25/10/2013

Aux deux du FA-18, à leurs familles

 

Vendredi 25.10.13 - 17.22h

 

Je pourrais dire que j’écris ces lignes comme ancien militaire, ayant passé, dans les années 70 et 80, quelque 500 jours sous les drapeaux. Mais au fond non, je les écris comme citoyen. Comme compatriote. De qui ? De ces deux hommes, un pilote et un médecin, décédés mercredi, quelque part en Obwald, dans le crash d’un FA-18. Dans ce drame, ça n’est pas seulement l’aviation militaire qui est en deuil, ni l’armée, mais notre communauté nationale. La langue allemande dit « Gemeinschaft », c’est plus fort et plus intime que « communauté », il faudrait traduire par « lot commun », ou « sentiment commun d’appartenance ». Il y a tant de mot allemands, de l’ordre du sentiment, intraduisibles en français.

 

On nous dit souvent que la Suisse est une nation de volonté, « Willensnation ». C’est sans doute vrai. Mais trop le dire, en forçant sur les Lumières trop cristallines de la Raison, oui trop forcer sur ce discours de géomètre, c’est faire l’impasse sur la puissance du sentiment. Je crois au pays physique, je l’ai déjà dit, à la délimitation d’un paysage, à la reconnaissance de l’habitant au milieu de repères qui sont à la fois ceux de la géographie et de l’émotion.

 

Et là, le choc fatal d’un professionnel du vol militaire avec le pays physique, justement. Cette Suisse qui n’est pas la Belgique, ni la plaine de Silésie, mais cet enchevêtrement de vallées, de ravins, avec ses pics de granit et la verticalité glissante de ses pentes. Être pilote militaire en Suisse, c’est être un as. Nous rendons-nous assez compte que deux hommes, mercredi, dans l’exercice de leurs fonctions, sont morts au service de notre pays ? Quand j’y pense, je sens résonner en moi ce mot intraduisible, « Gemeinschaft », oui ma part commune avec ces deux hommes, la nôtre à tous. La communauté de nos destins. Au sein d’une même nation. Dans le théâtre d’un même paysage. Saisis de cette même fragilité, celle de la vie et du mystère de la mort.

 

Aux familles de ces deux compatriotes, j’adresse une immense sympathie.

 

Pascal Décaillet

 

17:22 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Très bel hommage, auquel je souscris pleinement. Ces deux hommes ont du courage, ils ont risqué leur vie et sont tombés au service de notre pays. Ce qui fait d'eux des compatriotes, des membres de notre "Gemeinschaft", quelle que soit d'ailleurs leur nationalité.

Écrit par : Raphaël Baeriswyl | 25/10/2013

M. Décaillet,

Bel hommage.

Je me joins à vous.

Écrit par : La censure règne en Suisse | 26/10/2013

Ne nous voilons pas la face. Les grincheux, les «contre l'armée», ne pensent pas comme vous. Pour eux, c'est d'abord 100 millions en fumée. 100 millions qui auraient été bien utiles pour financer par exemple le 5 étoiles "Currabilis", ou pour intégrer "dignement" quelques-uns de ces chéris débarqués d'une quelconque barcasse en perdition…

Quant aux militaires et leurs familles… ben quoi, pour eux les grincheux, c'est pas plus tragique que pour les victimes du saut à l'élastique… "ils se sont bien amusés à se faire peur, alors…".

On me dira que je fais dans la médisance… tant pis. Mais jusqu'ici, je n'ai rien lu de très compassionnel dans la presse unique, vis-à-vis de ces deux victimes.

Écrit par : petard | 26/10/2013

Merci M. Décaillet pour votre bel hommage à nos camarades mort au service de la patrie !

Écrit par : Patrick Favre | 27/10/2013

Mais quelle est l'identité des deux pilotes ?

Écrit par : Paul Gaultier | 27/10/2013

L'hommage est un répons à ces existences brisées accidentellement et surtout, remet le doigt sur le sens même de notre appartenance avec ses tributs et ses peines. Non, tant physiquement que métaphoriquement, la Suisse n'est pas la Belgique et notre communauté de destins dans toutes ses diversités est et doit redevenir notre priorité.

Écrit par : Frédéric Beuchat | 27/10/2013

On appelle ça les risques du métier.

Écrit par : Laura Steingruber | 04/11/2013

"On appelle ça les risques du métier."
Peut-être, mais que cesse alors toute cette agitation et ces honneurs ridicules rendus aux journalistes tués au Mali. Ils n'ont pas obéi aux consignes de militaires de Serval et le président de la France leur rend hommage ?

Écrit par : Géo | 04/11/2013

@Géo: Oui, tout comme suite à l'interdiction des minarets en Suisse, on interdit aussi les clochers.

Écrit par : Laura Steingruber | 05/11/2013

Laura@ Juste retour des choses. L'initiative contre les minarets est partie de la décision des juges cantonaux d'opposer le droit à la liberté religieuse au refus au nom du droit des constructions de l'érection d'un minaret à Wangen...

Écrit par : Géo | 05/11/2013

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