11/10/2013

Genève : la révolution du 6 octobre

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 11.10.13


 
Que s’est-il passé, ce dimanche 6 octobre à Genève ? Un formidable message du peuple. Contre les élites, contre l’immense majorité de la classe politique, contre les associations patronales qui avaient tout misé sur les notables sortants, contre la diabolisation, contre l’abus du mot « populiste », contre 95% des journalistes, le corps électoral a accordé, pour un tiers, sa confiance à un bloc jusque-là rejeté, marginalisé, ostracisé : le MCG et l’UDC. La politique genevoise, comme celle de bien des cantons suisses, et d’ailleurs comme la politique fédérale, est désormais divisée en trois blocs : la gauche, l’Entente (PDC-PLR), et puis cette nouvelle force, à la fois populaire et conservatrice, sociale et patriote, et surtout joyeuse, tellement loin des salons ou des technocrates.


 
J’ai suivi toute la campagne. Dans mon émission TV quotidienne, Genève à chaud, j’ai reçu une centaine de candidats. Nous avons traité tous les sujets, en mettant l’accent sur la formation, l’apprentissage, les jeunes en rupture, le chômage, l’encouragement aux PME, la mobilité, le logement. Ce fut une belle campagne, respectueuse, avec de magnifiques nouveaux partis, par exemple les Verts libéraux, qui ont certes échoué dimanche au quorum (7% pour entrer au Grand Conseil), mais sont arrivés avec des idées concrètes et nouvelles, ont pris date pour les prochaines échéances, les municipales du printemps 2015.


 
Ce dimanche 6 octobre, c’est l’effondrement du PLR. La fusion n’a pas si bien pris, les tensions internes sont sensibles, la coexistence entre les héritiers, populaires et cassoulet, de James Fazy (le magnifique révolutionnaire de 1846) et les ultimes reliquats de leurs rivaux patriciens, se passe mal. Surtout, le parti a fait une mauvaise campagne, ne cessant de rappeler qu’il était « gouvernemental », était fait pour « l’action », excellait dans la recherche de « solutions », Pour peu on se serait cru à un concours de chimie, ou d’arithmétique. A leurs côtés, un PDC qui se maintient fort bien, et sauve même la mise de l’Entente. Face à eux, le réveil populaire de ceux qu’on ne veut, depuis tant d’années, ni voir ni surtout entendre. Ils nous parlent frontière, priorité à l’emploi pour les résidents (Genève à un taux de chômage de 5,5%, contre une moyenne suisse de 3%), préférence cantonale, mais aussi aide sociale, attention aux souffrances des gens. On n’a rien voulu entendre. Dimanche, la sanction est tombée. Ils sont pourtant très différents, ces deux partis : l’UDC est dans les normes du parti suisse ; le MCG ratisse beaucoup plus large, sur la droite comme sur la gauche à l’image de la Lega au Tessin. Bien sûr, un tiers, ça n’est pas le pouvoir, loin de là, et leurs adversaires vont tout faire pour qu’ils n’aient pas de conseiller d’Etat le 10 novembre. Mais un tiers, c’est une masse, la puissance d’un signal. Oui, à Genève, quelque chose est en train de bouger.


Pascal Décaillet

 

10:37 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Ahhh... La révolution du 6 octobre... Tout est affaire de point de vue, j'imagine. Pour moi, il ne s'est agi que d'une toute petite vaguelette agitant un très petit verre d'eau.

Certes, on pourra noter les pertes du PLR... Mais en proportion, celles des Verts sont bien pires - le parti des donneurs de leçons en prend une magistrale de la part du corps électoral.

Et puis, cette "révolution", c'est avant tout celle des agitateurs bruyants dont on sait pertinemment qu'ils refuseront tout (la gauche de la gauche) et celle des populistes qui crient à tue tête mais n'ont jamais exercé le pouvoir - avec la notable exception du leader napolitano-suisse d'Onex (il paraît qu'il s'est d'ailleurs beaucoup assagi).

Ce qui est évident, c'est qu'une certaine consoeur à vous, à l'interview de Mauro Poggia, nous a rendu ce dernier presque sympathique, tant la ligne des questions était stupide, hargneuse et orientée.

Tout ça pour dire qu'avant de parler de révolution, peut-être conviendrait-il d'attendre les résultats du second tour de l'élection du 10 novembre, la première au scrutin majoritaire. C'est alors qu'éventuellement, on aura vu le vent tourner et que l'un ou l'autre de vos amis populistes pourrait être confronté aux réalités du pouvoir... Et si tel est le cas, on pourra mesurer les hypothétiques changements.

Patience, patience...

Écrit par : Déblogueur | 11/10/2013

Nous verrons bien ce qui aura bougé dans 5ans, à l'issue de la législature.

Que le MCG entre au gouvernement, et nous fasse la démonstration de leurs compétences, nous jugerons après.

Entre une couille-molle et un agitateur, ça promet. (toute ressemblance avec un élection au CF il y a quelques années est purement fortuite).

(P.S. J'avais parié sur l'honneur avec des amis UDC que leur tribun ne tiendrai pas plus d'une législature au CF, mon honneur est sauf.)

Écrit par : Jacphil | 11/10/2013

Les commentaires sont fermés.