30/11/2013

MCG : la mortelle tentation de l'illisible

 

Sur le vif - Samedi 30.11.13 - 19.16h

 

Je scrute et décrypte les premiers signaux de la législature naissante. A chaque heure qui avance, je me dis davantage qu'elle ne sera décidément pas du tout tripolaire, comme nous pûmes le croire initialement, mais férocement bipolaire. Il y a une gauche. Il y a une droite. Les deux se sont radicalisées. La charnière centriste démocrate-chrétienne ne décide plus de rien, au Parlement, malgré ses deux ministres à l'exécutif, c'est l'un des paradoxes les plus salés de la nouvelle donne, jaillie des urnes cet automne.



Le vrai parti charnière, c'est le MCG. Sur le rôle qu'il jouera pendant ces 54 mois de législature, nul d'entre nous n'a la moindre idée, tant les premiers signaux sont illisibles et contradictoires. Par exemple, ne nous fions pas à l'apparence d'union sacrée en Commission des Finances, non ne nous y fions surtout pas avant d'avoir entendu, les 19 et 20 décembre, le rapport de majorité que nous prépare Eric Stauffer. Pour ma part, il ne m'est pas possible de voir cet homme, dans cette fonction de sage assis au milieu de l'assemblée, autrement que comme un contre-emploi.



En Commission des Finances, le MCG a joué double jeu. D'accord avec la droite sur les coupes et l'équilibre, mais d'accord aussi avec toutes les dépenses de la gauche. Non seulement ils ne tiendront pas 54 mois dans cette duplicité, mais je suis prêt à parier que les masques tomberont les 19 et 20 décembre, déjà. Les Finances sont l'un des domaines, en politique, où la clarté est la mieux récompensée, et le double jeu, le plus sévèrement puni. Dès avant Noël donc, ce nouveau groupe parlementaire de vingt personnes devra avoir des choix lisibles, fiables, reconnaissables, qui les engagent pour la législature. Il ne m'étonnerait pas que ce choix s'avère assez vite le retour à l'opposition gouvernementale. Que l'un des leurs, ex-PDC, soit au Conseil d'Etat, n'y changera rien, ou si peu. Dès lors, l'Entente pourrait bien se mettre à regarder avec beaucoup de respect et de politesse les membres du groupe UDC.


Or, au MCG, que se passe-t-il ? L'homme qui a su, discrètement mais avec talent, fédérer le parti, résister à ses ferments naturels de dispersion, et finalement le mener à la victoire, Roger Golay, va être nécessairement amené, vu ses nouvelles fonctions bernoises, à prendre du champ. Franchement dit, c'est le pire moment. Je le répète, les différents signaux donnés ces temps, notamment dans le domaine budgétaire, ne sont pas clairs. Je ne parlerai pas encore d'une incapacité à gérer la victoire, ou un groupe parlementaire trop encombrant, mais ce parti aurait intérêt, entre sa tentation de jouer les violents admirables, et celle, radicalement opposée, d'aller tâter le bourgeois dans les cocktails et sous les voûtes patriciennes, à proposer à l'opinion des choix clairs. Sans quoi, l'ombre du déclin pourrait poindre à l'horizon. Par défaut de stratégie. Par atermoiements. Le pire en politique: délivrer des messages brouillés. Ou des messages de brouille. Dans les deux cas, la Roche Tarpéienne se profile.

 

Pascal Décaillet

 

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Mobilité : foncez, M. Barthassat !

 

Sur le vif - Samedi 30.11.13 - 15.31h

 

J'ignore absolument si Luc Barthassat sera un bon ministre des Transports, seul l'avenir le dira. Mais une chose est sûre et certaine: Dieu que ses premiers propos font du bien ! Rien qu'à entendre. Rien qu'à l'oreille. Rien qu'à la paix de l'âme. Enfin, après l'empire voulu de l'immobilité, un conseiller d'Etat veut, AU SENS PROPRE, que ça bouge.



Et il le dit sans avoir consulté les apparatchiks de l'immobilité, toute cette nomenclature byzantine qui a fait absolument ce qu'elle voulait ces quatre dernières années. Dans ce secteur sinistré, il convient d'urgence de rétablir deux choses. La première, que tout le monde attend, est la primauté au flux, à la mobilité. La seconde est la primauté de la volonté politique sur l'autogestion des hauts-fonctionnaires. L'une n'ira pas sans l'autre.


Tels sont, politiquement, les défis de M. Barthassat à la mobilité. Point n'est besoin qu'il soit ingénieur lui-même pour y parvenir. "Bon sens", dit-il. Ca nous changera de la législature des sens uniques, du non-sens, du contresens et du sens dessus dessous.

 

Pascal Décaillet

 

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28/11/2013

Transparence : bravo, M. Hohl !

 

Sur le vif - Jeudi 28.11.13 - 10.28h

 

Président de la Commission des Finances du Grand Conseil, Frédéric Hohl a mille fois mieux compris la communication que la plupart de ses pairs. Plutôt que de se recroqueviller sur le concept (injustifié et de toute manière immédiatement éventé) de "secret de commission", qui est le sommet du Polichinelle, il communique. Sur le champ. De façon simple, claire, hiérarchisée. Conçue comme un article de presse.



Le communiqué de la Commission des Finances nous est parvenu cette nuit, à 01.54h. Il nous apprend que les commissaires, suite à leur séance-marathon d'hier, ont approuvé le projet de budget 2014, qui sera soumis au plénum une semaine avant Noël. Il nous indique où on a raboté, où on a rajouté (par exemple au SPMi, réputé sinistré). Tout cela, de façon transparente, utile à tous. Le contraire même de ces stupides postures de députés tout fiers de garder pour eux des décisions qu'ils prennent pourtant au nom du peuple, dans ce qu'ils estiment être l'intérêt de la population.



Ce "secret de commission", ça n'est pas par respect du règlement qu'il y tiennent tant. Mais par jouissance de former entre eux une caste. "Ensemble, nous les élus, nous l'élite, sommes au parfum d'importants secrets d'Etat que le bas peuple ignore, et n'a pas à connaître". Dévoiement de la démocratie ! Nous ne les avons pas élus pour cela. Pas élus pour qu'ils forment entre eux un club de silencieux qui savent. Mais pour qu'ils se battent, au grand jour et en assumant publiquement chacun de leurs actes, au service de la population. "Députés, défendez le peuple!": c'est justement le titre de mon papier principal, dans le GHI de cette semaine.

 

Pascal Décaillet

 

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27/11/2013

Une excellente répartition

 

Sur le vif - Mercredi 27.11.13 - 16.41h

 

A l’exception de la manifestation d’une crainte quant à l’avenir de l’École genevoise, je ne me suis jamais prononcé, ces dernières semaines, sur la répartition des Départements. Pour une raison simple : cette distribution est du ressort du nouveau Conseil d’Etat, non de celui des citoyens. Maintenant qu’elle est connue, je dirai avant toute chose ma satisfaction : à une ou deux bizarreries près (qui n’ont rien à voir avec les énormités de 2009), les compétences de chacun ont été respectées. On a l’impression, beaucoup plus qu’il y a quatre ans, d’avoir la bonne personne à la bonne place. Apparemment, l’équipe ne commet pas le péché originel de se construire sur les frustrations – ou le manque de courage – de certains de ses membres. Cette réussite est à saluer. J’ai souvent défini le Conseil d’Etat 2009-2013 comme l’un des moins bons de l’après-guerre. Ce premier signal donne l’impression d’un début de sortie de la spirale de l’inefficacité.

 

Ici, pas de revue de détail pointilliste. Disons simplement que la création d’un Département présidentiel est une bonne chose. Nous n’en dirons pas autant de ce rapprochement proprement ahurissant entre Sécurité et Économie, aussi amphigourique que Santé et Économie. Depuis Jean-Philippe Maitre, qui était un homme d’Etat, on ne sait à vrai dire plus trop que faire, en régime libéral, de ce Département de l’Economie, alors on le donne en susucre à un ministre de la Santé, pour tromper son ennui, et, beaucoup plus étonnant, à un ministre de la Police qui a déjà largement assez à faire comme cela. Volonté radicale de remettre un peu d’ordre régalien dans des domaines comme le Service du Commerce, réputé sinistré, ou sur celui de l’Inspection du travail et de la lutte contre la sous-enchère salariale, enjeu d’une votation fédérale amirale, celle du 9 février 2014 ?

 

Pour le reste, plusieurs bonnes nouvelles. Serge Dal Busco, poids lourd du nouveau collège et révélation de la campagne, a toutes les qualités pour faire un excellent ministre des Finances. Idem, Mauro Poggia qui hérite d’un Département rappelant les années Segond, autant dire les grandes années, avec un budget capital, réunissant l’Emploi, les Affaires sociales et la Santé. L’homme a une incomparable capacité de travail. Le moins qu’on puisse dire : il en aura besoin, et elle sera mise à rude épreuve.

 

Je ne m’étendrai pas sur les autres attributions, tout aussi bonnes, et n’ajouterai qu’un mot, pour Mme Emery-Torracinta : je ne cesse, depuis des mois, de demander que l’Ecole genevoise, qui est une belle et grande chose, soit dirigée par le représentant d’un parti « régalien », un parti d’Etat, avec une Histoire, une vraie, et dans son legs la trace de grands hommes, comme André Chavanne. Dans mon esprit, cela ne pouvait être que les radicaux (oui, pardonnez-moi, Murat, j’en suis encore, pour ce qui est à mes yeux vital, aux étiquettes d’antan) ou aux socialistes. Le nouveau Conseil d’Etat a choisi la seconde solution, avec une femme de valeur, de culture et de courage. Je ne puis que m’en féliciter. Surtout, cela écarte le spectre (qui m’a pas mal hanté) de la livraison du DIP à un élu de souche libertaire, ayant fait du jeunisme, de la réformette et de la mode l’essentiel de son blason. Bravo à Mme Emery-Torracinta. Et, en passant, chapeau à son époux, directeur d’école, qui accepte un renoncement.

 

En conclusion, je me sens de bien meilleure humeur qu’il y a quatre ans. Nouvelle équipe, structure cohérente, nouveau souffle. Bon vent à ce Conseil d’Etat. Puisse-t-il gouverner avec audace et sagesse, et surtout en tenant compte des signaux donnés par le souverain le 6 octobre, lors de l’élection du Parlement.

 

Pascal Décaillet

 

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26/11/2013

Présences totalement déplacées

 

Sur le vif - Mardi 26.11.13 - 13.06h

 

Le membre d'un Parlement - fût-il appelé "délibératif" - n'a pas à manifester devant l'enceinte d'un cénacle auquel il appartient. S'il veut changer le cours des choses, il doit le faire dans le chemin démocratique pour lequel il a été élu: tenter, de l'intérieur du cénacle, de renverser une majorité qui le contrarie.


Encore plus choquante: la présence, hier dans la manif, de quatre membres de l'exécutif de la Ville. La rue n'est pas leur place. Ils doivent tenter, de l'intérieur du système, de renverser une majorité législative qui les dérange.


Bref, pour être parfaitement clair, si syndicalistes, membres des commissions du personnel de la Ville, sympathisants de la société civile, etc, avaient parfaitement leur place hier après-midi devant l'Hôtel-de-Ville, les élus municipaux et exécutifs de la Ville ne l'avaient pas.

 

Pascal Décaillet

 

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25/11/2013

Journalistes au service du pouvoir

 

Sur le vif - Lundi 25.11.13 - 12.06h

 

C'est parti pour l'immense machine de propagande contre l'initiative de l'UDC "contre l'immigration de masse", soumise au peuple et aux cantons le 9 février 2014. Au moment où j'écris ces lignes, trois conseillers fédéraux sont en train de nous dire, à Berne, à quel point cette initiative est mauvaise. Cette conférence de presse, pour d'étranges raisons, est retransmise en direct sur le site de certains journaux, comme la Tribune de Genève. On en a fait autant lorsque l'UDC a lancé son initiative, ou même lorsqu'elle l'a déposée ?



Dans cette campagne, les initiants, on ne les entend quasiment jamais. Mais alors, l'armée des opposants, c'est à dire toute la classe politique, toute la Sainte Alliance des autres partis, le Conseil fédéral, la majorité des Chambres fédérales, bref le pouvoir en place, on n'entend qu'eux. Et cela va durer jusqu'au 9 février. Dans le "service public", ce sera avec l'altière bénédiction de Roger de Weck, l'homme qui a fait du combat contre l'UDC un enjeu personnel. Vous appelez cela "équilibre" ?

 

Pascal Décaillet

 

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Théologien ou géomètre ?

 
Sur le vif - Lundi 25.11.13 - 09.32h
 
 
Comme il fallait s'y attendre, Pierre Ruetschi se fend d'un édito pour nous dire à que point le corps électoral de la Ville (dont il n'est, à ma connaissance, pas membre, mais passons, chacun a bien le droit de se prononcer) a eu tort de voter l'initiative "Sauvons nos parcs au bord du lac".


Toujours la même rhétorique: le texte était mal ficelé, le titre trompeur; le citoyen, par nature idiot, n'y aurait vu que du vent, aurait été berné; d'ailleurs toute la classe politique était contre; etc, etc, etc.


Le prototype même de l'édito du mauvais perdant. Celui qui est toujours d'accord avec la majorité de la "classe politique", et, au lieu d'essayer de comprendre les signaux donnés par le peuple, cherche mille raisons de nous prouver à quel point, fondamentalement, le souverain s'est trompé. Parce qu'il serait détenteur, lui, au centre du triangle, oui au point de rencontre des médiatrices, d'une vérité incarnée ne dépendant pas du peuple. Mais du Bien.


Pierre Ruetschi aurait dû être géomètre. Ou théologien. Pour nous expliquer en trois point le dogme de la Trinité, il eût été parfait.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

09:32 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (0) | |  Imprimer |  Facebook | |

24/11/2013

Oui, protégeons nos parcs !

 

Sur le vif -Dimanche 24.11.13 - 15.38h

 

A part Ensemble à Gauche et quelques mouvements, notamment du côté de la défense des aînés, toute la classe politique, en Ville de Genève, nous recommandait de rejeter l’initiative municipale « Sauvons nos parcs au bord du lac ! ». Il avait fait ricaner, ce texte, on l’avait méprisé, traité les initiants de vieux réacs de gauche, ou d’indécrottables conservateurs du patrimoine. Surtout, du côté des opposants, presque personne n’a fait campagne. Sans doute considérait-on la partie comme gagnée.

 

Clairement, on a eu tort. L’initiative passe la rampe : 23'568 citoyens et citoyennes de la Ville de Genève l’acceptent, contre 21'616. Cela signifie 52,2% de oui. On va sans doute entendre, d’ici ce soir et demain matin, le chœur des pleureuses et des mauvais perdants nous dire à quel point ce vote est réactionnaire, relève d’un fondamentalisme de la nature érigée en sanctuaire, va figer le paysage pour une génération. A ces gens, nous répondrons qu’ils auraient mieux fait de mener campagne, et surtout qu’ils ont commis l’irréparable erreur, comme au niveau fédéral dans l’initiative Franz Weber, ou celle des Alpes, ou celle des Marais de Rothenthurm, de sous-estimer l’attachement viscéral d’une population à son patrimoine naturel.

 

Je fais partie de ceux qui ont accepté l’initiative. Le cœur, davantage que la raison, m’a dicté ce oui. C’est au Parc Mon-Repos que j’ai fait mes premiers pas : de l’avenue de France au Château de Penthes, en passant par le Jardin botanique, je connais personnellement chaque arbre. Certains sont plusieurs fois centenaires. Il ne s’agissait certes pas de les déraciner. Mais, dans un réflexe d'affection et de protection de ces magnifiques lieux de nature, une majorité de la population a donné un signal : on ne touche pas à ces merveilles, inestimables compagnons de nos solitudes errantes. Un parc, un bosquet, le contour d’un paysage ne sont pas choses légères, ni gratuites. Elles impriment en nous quelque chose de puissant, qui fait partie de notre reconnaissance collective.

 

« Sanctuaires », titre cet après-midi une dépêche. Eh bien oui, sanctuaire ! Ce mot, avec sa connotation religieuse, ou tout au moins spirituelle, me convient parfaitement. Le signal donné par une majorité des citoyens en Ville de Genève, c’est qu’on ne touche pas impunément, et surtout pas pour de seuls motifs mercantiles, à un paysage qui, depuis l’enfance, vous berce et vous bouleverse. On me dira que c’est « émotionnel ». Je répondrai : « Oh, oui, bienvenue à l’émotion ». Elle a sa place en politique, n’en déplaise aux pisse-froid et aux ratiocineurs.

 

Pascal Décaillet

 

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23/11/2013

Le peuple souverain face aux unanimités dictées

 

Sur le vif - Samedi 23.11.13 - 18.47h

 

Le déséquilibre avec lequel l'immense majorité des médias traitent de l'initiative de l'UDC "Contre l'immigration de masse", qui sera soumise au souverain de ce pays le 9 février 2014, est hallucinant. Parole donnée beaucoup plus aux opposants, diabolisation du texte, partisans traités de "xénophobes" (alors qu'ils ne demandent qu'une régulation des flux migratoires, laquelle n'implique nul jugement de valeur sur le "migrant").


A la RSR, toute la journée, on a épié Ueli Maurer, à l'Assemblée générale des délégués de son parti, dans l'extatique attente d'un "dérapage" de sa part, mot répété dans le journal de 12.30h et ce soir dans Forum. "Dérapage": les mêmes présentateurs eussent-ils usé de ce vocable s'il s'était agi d'une Simonetta Sommaruga ou d'un Alain Berset, deux ministres également confrontés à des dilemmes entre collégialité au sein du Conseil fédéral et allégeance à leur parti ? "Dérapage", personne n'a songé à utiliser ce mot, en 1974, lorsque le conseiller fédéral PDC Kurt Furgler s'est désolidarisé du gouvernement, pour raisons de conscience, dans l'affaire de la solution des délais.


Mais Maurer, président de la Confédération populaire et apprécié, le "service public" veut sa peau. Histoire de plaire au big boss de la SSR, l'euroturbo Roger de Weck, qui a fait de l'UDC sa bête noire, et considère comme une croisade personnelle le combat contre la bête immonde.



Dans le cas de cette initiative, pas un jour où, par petites touches ou perfides glissements, l'ensemble des acteurs de la SSR ne laissent perler leur haine de l'UDC, leur absolu rejet de cette initiative, lorsqu'ils n'en insultent pas les partisans.



Le 9 février pourtant, le résultat pourrait nous surprendre. Et le texte, passer. Parce que le peuple suisse, lorsqu'il vote, fait parfaitement la part des choses entre propagande et réalité. Il sait qu'il aura à se prononcer sur une question de régulation des flux migratoires. Qu'il ne s'est jamais agi de fermer les frontières. Que tous les pays du monde, à commencer par nos chers voisins, tentent de contrôler l'immigration. Il sait aussi, le peuple suisse, se méfier, comme de la peste, de ces ouragans d'unanimité, où l'immense majorité des chroniqueurs disent la même chose, en l'espèce pour taxer de "xénophobes" les partisans du oui, ce qui est abus de langage, dérive sémantique, procédé primaire de dénigrement de l'avis d'un citoyen avec lequel on n'est pas d'accord. Le 9 févier 2014, en toute sérénité, le peuple de ce pays tranchera. Et nous verrons bien.

 

Pascal Décaillet

 

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22/11/2013

La tentation de ne rien comprendre

 

Commentaire publié dans GHI - 20.11.13

 

Le seul signal qui vaille, en cet automne électoral, a été donné le 6 octobre. Le peuple a voulu un déplacement du curseur sur la droite protectionniste, une progression du MCG et de l’UDC, une régression sans appel du PLR et des Verts, et le retour d’Ensemble à Gauche. Cinq semaines plus tard, le même corps électoral a envoyé au Conseil d’Etat un nombre surfait de magistrats de l’Entente par rapport à la représentation parlementaire. Mais c’est ainsi, c’est le jeu, chaque élection a sa logique, tous sont bien sûr légitimes.

 

Mais il faudra qu’ils fassent très attention, ces quatre Messieurs de l’Entente au Conseil d’Etat. S’ils s’imaginent, sous prétexte qu’ils sont majoritaires, qu’ils vont pouvoir mener exactement la même politique que pendant les deux dernières législatures, avec leur libre circulation à tout crin, leur obédience au patronat, leur mythologie incantatoire du « Grand Genève », sans la moindre prise en compte du déplacement du curseur au Parlement, alors ils fonceront droit dans le mur.

 

Ont-ils seulement compris que l’idéologie transfrontalière avait pris, le 6 octobre, un sérieux coup dans l’aile ? Qu’une part montante de la population exigeait davantage de contrôles aux frontières et sur le marché du travail ? Espérons que oui. Sinon, il appartiendra à l’opposition de le leur signaler. Poliment, mais fermement.

 

Pascal Décaillet

 

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20/11/2013

22 novembre 1963, le passage du deuil

 

Mercredi 20.11.13 - 17.05h

 

Je suis comme des centaines de milliers de gens qui ont vécu ça, même si je n’avais que cinq ans et demi : je me souviens exactement où j’étais, dans quel coin de notre cuisine familiale, près du transistor beige, revenant de l’école, lorsque ma mère, le visage défait, m’a annoncé l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Je ne savais pas qui était cet homme, mais à voir la tristesse de ma mère, j’ai cru qu’il s’agissait de quelqu’un de la famille. Le soir, nous avons vu l’attentat à la télévision, en noir blanc, il y avait quelque chose de terrible et de glacé : j’ignorais à cet âge ce qu’était la mort.

 

JFK est loin d’être mon président préféré, j’ai même lu beaucoup d’horreurs sur lui, de quoi nous détourner du mythe, mais cela est venu beaucoup plus tard : ce 22 novembre 1963, comme des dizaines de millions de personnes sur la planète, je me suis senti orphelin. L’Amérique, avant cette date, c’était mon costume de cow-boy, déjà des séries TV, les immenses voitures aux grandes ailes, le pays du rêve et du possible. L’assassinat de Dallas a cassé en moi, si tôt dans ma vie, cette mythologie. Dès les jours qui ont suivi, en allant à l’école, je vois exactement avec qui, nous jouions à celui qui a tué Kennedy, nous étions celui qui sait, déjà nous parlions de mafia, celui qui était derrière Ruby qui avait tué Oswald, nos imaginaires explosaient.

 

Un peu plus tard, en tout cas pas avant 1966, il y a eu un aîné qui s’est pointé, une sorte d’Augustin Meaulnes que nous admirions pour sa carrure et ses airs d’aventurier. Sur le chemin de l’école, au milieu des chantiers, il nous assurait qu’il savait tout, détenait toutes les preuves, d’ailleurs venait de passer le week-end à Chicago, où il avait échappé de justesse à la mafia. Ayant sauté une année, j’étais l’un des plus jeunes de la classe, et ce providentiel grand frère me fascinait. Jusqu’au jour où, les yeux étincelants, nous prenant par le collet, il triomphait : « C’est Johnson, oui Johnson le commanditaire, je le sais, j’ai toutes les preuves, d’ailleurs je retourne à Chicago samedi ! ». Et nous allions notre chemin, pestant contre ce salaud de Johnson, d’ailleurs il avait une sale tête, et sa victime, le président défunt, était tellement beau.

 

1968, rebelote. L’année des assassinats. Robert Kennedy, le frère, et Martin Luther King. Là, j’avais dix ans, j’étais devenu depuis fin 1965 (de Gaulle contre Mitterrand) un passionné de politique, j’étais sur le point de finir l’école primaire, et je n’ai pas du tout vécu ces nouveaux drames avec la même intensité émotionnelle que celle du 22 novembre 1963. Ils en étaient en quelque sorte la réplique, la répétition, la récurrence. Et puis, tant d’autres sollicitations en cette année-là : Jeux Olympiques de Grenoble en février avec les victoires de Killy, mai 68 vécu en écoutant la radio, dans ma chambre, voyage au Cap Nord avec ma famille l’été, Jeux de Mexico à la fin des vacances, de quoi banaliser la violence américaine.

 

Fin 68, Richard Nixon a été élu, je l’ai admiré, et ne me suis pas du tout réjoui de sa démission en août 74. Mais cela, c’était de la politique, des choix que j’approuvais. Cela, alors que j’avais grandi, relevait de la raison. Alors que Kennedy, pour moi comme pour la planète entière, avait fonctionné comme un mythe. La beauté, la gloire, la mort. Destin d’Achille, qui serait court mais glorieux. En attendant de parler de tout cela, tout à l’heure, avec Daniel Warner, à Genève à chaud, demeure en moi, si présent, si vivace, le souvenir de la tristesse sur le visage de ma mère, puis sur celui de tant de personnes, des femmes surtout, comme le passage d’un deuil dans l’insouciance de l’enfance.

 

Pascal Décaillet

 

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Guillaume le Conquis

 

Sur le vif - Mercredi 20.11.13 - 10.24h

 

"Je vois ce nouveau mandat (à Berne) comme un prolongement de mon engagement pour la Ville, qui reste plein et entier. Un peu comme un chef d’entreprise qui, tout en travaillant à fond pour celle-ci, veut aussi faire partie de la faîtière de sa branche, afin d’influer sur les conditions-cadres."



Ce sommet de mauvaise foi, dans le Temps de ce matin, pour justifier son double mandat, vient de qui ? Réponse: Guillaume Barazzone ! Une bonne âme pourrait-elle, au demeurant, expliquer au magistrat que la Confédération n'est en rien, ni dans notre ordre ni surtout dans notre Histoire, l'organe "faîtier" de nos communes suisses.



On dirait qu'il parle de Genève comme d'une ville du Saint-Empire. Tout au plus bénéficierait-elle d'une forme d'immédiateté impériale, et lui, Guillaume le Conquis, monterait à la Diète, en quémander la bienveillance.


Ce besoin d'avoir toujours quelqu'un en haut, ou une instance supérieure, ou un grand frère, ou un protecteur, apparaît de plus en plus comme un trait de caractère inquiétant de ce jeune magistrat. Il y aurait en lui, dans le tréfonds, comme l'impossibilité d'une émancipation.

 

Pascal Décaillet

 

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19/11/2013

DIP, billet no 2

 

Sur le vif - Mardi 19.11.13 - 17.17h

 

Le vrai enjeu, dans la reprise du DIP, n'est absolument pas droite-gauche. Il y eut, dans l'Histoire, d'excellents ministres de l'Instruction publique de gauche, dont le plus grand d'entre eux, Chavanne. Il n'est pas non plus d'être soi-même (le ministre) truffé de diplômes, aucun problème avec cela.



Non, l'enjeu, comme je le soulignais ce matin, c'est que le ministre ait en lui une ÉQUATION PERSONNELLE avec le monde du savoir et de la connaissance. Il ne s'agit pas qu'il soit un singe savant, loin de là. Mais ce monde doit avoir en lui une résonance.


Le chef du DIP ne peut être un simple animateur social, fût-il de talent. Il ne peut pas s'occuper que du "vivre ensemble". Il doit être porteur, par tout ce qu'il charrie dans son vécu, d'un projet culturel puissant pour l'école de demain. Une ambition dans le monde du savoir et de la connaissance.


Enfin, l'école publique, qui est une grande et belle chose, doit être l'affaire de la République. Le moins qu'on puisse attendre de son chef, c'est une culture d'Etat, un sens de l'Histoire républicaine. Cela, de mon point de vue, valorise les radicaux et les socialistes. Bien davantage que ceux issus de partis d'essence libertaire, ne surfant que sur le vent des modes.



Voilà, amigos. Plus clair, je ne peux pas être.

 

Pascal Décaillet

 

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DIP : attention à l'erreur de casting !

 

Sur le vif - Mardi 19.11.13 - 10.04h

 

A moins de s'engager dans une phénoménale erreur de casting, qui serait le péché originel de la nouvelle législature, le Conseil d'Etat doit placer à la tête de l'Instruction publique genevoise un magistrat ayant, par son vécu, la puissance de ses aspirations personnelles, une équation personnelle au monde du savoir et de la connaissance. Jamais je n'oublierai l'immense bibliothèque personnelle d'André Chavanne, des centaines de livres sur l'Histoire des sciences, lorsqu'en 1987 il m'avait reçu chez lui, boulevard de la Cluse. Ces murs tapissés d'ouvrages, c'était son équation personnelle, à lui.


Il y faut aussi un esprit profondément républicain. Quelqu'un qui ait la culture de la République, d'où elle vient, ce qu'elle est. Un simple animateur sympathique ne fera pas l'affaire. L'école s'inscrit dans un contexte, avec des racines et des capacités de projection sur l'avenir. Elle est au coeur de notre aventure commune. Nous ne pouvons en confier le destin à un amateur.


La répartition des Départements est une affaire interne au Conseil d'Etat. Elle est de leur compétence, et non de celle des citoyens que nous sommes. Ils sont donc libres de leur choix. Libres, mais responsables. Une affectation hasardeuse serait lourde de conséquences pour la République. Le jour venu, à l'heure du bilan, voire avant, le miroir de cette responsabilité leur sera tendu.

 

Pascal Décaillet

 

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18/11/2013

"Grand Genève" : pédale douce, SVP !

 

Sur le vif - Lundi 18.11.13 - 13.10h

 

Ils ne vont quand même pas, après le signal donné par le peuple le 6 octobre, continuer de nous bassiner avec la même désinvolture avec le "Grand Genève" ? Comme si rien ne s'était passé. Comme si les partis qui soutiennent le plus frénétiquement cette nébuleuse n'avaient pas perdu des voix (-7 pour le PLR, -7 pour les Verts). Comme si ceux qui la combattent n'en avaient pas gagnées (+3 pour le MCG, + 2 pour l'UDC, sans compter le retour d'Ensemble à Gauche).



Non que les opposants à la nébuleuse constituent une majorité. Mais pour le moins, ils progressent. Là où les partisans régressent. Cela constitue ce qu'on appelle un signal.



Si l'Entente, surreprésentée au Conseil d'Etat par rapport à son poids parlementaire, a l'intention de poursuivre exactement la même politique que lors des deux législatures précédentes, alors nous assisterons d'ici mars 2018 à une augmentation, encore, des forces d'opposition. Il y a des moments où il faut savoir écouter le peuple. Hélas, ces temps, l'Entente est sourde.

 

Pascal Décaillet

 

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15/11/2013

François Hollande doit tenir. Et rester.

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 15.11.13

 


La France va mal, c’est sûr. Un président de la République crédité de seulement 15% d’intentions favorables, c’est du jamais vu. Dans les dix-huit premiers mois de son mandat de cinq ans, François Hollande a commis de graves erreurs, c’est indéniable. De là à parler, comme l’a fait récemment mon confrère Günther Nonnenmacher, dans la Frankfurter Allgemeine, d’un pays au bord de l’insurrection, il y a tout de même une marge. La France va mal économiquement, financièrement, elle traverse aussi une crise morale, toutes choses qui doivent être prises très au sérieux. Mais ses institutions républicaines viennent de loin, elles ont survécu, à une exception près, aux pires tempêtes. L’exception, la seule en 143 ans, c’est le 10 juillet 1940 : suite à la pire défaite de son Histoire, la France donne congé à son Parlement, ce qui ouvre les portes au régime de Vichy. Mon éminent confrère allemand reconnaîtra que nous  n’en sommes pas tout à fait là.


 
Dans ces colonnes, je n’ai cessé, sans être moi-même socialiste, de défendre la candidature de François Hollande, puis sa fonction présidentielle. Une fonction à laquelle quelques excités se sont odieusement attaqués, lors des cérémonies du 11 novembre. On a le droit de s’en prendre au président de la République, même vivement, mais pas lorsque dans le cadre de ses fonctions, il rend hommage au million quatre cent mille morts français de la Grande Guerre. Là, il n’est plus le Hollande militant socialiste, mais la figure de rassemblement de la mémoire nationale. L’immense majorité des Français, d’ailleurs, font parfaitement la part des choses entre une fonction qu’ils respectent et un homme, qu’ils aiment ou non. Or, si je continue à défendre François Hollande, c’est bien en raison d’une dignité présidentielle qu’à ma connaissance il n’a (contrairement à son prédécesseur) pas bafouée, et non par accord avec ses choix politiques.
 


Bien sûr, il serait trop facile qu’il dise : « Je suis le Président, pour l’intendance voyez avec le Premier ministre ». Il est le chef, le vrai, le seul. Dans la droite ligne du discours exceptionnel tenu à Bayeux le 16 juin 1946 par Charles de Gaulle, qui définit, avec une précision d’horloger, ce que sera, dès 1958, la fonction de chef de l’Etat, clef de voûte de tout, celui dont tout procède. Donc oui, Hollande doit assumer. Ce qui ne signifie surtout pas partir. Imaginez le signal que constituerait, à la 55ème année d’existence de la Cinquième République, le départ d’un chef de l’Etat sous prétexte que ça roule et que ça tangue. Des tourmentes, elle en a connues d’autres, la République ! A commencer par ce 6 février 1934, où elle a failli basculer. Face aux signaux, légitimes, de colère populaire, il faut agir. Mais en aucun cas partir. Ce serait, en termes d’institutions, ouvrir la porte au pire.
 


Pascal Décaillet
 

 

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07/11/2013

Eric et Pierre : la mythologie des contraires

 

Publié dans GHI - 06.11.13


 
A première vue, Eric Stauffer et Pierre Maudet surgissent de deux univers totalement différents. Eric, des entrailles de la terre, plus noires que chez Jules Verne, avec l’imprévisible fusion des matières, le feu. Bref Vulcain. Pierre, céleste, aérien, l’aigle qui vole et qui se montre, Jupiter. Celui qui vient d’en bas, celui qui survole. Vulcain, Jupiter. Ou, si vous préférez, Héphaïstos et Zeus.

 

D’un côté, le mauvais garçon, mais qui a tant appris en roulant sa bosse, de l’autre l’élève modèle. Allez, disons Dany Wilde et Brett Sinclair : Tony Curtis et Roger Moore. Celui qui lance l’eau, celui qui demeure de glace. Celui qui porte le feu, celui qui répand les Lumières. Celui qui craque, celui qui se contrôle. Celui qui va à Lugano, négocier le prix du vent. Celui qui, d’ici, souffle le chaud et le froid.

 

Celui qui rêve de l’Olympe, celui qui entend y demeurer. Celui qui annonce la chute de Troie, celui qui joue de mille tours, tiens le Cheval par exemple, pour y parvenir. Celui qu’une seule flèche au talon peut détruire, et celui qui achèvera le Cyclope. Et si ces deux-là, malgré l’infini de leurs dissemblances, étaient faits pour s’entendre ?


 
Pascal Décaillet

 

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04/11/2013

La Conjuration des Gueux

 

Chronique publiée dans Tribune (Le Journal du PLR vaudois) - No 9 - Mercredi 30.10.13

 

Nous avons, en Suisse, un magnifique organe qui s’appelle la démocratie directe. J’utilise « organe » au sens grec, « outil ». Les initiatives, les référendums, sont, au même titre que la fabrication des lois dans les Parlements, des outils de notre démocratie. Il s’agit de les utiliser ! Sans le moindre état d’âme, si on le juge nécessaire à une finalité politique. Il n’y a strictement rien de honteux, rien de sale, rien d’anormal à récolter des signatures contre une loi qui nous paraît mauvaise (référendum) ou pour changer la Constitution (initiative).

 

Rien de honteux, et pourtant. La manière dont les élus parlementaires, à tous les niveaux (communes, cantons, Confédération), accueillent l’annonce ou l’arrivée en Chancellerie d’une initiative ou d’un référendum, même munis d’un nombre impressionnant de signatures, montre bien qu’ils se sentent profondément « dérangés » par cette intrusion du peuple dans leurs petites affaires. Ils ont tort, totalement ! D’abord, parce que ce « peuple », celui dont on va récolter les signatures, n’est de loin pas celui de la masse, ni de la pléthore, ni d’une quelconque racaille en ébullition, mais bien celui des citoyens. Pour signer, il faut faire partie du corps électoral (démos), le même qui sera appelé à se prononcer, un beau dimanche, sur le texte. Ce peuple-là n’a donc rien d’un intrus, il ne « dérange » que le confort parlementaire, il est le souverain final, il est un acteur majeur, un « organe » de notre vie politique.

 

Mais ils ont tort, aussi, parce que leur mépris pour ce qui surgit d’en bas, ce qui vient s’en prendre à la perfection de leur ordre juridique, né de leurs équilibres, de leurs consensus, de leur infinie sagesse, ne fait que souligner leur méconnaissance de ce qui fait la Suisse. Ce mécanisme correctif aux décisions des autorités gouvernementales et parlementaires, que tant de nos voisins nous envient. Leur premier réflexe est de prendre peur : ils ont mis des mois, des années parfois, à nous bichonner des amours de petites lois, et voilà que la Conjuration des Gueux vient menacer de les leur défaire. C’est vrai que, de leur point de vue, il peut y avoir de quoi enrager, mettons-nous à leur place. Mais ils ont tort tout de même, parce que le génie de notre système suisse instaure la possibilité de recourir au souverain ultime, donc à un corps électoral de quatre millions de personnes (niveau fédéral), ce qui confère tout de même une autre légitimité que 246.

 

Ils ont tort, parce que la démocratie directe, au fond, n’est pas dirigée contre eux, contre le système parlementaire, mais en complément de ce dernier. Ensemble, par la dialectique, par le jeu d’oppositions, par la « disputatio », dans la douleur, dans l’intimité mêlée de nos victoires et de nos défaites à tous, nous construisons notre démocratie suisse. Le Parlement n’a pas à ignorer le peuple, ni d’ailleurs la réciproque : chacun est organe, outil, voie pour parvenir à des issues. Mais le chemin est encore long, dans les consciences, pour qu’élus et législateurs parviennent à intégrer la démocratie directe comme interlocutrice normale de notre vie politique. Entendez, comme autre chose que du poil à gratter. La Suisse est une petite fleur fragile. Toucher à ce miracle venu d’en bas, ce serait briser le plus sacré de nos équilibres.

 

Pascal Décaillet

 

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03/11/2013

Voter compact - Et quoi encore ! - Leur faire couler un bain ?

 

Sur le vif - Dimanche 03.11.13 - 15.53h

 

Voter compact. Ils n’ont que ces quatre syllabes, dont les deux dernières résonnent d’ailleurs d’une insondable laideur en toute oreille un rien sensible à la musique des mots. Eux, ce sont les états-majors des partis, non les candidats mais les apparatchiks et les chefs de campagne. Ils nous demandent,  à nous citoyens, de « voter compact », par exemple les chefs de l’Entente aimeraient beaucoup que leurs électeurs votent pour les cinq de leur alliance, sans rien biffer ni rien ajouter. Soit. C’est un calcul tactique. En nous nous permettrons d’ajouter : c’est cela, et rien de plus.

 

Ils le demandent, et ils le font avec une telle insistance (lorsqu’ils n’essayent pas d’en faire une sorte d’impératif moral), que ça commence à en devenir pénible, fatiguant, et même franchement déplacé. Il convient donc de leur répondre.

 

Voter compact, c’est quoi ? C’est juste un truc de politicards, de droite comme de gauche, pour pouvoir gonfler un maximum les pectoraux le dimanche du vote, et surtout garder leurs postes de présidents de partis. C’est leur droit, leur jeu, leur intérêt. Ça n’est de loin pas celui des différents candidats, quand on prend la peine de discuter avec eux, et dont la cruauté, en petit comité, ne s’adresse pas en priorité à leurs adversaires, disons-le comme ça par euphémisme. Croyez-moi, le souci premier du candidat à un exécutif, ça n’est vraiment pas le vote compact, il tente juste de nous le faire croire. Son seul but, bien sûr, c’est d’être élu, lui, et le reste on verra.

 

Surtout, cette obsession du vote compact ne concerne en rien le citoyen. Chacun d’entre nous est totalement libre. De voter ou non. De voter compact, ou non. Et la récurrence de plus en plus insupportable de ce mot d’ordre, c’est une incursion bien intempestive des partis dans une élection – celle du gouvernement – qui est avant tout affaire d’hommes et de femmes. Nous avons sept noms, au maximum, à inscrire sur une liste. Nous le faisons peut-être en fonction de l’orientation idéologique. Mais infiniment plus, en fonction de quelque chose de beaucoup plus fort, qui relève du fluide : la part de confiance que nous entendons accorder à tel ou tel candidat. Bien évidemment, elle transcende les barrières partisanes.

 

Face à ce geste fort, presque sacré, lorsque vous écrivez à la main un nom et prénom, les sommations à « voter compact » paraissent bien dérisoires. Nul n’en est dupe. Une élection est l’affaire du corps des citoyens avec lui-même : qui entendons-nous envoyer dans un gouvernement ? Une affaire des citoyens avec les onze candidats. Beaucoup plus que l’affaire des partis. La répartition de ces deniers a été tranchée le 6 octobre. Là, nous sommes dans une autre campagne, une autre logique, infiniment plus personnelle. Ces hurlements à voter compact ne sont pas loin d’une violation de notre intimité citoyenne. Vous seriez très gentils, Mesdames et Messieurs les chefs de partis, de nous foutre un peu la paix avec vos injonctions compactées. Elles polluent.

 

Pascal Décaillet

 

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02/11/2013

Plus la peine de voter : Pierre Ruetschi a les résultats !

 

Sur le vif - Samedi 02.11.13 - 18.46h

 

En découvrant ce matin l’éditorial de la Tribune de Genève, j’ai immédiatement pensé au discours prononcé le 27 janvier 1978 par Valéry Giscard d’Estaing à Verdun-sur-le-Doubs. VGE est au pouvoir depuis bientôt quatre ans (mai 1974), les législatives approchent, la gauche commence à faire peur (elle échouera, finalement, le 19 mars, et je me souviens des yeux rouges de Michel Rocard), alors le président de la République sort de sa réserve, et, dans cette paisible commune de Saône-et-Loire, indique aux Français ce qu’il considère comme « le bon choix » pour la France.

 

« Le bon choix pour Genève », c’est l’édito de Pierre Ruetschi, ce matin. Un texte qu’on peut qualifier de prophétique, puisqu’il ne nous livre rien de moins que les résultats de l’élection du 10 novembre. On y apprend que François Longchamp (« stature, sens incontestable de l’Etat, intelligence politique ») et Pierre Maudet (dont on salue le « bilan » alors qu’il n’est là que depuis seize mois) seront réélus, ainsi que « le solide Serge Dal Busco », nettement préféré par l’auteur au « tournoyant Luc Barthassat », lequel devrait passer «avec un peu de chance ».

 

On y apprend encore que « la gauche, qui part à trois, devrait obtenir en toute bonne mathématique électorale au moins deux sièges ». Thierry Apothéloz, avec un mépris assez saisissant, est immédiatement qualifié de « joker », puis de « falot ». Donc voilà élus Anne Emery-Torracinta et Antonio Hodgers. Le dernier siège devrait se jouer entre Mauro Poggia et le joker. Dans un réflexe digne des plus riches heures des Fronts républicains contre la Bête immonde, l’éditorialiste choisit le joker. Et voilà notre septuor. Pas belle, la vie ?

 

Le septuor désigné par le rédacteur en chef de la TG se trouve être, par le plus grand des hasards, à peu près le même que celui du « sondage » (sur le prodigieux échantillon de 213 personnes) publié cette semaine par le même quotidien. Dans ces conditions, nous les citoyens, qui recevons des enveloppes de vote, faut –il absolument que nous perdions notre temps à accomplir notre devoir électoral ? Puisque de toute manière, Pierre Ruetschi le fait pour nous. La TG, par deux fois en quelques jours, ne nous dit même plus pour qui il faut voter, dans la bonne tradition du Nouvelliste de mon enfance. Non, elle franchit une étape supplémentaire : elle nous dit qui sera élu.

 

A ce niveau-là, la géniale Cassandre et la Pythie de Delphes apparaissent comme des apprenties, des modèles de cécité et d’impéritie. Citoyens, plus la peine de voter, ni même de se triturer les méninges : Pierre Ruetschi a déjà tous les résultats, Céline Amaudruz et Eric Stauffer ne sont même pas nommés, François Longchamp entre au Panthéon des hommes d’Etat, et Pierre Maudet peut s’enorgueillir, après seize mois, d’un bilan. Quant au « tournoyant Barthassat », notre bleuté prophète, après avoir réglé son sort avec cette chiquenaude verbale, l’envoie tournoyer en d’improbables tournois. Dieu que la vie est belle, lorsque les géomètres du prévisible nous délivrent de nos périssables incertitudes.

 

Pascal Décaillet

 

 

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