24/11/2013

Oui, protégeons nos parcs !

 

Sur le vif -Dimanche 24.11.13 - 15.38h

 

A part Ensemble à Gauche et quelques mouvements, notamment du côté de la défense des aînés, toute la classe politique, en Ville de Genève, nous recommandait de rejeter l’initiative municipale « Sauvons nos parcs au bord du lac ! ». Il avait fait ricaner, ce texte, on l’avait méprisé, traité les initiants de vieux réacs de gauche, ou d’indécrottables conservateurs du patrimoine. Surtout, du côté des opposants, presque personne n’a fait campagne. Sans doute considérait-on la partie comme gagnée.

 

Clairement, on a eu tort. L’initiative passe la rampe : 23'568 citoyens et citoyennes de la Ville de Genève l’acceptent, contre 21'616. Cela signifie 52,2% de oui. On va sans doute entendre, d’ici ce soir et demain matin, le chœur des pleureuses et des mauvais perdants nous dire à quel point ce vote est réactionnaire, relève d’un fondamentalisme de la nature érigée en sanctuaire, va figer le paysage pour une génération. A ces gens, nous répondrons qu’ils auraient mieux fait de mener campagne, et surtout qu’ils ont commis l’irréparable erreur, comme au niveau fédéral dans l’initiative Franz Weber, ou celle des Alpes, ou celle des Marais de Rothenthurm, de sous-estimer l’attachement viscéral d’une population à son patrimoine naturel.

 

Je fais partie de ceux qui ont accepté l’initiative. Le cœur, davantage que la raison, m’a dicté ce oui. C’est au Parc Mon-Repos que j’ai fait mes premiers pas : de l’avenue de France au Château de Penthes, en passant par le Jardin botanique, je connais personnellement chaque arbre. Certains sont plusieurs fois centenaires. Il ne s’agissait certes pas de les déraciner. Mais, dans un réflexe d'affection et de protection de ces magnifiques lieux de nature, une majorité de la population a donné un signal : on ne touche pas à ces merveilles, inestimables compagnons de nos solitudes errantes. Un parc, un bosquet, le contour d’un paysage ne sont pas choses légères, ni gratuites. Elles impriment en nous quelque chose de puissant, qui fait partie de notre reconnaissance collective.

 

« Sanctuaires », titre cet après-midi une dépêche. Eh bien oui, sanctuaire ! Ce mot, avec sa connotation religieuse, ou tout au moins spirituelle, me convient parfaitement. Le signal donné par une majorité des citoyens en Ville de Genève, c’est qu’on ne touche pas impunément, et surtout pas pour de seuls motifs mercantiles, à un paysage qui, depuis l’enfance, vous berce et vous bouleverse. On me dira que c’est « émotionnel ». Je répondrai : « Oh, oui, bienvenue à l’émotion ». Elle a sa place en politique, n’en déplaise aux pisse-froid et aux ratiocineurs.

 

Pascal Décaillet

 

15:38 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

J'aurais voté comme vous, sans hésitation. Le jardin botanique a une réputation internationale et est aimé par la population de Genève comme ...le Salève.
Ce qui m'étonne, c'est que ce soit une initiative de gauche. Cela en dit long sur la politique genevoise...

Écrit par : Géo | 24/11/2013

Merci pour ce commentaire!

Écrit par : Johann | 24/11/2013

Ce que j'apprécie chez Monsieur Décaillet, c'est qu'il se prononce sur le sujet lui-même et pas de qui vient la proposition. On peut ne pas être d'accord avec lui, mais sa démarche inspire le respect.

J'ai bien sûr voté oui. Surtout quand on coupe des arbres autour de l'OMC qu'il n'était pas prévu de couper.

Écrit par : Johann | 25/11/2013

Sauf que « Sauvons nos parcs au bord du lac ! » ne concernait de loin pas que les parcs.

Et si le Jardin Botanique est ce qu'il est aujourd'hui, C'est bien parce qu'on a pu le faire évolué et... construire dessus. Choses impossible dorénavant sauf "construction modeste et indispensable à l'exploitation de ce jardin"...

Traduction: à part une cahute pour les jardiniers, plus rien... plus de grande serres, plus de réaménagement type "rocailles", pas d'évolution pour l'aire de jeu, etc...

byebye la splendeur et l'émerveillement, bonjour la naphtaline et le formol...

Accesoirement, il est totalement inadmissible que des objets concernant des points aussi important pour tout le Canton (Jardins botaniques, bords de lac etc..) ne soient soumis qu'aux votes des citoyens de la Ville... Encore une preuve de l'abération du doublon Ville-Canton.

Écrit par : Pierre Roche | 25/11/2013

Les votes se respectent bien entendu.

Mais je doute que le peuple ait bien compris ce dont il s'agissait. Car si une initiative est intitulée "Sauvons nos parcs" mais qu'elle concerne, en fait, en gros tout le pourtour de la Rade, nous assistons là à une gigantesque tromperie.

Je connais bien la capacité de nuisance extrême de l'extrême gauche, elle coule Genève. Tenez, cela me rappelle un certain magistrat qui a dû, à son corps défendant, construire l'autoroute de contournement. J'ai souvenir l'avoir entendu dire qu'avec tous les tunnels qu'il mettait, ce serait heureusement impossible de l'agrandir. Nous en payons le prix aujourd'hui.

Vous aviez voté pour lui aussi, n'est-ce pas?

Écrit par : JDJ | 25/11/2013

L'immobilisme n'est jamais bon, surtout en politique ! Figer une situation en pensant qu'elle est la meilleure pour toujours est très très ...conservateur. Pas trop étonnant de la part d'une gauche extrême et nostalgique qui a surtout posé les conditions pour s'opposer à tout ce que l'on essaiera d'entreprendre : traversée de la rade, passerelle du pont du Mt Blanc, aménagement des rives, reconstruction de certaines serres du JB et j'en passe. Oui on pourra peut-être regretter ce vote dans un avenir pas si lointain.

Écrit par : uranus2011 | 25/11/2013

23'568 citoyens, soit 10 % des habitants de la ville ont décidé pour les 450'000 habitants du canton que l'on ne toucherait plus à la rade.
Je pense que cette mauvaise farce sera rapidement corrigée afin de rendre enfin la rade aux habitants et aux visiteurs de cet écrin par la création de la traversée qui devrait enfin permettre de dévier du centre tout le trafic parasitaire.
Et oui, lorsque l'initiative de l'UDC sera validée dans les urnes, il faudra bien un arbitrage si l'ordonnance d'application est trop restrictive.

Écrit par : Pierre Jenni | 25/11/2013

Si je comprends bien, les Genevois se félicitent de la victoire de Weber contre le Valais et se plaignent qu'on leur applique la même logique...
Il ne faut plus faire la moindre confiance aux progressistes. Cela fait 50 ans qu'ils démolissent de très belles choses pour construire des horreurs de béton et de verre. Au diable, les bousilleurs de culture et de paysage !

Écrit par : Géo | 25/11/2013

Les commentaires sont fermés.