30/12/2013

La Suisse en 2013 : pays prospère, démocratie vivante

 

Édito paru ce matin en première page du Giornale del Popolo - Titre en italien : Paese prospero, democrazia in salute - Lundi 30.12.13


 
Comment la Suisse s’est-elle portée en 2013 ? Fermons les yeux, faisons le vide, laissons remonter, en vrac, quelques souvenirs. Et disons-le tout net : sans tremper dans le mythe du « peuple heureux », nous n’avons tout de même pas trop à nous plaindre ! Nous avons certes des problèmes, mais enfin globalement, la Suisse demeure, au milieu du continent européen, un pays prospère, envié, attirant une forte immigration pour y trouver du travail, affichant l’un des taux de chômage (3%) les plus faibles du monde. C’est, aussi, un pays où quatre communautés linguistiques (à vrai dire beaucoup plus, prenons par exemple les albanophones) vivent en paix les unes avec les autres. Un système politique où, par la démocratie directe (initiatives ou référendums), la base peut s’exprimer et corriger la politique des élus. Un pays où l’on se respecte. Et où les trains ont plutôt tendance à arriver à l’heure. Loin de moi l’idée de vous figer le tableau en une sorte de paysage idéal de train électrique, mais il fallait tout de même commencer par là, avant de recenser l’un ou l’autre bémol.
 


Prenons l’immigration. Elle est, c’est vrai, très forte. Et nous aurons, le 9 février, à nous prononcer sur le sujet. Chacun votera en conscience. Mais enfin, à la base, un pays vers lequel on se précipite, c’est plutôt meilleur signe que le contraire. Nous fûmes, notamment dans la seconde partie du dix-neuvième siècle, terre d’émigration. Des Tessinois, des Valaisans, des Fribourgeois, et tant d’autres compatriotes, n'ayant plus de travail, sont allés chercher vers les Amériques, ou dans la Mitidja algérienne, ce qu’ils ne trouvaient plus au pays. Et même encore pendant que les radicaux lançaient la Suisse moderne, avec le percement du Gotthard, les voies ferrées, le capitalisme industriel, les oubliés de ce pays allaient quérir d’autres horizons. Comment ne pas penser à eux en lisant l’éblouissante première page de « L’Amérique » de Kafka, dans cet allemand si sublime, avec ce traveling sur le port de New York, et ce rêve de liberté dans les yeux de l’immigrant ?
 


La Suisse demeure un pays prospère, mais ne doit en aucun cas se reposer sur ses lauriers. Économiquement, la bataille est rude pour rester concurrentiel, maintenir notre capacité d’exportations, innover dans de nouveaux pôles de recherche et d’excellence, améliorer notre système de santé en tâchant d’en baisser les coûts. N’oublions jamais notre agriculture : nous l’avons voulue proche de l’environnement, respectueuse du bétail, orientée vers des produits de haute qualité : ce choix citoyen a un prix. Il implique un certain protectionnisme, non pour renouer avec le Plan Wahlen, mais simplement pour que nos paysans puissent survivre.


 
Sur le plan politique, les signaux de 2013 ne sont pas simples à décrypter. Dans la foulée du succès de la Lega aux élections tessinoises de 2011, les partis conservateurs, prônant la préférence aux résidents, ont marqué des points. Victoire d’Oskar Freysinger en Valais, d’Yvan Perrin à Neuchâtel (deux cantons où l’UDC n’avait jamais eu de conseiller d’Etat). Victoire du MCG à Genève, avec 20 députés sur 100, et l’arrivée au gouvernement de Mauro Poggia. Au fond, la Suisse latine, aujourd’hui, s’avère tout aussi conservatrice que les Alémaniques, elle traduit juste la tendance par d’autres sensibilités, d’autres étiquettes. Mais elle commence, dans des scrutins majoritaires, à envoyer des UDC dans les Conseils d’Etat.


 
Pourtant, lors des votations fédérales, le peuple demeure souverain, pragmatique, et ne se laisse toujours pas réduire, sur la longueur, à une seule grille de lecture, qui nous permettrait de conclure : « Il est plus à gauche, ou plus à droite ». Il refuse nettement  (9 juin) l’élection du Conseil fédéral par le peuple, donc sur ce point désavoue l’UDC. Il maintient sa confiance (22 septembre) à notre système d’armée de milice, avec le principe d’obligation de servir. Il avait dit oui à Minder, mais refuse, le 24 novembre, d’aller trop loin avec l’initiative 1 :12. Il balaye (24 novembre) le vignette à 100 francs, parce qu’il a bien senti que le paquet était mal ficelé, mal justifié. Quelles que soient nos sensibilités politiques, comment ne pas rendre hommage à la sagesse, la précision de perception des enjeux de ce peuple citoyen, rompu de longue date à un exercice fin et lucide de la démocratie directe ? Le peuple est le souverain de ce pays : pour ma part, je me félicite d’avoir un souverain aussi éclairé. De loin pas toujours d’accord avec ses décisions, mais, sur la longueur, beaucoup d’intelligence et d’équilibre.
 


Un mot enfin, très bref, sur notre politique étrangère. L’air de rien, pendant que nous avons tous le nez plongé dans nos affaires intérieures, c’est à Genève que tentent de se régler les dossiers du nucléaire iranien et du drame que traverse la Syrie. A Genève, et nulle part ailleurs. Nous les Suisses, nous avons à en être fiers : notre pays est minuscule, il est fragile. Mais, s’il voit grand, il peut nous porter très loin. A tous les lecteurs du Giornale del Popolo, j’adresse mes meilleurs vœux pour 2014.


 
Pascal Décaillet

 

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27/12/2013

L'Evangile selon Saint Philippe

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 27.12.13


 
En écoutant la RSR, ce mardi 24 décembre, Veille de Noël, entre 18h et 19h, toute la Suisse romande a eu droit, dans un discours admirablement articulé en trois points, aux lumières de Philippe Bender. Grand invité du journal, fil rouge, il a beaucoup parlé. Au point qu’on a pu, un moment, se demander s’il n’était pas lui le meneur de la tranche, et les journalistes, ses invités. Oui, peut-être était-il l’officiant, et nous les agneaux de passage. La nuit de Noël était déjà tombée, la comète ne se devinait pas trop derrière les nuages. La myrrhe, l’or et l’encens se faisaient encore désirer. Mais la Sainte Parole, nous l’eûmes. La Lumière, avec un grand « L ». La parfaite architecture du raisonnement. La Raison, avec un grand « R ».


 
L’intéressé n’a rien à se reprocher. Il répond à des invitations, c’est son droit. Il donne son avis : il en a, comme n’importe quel citoyen, toute latitude. Mieux : il a au moins, lui, l’honnêteté de corriger sa propre présentation, précisant qu’il n’est pas seulement « historien », mais militant « attaché à un parti » (le PLR), ce que tout Valaisan sait depuis des décennies, mais dont tout auditeur romand n’a pas nécessairement connaissance.


 
Le problème, à la RSR comme dans d’autres médias, c’est cette incurable habitude de le présenter comme un simple « historien ». Et dans cette tranche horaire où il a, depuis des années, ses habitudes, tant il y est invité, on omet si souvent de décliner une nature militante dont lui n’a jamais cherché à se cacher. Là où le bât blesse, c’est donc dans l’intention réelle de l’invitant, non dans celle de l’invité. Car en cette Veille de Noël, « l’historien, mémoire vivante » ne s’est pas contenté de parler – fort bien, d’ailleurs – du fédéralisme suisse, mais, selon le principe de l’émission, on l’a invité à réagir à l’actualité. Par exemple, par le plus grand des hasards, à l’affaire Giroud.


 
Et lui, serviable, en invité qui ne se dérobe pas, en a profité pour nous caser son monologue. Magnifique péroraison, où il n’eut pas le loisir d’être interrompu, et où, de moins en moins historien et de plus en plus canal historique, il nous livra (en trois points) une appréciation visant à charger la thèse de la responsabilité politique, et dénoncer le pouvoir majoritaire. Et cette charge, bien entendu par hasard : on avait juste profité de sa présence pour rebondir. C’est fou, en certaines veillées, comme la Sainte Coïncidence fait bien les choses.


 
La même, d’ailleurs, à laquelle nous eûmes droit, toujours sous couvert d’expertise historique, dans les moments les plus brûlants de l’affaire Varone. Au fond, dans cette tranche horaire de la RSR, chaque fois que se produit en Valais un événement avec un peu d’enjeu et un peu d’ambiance, on convoque le Maître des Lumières. C’est récurrent, rituel, liturgique. Ça tombait bien : la nuit de Noël pouvait commencer.


 
Pascal Décaillet

 

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21/12/2013

Les "valables raisons" de Vincent Maitre

 

Sur le vif - Samedi 21.12.13 - 19.01h

 

J’écris ces lignes comme citoyen, né à Genève et y exerçant son droit de vote depuis l’âge de vingt ans, en 1978. Nous, les citoyens, avons élu le 6 octobre dernier cent députés pour siéger entre 2013 et 2018 au Grand Conseil. Ces cent personnes, nul ne les obligeait à se porter candidates à cette fonction. Elues, elles sont pour une législature au service de la population, et non le contraire. Leur devoir est de siéger, avec le moins d’absentéisme possible. Les enjeux lourds qui attendent notre canton ne tolèrent ni amateurisme, ni dilettantisme en l’espèce.

 

Dès lors, tout citoyen, oui tout membre du corps électoral du canton, est parfaitement légitimé à savoir, en parfaite transparence, qui, parmi les députés, se rend aux séances, qui s’y rend un peu moins, qui ne s’y rend jamais. Cela fait partie du contrat social, du pacte de confiance avec l’élu. C’est vrai, je me suis étonné, depuis quelques semaines, de l’absence totale, cet automne, du député Vincent Maitre. C’est mon droit le plus strict, mon droit de citoyen, je n’ai aucune intention d’y renoncer. M. Maitre a sollicité la confiance du peuple, l’a obtenue le 6 octobre, il doit donc siéger. Il ne s’y est, pour l’heure, jamais rendu, n’a donc pas prêté serment. N’aurait-il pas pu au moins le faire, de façon à avoir un suppléant ?

 

On m’a parlé de « valables raisons ». Je veux bien, j’en prends acte. Mais alors, avec M. Maitre, il y a un problème. N’ayant pas mis le moindre pied au Parlement, alors que nous sommes deux mois et demi après l’élection, et que le Grand Conseil vient de se pencher deux jours sur l’acte amiral de son mandat, l’examen du Budget 2014, M. Maitre est loin d’être pour autant le muet des « valables raisons ». Sur un réseau social, il a passé ces deux mois et demi à intervenir tous azimuts, prendre parti, moraliser, donner de grandes leçons, et parfois même blesser les gens.

 

Face à cette providentielle vitalité de « l’Absent pour valables raisons », en pétaradante forme pour la morsure vipérine comme pour l’imprécation, souffletant par ci, griffant par-là, on se dit qu’un aussi admirable tempérament bretteur aurait davantage sa place dans l’enceinte d’un Parlement, au service d’une population qui lui a fait confiance, que, "de quelque part", sur un réseau social. Mais voilà : « valables raisons », nous dit-on. Cela serait-il la manière polie de nous inviter à circuler, parce qu’il n’y aurait rien à voir ?

 

Aujourd’hui, de « là où il est », M. Maitre joue les victimes. Pour ma part, je n’aime pas du tout cette affaire, ni le climat de gêne et d’omerta qui suinte, lorsqu'on l'évoque, le corporatisme parlementaire. M. Maitre, hier, m’a fait écrire par son avocat. Aujourd’hui, il m’attaque par lettre ouverte. C’est son droit. Le mien, c’est de demeurer dans ma posture citoyenne, en attente de transparence. C’est mon droit. Et c’est celui des dizaines de milliers de membres du corps électoral de ce canton, celui qu’on appelait naguère le « Conseil général ». Les élus sont au service de la population. Ils ne sont là ni pour l’insulter, ni pour tenter de l’intimider.

 

Pour ma part, M. Maitre peut m'envoyer tous les avocats qu'il veut. Je ne reculerai pas, dans cette affaire.

 

 

Pascal Décaillet

 

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18/12/2013

L'inconnu de Lübeck

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En ce jour de centième anniversaire de la naissance de Willy Brandt (1913 - 1992), je republie ici ma chronique parue le 6 mai 2004 dans la Revue Choisir, de mes amis Jésuites. Je n'ai jamais eu l'occasion, hélas, de rencontrer Willy Brandt, mais je me souviens de très beaux échanges sur lui avec son successeur Helmut Schmidt, que j'étais allé interviewer à Hambourg en avril 1999.

 

 

L’inconnu de Lübeck

 

 

Il y a juste trente ans, le 6 mai 1974, Willy Brandt, le plus énigmatique, mais aussi à coup sûr le plus grand chancelier allemand du vingtième siècle, envoyait au président de la République une lettre de démission de treize lignes, écrite à la main : « J’assume la responsabilité politique de l’affaire Guillaume ». Brandt quittait la chancellerie, laissant la place à un autre grand homme, Helmut Schmidt. Il allait encore vivre dix-huit ans, présider son parti, et même l’Internationale socialiste, vivre deux décennies en vieux sage ayant tutoyé l’Histoire, cerné d’honneurs et de louanges, mais Brandt au pouvoir, cette aventure allemande de l’après-guerre, se terminait ainsi d’un coup, bêtement, suite à une histoire d’espionnage entre Allemands que plus personne, de nos jours, ne pourrait imaginer.

 

Willy Brandt, homme du nord né à Lübeck, le 18 décembre 1913, d’une mère de dix-neuf ans qui ne lui révèlera qu’en 1947 la véritable identité de son père, et mort le 8 octobre 1992, aura donc connu l’Allemagne impériale, traversé la Grande Guerre, la République de Weimar, le Troisième Reich (en exil en Scandinavie), les années de désolation et de reconstruction, la scission en deux de sa patrie, avant de connaître enfin, peu avant sa mort, plus heureux que Moïse, la chute d’un Mur qu’il avait toujours haï, les yeux embués en cette ville de Berlin dont il avait été, de 1957 à 1966, le maire éblouissant. Avant d’être un grand homme d’Etat, celui de l’Ostpolitik et de la génuflexion de Varsovie, avant d’être ce vieillard fatigué et sublime regardant d’écrouler le Mur aux côtés de Kohl et Genscher, en cette nuit du 9 novembre 1989, avant tout cela, Willy Brandt c’est d’abord, comme Mitterrand, le charme étrange et romanesque d’un destin.

 

La politique, aujourd’hui, n’aime plus guère les aventuriers. Elle préfère les technocrates. C’est dommage. Que serait l’Italie sans Garibaldi et le tumulte de son parcours ? Il faut lire la vie des grands hommes, à la Plutarque, si on veut saisir les véritables enjeux de leurs paris politiques. L’enfant Louis XIV traumatisé par la Fronde, le jeune Léon Blum et l’affaire Dreyfus, les rapports terribles de Frédéric II avec son père. Pour cela, il faut accepter de lire des biographies, ce genre passionnant, longtemps et scandaleusement méprisé par les historiens de la mouvance de Mai 68, ceux qui préfèrent les structures aux hommes, la matière à l’esprit, la coupe synchronique, désincarnée, au fil magique d’une vie.

 

Il faut aussi regarder les albums de photos. Le collégien Willy Brandt, 1930, debout en pantalon de golf, posant devant un plan d’eau, sans doute un canal de sa ville natale de Lübeck. La beauté de son visage, la retenue de sa posture, le brin de mélancolie de l’ensemble, la force de solitude intérieure d’un regard pourtant porté vers le lointain. Est-ce déjà Willy Brandt, au destin scandinave et futur prix Nobel de la Paix ? Ou n’est-ce, encore, que Herbert Ernst Karl Frahm, son premier nom, celui de son enfance hanséatique, lui qui allait, d’exil en exil, en porter plusieurs, remplaçant une énigme par une autre. Tout est là, oui déjà, dans cette tristesse semi-éclairée, immensément séduisante, de l’inconnu de Lübeck. Enfin, coïncidence ou non, 1930, l’année de cette photographie si troublante, est celle de son adhésion au SPD, le parti social-démocrate : rien, jusqu’à la mort, ne l’en séparera.

 

Willy Brandt : un destin allemand. Il aurait pu être raconté par une nouvelle d’Heinrich Mann, ou incarné dans l’un des innombrables personnages de Günter Grass, son ami. J’irais plus loin : j’irais chercher dans Schiller, celui des jeunes années, le Schiller de Don Carlos et du Sturm und Drang, le ressort exceptionnel de Brandt. Une vie nécessairement en mouvement, mais d’un chemin non-tracé, où l’invisible surpasse le prévisible, le rend futile, dérisoire. Les plans de carrière volontaristes sont pour les personnages de deuxième choix, les grands commis, les grands exécutants. L’homme de caractère, lui, accepte les chemins de traverse, la surprise du vent.

 

Brandt, un destin. Mais aussi un certain sens de la formule, du symbole. A genoux devant le monument aux morts de Varsovie, recueilli au Mémorial de Yad Vashem, ou hagard devant les burins de fortune qui détruisent le Mur, c’est toujours le même homme, le même sens du destin et de l’Histoire. « Jetzt wächst zusammen, was zusammengehört », s’était-il contenté de déclarer en cette nuit allemande du 9 novembre 1989 (Maintenant va pouvoir croître ensemble, ce qui est du même terroir). Et si le combat social-démocrate, tout en étant parfaitement sincère, n’avait été, toute une vie, que le paravent d’un autre enjeu, plus fondamental, plus inavouable : le combat national pour enfin donner un champ d’éclosion à une patrie ravagée, et au fond tant aimée, comme une mère qu’on retrouverait, intacte et prometteuse, au soir de sa propre vie ? La force des grands hommes, Brandt, de Gaulle et les autres, c’est qu’ils nous donnent l’impression, à chaque fois, de recommencer l’Histoire.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Les arcanes parfumées du pouvoir

 

Sur le vif - Mercredi 18.12.13 - 10.48h

 

Tribune de Genève: toujours, toujours, toujours la même manière de procéder. Métronomique. Prévisible. Une initiative (avec laquelle je ne suis pas du tout sûr d'être d'accord) est annoncée, concernant l'éducation sexuelle à l'école. Immédiatement, dans l'édito, on la démolit.



La TG pulvérise d'office à peu près TOUTES les initiatives. Ce qui vient d'en bas la gêne, la dérange. Par cette systématique, elle se positionne comme journal de pouvoir, au service des institutions en place. Si le peuple lance des initiatives, c'est justement, pourtant, pour corriger ce qui, de son point de vue, n'a pas été réglé par les élus en place. Lancer une initiative n'a rien d'un comportement d'intrus, ni d'une humeur de rue: c'est un acte parfaitement légitime, un ORGANE de notre démocratie suisse.



Le Temps et la RSR usent de la même pratique, tout aussi systématique. Il manque, en Suisse romande, un quotidien capable de relayer, avec un haut niveau de plume et d'engagement, une authentique puissance de solitude des auteurs, les sentiments profonds de la population, leurs colères parfois, leurs insatisfactions, leurs aspirations à de vrais changements dans notre organisation sociale. Avec un ton beaucoup plus direct, un style aussi, qui ne suinte pas immédiatement le besoin de se faire reconnaître dans les arcanes parfumées du pouvoir.

 

Pascal Décaillet

 

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17/12/2013

Le PDC laisse filer Kilchenmann à l'UDC !

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Sur le vif - Mardi 17.12.13 - 16.45h

 

Emmanuel Kilchenmann rejoint l'UDC, nous annonce à l'instant le site de la Liberté. C'est une perte importante pour le PDC, non seulement fribourgeois mais suisse: Kilchenmann, que nous fûmes parmi les premiers à reconnaître et à inviter sur nos plateaux TV (Grand Oral, Genève à chaud), était l'une des personnalités les plus solides, les plus brillantes et les plus prometteuses de la démocratie chrétienne suisse.



Il a eu, lors de la campagne Siggen-Steiert, un problème avec son parti, sur lequel nous ne reviendrons pas ici. Disons simplement, pour nous être un peu renseignés, que les siens auraient pu le soutenir un peu mieux. Notamment l'un d'entre eux. On ne lâche pas ceux qui s'engagent, ceux qui se battent.



Pour l'heure, une chose est sûre: la démocratie chrétienne suisse perd l'un des meilleurs des siens, et l'UDC gagne un homme loyal, ancré, courageux, combatif, nourri de la profondeur des valeurs conservatrices - au meilleur sens du terme - de notre pays. Puissions-nous sans tarder retrouver cet avocat, commandant d'une compagnie de grenadiers, magnifique connaisseur de Léon XIII et de la Doctrine sociale de l'Eglise, aux Chambres fédérales.



Et ma foi, si le PDC suisse n'est plus capable de retenir son aile conservatrice, tant pis pour lui. Et tant mieux pour l'UDC.

 

Pascal Décaillet

 

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14/12/2013

Faut-il à tout prix des Parlements ?

 

Sur le vif - Samedi 14.12.13 - 18.47h

 

Je rumine ce billet depuis des années, mais sa cause directe, juste cet après-midi, est la pantalonnade au Municipal de la Ville de Genève, autour du budget 2014. La droite et le MCG avaient prévu des coupes importantes. Par un vote discipliné, ils pouvaient les faire passer. A cause du hasard, la revanche d’un exclu mécontent, ou d’indépendants déracinés de toute cohérence initiale dans leur engagement parlementaire, c’est le contraire qui s’est produit. La gauche exultera d’avoir pu conserver des postes dont je n’ai toujours pas saisi l’utilité, et par là-même sa clientèle politique. La droite, à juste titre, enragera. Ne refaisons pas ici le débat. Interrogeons-nous, en partant de ce tout petit exemple mais en élargissant, sur l’écueil que peut représenter l’institution parlementaire lorsque le hasard, ou la rancœur personnelle de l’un ou l’autre, dictent les décisions à la place du rapport de forces politiques, cette bonne vieille dialectique qui fonde nos antagonismes en démocratie.

 

Lorsqu’un Parlement – et peu importe qu’on l’appelle ici « délibératif » - devient arène de hasard, imprévisible, livrée au jeu d’éléments individuels, hors de tout contrôle, la démocratie est perdante. Parce que la démocratie, c’est la clarté, la transparence, la confiance des engagements, la traçabilité des actes. Ce qui s’est produit, cet après-midi, au Municipal de la Ville de Genève, peut hélas parfaitement arriver dans un Parlement cantonal, voire aux Chambres fédérales. Et cela mérite une question : le principe de délégation parlementaire, si sanctifié depuis deux siècles dans nos systèmes, mais possédant de tels ferments de fragilité, et parfois d’injustices dans la représentation du peuple, ne doit-il pas nous amener à imaginer des contre-modèles de décision démocratique, impliquant beaucoup plus de votants ?

 

Le temps des diligences

 

Depuis deux siècles, disons depuis la Révolution française, ou 1848, ou plus récemment selon les pays, les citoyens ont coutume d’envoyer siéger des représentants dans des cénacles. Cela nous vient du temps des diligences. On partait à la Diète, on y demeurait parfois plusieurs semaines, on était entre gens qui savaient lire et connaissaient les lois, on concoctait entre soi, à des centaines de kilomètres des gens qui vous avaient élu, en totale coupure avec eux. Il fallait bien faire confiance à ces délégués. Ils avaient la formation, l’éducation, les réseaux, la connaissance.

 

Aujourd’hui, l’information est instantanée. Le miracle de la technique, les réseaux sociaux, internet, permettent à chaque citoyen d’accéder aux mêmes données que les parlementaires. Dans vingt ans, cinquante, dans un siècle, sera-t-il encore nécessaire qu’une minorité d’hommes et de femmes (par exemple, 246 sur une population de huit millions d’habitants) fassent PHYSIQUEMENT le déplacement d’aller siéger côte à côte (par exemple, quatre fois trois semaines par année, à Berne) ? Ou à Paris ? Ou à Berlin ? Ou face aux canons, dans la Vieille Ville de Genève ? Ce procédé de conclave, avec ses rites et sa liturgie, son parfum de chapelles, ses chuchotements de sacristie, sera-t-il encore pertinent dans trois ou quatre générations ?

 

Intégrer les masses de façon pro-active

 

En Suisse, nous avons la démocratie directe, initiatives ou référendums. Mais la plupart du temps, cette mise en masse de la décision n’intervient qu’en réaction. Le référendum corrige une loi jugée mal faite, l’initiative vise à amender notre ordre constitutionnel sur des points que les corps constitués auraient négligé d’aborder. Mais ne serait-il pas temps d’intégrer le suffrage universel, non seulement en réaction, mais aussi en pro-action, en procédure normale de décision ? Les outils de technique évoluent à une telle vitesse qu’on peut l’envisager.

 

Restera, bien sûr, à demeurer dans l’ordre du démos plutôt que de sombrer dans celui de la doxa. Aucun nouvel instrument de démocratie, dans les générations qui nous suivront, ne pourra faire l’économie de la dureté citoyenne, qui implique formation, connaissance, engagement personnel, prise de risque, mise en débats, pour arriver à la décision. On est loin, très loin, de la démocratie d’opinion, ou chaque sondé n’aurait qu’à cliquer. Bien sûr, il faudra vaillamment se prémunir de ceci pour parvenir à cela.

 

La démocratie comme polyphonie

 

Les Parlements en ont encore pour quelques générations, et même sans doute demeureront-ils longtemps. Mais ils ne sauraient constituer seuls la totalité d’une démocratie. Pas plus que le suffrage universel, d’ailleurs. C’est du dialogue des uns et des autres de ces ORGANES, en résonance, que naît et fermente la polyphonie de la démocratie. Elle implique d’être constamment interrogée, réinventée, en lien avec la prodigieuse évolution des techniques et des moyens d’information. Disons simplement, pour revenir au sujet initial, qu’un vote démocratique à plusieurs dizaines de milliers de personnes (l’échelle de la Ville de Genève), y compris sur des lignes budgétaires, laisserait moins de place au hasard que l’improbable frottement de 80 personnes, fussent-elles d’une infinie sagacité, toute honte bue, et toute trahison consommée.

 

Pascal Décaillet

 

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13/12/2013

Suis-je un monstre ?

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 13.12.13


 
En assistant à l’océan mondial de réactions à la mort de Nelson Mandela, je me suis demandé un moment si je n’étais pas un monstre. En politique, les figures du bien ne m’attirent pas particulièrement. Je les respecte, bien sûr, notamment dans le cas présent où nous avons affaire à un prodigieux combattant pour la liberté, un rassembleur de son peuple aussi, mais enfin je n’essayerai pas ici d’être hypocrite : je n’ai dans ma bibliothèque, pourtant particulièrement fournie en biographies historiques, aucun ouvrage sur le défunt sud-africain, ni sur Gandhi. Alors que foisonnent ceux qui sont consacrés à des personnages moralement bien peu recommandables, ayant accordé bien peu de prix à la vie des hommes, ayant tué ou fait tuer, laissé couler le sang, endeuillé des familles par dizaines ou centaines de milliers. Moi, lecteur assidu de leurs vies, suis-je un monstre ?


 
Je n’ai pas la réponse à cette question. Si vous arpentez un jour mes bibliothèques, rayon Histoire, vous tomberez sur de Gaulle (quatre rayons complets), Churchill, Mitterrand (deux rayons), Willy Brandt, Louis XI, Richelieu, Napoléon, mais aussi Pétain, Mussolini, Marcel Déat, Hitler, Ciano, plusieurs maréchaux d’Empire, Staline. Je vous laisse juger si ces personnages sont présentables, ou non. Pour ma part, la question ne se pose pas. Je n’aborde jamais l’Histoire sous le prisme de la morale, mais avec la volonté de tenter de comprendre une époque, un contexte, et, dans le cas d’une biographie, ce qui façonne le parcours d’un être humain. Comment, par exemple, comprendre Mussolini si on n’a pas lu l’éblouissante et monumentale biographie que lui a consacrée Pierre Milza, chez Fayard ? Années de jeunesse, conditions économiques de son Emilie-Romagne natale, engagement dans l’extrême-gauche, puis tournant total au moment de « l’Intervento » dans la Grande Guerre en 1915, réseaux d’anciens combattants, premiers faisceaux, etc. Avant de juger, en Histoire, il faut s’informer à fond.


 
Suis-je fasciné par les figures du mal ? Suis-je un monstre ? Je n’ai pas les réponses. Je sais les crimes immenses commis par certains, mais leurs parcours de vie m’attirent. Croyez bien que je n’en tire aucune gloire, et me garderai bien d’aller chercher la protection d’Aristote lorsque, dans la Poétique, définissant la tragédie, il parle d’une purification par la crainte et par la pitié (eleou kaï phobou). Je ne cherche pour ma part nulle catharsis, mais simplement comprendre les chemins de vie. Y compris ceux des maudits. Ne voyez pas, je vous prie, dans ce billet une apologie du mal. En aucun cas. Mais l’Histoire des hommes, surtout politique, est trop complexe pour être décryptée avec les seules grilles de lecture de la morale. Non que ces dernières soient vaines. Mais réductrices, parfois, lorsqu’elles s’allient avec le manichéisme, la candeur, ou, pire que tout, l’ignorance.


 
Pascal Décaillet

 

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12/12/2013

Mobilité : du changement, vite !

 

Commentaire publié dans GHI - 11.12.13


 
Routes engorgées, voies d’accès à la ville constamment bouchées, nuisances liée aux chantiers du CEVA, gestion calamiteuse des lignes TPG, absence totale d’écoute en haut lieu, autorité politique ne s’imposant pas sur une clique de fonctionnaires : la mobilité a été le grand échec de la législature précédente. La dix-septième place de la ministre sortante, le 6 octobre, en a été la sanction.


 
Dès lors, que faire ? Un impératif : rétablir la confiance. Montrer que l’autorité écoute les citoyens, est sensible à leurs doléances, capable de débloquer des situations par des mesures rapides, immédiatement exécutées par les fonctionnaires qui en ont la charge. Il n’est plus question que la Direction générale de la Mobilité fonctionne en vase clos, imposant ses théories à une population qui non seulement n’en veut pas, mais vient de le dire, le 6 octobre, avec fracas.
 


Imposer l’autorité du politique, ce sera le défi numéro un du nouveau conseiller d’Etat, Luc Barthassat. Dans un secteur empesé par les théoriciens et les idéologues, on attend beaucoup du « bon sens » revendiqué par le nouveau ministre. Il faudra, très vite, donner les premiers signaux. Et tant mieux s’ils peuvent rompre avec le diktat des années Cramer et Künzler. Les Genevois n’ont envie que d’une chose : que ça circule ! Alors de grâce, circulons.


 
Pascal Décaillet

 

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11/12/2013

Kamasutra byzantin

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 11.12.13
 
 
« Directive transversale sur l’élaboration de directives transversales ». Kamasutra ? Non : Chancellerie de la République et Canton de Genève ! Ce délicieux petit bijou de jargon bureaucratique illustre à merveille jusqu’où peuvent aller nos chers fonctionnaires, cantonaux ou fédéraux, lorsqu’ils évoluent en roue libre, hors des sentiers que doit leur tracer le politique.


 
Servir l’Etat est une noble tâche. La plupart s’y emploient avec courage et détermination. Mais tous doivent garder à l’esprit une idée maîtresse : le fonctionnaire travaille au service de la population, et non le contraire. Son activité doit être orientée vers des objectifs d’utilité publique, et fuir la tentation de tourner en rond. Lorsque l’Etat ne s’intéresse plus qu’à lui-même, c’est Byzance, dans le très mauvais sens du terme.


 
L’affaire de la « directive transversale », c’est le serpent qui se mord la queue. Le fonctionnaire qui se regarde dans un miroir. Il appartient à ceux qui les dirigent, l’autorité politique élue, de leur fixer des caps enthousiasmants, au service du public, avec des objectifs clairs, et de pourchasser tout excès bureaucratique. Aimer l’Etat, c’est le vouloir simple et efficace. La directive transversale ne sert pas l’Etat, elle le dévoie et le ridiculise. En cela, elle fait le jeu de ses ennemis, libéraux ou libertaires, qui voudraient tant le dissoudre et n’en faire qu’à leur guise.
 


Pascal Décaillet


 

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09/12/2013

Démos et doxa : surtout ne pas confondre !

 

 Sur le vif - Lundi 09.12.13 - 10.09h

 

Ne l’ayant plus en version numérisée, je recopierai et publierai la chronique que j’avais rédigée, il y a une dizaine d’années, pour la Revue Choisir, de mes amis jésuites, où je recensais les différents mots, dans la langue grecque, pour exprimer ce qu’en français on appelle « peuple ». Le grec, comme l’allemand, sont des langues très riches, avec non seulement une incroyable foison dialectale, mais avec des formes verbales et des substantifs d’une déroutante diversité.

 

Ainsi, en grec, des mots différents sont utilisés en fonction que le « peuple » est celui qui vote (démos), qui se soulève (comme les Cités grecques dans la Guerre du Péloponnèse), qui proteste dans la rue, etc. A cet égard, la lecture de Thucydide, dont je recommande la traduction dans la Pléiade, constitue un délicieux petit cours de science politique, d’une modernité surprenante, avec analyses des causes profondes et des grands mouvements de masse, des raisons économiques et sociales des guerres, tout cela voici vingt-cinq siècles.

 

Pour appliquer cette richesse sémantique de la langue grecque à une affaire récente, celle des propos du patron des patrons, Valentin Vogt, sur la limitation nécessaire (selon lui) de la démocratie directe, nous sommes amenés à opposer deux notions que la Grèce d’Aristote et de Thucydide déployait déjà : la « doxa », qu’on pourrait traduire par « opinion », ou « opinion majoritaire, rampante », et le « démos », qui est organe de décision de la citoyenneté. Démos, c’est le peuple, non pas au sens de « Bevölkerung » (l’ensemble d’une population sur un territoire donné), mais au sens de corps électoral. Moins de monde donc, puisqu’en Suisse, par exemple, au niveau fédéral, les gens de moins de dix-huit ans ou ceux de nationalité étrangère en sont exclus.

 

Si je résume la pensée de M. Vogt, il nous dit qu’avec la floraison, excessive à ses yeux, d’initiatives et de référendums, qu’on aurait tendance à déclencher comme un rien, notre système suisse se rapprocherait davantage de la doxa, la démocratie d’opinion, où n’importe quel sondé peut se prononcer en dix secondes, en cliquant oui ou non, que du démos. Il a tort, infiniment. D’abord, parce qu’initiatives et référendums n’ont pas être considérés comme des intrus (ils ne le sont que par la classe parlementaire), mais doivent être respectés pour ce qu’ils sont : des ORGANES (au sens grec, « outil ») de notre ordre constitutionnel. Les utiliser, ça n’est pas déranger la démocratie, c’est la vivifier, la vitaliser, lui donner du sens et de la profondeur tellurique, en appelant à quatre millions d’électeurs potentiels, et 26 cantons, plutôt que 246 parlementaires.

 

Et puis, rien de plus dur que de faire passer une initiative ! Il faut réunir un comité, récolter cent mille signatures, passer sous la loupe des Chambres fédérales, et surtout se battre des années (la dimension du temps est capitale) pour convaincre, souvent contre les corps constitués, contre des opposants dûment stipendiés par le patronat et les amis de M. Vogt, un corps électoral de plus de quatre millions de votants potentiels, de dire oui. On est loin, très loin, de la simple doxa, la fausse démocratie, celle d’opinion, prévue dans nul ordre constitutionnel, où l’instinct d’un moment ou l’instantané de l’impulsif clique oui ou non sur la page internet d’un quotidien. Tenter de nous faire confondre le démos avec la doxa, à seules fins de parvenir à limiter une démocratie directe qui le dérange, tel est la manœuvre déloyale du patron des patrons.

 

Le nombre de signatures n’a pas à être tabou, nous pouvons parfaitement en discuter. Comme nous pouvons d’ailleurs tout remettre en question. Par l’exercice du démos, la démocratie directe justement, et non l’impulsivité momentanée de la doxa. C’est toute la différence entre la féodalité des sondages et la souveraineté, mûrement exercée, des citoyens.

 

Pascal Décaillet

 

10:09 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/12/2013

Un petite pulsion censitaire, Monsieur le Bailli ?

 

Sur le vif - Dimanche 08.12.13  17.17h

 

Hallucinants, les propos tenus par le patron des patrons suisses, Valentin Vogt, dans le Sonntagsblick de ce matin. L’éminent bailli des puissances financières s’attaque frontalement à l’un de nos biens communs les plus précieux en Suisse : la démocratie directe. Cette possibilité, par initiative ou référendum, d’en appeler à l’ensemble de notre corps électoral (quelque quatre millions de citoyens) gêne et irrite le président de l’Union patronale suisse. Alors, M. Vogt imagine, comme ça, qu’on pourrait doubler le nombre de signatures nécessaires. Cela, pour lui, faciliterait la vie des parlementaires.

 

Faciliter la vie du Parlement ! Fantastique aveu d’une conception de la démocratie en vase clos, où le peuple est considéré comme un intrus. Alors qu’il en est, au même titre que le Parlement et le gouvernement, un organe, entendez au sens d’Aristote un outil. Et pas n’importe quel organe, puisqu’il est souverain, et prend les décisions finales, un beau dimanche, lorsqu’une loi votée par le Parlement a été attaquée par référendum, ou lorsqu’un groupe d’initiants, ayant réuni cent mille signatures, propose au souverain de modifier la Constitution.

 

Ces actes-là, Monsieur Vogt, Monsieur le Bailli du patronat, n’ont rien d’incongru : ils sont l’essence même, la vitalité même de notre démocratie. En les attaquant comme vous le faites, vous laissez planer sur le patronat suisse, et sur une certaine droite libérale en général, un parfum de suffrage censitaire, vous laissez perler comme une irritation de l’élite face à cet insupportable peuple qui se permet de venir défaire, tel Pénélope, les tricotages parlementaires. Alors, de grâce, allez jusqu’au bout de votre logique, M. Vogt, Monsieur le Bailli des possédants, avouez qu’elle vous emmerde, cette démocratie directe, elle vous dérange, vous grattouille, vous chatouille, parce qu’à vos suzeraines narines, elle empeste le fumier de ce qui vient d’en bas, et que vous n’avez jamais pu supporter.

 

Bien sûr, rien n’est tabou. On peut discuter de tout, y compris d’augmenter le nombre de signatures. Et si, ma foi, un groupe de citoyens le propose par initiative, récolte plus de cent mille signatures, et un beau dimanche obtient la double majorité du peuple et des cantons, eh bien nous l’appliquerons. Parce que nous, Monsieur le Bailli, nous sommes des démocrates. Nous prenons nos décisions à la majorité citoyenne. Et non dans une officine patronale. Nous, les citoyens, n’avons pas peur d’une décision prise par la majorité de vingt-six cantons et celle d’un corps électoral de plus de quatre millions de votants potentiels.

 

Ces acteurs-là de notre démocratie, peuple et cantons, ont construit depuis un siècle et demi, patiemment, au fil des décennies, le paysage législatif de notre pays tel qu’il est aujourd’hui. Il nous appartient à tous, il est notre bien commun. Le vôtre comme le nôtre, Monsieur Vogt, lorsque cessant d’être bailli vous redevenez citoyen, mon concitoyen. Avouez que c’est autrement plus beau que d’ôter son chapeau devant un suzerain.

 

Pascal Décaillet

 

17:17 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

07/12/2013

Plaidoyer pour une école forte

 

Publié dans GHI - 04.12.13

 

L’Instruction publique. Le plus beau Département, le plus noble défi. Querelle centrale, celle qui sur tout devrait primer, puisqu’il s’agit de l’être humain, son accès à la connaissance, l’éveil de sa lucidité. Si un jour j’étais entré en politique, c’est pour ce ministère, et nul autre, que je me serais battu. Dans une autre vie, je le ferai. Et maintenant, je peux vous le dire : il m’est arrivé, ces dernières semaines, d’avoir peur. Oui, j’ai craint que le dicastère qui fut celui de Chavanne ne tombât en d’improbables mains. Au final, avec Mme Emery-Torracinta, ce ne sera pas le cas, et de loin. Il faut s’en féliciter : non seulement le pire est évité, mais nous ne sommes pas loin du meilleur.

 

Le meilleur ? J’eusse aimé que ce fût un radical, M. Longchamp ou M, Maudet. Mais le choix d’une socialiste, autre parti d’Etat et de mémoire, régalien, structurant, me convient parfaitement. Pour croire en l’Ecole de la République, il faut commencer par croire en l’Etat, non celui de la Providence, des guichets ni des tentacules, mais celui du projet commun que définit une société, dans sa dimension historique et mémorielle. Les radicaux et les socialistes y croient. Je perçois moins cela dans des partis de souche libertaire, de gauche comme de droite d’ailleurs, ou dans d’autres, si extatiques de la famille, ou de la communauté, que leur horizon semble s’y figer.

 

Nous avons tous, chacun du demi-million de Genevois, chacun des huit millions de Suisses, une idée de l’école idéale. La mienne serait à ce point tissée d’Histoire, de poésie, de littérature et de musique, qu’elle serait adulée par les uns, rejetée pas d’autres, donc illusoire pour n’être pas assez rassembleuse. Laissons donc le détail des programmes, et contemplons l’ensemble. Aspirons, je vous prie, à une école simple et claire. Lisible. Avec des objectifs identifiables. Au primaire, au Cycle, au Post-obligatoire, et dans l’apprentissage. Plaidons, avec Jean Romain et une majorité de la Commission de l’enseignement, pour une Maturité qui soit moins une jungle d’options. Battons-nous pour une absolue priorité des affectations budgétaires au front de l’enseignement, et tant pis s’il faut dégraisser les états-majors.

 

Respectons, valorisons autour de nous le métier d’enseignant. Donnons à nos jeunes l’envie de l’exercer. Car enfin, point n’est besoin d’avoir lu Péguy, Notre Jeunesse, Cahiers de la Quinzaine, pour se convaincre que ce métier est le plus beau du monde. Finissons-en avec une formation des maîtres qui, sous prétexte de science pédagogique, formate et nivelle plutôt que l’élever. Donnons au Post-obligatoire davantage de moyens, pour affronter la hausse des effectifs. Valorisons enfin les filières d’apprentissage. Replaçons, du moins quelques heures par semaine, les directeurs du primaire face à leurs élèves. En un mot, rétablissons la confiance.

 

Cela, bien sûr, ne se décrète pas, mais se gagne et se mérite sur le terrain. Ce que doit faire le politique, c’est montrer son soutien. Donner des signaux de très grande attention à la chose scolaire, en prouvant bien qu’il la place au centre de ses attentions. Il s’agit de nos enfants. Et du destin de notre société.

 

Pascal Décaillet

 

 

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05/12/2013

Comparaison et déraison

 

Sur le vif - Jeudi 05.12.13 - 17.14h

 

Didier Burkhalter, un nouveau Delamuraz ? Mon confrère Alain Rebetez, Neuchâtelois précisons-le, a osé hier soir à la TSR une comparaison pour le moins hasardeuse. Jean-Pascal Delamuraz était un être de feu. Chaleur et lumière. Passion. Toute son âme, tout son être, en fusion. Son humour lacérait, transgressait, caressait, détonait, et finalement retentissait par la magie filante d’une syllabe finale. Il buvait la vie jusqu’à la lie, se détruisait lui-même, donnait au pays et à sa propre existence, comme Dom Juan au Commandeur, des rendez-vous de destin. Face au feu ! Il les perdait, il assumait. Il a perdu, il nous a quittés.

 

Tel était Jean-Pascal Delamuraz. Hors comparaison. Folie, profonde humanité, étincelante intelligence, noblesse de la déraison.

 

Pascal Décaillet

 

17:14 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (10) | |  Imprimer |  Facebook | |

04/12/2013

Les Verts libéraux osent - Bravo à eux !

 

Sur le vif - Mercredi 04.12.13 - 17.33h

 

En lançant, ce matin à Berne, leur initiative parlementaire permettant d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe, les Verts libéraux propulsent dans la place publique un débat qui a parfaitement lieu d’être. La France, notre voisin, grande démocratie de 60 millions d’habitants, l’a mené, avec grand fracas. Pourquoi la société suisse, qui lui est comparable, ne pourrait-elle pas l’entamer ? Et pourquoi un parti politique présent en plusieurs cantons, actif à Berne sous la Coupole fédérale, ne pourrait-il pas prendre l’initiative de le lancer ? Le rôle des partis n’est-il pas justement d’être en avance, sentir les grands soubresauts de notre société, proposer, anticiper plutôt que de se mettre à la remorque, ou subir ?

 

La Suisse est une démocratie. Si les deux textes des Verts libéraux passent la rampe, à l’issue d’un vaste débat de fond, la décision finale incombera au souverain. En France, la seule décision du Parlement, Assemblée Nationale et Sénat, a suffi pour imposer à la population l’une des plus importantes réformes de société de ces dernières décennies, disons qu’il faut remonter à Simone Veil, donc Giscard (1974-1981), pour trouver des points de comparaison. Oui, nous aurons des pour et nous aurons des contre. Et tout cela s’entremêlera et s’affrontera, dans la dialectique de la démocratie. Comment ne pas s’en féliciter ?

 

Pour ma part, je suis favorable au mariage pour tous. Et je sais qu’un nombre non-négligeable de mes compatriotes y seront opposés. Eh bien, discutons-en ! La vivacité d’une démocratie, c’est oser les sujets, à commencer par ceux qui dérangent. Du débat, nous n’avons rien à craindre. J’en profite pour saluer les Verts libéraux suisses. « Opportunisme d’un jeune parti pour se mettre en vue », relèvent les sceptiques. Je veux bien. Mais enfin, c’est de bonne guerre : tout lancement d’initiative, en Suisse, possède en lui une fonction de mise en valeur et d’appel à la notoriété du parti. Et ils ne manquent pas de courage, les Verts libéraux, parce qu’un échec, ou un flop, ou une liquéfaction dans le temps et d’improbables contre-projets, se retourneraient contre eux, ils le savent.

 

Citoyen de ce pays, j’apprécie que les partis prennent des initiatives. Qu’ils donnent au peuple des rendez-vous de destin. Ils peuvent gagner, et surtout beaucoup perdre. L’essence de la politique est action et combat, en fonction d’objectifs. Agir, plutôt que se regarder. Citoyen, oui, je remercie les Verts libéraux de lancer dans mon pays un débat d’importance. Nous aurons largement l’occasion d’y revenir.

 

Pascal Décaillet

 

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03/12/2013

La Suisse a le droit de contrôler ses flux migratoires

 

Chronique publiée dans Tribune (Le Journal du PLR vaudois) - No 10 - Mercredi 27.11.13

 

Le 9 février prochain, nous voterons sur l’initiative de l’UDC « contre l’immigration de masse ». Puis, plus tard, sur Ecopop. Le débat électoral, en 2014, sera puissamment axé sur l’idée de contrôler les flux migratoires. Ça n’est certes pas la première fois (j’avais douze ans, en 1970, lors de l’initiative Schwarzenbach et les adultes, autour de moi, ne parlaient que de cela), et ce ne sera pas la dernière : depuis les origines de la Suisse moderne, la question migratoire est à l’ordre du jour dans notre débat national, le peuple en a maintes fois été saisi, cette dialectique nous est coutumière. Mais cette fois, le contexte est différent : après avoir accepté la libre circulation des personnes, en 2000, les Suisses y demeurent sans doute favorables, mais assurément ne veulent plus en entendre parler comme d’un dogme, un mythe intouchable, une Arche sainte, inattaquable. Ils veulent des correctifs, des mesures d’accompagnement, un contrôle beaucoup plus sévère du marché du travail. Et ils en ont un peu assez de la déification des exportations comme seuls paramètres devant être pris en compte.

 

Les Suisses ne veulent évidemment pas fermer les portes de leur pays, il n’a jamais été question de cela. Mais juste contrôler mieux qu’aujourd’hui les flux migratoires. Comme n’importe quel pays de cette planète en a le droit, et même le devoir, pour protéger les intérêts supérieurs de sa population. Comme le rappelle mon confrère François Schaller, de l’Agefi, la Suisse en est à sa septième année consécutive d’accueil de plus de cinquante mille Européens par an. « L’équivalent annuel, précise-t-il, de Lugano. Ou de Saint-Gall. Ou de Neuchâtel et la Chaux-de-Fonds réunis ». Cet afflux massif, dans une géographie qui se trouve être, par la force des choses, un espace de confinement et de réduction : notre Plateau n’est pas extensible à souhait, et notre pays n’a rien de comparable avec les plaines de Silésie ou de Belgique. Dans ce contexte, ne pas vibrer d’extase face à l’idée d’une Suisse de 12 ou 14 millions d’habitants ne relève en rien de la xénophobie, mais simplement du bon sens.

 

A partir de là, je m’adresse à la droite PLR, lectrice de ce journal. Vous entendez être le parti de l’économie, soit. Vous êtes favorables à la libre circulation, que vous considérez comme un facteur de prospérité. Mais en même temps, vous êtes citoyennes et citoyens, sans doute comme moi parents, et vous vous sentez responsables de la Suisse que vous léguerez à vos enfants. Voulez-vous que notre pays, d’ici vingt ou trente ans, se mettre à ployer sous la pléthore, pulvériser sur le Plateau les records de densité, étouffer dans l’immobilité des transports ? Et notre paysage, l’un des plus beaux qui soient, partie prenante de notre imaginaire, de notre rapport affectif à la Suisse, n’avons-nous pas le devoir d’en conserver le magique équilibre ? A cet égard, l’initiative dite « Ecopop », sur laquelle nous reviendrons, pourrait bien, à l’instar de celles de Franz Weber ou de la Protection des Alpes, réserver des surprises aux bobos citadins.

 

Lecteur PLR de ce journal, vous avez raison de soutenir les échanges. Mais si vous continuez à vénérer la libre circulation comme une déesse immaculée, sans vous engager à fond pour des mécanismes correctifs, vous irez, dès 2014, vers de graves revers et de pénibles déconvenues.

 

Pascal Décaillet

 

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