04/09/2013

La Suisse n'est pas gouvernée

 

Chronique publiée dans Tribune (Le Journal du PLR vaudois) - No 7 - Mercredi 28.08.13

 

Dans cette chronique, je vais faire plaisir aux lecteurs PLR, parce que je dirai du mal de Mme Widmer-Schlumpf. Mais je vais aussi m’attirer leur colère, parce que je dirai pis-que-pendre de M. Burkhalter. C’est ainsi lorsqu’on écrit : on froisse toujours un camp. Ou alors, il faut choisir un autre métier. Cireur de bottes, par exemple.

 

Une chose est sûre : la Suisse de 2013 n’est pas gouvernée. Elle est au mieux administrée, et encore elle l’est mal. D’un côté, une ministre des Finances qui passe son temps à capituler. De l’autre, un ministre des Affaires étrangères qui a laissé instiller la possibilité de juges étrangers. Dans les deux cas, nous avons affaire à de graves signaux d’abandon de notre souveraineté, et même de notre fierté nationale, parce que la Suisse n’a pas vocation de dominion, encore moins de sujet, ni de satellite, ni de protectorat. Non, la Suisse est un Etat indépendant, au même titre que ses voisins, elle doit être respectée comme tel. Le moins qu’on puisse dire est que nous n’en prenons pas le chemin.

 

Commençons par Mme Widmer-Schlumpf. Dans l’affaire de l’accord avec la France sur les successions, comme dans celle de l’accord américain, c’est toujours la même chorégraphie : on commence par la génuflexion, en s’imaginant qu’on va amadouer le partenaire, sous le seul prétexte qu’il donne de la voix. En clair, on se laisse impressionner. A cet égard, la triste comédie de Bercy, où une conseillère fédérale s’est rendue auprès du ministre français des Finances comme on chemine vers Canossa, et mon ami Pierre par-ci, et mon amie Eveline par-là, et cette odieuse évidence de la subordination de la Suisse dans l’affaire, notre pays n’a pas été grandi par cet épisode. Puisse le Parlement réserver à cet accord le même sort qu’à celui des Etats-Unis. Voilà pour la partie plaisante au lectorat PLR.

 

J’en viens à la seconde, celle qui implique le conseiller fédéral radical romand, oui l’héritier des Chevallaz, Delamuraz ou Couchepin. Comment M. Burkhalter, dont on dit qu’il dirige la diplomatie suisse, a-t-il pu laisser son Secrétaire d’Etat, le très contesté M. Rossier, entrer en matière sur la possibilité de saisine de la Cour européenne de justice pour trancher les litiges dans le domaine des bilatérales ? Pacte fédéral ou non (je ne remonte jamais, pour ma part, à des temps aussi lointains, où la part du mythe doit être dégagée), il est certain que l’opinion publique suisse ne veut pas de juges étrangers. Fussent-ils les meilleurs du monde, les plus éclairés, les plus sages. De la part du chef du DFAE, c’est une erreur politique, et le président du PDC suisse, Christophe Darbellay, a parfaitement raison de la condamner.

 

Alors, quoi ? On ne va pas changer les ministres en pleine législature, je sais. Encore moins les faire élire par le peuple, j’ai bien compris le récent verdict du souverain à ce sujet. Mais nous, les citoyens, les patriotes de ce pays, nous qui l’aimons, nous avons au moins le droit de dire notre colère. Face à ce gouvernement qui n’en est pas un. Face à ce règne de la prosternation, là où, au contraire, il faudrait avoir la raideur de la fierté, le regard droit du négociateur qui n’entend pas s’en laisser conter. Ainsi, sur les affaires fiscales, qu’attend le Conseil fédéral pour lancer une offensive ? Demander, à son tour, des comptes aux pays anglo-saxons sur leurs paradis fiscaux à eux. Tenir l’initiative, plutôt que subir, subir et subir encore. C’est pourtant cela, et rien que cela, la politique.

 

Pascal Décaillet

 

13:10 Publié dans Chroniques Tribune VD | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Il faut voir les choses lucidement : la Suisse ne décide plus en souveraine des affaires qui la concernent. Que faire ? Mais, mon bon Monsieur, ce que les pro-européens vous conseillent depuis des décennies...

Écrit par : Situtombes | 04/09/2013

La Suisse de 2013 n'est pas gouvernée! Quel scoop! Celle de 2012, 2011, 2010, etc. non plus d'ailleurs.

Widmer-Schlumpf, Burkhalter... Vous oubliez l'insipide Maurer, le mollissime Schneider-Ammann et... p'tain, j'me rappelle même plus du nom des autres!

Je crains que vous ne froissiez personne en déclarant ce qu'un grand nombre de ctoyens de ce pays savent depuis longtemps...

Écrit par : Déblogueur | 04/09/2013

"il est certain que l’opinion publique suisse ne veut pas de juges étrangers."

Vous êtes, en la matière, dans l'effet de manche. De par de multiples décisions souveraines, parlementaires ou populaires, la Suisse s'est soumise à des juges étrangers.

Elle s'est soumise aux juges de la Cour européenne des droits de l'homme, de par sa ratification de la Convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle s'est soumise aux juges de la Cour pénal international, de part sa décision de ratifier le traité créant cette instance, et donne donc la possibiliét à des juges étrangers de poursuivre des criminels de guerre suisses si les autorités nationales ne sont pas suffisament dilligentes en vue de punir de telles personnes. Il y a en la matière de nombreux autres cas qui pourraient être mis en avant. On pourrait même parler de l'ONU, dans quel cas la Suisse a donné à des juges étrangers (les membres du Conseil de sécurité) de prendre des décisions contraignantes à son endroit (comme l'imposition de sanctions).

Donc, en l'occurence, le peuple suisse ne s'oppose pas à octroyer des pouvoirs à des juges étrangers si cela procéde d'une décision souveraine qu'elle prend, parce qu'elle y voit un intérêt.

Elle s'oppose très certainement à ce que des instances étrangères auxquelles elle n'a concédé aucun pouvoir cherchent à lui imposer des décisions. Mais il s'agit d'un autre cas de figure que celui auquel vous vous référez.

Écrit par : sekant | 04/09/2013

Mais quelle est donc cette manie qui consiste à croire que tout accord passé avec un état étranger est inévitablement une défaite.

Par définition le règlement des différends internationaux passent forcément par des instances nationales et étrangères. Le vieil adage "on ne peut pas être juge et partie" garde toute sa valeur.

On peut bien, naturellement, comme vous le faites avec talent, vilipender Mme Widmer-Schlumpf et M. Burkhalter en les accusant de mollesse, presque de traîtrise parce qu'ils vendraient la Suisse à des juges étrangers et accepteraient de signer des contrats léonins.

On peut bien aussi imaginer que la Suisse, toute indépendante et souveraine qu'elle soit, aura du mal à poursuivre dans la voie bilatérale en ne voulant absolument rien lâcher.

A l'heure actuelle, les rapports de force ne jouent pas en faveur de la Suisse "grâce", en premier lieu, à l'arrogance et aux comportements plus que douteux de nos banques qui ont permis à l'ensemble de la communauté étrangère de s'engouffrer dans notre ligne Maginot que l'on croyait infranchissable !

Qu'on le veuille ou non, la Suisse est un petit pays et les Couchepin, Delamuraz et autres Chevallaz n'auraient pas forcément fait mieux. Facile d'encenser ceux qui ne sont plus aux affaires.

Je finirai par un mot attribué à Michel Audiard, dialoguiste qui a très joliment dit "quand les types de 130 kg disent certaines choses, les types de 60 kg écoutent".

Reste juste à savoir qui est qui !

Écrit par : Michel Sommer | 05/09/2013

Conclusion! Celui qui manque cruellement au sommet de l'Etat Helvétique, est Celui que des parlementaires véreux (maintenant on peut le dire puisque leur but est atteint; vendre la Suisse; un morceau par-ci, un morceau par-là, pieds et poings liés)ont éjecté aux noms des Votants en décembre 2007.
Il faut oser le dire! Car trop facile de dire aujourd'hui que darbellay dit juste, il aurait surtout fallu qu'en décembre 2007 il ne s'accoquine pas avec les fourvoyeurs de la Suisse qui était connus, mais minoritaires. Avec certains autres il n'ont pas éjecté M. Blocher, ils ont jeté notre pays dans la gueule du loup UE, voire mondial!
Il(s) méritent donc tous (ces fourvoyeurs) la guillotine électorale en 2015

Écrit par : Corélande | 05/09/2013

Nous allons être gouvernés , j'en veux pour preuve:
"L'idéal de 'Gauche' n'a pas les moyens anthropologiques de ses ambitions.Sa doctrine ne correspond pas à l'Homme.
tiré "c'est le cas de le dire" d'un Blog d'un candidat du MCG au GC.
Le socialiste "Süss"pour sa fiche anthropométrique , bien que très ancien membre des jeunesses socialistes vaudoises, mes gènes sont pourtant intacts à quelque mutation près ,je me propose comme témoin pour mesurer mes coordonnées incompatibles avec un projet politique.
Maitre Roland Zacharias je suis votre sous-homme.
Qui Dit Mier?

Écrit par : briand | 05/09/2013

Il y a des allusions d'un niveau assez lamentable comme celle d'un commentaire publié sous le pseudonyme Briand, personne qui donne en pâture des sous-entendus écoeurants comme "sous-homme" en les attribuant au MCG.
Cela correspond aux vieilles pratiques totalitaires où l'on met dans la bouche de certaines personnes des mots qu'ils n'ont jamais prononcés.
En revanche, l'idéologie socialiste - dont le dénommé Hitler s'est largement inspiré en créant le national-socialisme et qui a été reconnu par la gauche genevoise en 1940 comme étant un socialisme viril... - est très ambiguë et devrait être remise en question. Trop de cadavres traînent dans les placards de l'Histoire.

Écrit par : François Baertschi | 07/09/2013

@: François Baertschi ,hélas je ne suis pas un pseudo, mais un vieux démon, et je suis d'accord avec vous pour changer de gouvernance , changeons de gouvernantes qui s'y j'en crois votre blog rallongent leurs pauses dans les EMS uniquement si elles sont frontalières selon un "un long apprentissage à la CGT"
Pour les poses par -contre avec le MCG. je suis à la bonne adresse .à moi le point Godwin aux leaders cabaretiers de votre parti le point G..

Écrit par : briand | 07/09/2013

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