09/09/2013

Campagne: l'arrogance des sortants

 

Sur le vif - Lundi 09.09.13 - 09.21h

 

Certains candidats des partis gouvernementaux sortants, légèrement assoupis par des décennies de présence au pouvoir et de partage des prébendes, ne semblent pas exactement avoir compris une chose: nous sommes dans une période d'élections. Donc:

1) Une élection consiste à élire de nouvelles équipes, avec de nouveaux souffles, de nouvelles visions. Non à reproduire les politiques passées. Le moins qu'on puisse dire est que la législature finissante, littéralement à bout de souffle (au niveau gouvernemental), appelle à une immense respiration pour inventer autre chose, avec d'autres figures.

2) Il ne sert à rien de s'égosiller en martelant: "Nous sommes gouvernementaux". Nul parti n'est gouvernemental par essence, ni par loi divine. Il l'est, si une majorité du peuple souverain a élu un ou plusieurs représentants de ce parti dans un gouvernement. Rien d'autre que cela. Il n'y a donc aucune onction morale à être "gouvernemental", c'est juste le résultat d'une mécanique électorale. Remise en action tous les quatre (ou cinq) ans. Cela s'appelle la démocratie. A moins qu'on ne préfère la désignation censitaire, façon Restauration, entre gens du même monde. Avec l'argent du patronat pour faire la différence.

3) Le mépris des installés d'aujourd'hui face aux formations nouvelles, non gouvernementales ou même non parlementaires, dénote une conception bien étrange de la démocratie. Une élection consiste justement à tout remettre en jeu, et il est parfaitement sain que de nouveaux partis (Verts libéraux, PBD, Pirates, et autres) s'essayent à la bataille. A noter, en passant, que le candidat de l'un de ces partis, M. Seydoux, vient véritablement au front avec des propositions précises et concrètes. Notamment une réflexion innovante sur la rétribution de certaines activités. On peut les combattre, ces idées, mais au moins elles existent. Plutôt que de hausser les épaules, certains feraient bien d'affiner la précision et l'originalité de leurs propositions.

4) Il ne sert à rien de hurler que tel parti "n'a pas de propositions", alors que manifestement il en a, mais que les installés du pouvoir sortant, par un mécanisme de rejet et de déni, n'ont simplement jamais voulu les écouter. On verra bien, si le peuple les entend ou non. On n'a pas à lui dicter sa surdité. Surtout lorsqu'on s'appelle soi-même, depuis plus de sept interminables décennies, "l'Entente".

 

Pascal Décaillet

 

09:21 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Merci pour ce langage vrai!

Écrit par : Ronald ZACHARIAS | 09/09/2013

Notre république ressemble bien à celle du 19e siècle. On attend un autre langage, une autre culture politique, d'autres actes, que celui de sauvegarder les privilèges de castes socio-professionnelles ou familiales.
Pour ce qui est du point 4, une proposition n'entre en force que si elle est suivie d'une action correspondante. Cette paix sociale apparente repose sur un mirage, en effet.

Écrit par : Roxane | 09/09/2013

Merci Mr Décaillet de dire des choses essentielles et d'être critique à l'égard du pouvoir en place.

Écrit par : Jean Zahno | 09/09/2013

Pour le (re)tour de la compétence et du bon-sens, j'espère sans trop y croire que de nombreux électeurs se rappelleront qu'ils disposent toujours d'un levier, celui du peuple souverain: le bulletin de vote.

Écrit par : Malentraide | 09/09/2013

Sortants ou nouveaux, je trouve les candidats timides, timorés. Ils n'osent plus. La gauche est centriste, la droite tolérante, l'UDC déguisée avec masque et tuba, le MCG n'a pas dérapé.
Pour l'entente, qui ne risque pas grand chose dans ces élections, c'est un mauvais calcul que de ne pas s'investir à fond dans la campagne en mettant sur la table ses projets, ses calculs pour Genève. Elle aura besoin de la légitimité du vote populaire pour faire voter ses projets sur les finances, la sécurité. Est-elle devenue à ce point Maudet-dépendante?
Quant à la gauche, elle qui a tant à perdre dans un mois, ne saisit pas l'occasion pour affirmer son identité et avancer une alternative. Où est son côté tranchant?, qu'a fait-elle de son mordant? N'a-t-elle que la Ville comme horizon?
Quand la politique ne prend pas ses responsabilités, l'économie le fait. Voyez la déclaration de Procter & Gambel aujourd'hui.

Écrit par : delcambe | 10/09/2013

"1) Une élection consiste à élire de nouvelles équipes, avec de nouveaux souffles, de nouvelles visions. Non à reproduire les politiques passées."

Je ne vois pas en quoi le peuple aurait la quasi obligation d'élire de nouvelles équipes s'il a le sentiment, voire la certitude que celles en place font du bon travail ! Ne confondez pas votre désir avec la réalité, votre réalité.

Votre point 2) n'appelle aucun commentaire car c'est une évidence ! Les candidats et les partis se battent pour sauver leurs sièges. C'est logique. Ce n'est pas forcément normal. Il y a toujours eu et il y aura - malheureusement - toujours des élus qui n'ont pas leur place dans les parlements ou gouvernements. Mais le peuple a bien le droit de se choisir les candidats qu'il veut quitte à critiquer à la fin de la législature.

Point 3) Il n'est pas plus anormal, quant on est "sortant", d'essayer de garder son siège que d'en gagner un lorsqu'on est candidat. Et ce n'est pas à vous que j'apprendrai qu'en politique, tous les coups sont (presque) permis. Aussi bien chacun - candidat ou candidat-sortant - fait ce qu'il peut pour conquérir ou conserver sa parcelle de pouvoir, qui est grisant comme tout le monde le sait !

Point 4) Croyez-vous vraiment que dans cinq ans les "sortants". quels qu'ils soient, écouteront davantage les candidats qui chercheront à se faire élire. Que nenni. C'est le jeu politique parce qu'il paraît que c'est un jeu. Assez malsain.

Finalement il n'y a que les électeurs pour se faire berner, quels que soient les vainqueurs, et qui ont cru, la durée d'une élection, que les nouveaux étaient plus capables que les anciens. Excusez-moi le terme : foutaise.

Écrit par : Michel Sommer | 10/09/2013

Les commentaires sont fermés.