30/08/2013

Révolution conservatrice

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 30.08.13


 
Il y a, en Suisse, au niveau fédéral comme dans la plupart des cantons, trois grands courants politiques : la gauche, la droite PLR et PDC, et puis une autre droite, représentée par l’UDC. Ces trois blocs en ont pour un moment à vivre ensemble : aucun des trois ne va disparaître dans les années qui viennent, tout au plus s’affaissera-t-il lors d’une échéance électorale pour mieux revenir quatre ans plus tard. On sait à quel point cette division en trois doit être infiniment précisée par les nuances internes à chacun des blocs (gauche dure, socialistes, Verts pour les premiers ; droite libérale, républicaine, familiale et sociale pour les deuxièmes ; droite nationale ou populaire pour les troisièmes), mais enfin ces blocs sont bien là, ils constituent notre paysage politique.


 
Le grand événement, en Suisse, de ces vingt dernières années, est l’émergence et la montée vertigineuse de l’UDC blocherienne. L’ascension fut certes stoppée en 2011, mais tout de même, la masse est là, impressionnante. UDC dans la plupart des cantons, MCG à Genève, Lega au Tessin, il y a dans notre pays, sous des expressions différentes, la place pour des idées conservatrices, sociales, protectionnistes, toutes choses que le dogme libéral récuse et vilipende. Que cela plaise ou non, c’est ainsi : cette autre droite existe, elle est là, structurée sous une même bannière nationale, ce qui n’était pas le cas il y a trente ans. A cette époque, où je commençais ma carrière au Journal de Genève, cette famille de pensée se retrouvait, en fonction des traditions cantonales, chez les radicaux ou au PDC. Si ces deux partis n’avaient pas, ces trois dernières décennies, laissé filer les ailes conservatrices de leur électorat, l’UDC aujourd’hui n’en serait pas là.
 


Être conservateur, social, ouvert aux préoccupations des petites gens, sensible à la protection de l’emploi local contre certains effets dévastateurs de la libre circulation, n’a rien de scélérat. Et vous pourrez, tant que vous voudrez, insulter ces compatriotes en les traitant de fascistes ou de xénophobes, rien n’y fera : ils continueront de penser ce qu’ils pensent, rejetant autant le libéralisme de casino et d’enrichissement indécent des uns que le socialisme de nivellement des autres. Ils continueront de plaider pour une agriculture proche des consommateurs, une politique familiale dynamique, un encouragement aux PME plutôt qu’aux multinationales. Et ceux d’entre eux qui estiment, pour l’intérêt supérieur du pays, qu’un minimum de régulation des flux migratoires est nécessaire, vous ne les ferez pas taire en les injuriant. Si vous vous imaginez, partis de gauche ou de la droite PLR-PDC, que le succès de ce troisième bloc est juste une parenthèse, un cauchemar passager, vous vous leurrez : une lame de fond profonde de la politique suisse veut cette révolution conservatrice. Cette dernière ne fait peut-être que commencer.


 
Pascal Décaillet

 

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29/08/2013

Faites-nous aimer la politique !

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Publié dans GHI - 28.08.13


 
Les des enjeux majeurs, pour les 476 candidats au Grand Conseil et les 29 au Conseil d’Etat, n’est pas seulement de faire campagne, être élus puis faire le meilleur boulot possible au service de la République. Non, il y a un défi plus important que tout cela : ils doivent, tous partis, tous sexes et tous âges confondus, nous donner le goût de la chose publique. Car la politique, pendant ces semaines électorales d’automne, ce sont eux qui vont l’incarner. Pour ma part, je remplirai à la main, comme je le fais depuis l’âge de vingt ans, la liste du Grand Conseil, puisant dans (presque) tous les partis ceux que j’estime les meilleurs. Je vais vous faire une confidence : il m’est parfaitement égal qu’ils soient de gauche ou de droite, jeunes ou vieux, hommes ou femmes. Mais je veux puissamment des gens qui, par leur action, leur rhétorique, la flamme qui les anime, nous donnent envie de croire à la politique. J’y crois depuis l’âge de sept ans et demi. C’est une belle et grande chose que la gestion de la Cité. Il faut y envoyer les meilleurs.


 
Sept ans et demi ? Tout a commencé lors de la campagne pour la présidentielle française, en décembre 1965. Les héros s’appelaient Charles de Gaulle, François Mitterrand, Jean Lecanuet. Sur notre petit écran noir et blanc, je regardais tout, la passion était née. Chez moi, chez vous, chez n’importe lequel d’entre nous, elle passe par la vertu de l’exemple. C’est pour cela que Plutarque a écrit ses Vies parallèles, pour cela qu’il faut lire la vie des grands hommes, de Gaulle, Churchill, Willy Brandt, Mendès France, Louis XI, Bismarck, et des centaines d’autres. Car chaque parcours est à la fois chemin d’aventure individuelle et repères d’exemples. De même, dans une campagne électorale, chaque candidat  doit savoir qu’il incarne plusieurs choses : lui-même d’abord ; mais aussi son parti, sa famille de pensée ; au-delà de tout cela, il figure et représente la politique elle-même, son crédit, sa valeur d’exemple, la dose de foi qu’on peut ou non lui porter. L’enjeu est immense.


 
Ce que je reproche à un mauvais candidat, ou un mauvais magistrat, c’est principalement qu’en n’étant pas au niveau, il contribue à ruiner le crédit même de la politique, dans lequel, depuis l’aube de mon enfance, je veux croire. Alors qu’un bon, ou un excellent, tiens un Delamuraz par exemple, au-delà de leurs options, réhabilitent la vertu, la nécessité de la politique dans la vie sociale des humains. Je pense à Chavanne, qui a tant fait pour l’école : on peut discuter de ses choix, mais il a affirmé la République au milieu de l’enjeu scolaire, c’est immense. Je pense à Willy Brandt qui s’agenouille devant le monument du Varsovie : c’est toute l’Histoire allemande qui s’incline devant le martyre de la Pologne. Delamuraz affrontant l’aile patronale de son propre parti dans la loi sur le travail, c’était l’Etat contre les clans.


 
A tous les candidats, je dis : allez-y, foncez, faites campagne, défendez vos idées. Mais n’oubliez jamais que vous incarnez la politique elle-même. De votre comportement, de la hauteur de votre action, dépendra son crédit. Ou sa ruine.


 
Pascal Décaillet

 

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28/08/2013

Juste se montrer, c'est un peu court !

 

Commentaire publié dans ma page GHI - Mercredi 28.08.13

 

Une campagne, toujours, est un révélateur. Dis-moi comment tu mènes ta candidature, je te dirai qui tu es. Il y a les introspectifs, les timides, ou au contraire les bombeurs de torse, les matamores. Il y a les intellos, passionnés par les seules vertus de la raison et de l’argumentation, ou à l’inverse les instinctifs. Ceux qui puisent dans l’image, la séduction, le charisme. Et dans ce petit jeu, les personnalités se révèlent comme une photographie dans une chambre noire : certaines éclatent, d’autres demeurent en demi-teinte, c’est la loi parfois cruelle de l’exposition.

 

Visuellement, il faut exister. Si l’électeur, en lisant votre nom sur la liste de votre parti, y associe un visage, vos chances d’élection seront plus grandes. Ayant parfaitement intégré cela, quelques petits malins ont passé leur été à multiplier leurs apparitions dans des réunions plus ou moins festives, juste pour être là, se faire prendre en photo, balancer l’image dans les réseaux sociaux. Puis passer à la fiesta suivante.

 

Il n’y a pas à leur en faire grief : la multiplication des apparitions, comme celle des pains ou des poissons, fait partie du jeu. Mais il n’y pas, non plus, à en être dupe : se montrer pour se montrer, ne faire cyniquement que cela, sans que derrière l’image n’existe un contenu (ou si peu), c’est montrer bien peu de respect pour l’électeur. C’est prendre le citoyen pour un consommateur, qui ne réagirait que de façon subliminaire à la masse d’images qu’on lui aurait projetées. Efficace, peut-être, pour être élu, mais profondément méprisant pour l’essence même de la politique, qui est combat d’idées, projets de société, et non concours publicitaire.

 

Citoyens, exigez des candidats que derrière leurs sourires de façade, ils aient de l’arrière-pays, de la vision du monde, du courage, du contenu. Servir la politique, c’est cela. Sinon, c’est juste se servir soi-même.

 

Pascal Décaillet

 

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70 ans, c'est long

 

Sur le vif - Mercredi 28.08.13 - 15.02h

 

A Genève, il y a des partis gouvernementaux, qu'on appellera "le pouvoir en place", et des partis d'opposition, qui n'ont aucun ministre (MCG, UDC, Ensemble à Gauche, Verts libéraux, Pirates, etc.).

Les partis d'opposition aspirent, comme dans n'importe quelle démocratie du monde, à devenir partis de gouvernement. C'est la finalité de toute chose en politique, c'est totalement normal.

Et l'occasion pour eux d'y parvenir, comme dans toute démocratie du monde, s'appelle l'élection.

Dans ces conditions, entendre les actuels partis au pouvoir (l'Entente y est, de façon continue, depuis 70 ans), les traiter avec mépris de "partis sans responsabilités", est assez hallucinant. Le responsabilités, ils ne demandent qu'à les assumer ! De même, les arguments du style: "Vous n'avez aucune légitimité, n'ayant jamais été au pouvoir".

Ben non, ils n'y ont jamais été. Et c'est précisément pour cela, comme dans toute démocratie du monde, qu'ils aspirent, à leur tour, à y être un peu.

Parce que vous, ladies and gentlemen, vous y êtes depuis 70 ans. Et ça commence à faire un peu long.

 

Pascal Décaillet

 

15:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

Chasse aux sorcières

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Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 28.08.13


 
Tout le monde connaît Slobodan Despot, longtemps actif dans le canton de Vaud, à l’Âge d’Homme puis patron de Xenia, sa propre maison d’édition. Un esprit libre, audacieux, une figure. Un éveil, une curiosité littéraire d’exception. La gauche le déteste, parce qu’il n’est pas exactement des leurs. La droite convenable, gouvernementale et en cravate s’en méfie, parce qu’il est fou, et que la folie ne figure pas dans leur programme de législature.
 
Et là, tout ce beau monde se réveille et vocifère, parce qu’Oskar Freysinger a confié à Despot un mandat externe de communication. Comme si le diable avait engagé le diable. Vous pensez, hurlent-ils, un copain ! À ces belles âmes, nourries soit de la plus doucereuse des candeurs, soit de la plus tenace des mauvaises fois, nous conseillons d’aller se renseigner sur l’entourage de nos conseillers d’Etat de Suisse romande, tous bords confondus. Et de revenir statuer sur le critère de « copinage ».
 
Qu’un magistrat socialiste engage un socialiste dans son état-major personnel, monnaie courante. Que les radicaux fassent de même, nul ne s’en émeut. Mais Freysinger-Despot, ça ne passe pas. Pure censure de quelques-uns, rien d’autre. Ces gens-là, qui se proclament d’ouverture, ont la tolérance bien sélective. Elle ne se pratique qu’à ceux qu’ils agréent. Parce que leurs idées ne les gêne pas.
 
 
Pascal Décaillet

 

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24/08/2013

L'Europe, le destin et l'urbanité du ping-pong

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Sur le vif - Samedi 24.08.13 - 18.33h

 

Encore les commissions parlementaires ! C'est, à l'entendre à l'instant (18.17h) sur la RSR, le seul horizon d'attente de Johann Schneider-Ammann, en matière européenne. Comme son collègue Burkhalter ! Comme si ce jeu de miroirs de la Berne fédérale était le seul théâtre d'opérations de la Suisse ! C'est justement le thème de mon édito du Giornale del Popolo, publié ce matin en une de ce quotidien tessinois, et reproduit ici, en début de matinée, sous le titre "La Suisse a-t-elle une politique européenne?".


Il ne s'agit pas de nier l'importance de la dialectique Gouvernement-Parlement via les commissions. Mais enfin, le débat européen, en Suisse, mérite une autre ampleur que cette urbaine partie de ping-pong entre acteurs du microcosme bernois. Il doit impérativement, ce débat, être celui de toute la nation. Comme il le fut, au fond, dans l'année 1992. Et cela, quelles que soient nos options: voie solitaire, bilatérales, adhésion. Les couches profondes du peuple citoyen doivent se réapproprier la discussion, même vive, sur l'avenir de nos relations avec l'Union européenne.

 

Parce que franchement, laisser cela à deux ministres sans vision, et à quelques commissaires de politique étrangère, ça n'est pas sérieux. Le destin suisse mérite mieux. Et les décisions à prendre devront être scellées d'une légitimité tellurique, celle qui vient d'en bas. Dans ce domaine comme dans d'autres, la démocratie directe devra avoir son mot à dire.

 

Pascal Décaillet

 

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La Suisse a-t-elle une politique européenne ?

 

Édito publié ce matin en une du Giornale del Popolo - Samedi 24.08.13


 
La question est simple : la Suisse a-t-elle un ministre des Affaires étrangères ? Réponse : oui, il s’appelle Didier Burkhalter, et s’est montré très actif cette semaine, en inaugurant la traditionnelle Conférence des Ambassadeurs, et surtout en tentant, mercredi, de donner un nouveau souffle à notre politique européenne. La Suisse a donc un ministre, magnifique. Mais a-t-elle pour autant une politique étrangère, notamment en matière européenne ? Là, la réponse est beaucoup plus complexe, et va chercher dans les limites d’un homme dont nul ne nie la sincérité de son attachement au pays, mais dont le charisme et la puissance de persuasion n’apparaissent pas comme les qualités premières. C’est dommage, parce que le rôle d’un ministre n’est pas seulement de peaufiner le travail en cabinet, mais de convaincre à grande échelle : Delamuraz, par exemple, avait cette fibre.


 
Ainsi, mercredi soir, à la Radio Suisse Romande, Didier Burkhalter apparaissait comme un homme pointilleux et précis, habile même peut-être, mais toujours aussi étriqué et décevant lorsqu’il définissait le champ à convaincre, ce que les spécialistes appellent l’horizon d’attente : cet espace, défini au plus large, n’est jamais donné comme étant le peuple suisse, pourtant souverain, mais au mieux c’est la Commission de politique extérieure du National ! Toujours, dans la tête du conseiller fédéral, cette hyper-représentation du Parlement, comme si ce dernier n’était que le seul théâtre d’opérations de notre politique. Un cercle fermé, caucasien comme chez Brecht, tracé à la craie, avec son éternel jeu de miroirs, mais dont la Suisse profonde, celle des millions d’électeurs et citoyens, se trouve coupée. On dirait que M. Burkhalter ne vit et n’existe que dans ce décor-là, celui des commissions parlementaires, au mieux le plénum, le tout sous la molasse sacrée de la Berne fédérale.


 
Mercredi toutefois, Didier Burkhalter a tenté de convaincre sur une échelle plus large. Il a dévoilé les intentions du Conseil fédéral en matière européenne : poursuivre la voie bilatérale, avec un mandat de négociation Berne-Bruxelles sur la question institutionnelle. Surtout, le ministre veut ignorer le débat qui a enflammé une partie de la classe politique suisse cet été, notamment du côté de l’UDC et du PDC : la question des juges étrangers. Pour rappel, les négociateurs du DFAE, à commencer par le secrétaire d’Etat Yves Rossier, sont entrés en matière pour que la Cour européenne de justice puisse être instance d’arbitrage, entre la Suisse et l’Europe, sur l’application des bilatérales. Tollé dans une bonne partie de la droite du pays, tous partis confondus, je dis bien tous.


 
Toujours mercredi soir à la RSR, le ministre s’embrouillait dans les arguments techniques pour tenter de nous convaincre que l’avis de la Cour européenne ne serait pas final. Assurément, l’argutie ne portera pas : la question des juges étrangers, qu’on remonte ou non à 1291 (je refuse pour ma part de m’ancrer dans une mythologie aussi lointaine), est très sensible au cœur et au patriotisme des Suisses. Elle ne passera pas. Sous-estimer la puissance de ce symbole, de la part d’un ministre, est une erreur, et le président du PDC suisse, Christophe Darbellay, a eu parfaitement raison de défendre l’indépendance et la souveraineté de notre pays. Il l’a fait dans un langage clair, calme, résolu, qui conforte sa position d’adversaire de M. Burkhalter, au sein de la famille de droite. La Suisse sait désormais, sur les questions de souveraineté, qu’elle peut compter sur un autre parti que l’UDC. Et d’ailleurs aussi, à titre plus ou moins avoué, sur d’innombrables membres du propre parti de M. Burkhalter !


 
Le pire, c’est qu’à l’issue de l’exercice, destiné à nous montrer à quel point M. Burkhalter avait le soutien du Conseil fédéral, on n’en sait toujours pas plus sur l’avenir de notre politique européenne ! Le contenu du mandat de négociation n’est pas public, on sait juste que la voie bilatérale va se poursuivre. Mais franchement, qui en aurait douté ? Au final, un ministre assurément respectable, mais qui devra prendre, dans les mois qui viennent, la dimension nationale de sa mission de conviction et de communication. Ça n’est pas le domaine où il excelle le plus. Allez, disons-le comme cela, pour terminer sur un euphémisme. Belle fin d’été à tous !


 
Pascal Décaillet

 

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23/08/2013

Pierre Maudet : pouvoir et propagande

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Sur le vif - Vendredi 23.08.13 - 16.57h

 

Celui qui tient les rênes du pouvoir doit non seulement accomplir des actes, mais savoir les communiquer avec talent. Didier Burkhalter n’a pas cette vertu-là. Pierre Maudet, en revanche, en est paré au-delà de toutes les espérances. Un surdoué de la transmission. Tant mieux pour lui. Et tant pis pour ceux qui, tombés dans les rets de sa propagande, n’ont pas le minimum de sens critique pour faire la part entre les mérites (bien réels, d’ailleurs) du ministre et l’exagération publicitaire de sa communication.

 

Dans ce dossier, il n’y a rien à reprocher à Pierre Maudet. Tout homme, toute femme de pouvoir tente d’avoir les médias de son côté et de propager la plus luisante des images. Bonaparte, dès la campagne d’Italie (1796), avait le génie non seulement de remporter des victoires, mais aussi de le faire savoir immédiatement par ce qui deviendra les « Bulletins de la Grande Armée ». Ainsi, toute la France sachant lire apprend qu’il existe, quelque part entre le col de Tende et la plaine du Pô, puis plus tard Lodi, Rivoli, un jeune général d’exception qui passe son temps à culbuter l’Autrichien, lui ravir drapeaux et canons : naissance d’une légende.

 

Je ne reproche rien à Pierre Maudet. C’est le jeu, la loi du genre. Et franchement, je préfère avoir affaire à la propagande exagérée d’un surdoué de la politique (ce que notre homme est) plutôt qu’au silence assourdissant d’un nul. Seulement voilà, il y a le corset qu’il essaye de plaquer sur la presse. La plupart d’entre nous apprécions Maudet, je crois même être l’un des premiers à l’avoir repéré, puis lui avoir largement donné la parole, naguère, à la RSR, et aujourd’hui encore, ce que je ne regrette nullement. Mais l’apprécier, cela ne doit pas signifier tomber dans les pièges de son hyper-communication. Je le dis ici franchement : je voterai pour lui; mais je dis en même temps que je ne suis pas dupe de sa propagande.

 

Car l’homme en fait un peu trop. Et dès cette rentrée, jusqu’au 6 octobre, puis 10 novembre, lui et les autres sortants ne manqueront pas de nous abreuver de conférences de presse, comme par hasard toujours valorisantes, communiqués de victoire, chiffres de délinquance en baisse, annonces de constructions, toutes choses relevant de leurs seules compétences techniques, et n’ayant rien à voir, vous pensez bien, avec les échéances électorales de cet automne. Là aussi, c’est le jeu, c’est de bonne guerre, tout le monde le fait depuis toujours, disons qu’il faut juste l’avoir un peu à l’esprit, plutôt que de tomber corps et biens dans le panneau.

 

Mais Maudet va plus loin. Sa mainmise sur la presse écrite, à Genève et dans l’arc lémanique, devient franchement inquiétante. Ici, quelque séminaire alpin, en rupestres altitudes, avec d’éminentes huiles de la presse. Là, une connivence de plus en plus en marquée avec les cadres de la presse orangée, de semaine ou dominicale. Et les actes de ce héros au sourire si doux, de son lever aux aurores jusqu’aux vêpres lointaines, répertoriés, enluminés, comme aux plus riches heures du Duc de Berry, en lettres d’or.

 

Pour exercer au mieux le pouvoir, il faut savoir faire, puis faire savoir. Pierre Maudet, très bon ministre et communicateur hors de pair, possède ces deux qualités. Assurément, nous n’allons pas nous en plaindre : je préfère mille fois le talent à l’incapacité. Il me semble simplement que les observateurs professionnels de la vie politique devraient être un peu moins dupes de la dimension de propagande de ce pouvoir. Car entre Maudet, son collègue radical, les fifres et sous-fifres de leur toile de pouvoir et de leur Garde Noire, pourrait bien s’installer, si nous n’y veillons quelque peu, dans les cinq ans qui nous attendent, une forme de pouvoir excessive, personnelle, contrôlant tout, même la presse. La domination absolue d'une clique prétorienne soudée, ivre d'accroître son hyper-contrôle de tout. L’intérêt supérieur de la République n’est pas d’aller dans cette direction-là.

 

Pascal Décaillet

 

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22/08/2013

Meienberg: la chaleur et le feu

 

Sur le vif - Jeudi 22.08.13 - 14.31h

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A juste titre, le Temps rend hommage ce matin à l'un de nos plus géniaux imprécateurs: Niklaus Meienberg, qui choisissait de quitter ce monde il y a bientôt vingt ans.

 

En voilà un autre, comme Ziegler, dérangeur, emmerdeur, insupportable, mais tellement suisse, tellement attaché à ce pays, notamment cette Suisse orientale dont il était issu, et dont nous dirons qu'il a fréquenté quelques grandes familles.

 

Jamais je ne manquais une seule de ses chroniques, ni dans la Wochenzeitung, ni dans la Weltwoche. Il avait, dans sa plume, cette sorte de charge explosive qui enlumine plutôt qu'elle ne détruit, réchauffe et donne la vie, suscite plutôt que d'anéantir.


Il a écrit, il a pris position, il a rédigé des livres, fait des films. Il a provoqué, mais toujours en donnant du sens. Encore un avec lequel je n'étais pas toujours d'accord, mais dont l'incroyable talent ne pouvait que nous retenir, nous accrocher, nous interpeller. Il venait déchirer nos indifférences, ne laissait personne tranquille, jamais. Et cette sainte inquiétude, amoureuse et conflictuelle, jamais satisfaite, oui la liturgie de feu de cette colère, celle qui nous arrache au prévisible, j'aime cela, depuis toujours.

 

Revenez un jour, Monsieur.

 

Pascal Décaillet

 

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21/08/2013

Jean Ziegler et la sirupeuse eucharistie des cocktails

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Sur le vif - Mercredi 21.08.13 - 12.40h

 

Je suis ami à la fois avec Pierre Weiss et Jean Ziegler. Deux compatriotes imaginatifs, courageux, ne craignant pas la solitude. J'aime les hommes de coeur, au sens cornélien, celui du courage, de l'engagement. Et n'apprécie pas, mais alors pas du tout le procès en "non-Suissitude" intenté à Ziegler. C'est bien le dernier argument qu'on puisse porter contre lui.



Il n'y a pas de bons Suisses ni de mauvais Suisses, nous sommes tous concitoyens. Et nul n'a le droit de contester à Ziegler l'ambition de représenter son pays. Il en fait partie intégrante, il en est une grande voix, agréable aux uns, insupportable aux autres, mais une voix, une clameur, un tempérament de feu. Au passage, Ziegler est, avec Blocher, le Suisse le plus connu à l'étranger. Régulièrement invité sur les chaînes allemandes, où il excelle.



Et moi, qui le connais depuis tant de décennies, et ne partage évidemment pas beaucoup de ses idées, je dis ici: "Attaquez-le sur le fond, étrillez-le si vous voulez, mais en aucun cas vous ne pouvez lui contester la qualité de son attachement au pays". Natif de cet Oberland dont il parle aujourd'hui de façon bouleversante, Ziegler est Suisse, profondément Suisse, il critique certains aspects de notre pays, on le rejoint ou non, mais cette dialectique, souvent rude, fait partie de notre débat national. Elle nous provoque, nous irrite, nous exaspère peut-être, mais je préfère mille fois la sainte vérité de cette engueulade interne à la tiédeur de ceux qui ne prennent jamais de risques, histoire de demeurer copains avec tout le monde. Surtout pas d'éclats. Surtout pas de vagues. Surtout pas d'histoires. Juste frayer, sourire aux lèvres, dans la sirupeuse eucharistie des cocktails.

 

Pascal Décaillet

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17/08/2013

Novembre 1918: la clef pour tout comprendre

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Samedi 17.08.13 - 16.46h

 

Hier soir, assez tard, sur la chaîne Toute l'Histoire, passionnante émission sur les tout derniers jours (fin octobre, début novembre 1918) de la Grande Guerre, sur le front franco-allemand, ou plus exactement le front des Alliés (avec Foch comme généralissime) contre les redoutables armées du Kronprinz.



Peu de gens le savent, même si les plus grands historiens, comme Pierre Miquel, le rappellent régulièrement: tout s'est joué au dernier moment. Des deux côtés, on s'attendait à un nouvel hiver de guerre, on n'entrevoyait pas d'issue avant le printemps 1919. L'armistice du 11 novembre 1918 fut une surprise pour presque tout le monde.



Même l'ultime offensive alliée, qui renouait enfin avec la guerre de mouvement, fut beaucoup mieux contenue par les Allemands qu'on ne le dit souvent. Assurément, la défaite ne fut pas militaire, mais politique. Dissensions entre le Reichstag et Ludendorff, mise à l'écart du Kaiser, rôle des sociaux-démocrates, Révolution allemande le 9 novembre, avant-veille de l'armistice.



Tout cela, l'émission d'hier le rappelle admirablement. On sait à quel point Hitler, dès 1919 et infatigablement jusqu'au 30 janvier 1933, date de sa prise de pouvoir, accusera les "hommes de novembre 1918", les accablant de tous les torts. La fameuse thèse du "coup de poignard dans le dos". C'est un thème majeur des nationalistes allemands, pas seulement nazis, pendant toute la République de Weimar.



L'émission d'hier m'a donné envie de relire deux ouvrages qui m'avaient fasciné naguère: d'abord "Die Geächteten", les Réprouvés, d'Ernst von Salomon, qui commence dans la pagaille des démobilisés de novembre, décembre 1918, et la naissance des premiers corps-francs. Et puis, surtout, un chef d'oeuvre littéraire, "November 1918", d'Alfred Döblin, l'un des plus grands romans allemands de la première partie du vingtième siècle. Période n'en fut pourtant pas avare, c'est le moins que l'on puisse dire.

 

Comprendre novembre 1918, côté allemand, dans un pays en totale effervescence, entre Spartakistes, nationalistes et sociaux-démocrates, c'est saisir un grand nombre de clefs pour comprendre la tragédie qui se produira vingt ans plus tard.

 

Pascal Décaillet

 

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16/08/2013

La Drôle de Guerre

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Sur le vif - Vendredi 16.08.13 - 18.47h.

 

Au moins dix personnes, depuis le début de la semaine, me demandent mes pronostics pour les élections du 6 octobre, voire celles du 10 novembre. A tous, j'adresse la même réponse: JE N'EN SAIS STRICTEMENT RIEN ! La vraie campagne n'a même pas encore commencé, nous n'en sommes qu'à la Drôle de Guerre, vous savez celle où l'on s'épie, se toise, teste des rumeurs, joue avec les nerfs. Parfois, de nuit, deux patrouilles adverses s'égratignent, mais en réalité rien de décisif ne se produit. Lisez Sartre, les Carnets de la Drôle de Guerre, c'est magnifiquement écrit. Ou Julien Gracq, dans un style de génie.



Normal. C'est trop tôt. Parodiant l'Ecclésiaste, nous dirons qu'il y a un temps pour la Drôle de Guerre, et un temps pour la Guerre tout court. Il y a un 2 septembre 1939, et un 10 mai 1940. Un temps pour la guerre de position, tranchées ou Maginot, un temps pour l'offensive. Ce temps-là, qui ne manquera pas d'arriver, n'est pas encore venu. Et l'attaque décisive, nul ne sait d'où elle viendra.



Et puis, de toute manière, tout pronostic est Dieu merci impossible. La campagne appartient à ceux qui la mènent, tous partis confondus. A leurs puissances de vision et de stratégie, leurs capacités d'alliances, leurs analyses de terrain. Et tout se jouera dans les dernières lignes droites.


Tout le reste n'est que supputations. Allez, je poste ce blog à 1847h. L'heure exacte du Sonderbund.

 

Pascal Décaillet

 

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La leçon de Jacques Vergès

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Sur le vif - Vendredi 16.08.13 - 01.34h

 

Prodigieuse leçon que celle de Jacques Vergès, qui nous quitte à l’âge de 88 ans. La leçon d’un homme libre. La leçon d’un homme seul. La leçon d’un immense avocat, d’un courage exemplaire. Franchement, défendre les gens du FLN en pleine bataille d’Alger, alors que la grande majorité de l’opinion publique demeure favorable à l’Algérie française, et à la peine de mort, il fallait un cran difficile à imaginer aujourd’hui. Mieux : défendre Barbie à Lyon, la ville même où le nazi avait sévi, torturé Jean Moulin, envoyé à la mort les enfants d’Izieu, il faut là un goût de la posture minoritaire totalement au-dessus du commun.

 

Vergès nous rappelle que tout prévenu, même accusé des pires crimes, a droit à un avocat. Et que le rôle de l’avocat, parfois contre tous, contre la toile d’araignée de l’opinion publique, est simplement de défendre son client. Et que cette défense passe par la tentative, intellectuelle mais sans doute aussi spirituelle, de le comprendre.

 

À cela s’ajoute une puissance de persuasion hors du commun. Un verbe précis, rapide, fulgurant, un discours comme la foudre. Le génie du plaideur, à l’état pur.

 

Cet homme incroyable s’en va avec les innombrables mystères de sa vie, peut-être l’immensité d’une solitude, qui sait ? Des êtres, nous ne savons rien. De nous-mêmes, moins encore. Mais c'est, paraît-il, une autre affaire.

 

Pascal Décaillet

 

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13/08/2013

Pierre Pascal (1927-2013) - Hommage

 

Mardi 13.08.13 - 11.47h

 

Il était bâti comme le commissaire Maigret. Solide, charpenté, épaules larges, physique de boxeur et de rugbyman, deux sports qu’il avait pratiqués dans son sud-ouest natal. Nous, la volée de la Maturité fédérale d’avril 1976, notre premier contact avec lui date du début de la Seconde, septembre 1973, il y a juste quarante ans. Pendant ces trois années scolaires, il allait être notre professeur, notre référence, mais à vrai dire beaucoup plus que cela : notre maître, au sens si puissant où l’entend Péguy dans les Cahiers de la Quinzaine, 1913. Ce lien profond, indescriptible, qui scelle la mémoire et ravive les sens.

 

Entre le maître et l’élève, ce genre de maître en tout cas, s’établit une relation pour la vie, et sans doute aussi au-delà de la vie, d’où mon émotion, la nôtre, celle de toutes ces centaines de jeunes qui eurent le privilège de suivre ses cours. L’Abbé Pierre Pascal (1927-2013) vient de nous quitter à l’âge de 86 ans, dans ce diocèse d’Agen dont il était originaire et où il était allé passer sa retraite. Cet homme incroyable était, au sens le plus fort, le plus marmoréen, une figure. Je viens ici lui rendre hommage.

 

Je l’ai connu de l’âge de quinze ans à celui d’un peu moins de dix-huit, autant dire les années qui marquent. Il nous a enseigné le latin, langue dont il avait une connaissance d’une incroyable intimité, en Seconde, mais avant tout le français, la branche phare, amirale, celle que tout adolescent un peu sensible aux textes, à la poésie, attend. À mes collègues, il enseignait aussi l’anglais. Sur les onze années (1965-1976) que j’ai passées à l’Institut Florimont, Pierre Pascal est, avec René Ledrappier, le professeur qui m’a le plus impressionné. Parce qu’à cet âge-là, qui est de musique et de poésie, mais aussi déjà d’angoisses, on a besoin d’un aîné qui vous prenne par la main, et, sans rien imposer, vous initie. Cette tâche, qui est celle du guide, il l’a accomplie au-delà de toute espérance.

 

Mais surtout, quel homme ! Avec sa faconde de Gascon, ses histoires extraordinaires, ici la Résistance, là la loge d’une cantatrice, il nous racontait sa vie, ses vies, la boxe et le rugby, picaresque comme on n’en fait plus. Il nous faisait rire, rêver, ses cours étaient de ceux où toujours quelque chose surgit, il en était le centre, comment eussiez-vous voulu qu’il en fût autrement ? Il exagérait, inventait, déployait le roman de son existence, mais aussi a su nous parler avec maestria des grands courants de la littérature française, disons depuis Rabelais. Chacun de ses cours était une histoire, passait par le récit, était attendu comme tel par chacun de nous. Au fond, nous allions au spectacle. «Que diable va-t-il encore nous raconter aujourd’hui ? ».

 

Pierre Pascal n’était pas vêtu comme un abbé, Vatican II avait déjà relégué la soutane, mais avec une veste et une cravate, toujours impeccable, pas fâché de plaire, ce qui lui donnait un peu l’allure d’un entraîneur de rugby au moment de recevoir la Coupe, ou d’un gentleman-farmer, distingué, avec un zeste de parfum, dès les premières heures du matin : l’état ecclésiastique n’était pas pour lui synonyme de relâchement physique, ni vestimentaire. Et puis, il y avait ces fameux moments réguliers qu’il passait à la Radio Suisse Romande, pour enregistrer ces fameuses Minutes œcuméniques qui ont réveillé sous sa voix, avec la saveur de son accent méridional, de 1972 à 1981, des générations d’auditeurs, juste avant le journal de 7h. « C’est ton prof qui vient de parler ! », s’écriait ma mère, émue de la notoriété romande de ce personnage dont je parlais quasiment à tous les repas. Je trouvais magique, irréel, qu’un homme puisse faire de la radio.

 

Je n’ai parlé ici que du professeur, et revis avec émotion ces années si déterminantes. Je pense à mes dix camarades de la volée avril 1976, mais aussi à tous ceux qui ont connu le Père Pascal. Comme enseignant, ou plus tard comme curé à Compesières, ou simplement comme ami. Il fait partie, comme René Ledrappier, de ces hommes qui vous marquent pour la vie. Une personnalité hors du commun. Tous ceux qui l’ont fréquenté, je crois, se reconnaîtront peut-être un peu dans ces quelques lignes. Hommage à lui, plus présent que jamais, dans nos mémoires.

 

 

Pascal Décaillet

 

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12/08/2013

Un service pour tous, militaire ou non

 

Sur le vif - Lundi 12.08.13 - 15.14h

 

D'abord, se prononcer sur l'initiative du GSSA. Ce sera non. Ensuite, amorcer une vaste réflexion sur une refonte totale du système. Je serais partisan - je l'étais déjà lorsque j'ai appartenu à la Commission Schoch en 1990, nous avions siégé vingt-cinq jours, décentralisés dans toute la Suisse - d'une obligation pour tous de "faire quelque chose pour la communauté nationale". Et en effet, pas obligatoirement quelque chose de militaire. Certaines personnes n'aiment pas le métier des armes, à quoi bon le leur imposer ? Il y a tant et tant de manières, depuis l'aide dans les EMS à celle en faveur des personnes handicapées, en passant par les services civils, où je connais des gens très motivés, de "faire quelque chose" pour la collectivité.



Pour moi, la vraie question est là. Le problème, c'est qu'il nous faut d'abord répondre à l'initiative du GSSA. Qui pose très mal les choses. Et, de facto, va nécessairement nous entraîner dans le traditionnel débat, dont la Suisse a la spécialité tous les vingt ans, pour ou contre l'armée. Le nom même du groupe des initiants dévoile son objectif final, ce qui rend quelque peu spécieuse sa prétendue finalité à ne s'en prendre qu'à l'obligation de servir. Il est clair que pour eux, la votation du 22 septembre n'est qu'une étape intermédiaire vers un objectif final clairement annoncé dans le libellé même de leur sigle: GSSA = Groupement pour une Suisse sans Armée. C'est au moins clair.



Pour ma part, je suis favorable à une Suisse avec armée, mais encore et toujours à redéfinir, et là certains arguments du professeur fribourgeois interviewé par le Temps vont dans le bon sens. J'aurais même pu entrer en matière sur un socle professionnel, que je ne perçois pas comme une menace prétorienne pour le pays. Hélas, en posant la question de la seule obligation, en étant qui ils sont, en ayant le nom qu'ils ont, et en tentant de nous faire oublier leurs finalités suprêmes, les gens du GSSA nous font perdre un temps précieux. Il faudra d'abord refuser leur initiative, ce qui sera fait le 22 septembre. Et puis, seulement après, il faudra quand même aborder cette question d'un service pour tous, à la collectivité, un service de solidarité nationale, dont l'aspect militaire ne serait qu'une option parmi d'autres.



Hélas, le GSSA oblige tous ceux qui veulent une réforme du système à une manœuvre en deux temps. D'abord, dire non. Puis, trouver un consensus national sur autre chose. De plus large. Où demeure le ciment, mais pas nécessairement par le choix des armes.

 

Pascal Décaillet

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Contraire à l'esprit libéral : et alors ?

 

Sur le vif - Lundi 12.08.13 - 10.42h

 

Contraire à "l'esprit libéral", l'obligation de servir, nous dit dans le Temps un éminent professeur fribourgeois.

Oui, sans doute contraire à l'esprit libéral.

J'ajoute juste: "Et alors ?".

Au mieux de l'intention de ce professeur, il convaincra quelques libéraux de voter le texte du GSSA, et même cela j'en doute, car libéral, ça n'est pas libertaire.


Mais enfin, soyons fous, et admettons que ce génial professeur réussisse à convaincre tous les libéraux de Suisse.

Il restera une majorité très nette, celle de la votation de septembre, qui montrera son attachement, j'en suis certain, à d'autres valeurs que simplement faire individuellement ce que chacun veut. Libéral, au sens politique, ça n'est pas libertaire, loin de là: tous les grands penseurs libéraux, du moins sur le continent européen, de Tocqueville à Aron, intègrent puissamment la dimension de l'Etat. Et s'expriment, très clairement, sur la part de contrainte qu'implique la vie en collectivité. Je vous renvoie notamment à "L'Ancien Régime et la Révolution", qui n'est pas exactement un traité de bien-vivre sur une plage ensoleillée.

Un État, c'est quelque chose de dur, de régalien. Ca passe par une forme (parfois pénible, avouons-le) de contrainte, on le voit aussi dans la fiscalité. Il est plus agréable d'aller à la mer qu'à l'armée, de garder son argent pour soi que de payer ses impôts. Mais voilà, un Etat, ça passe par des sacrifices. Ca passe par le renoncement au mythe de la totale liberté individuelle. Et la somme de ces renoncements, de ces sacrifices, constitue une part de notre trésor commun. En Suisse, nous avons une chance exceptionnelle: la définition de ces sacrifices, c'est le peuple souverain qui la donne. En cela, fantastique auto-goal, le GSSA permettra sans aucun doute au système de milice, en septembre, de recevoir une piqûre de rappel inespérée en matière de légitimité.

Je crains que cette dimension sacrificielle ait très légèrement échappé à notre très éminent disciple de Milton Friedmann. Il est pourtant assez convaincant, ce professeur fribourgeois, lorsqu'il s'exprime sur les effectifs et la pléthore, par exemple. Convaincant, sauf lorsqu'il se heurte au tragique de l'Histoire, ou à sa résurgence toujours possible.

Il est donc séduisant et percutant. Sauf sur l'essentiel.

 

Pascal Décaillet

 

10:42 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/08/2013

6 octobre: élisons les meilleurs !

 

Sur le vif - Vendredi 09.08.13 - 15.32h

 

35 ans que je vote, et toujours, pour les élections, une liste vierge. Une centaine de députés à élire, eh bien j’écris (jusqu’à) cent noms, à la main, tous partis confondus. Homme de droite, j’ai toujours voté aussi pour des gens de gauche, et certaines grandes figures socialistes, de Willy Brandt à Tschudi ou André Chavanne, en passant par Olof Palme, ou d’ailleurs Pierre-Yves Maillard, sont de celles qui m’impressionnent le plus. Si je devais mentionner un parti pour lequel j’ai toujours voté, depuis 1978, je dirais le parti radical. Pour les autres, c’est peut-être plus sporadique. Et surtout, ça dépend des personnes.

 

Car nous devons voter pour des personnes. Sinon, pourquoi les partis nous proposeraient-t-ils des listes avec une trentaine, ou une cinquantaine, de prénoms et de noms, accompagnés de trente ou cinquante visages ? Pourquoi les têtes des candidats seraient-elles sur des affiches ? S’il est une dimension de la politique où le mot « humanisme » (tellement galvaudé, j’y reviendrai) a tout son éclat, c’est bien dans cette primauté de la personne humaine, la nécessité de ses qualités pour l’intérêt général.

 

Alors, qui ? Chacun d’entre nous jugera. Et je n’ai, pour ma part, pas la moindre idée de ce que sera le rapport de forces législatif, au soir du 6 octobre. Mais je sais quels sont les profils qui me retiennent. Et ceux dont je ne veux pas. Ces profils ne tiennent ni au parti, ni à l’âge (rien de plus détestable que d’ériger, dans un sens ou un autre, la génération en critère), ni au sexe, ni à la profession, ni au statut social. Non, c’est autre chose : j’ai besoin d’élire des gens en qui je puisse avoir confiance. De gauche, de droite, hommes ou femmes, mais des fibres humaines à qui je puisse être fier de déléguer, pour cinq ans, mon pouvoir citoyen de décision.

 

Alors, qui ? Disons que j’ai mon casting, et les dizaines de milliers d’autres électeurs ont le leur, et le produit cartésien de tous ces castings nous donnera le résultat. Mais l’essentiel, c’est la confiance. Elle s’obtient auprès de moi par un mélange de qualités : la sincérité, la puissance de conviction, la force de solitude, l’indépendance d’esprit, l’absolue nécessité de ne rien devoir à personne, la culture, la connaissance du passé, à commencer par l’Histoire de son parti.

 

L’inculture, ou l’amnésie sur les racines historiques, philosophiques d’une formation dont on a le culot de revendiquer les couleurs, est ce qui m’insupporte le plus. En moins d’une minute, je vois si un candidat, comme le Genevois Maudet, le Fribourgeois Kilchenmann, le Genevois Carasso, le Valaisan Nantermod, a du souffle et vient de loin, dans son équation à la politique, ou s’il est juste là par hasard, ou par tradition familiale, ou surtout par pur arrivisme.

 

L’arrière-pays ! La connaissance ! Voilà, hélas, ce qui est si rare, nous manque tant, si souvent remplacé par le bluff, le culte du renouveau générationnel, le mythe de « la politique autrement », tout ces prétextes camouflant, sous le vernis de puissants concepts à la mode, l’arrivisme personnel. Alors oui, pour ma part, comme citoyen, je sais les repérer, ceux en qui je peux avoir confiance, et les autres. Les critères que je vous ai donnés vont chercher davantage dans la puissance d’un caractère, l’aptitude à la solitude, la fidélité à des valeurs, que dans le statut social, les grands discours, la capacité à mettre en scène son ubiquité dans les festivités.

 

Le caractère avant tout, parce que nous allons vers des temps difficiles, notamment sur le plan des finances et du budget. Parce qu’il faudra faire des choix et les assumer. Tenir. Résister aux pressions. Tout cela, au nom d’un modèle de société auquel on croit. Vaste programme, qui exige les meilleurs. À nous, simplement, de les choisir.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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06/08/2013

Tous bourgeois, Monsieur le Commissaire !

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Sur le vif - Mardi 06.08.13 - 14.35h

 

Une partie de la droite suisse, dont un noble de Fribourg, semble avoir des problèmes avec le mot « bourgeois ». Le vocable suinterait l’argent, les grosses joues repues, les favoris à la Daumier qui pendouillent dans le vide, le gilet du costume trois pièces, l’arpent qui s’ergote et se mégote chez le notaire, la chanson de Brel, le mobilier Louis-Philippe, le bas de laine, les querelles de succession, Flaubert et Maupassant, Restauration et Second Empire, tilleul dans le jardinet, délimité par le muret. À en croire l’Eminence fribourgeoise, le mot aurait quelque chose de vulgaire, ce qu’il convient de cacher, ne surtout pas nommer. Je suis bourgeois, mais ne le dites pas, ma mère me croit grenadier dans la Grande Armée.

 

Le patricien de la Sarine a tort. Le mot « bourgeois » n’a rien d’une insulte, loin de là. Qu’on se réfère ou non à l’allemand « Bürger », qui inclut davantage la fonction citoyenne, il représente un très grand mouvement dont l’Histoire n’a pas à rougir : les bourgeois, de la Révolution française (dont ils furent les principaux acteurs) à aujourd’hui, en passant par le maelström de 1848, ont écrit deux siècles de notre destin commun, ils ont codifié nos institutions et donné à nos pays une prospérité sans précédent. Historiquement, la bourgeoisie, il conviendrait avant tout de lui rendre hommage.

 

Seulement voilà, le mot ne va pas. A cause d’Honoré Daumier. A cause de Louis-Philippe, fils du régicide. A cause de Brel et de cette maudite usine de cartons de son père. Sans doute aussi parce qu’à l’oreille, les syllabes n’en sont guère étincelantes, avec le ramollissement de ce « g » mitoyen, et cette diphtongue et forme de volaille gavée qui semble s’éclaffer sur une impasse. Les préjugés, c’est comme les cochons : ils ont la vie dure, le cuir épais, le tout nourri par deux siècles d’une imagerie impitoyable, où la culpabilité de l’Argent (lisez Péguy) le dispute à la jalousie. Oui, la bourgeoisie est un roman, elle est le thème des plus grands chefs d’œuvre de l’Allemand Theodor Fontane, et de nos plus grands romanciers francophones de la seconde partie du dix-neuvième siècle. Elle est notre passé, notre condition, notre non-dit.

 

Nul, évidemment, mieux que Brel n’en a parlé, avec la chute extraordinaire de sa chanson, Maître Jojo et Maître Pierre allant se plaindre chez Monsieur le Commissaire. Il y aurait pourtant lieu, si le rationnel en ce monde avait sa moindre chance face à la puissance de l’image, de réhabiliter ce mot, en soulignant l’apport historique sans précédent, depuis la Révolution française, de la bourgeoisie. Car bourgeois, ça ne signifie pas profiteur. Ni spéculateur. Ni capitaliste de casino. Ni strangulateur des libertés, bien au contraire. Les grands partis qui ont fait notre Suisse moderne sont des partis bourgeois, et même chez les socialistes, la plupart des grandes figures (à l’exception, notamment, du remarquable Willy Ritschard) sont d’essence et de culture bourgeoises, bien loin d’un prolétariat qu’ils étaient censés défendre, l’imparfait en l’espèce s’imposant. Ne parlons pas de la France : François Mitterrand est un bourgeois catholique de la province charentaise, plus proche du girondin Mauriac que des caciques de la SFIO. Bref, la bourgeoisie est partout, elle nous constitue, fonde notre condition, détermine nos visions.

 

En conclusion, j’inviterais l’Eminence sarinienne, à neuf jours d’une Fête à laquelle je la sais attachée, à faire preuve d’un peu d’assomption. Assumer sa condition (politique, sociale, économique, si ce n’est dans son cas celle du sang), reconnaître la valeur d’un mouvement historique deux fois centenaire, et sans lequel nous ne serions rien. Assumer, oui. Et peut-être, un jour, arriver à dire le mot. Malgré Daumier. Malgré Brel. Malgré les fulgurances de Péguy. Mais en reconnaissance aux générations qui nous ont précédés. Ce texte que je viens d’écrire, je le dédie à mon père, qui se levait tous les matins à 05.30h pour aller travailler, a passé sa vie à construire des ponts et des tunnels, et n’avait aucunement à rougir d’une vie entière d’effort pour s’affranchir de la précarité, et préparer une condition un peu meilleure pour ses enfants.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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04/08/2013

Eveline et Didier

 

Sur le vif - Dimanche 04.08.13 - 12.56h

 

Le président du PDC attaque Didier Burkhalter, mais protège EWS.

Les PLR attaquent EWS, mais protègent Didier Burkhalter.

Pour ma part, les choses sont claires:


1) Mme EWS pratique une politique catastrophique, notamment dans l'affaire des successions avec la France, et en allant s'afficher avec un Pierre Moscovici, tout heureux de faire paravent et diversion à son propre rôle dans l'affaire Cahuzac. Les PLR et UDC ont donc totalement raison de l'attaquer.



2) M. Burkhalter, dont l'engagement pour les bilatérales est correct et conforme à la volonté du souverain, a commis une faute politique en laissant son secrétaire d'Etat, M. Rossier, entrer en matière sur une saisine possible de la Cour européenne de justice pour arbitrer les litiges entre la Suisse et l'UE, pour ce qui concerne les bilatérales. Cela a un fumet de juges étrangers, ça n'était vraiment pas le moment, surtout dans le contexte actuel, de délivrer un tel message. Cela, je suis persuadé que nombre de PLR, qui défendent leur conseiller fédéral, en sont intérieurement conscients. Cette bourde n'est de loin pas comparable avec l'accumulation des fautes de Mme EWS, mais le président du PDC, à Saas Balen, a eu raison de la dénoncer, Ce que nous faisons ici, au demeurant, depuis le premier jour.



En résumé, les comportements de ces deux conseillers fédéraux, à des degrés de gravité divers, laissent à désirer, et ne sont pas ceux que la population attendrait, en période de crise et d'attaques venues de toutes parts. Il nous est arrivé, depuis 1848, d'être dirigés par un meilleur collège.

 

Pascal Décaillet

 

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03/08/2013

Les puissantes analyses, trois jours après

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Sur le vif - Samedi 03.08.13 - 11.11h

 

Toujours à la pointe de l'actualité, le Temps nous propose seulement aujourd'hui, samedi 3 août, une analyse (intéressante, d'ailleurs) du discours de Christophe Darbellay, tenu à Saas Balen le mercredi 31 juillet. Il était pourtant possible de réagir immédiatement, y compris dans l'analyse et la perspective, sur le site internet du journal. On même dans l'édition papier d'hier, vendredi 2 août.



Ces retards à répétition des journaux papier sur les versions électroniques, blogs ou réseaux sociaux, affaiblissent leur crédit dans l'une des concurrences basiques de la fonction journalistique, et cela depuis les premières dépêches télégraphiques du dix-neuvième, pour ne pas remonter à Théophraste Renaudot: la rapidité de réaction. J'ai infiniment travaillé sur l'Affaire Dreyfus (1894-1906): à l'époque déjà, les grands journaux, de celui de Clemenceau à ceux des socialistes ou des nationalistes, ouvraient plusieurs fois par jour pour de nouvelles éditions, ne changeant parfois, au marbre, qu'un seul papier, parce qu'il donnait une nouvelle. C'était, un quart de siècle avant la radio, comme un flash d'actualité.


Considérée comme secondaire, voire superficielle, par toute une bande d'intellos ou d'analystes des médias qui n'ont sans doute jamais écrit un article de leur vie, ni fabriqué une page, ni dirigé une édition, ni donné une nouvelle à la radio, ni commenté un événement en direct, la rapidité de réaction demeure, ne leur en déplaise, l'une des fonctions cardinales de la vitalité de la presse. Et ne venez pas me dire qu'elle est antinomique de la réflexion, de la perspective, de l'arrière-pays: c'est faux, archi-faux, quand on a un peu d'expérience et de connaissance des dossiers, un commentaire pesé, distant et pertinent peut intervenir très vite. Nul besoin d'attendre trois jours !



La rapidité n'est évidemment pas tout. Mais elle est nécessaire, si le mot "news", en français "nouvelle", en grec "Ta Nea", en allemand "Nachrichten" a encore un sens. Jusqu'à nouvel ordre, il n'est pas hérétique de considérer qu'être le premier à donner une nouvelle (d'intérêt public, exacte, intéressante, of course) est plutôt une vertu dans ce métier.



Lorsque j'engage ou recommande un jeune journaliste, entre autres qualités, je cherche immédiatement à déterminer s'il est habité par le flair, l'ouverture, la curiosité, la rapidité. Bref, pour faire ce métier, c'est pas mal d'être un peu réveillé. Bonne journée à tous.

 

Pascal Décaillet

 

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