07/12/2013

Plaidoyer pour une école forte

 

Publié dans GHI - 04.12.13

 

L’Instruction publique. Le plus beau Département, le plus noble défi. Querelle centrale, celle qui sur tout devrait primer, puisqu’il s’agit de l’être humain, son accès à la connaissance, l’éveil de sa lucidité. Si un jour j’étais entré en politique, c’est pour ce ministère, et nul autre, que je me serais battu. Dans une autre vie, je le ferai. Et maintenant, je peux vous le dire : il m’est arrivé, ces dernières semaines, d’avoir peur. Oui, j’ai craint que le dicastère qui fut celui de Chavanne ne tombât en d’improbables mains. Au final, avec Mme Emery-Torracinta, ce ne sera pas le cas, et de loin. Il faut s’en féliciter : non seulement le pire est évité, mais nous ne sommes pas loin du meilleur.

 

Le meilleur ? J’eusse aimé que ce fût un radical, M. Longchamp ou M, Maudet. Mais le choix d’une socialiste, autre parti d’Etat et de mémoire, régalien, structurant, me convient parfaitement. Pour croire en l’Ecole de la République, il faut commencer par croire en l’Etat, non celui de la Providence, des guichets ni des tentacules, mais celui du projet commun que définit une société, dans sa dimension historique et mémorielle. Les radicaux et les socialistes y croient. Je perçois moins cela dans des partis de souche libertaire, de gauche comme de droite d’ailleurs, ou dans d’autres, si extatiques de la famille, ou de la communauté, que leur horizon semble s’y figer.

 

Nous avons tous, chacun du demi-million de Genevois, chacun des huit millions de Suisses, une idée de l’école idéale. La mienne serait à ce point tissée d’Histoire, de poésie, de littérature et de musique, qu’elle serait adulée par les uns, rejetée pas d’autres, donc illusoire pour n’être pas assez rassembleuse. Laissons donc le détail des programmes, et contemplons l’ensemble. Aspirons, je vous prie, à une école simple et claire. Lisible. Avec des objectifs identifiables. Au primaire, au Cycle, au Post-obligatoire, et dans l’apprentissage. Plaidons, avec Jean Romain et une majorité de la Commission de l’enseignement, pour une Maturité qui soit moins une jungle d’options. Battons-nous pour une absolue priorité des affectations budgétaires au front de l’enseignement, et tant pis s’il faut dégraisser les états-majors.

 

Respectons, valorisons autour de nous le métier d’enseignant. Donnons à nos jeunes l’envie de l’exercer. Car enfin, point n’est besoin d’avoir lu Péguy, Notre Jeunesse, Cahiers de la Quinzaine, pour se convaincre que ce métier est le plus beau du monde. Finissons-en avec une formation des maîtres qui, sous prétexte de science pédagogique, formate et nivelle plutôt que l’élever. Donnons au Post-obligatoire davantage de moyens, pour affronter la hausse des effectifs. Valorisons enfin les filières d’apprentissage. Replaçons, du moins quelques heures par semaine, les directeurs du primaire face à leurs élèves. En un mot, rétablissons la confiance.

 

Cela, bien sûr, ne se décrète pas, mais se gagne et se mérite sur le terrain. Ce que doit faire le politique, c’est montrer son soutien. Donner des signaux de très grande attention à la chose scolaire, en prouvant bien qu’il la place au centre de ses attentions. Il s’agit de nos enfants. Et du destin de notre société.

 

Pascal Décaillet

 

 

17:55 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Point besoin de vous dire combien j'apprécie votre billet!
Si seulement elle pouvait vous entendre...
Pour rappel:

http://etsionenparlait.blog.tdg.ch/archive/2013/04/11/plan-de-route-pour-le-nouveau-president-du-dip.html

Écrit par : Duval | 07/12/2013

Du côté des élèves, si l'école est un plaisir pour les uns, elle devient, selon les handicaps, ou blocages, donc, relationnel, aussi, un vrai calvaire... L'enfant perd confiance en lui-même (en France, une entreprise invita ses employés à prendre des cours qui leur permettraient d'améliorer leur situation. Chose inouïe, les personnes concernées ignorèrent cette invitation. En examinant leurs CV, on constata que l'école ne pouvait que leur avoir laissé de forts mauvais souvenirs et que le fait de se retrouver sur des "bancs" de "classe" était "impossible"! L'école, destinée à tous, quelles que soient les options à venir ne devrait-elle pas, dès l'emblée, s'intéresser, de façon incontournable, aux centres d'intérêts des élèves (dans le sens des CEMEA(centres d'entraînement aux méthodes d'éducation active) où l'enfant qui peine en une matière peut être abordé non par un programme rigide mais par l'un ou l'autre de ses centres d'intérêt (l'enfant qui peine en math lira l'énoncé d'un problème de robinet se situant dans les vestiaires de club de foot, qu'il adore, par exemple... parce que l'enfant qui, dans la confusion, l'impuissance, la détresse doute de lui, à la longue, perdant le respect de lui-même, peut avoir son individualité ou sa personnalité comme démantelée, détruite,et, selon les cas,(ressenti de l'enfant, des siens) détruite à jamais.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 08/12/2013

Tout à fait d'accord, si les maîtres sont aussi soumis à des exigences de qualité, mis en garde et écartés du métier dans certains cas.

Écrit par : Mère-Grand | 08/12/2013

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