peine de mort, il fallait un cran difficile à imaginer aujourd’hui. Mieux : défendre Barbie à Lyon, la ville même où le nazi avait sévi, torturé Jean Moulin, envoyé à la mort les enfants d’Izieu, il faut là un goût de la posture minoritaire totalement au-dessus du commun.

 

Vergès nous rappelle que tout prévenu, même accusé des pires crimes, a droit à un avocat. Et que le rôle de l’avocat, parfois contre tous, contre la toile d’araignée de l’opinion publique, est simplement de défendre son client. Et que cette défense passe par la tentative, intellectuelle mais sans doute aussi spirituelle, de le comprendre.

 

À cela s’ajoute une puissance de persuasion hors du commun. Un verbe précis, rapide, fulgurant, un discours comme la foudre. Le génie du plaideur, à l’état pur.

 

Cet homme incroyable s’en va avec les innombrables mystères de sa vie, peut-être l’immensité d’une solitude, qui sait ? Des êtres, nous ne savons rien. De nous-mêmes, moins encore. Mais c'est, paraît-il, une autre affaire.

 

Pascal Décaillet

 

01:34 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Certes le verbe était haut, certes la posture impressionnante de décalage mais comment peut-on défendre des individus qui ont massacré tant d'innocents sans être soi-même impliqué, de façon cynique, dans le périlleux exercice de la justification?

Il y a une réponse, parmi d'autres, qui est plausible, être soi-même reconnu à n'importe quel prix et n'importe quelles conditions.

Comme vous je respecte la défense du pire au nom de l'égalité à fortiori lorsque, de toute évidence celle-ci est virtuellement impossible.
Le cas Barbie est, de ce point de vue, un cas d'école. L'accusé a été conduit devant le tribunal grâce à une action illicite, le rapt, de son accusateur. Que ce soit Mitterrand qui ait conduit ce dossier depuis l'Elysée est d'ailleurs révélateur, lui qui a été ministre de Vichy!

Celui du suppôt de Pol Pot est encore pire, il s'agissait du massacre de ses frères régionaux.

Quel fut donc le ressort? L'argent, certainement de telles défenses rapportent non seulement sur l'instant. Une telle notoriété amène des clients moins célèbres mais bien plus riches au comportement douteux et constituent une très grosse clientèle très rémunératrice.

Mais un tel profil ne se contente pas d'argent. Ce n'est qu'un moyen matériel, ce qui certainement, et bien que cela soit difficile à admettre et accepter, ne suffit pas non plus. Le moteur c'est effectivement l'idéal du droit à la défense.

Vous voyez, Vergès reste à ce point énigmatique qu'il est possible de l'accuser du pire pour finir par lui reconnaître ce qu'il y a de plus noble pour un plaideur. Défendre jusqu'à ce qu'il rejette le plus. Simplement au nom de ce principe sacro-saint du droit inaliénable à la défense pour quiconque le sollicite.

Cette profession, aujourd'hui dominée par des juristes sans humanités qui ont remplacé Socrate, Pline l'Ancien, St Augustin, par une règle à calcul et donc sans culture de la fibre humaine, perd l'un de ses derniers représentants.

Genève n'est pas épargnée par ce triste constat. Elle en est même une victime. Nançoz, Poncet "le Grand", Nicolet, et finalement Bonnant n'auront pas pu entretenir cette flamme, soufflée avec force par les fiscalistes et autres coupeurs de cheveux en quatre qui fonctionnent par calcul jamais par humanité.

Écrit par : Dominique Vergas | 16/08/2013

@Dominique Vergas

Magnifique commentaire de quelqu'un qui a essayé ou qui essaie de comprendre Vergès...

Finalement, essayons d'abord de comprendre Vergès... pour nous élever à comprendre l'incompréhensible. C'est là la grande leçon.

Un grand bonhomme !

Écrit par : petard | 16/08/2013

En acceptant de défendre les pires ennemis de la liberté, l'avocat du diable fut le garant de la justice républicaine.

Écrit par : Malentraide | 17/08/2013

L'homme est petit. Du moins à l'échelle du cosmos. Souvent médiocre. Et pourtant le potentiel est énorme. Merci de pencher de ce côté, de valoriser le meilleur et donc de participer activement à sublimer.

Écrit par : Pierre Jenni | 17/08/2013

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