01/01/2014

L'extase sera libre-échangiste ou ne sera pas

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Sur le vif - Mercredi 01.01.14 - 17.34h 


C’est un beau discours, simple et humain, que nous a tenu en ce Jour de l’An le nouveau président de la Confédération, Didier Burkhalter. Des visages d’enfants, des prénoms aux résonances bigarrées, quelques formules qui touchent, oui un discours rassembleur et présidentiel. J’ai apprécié ce discours, parce qu’il nous parle à tous, évoque ce qui nous unit plutôt que nos ferments de dispersion, c’est précisément pour un an le rôle du titulaire de la fonction.

 

Les formules qui font mouche : « La Suisse est une communauté de destin », « La Suisse est un miracle », ou encore ce rappel du sel importé de Tunisie pour aider nos éleveurs au Moyen-Âge. Il est arrivé dans l’allocution, ce sel providentiel, avec la magie de la myrrhe ou de l’encens, ou de l’or, comme une préfiguration d’Épiphanie. Un discours qui commence par la nécessité « d’ouvrir des perspectives d’avenir » pour nos jeunes, notamment des emplois, et qui se termine, après le rite initiatique du texte, sur la « lumière », qu’on voudra bien entendre avec la chaude intimité d’un petit « L », celle du regard des enfants. J’ai d’autant apprécié ce discours que son auteur, jusqu’ici, nous avait plutôt habitués à une rhétorique froide, celle de la Raison qui s’articule, avance et prouve.

 

Deux bémols, qui n’atténuent pas la qualité du sentiment dominant. D’abord, il est peu rassembleur d’affirmer que « Notre Suisse est forte parce qu'elle repose sur un Etat libéral ». Tous nos concitoyens ne l’entendent pas ainsi, et notre Histoire de l’après-guerre, de l’AVS en 1948 à la lente construction de nos assurances sociales, et de nos réseaux de solidarité, prouve au contraire l’absolue nécessité d’un Etat fort, ou tout au moins d’un fort sens de l’Etat, à gauche comme à droite, chez ceux qui font nos lois. Le socialiste Tschudi, le radical Delamuraz, le PDC Furgler. Aucun de ces trois hommes ne se réclamait d’un libéralisme qui eût fait abstraction de l’impérieuse nécessité de l’Etat, au service des plus faibles. Le libéralisme est une option politique parmi d'autres, mais n'a rien de consubstantiel à la Suisse. Dans ce passage, hélas, le Président s'est effacé devant le militant PLR.

 

La seconde réserve concerne ce qu’on appellera la préparation d’artillerie en vue du 9 février. Le président de la Confédération a clairement orienté les esprits vers une apologie du libre-échange, une sanctification de la voie bilatérale (laquelle aurait « permis d’assurer la sécurité et l’indépendance du pays » - Disons que cela ne va pas de soi), qui sont clairement un appel à rejeter, dans un peu moins de six semaines, l’initiative de l’UDC « contre l’immigration de masse ». Admettons que cela soit « de bonne guerre » (RSR. 12.30h), on notera juste que c’est moins rassembleur face à une partie non négligeable de la population, soucieuse de mécanismes protecteurs, désireuse d'une forme de régulation des flux migratoires, et pour laquelle une Suisse à 12 millions d’habitants ne constitue ni rêve, ni pâmoison, ni extase. Fallait-il transformer le premier discours présidentiel de 2014 en acte militant ?

 

Dans la Berne fédérale, mais aussi dans certains cantons comme Genève, la présence d’élus PLR au premier rang des exécutifs, alors que d’autres signaux que la foi dans le libre-échange absolu ont pu être donnés par l’électorat, dans les Parlements par exemple, devrait inciter ces édiles à un peu plus de réserve dans leur Croisade libérale. Pour peu, tout au moins, qu’ils entendent parler à l’ensemble de la population, et non aux seules instances dirigeantes du patronat.

 

Mais enfin, ces quelques réserves posées, merci à M. Burkhalter pour ce discours qui a su parler au cœur des gens. A tous les lecteurs de ce blog, qui a entamé sa septième année, j’adresse mes vœux les plus cordiaux pour 2014.

 

Pascal Décaillet

 

17:34 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Le discours bisounours de Burkhalter était censé faire plaisir à tout le monde. Sauf qu'en politique c'est pas comme à l'église et que le libéralisme ce n'est pas automatiquement le partage. La sécurité et l'indépendance du pays sont inversement proportionnelles à l'augmentation de sa population. Quand nous ne pourrons plus assumer le prix de cette augmentation en thermes d'habitat de moyens de transport de soins médicaux et de surfaces naturelles où il fait bon vivre, le temps des discours bisounours sera révolus et Mr Burkhalter aura pris une retraite bien méritée selon la formule consacrée.

Écrit par : norbertmaendly | 01/01/2014

Discours intéressant mais ... débité au pas de course à croire que le repas ne pouvait attendre !

D'ailleurs la photo du CF 2014 reflète cet état d'esprit : sans âme, on dirait des pions que l'on peut déplacer à sa guise.
















- c'est la manière de communiquer et non de réciter.

La photo en est la preuve : sourires forcés, rien de naturel, sans âme, sans expression

Bonne Année 2014

Écrit par : Lise | 02/01/2014

Burkhalter n'a aucun charisme et comme orateur, il est atrocement plat et nul. Curieux que vous ne l’ayez pas relevé...
Ces PLR ont bien des problèmes avec leur voix. Isabelle Moret...

Écrit par : Géo | 02/01/2014

Merci pour cette bonne analyse, objective voire presque bienveillante de l'allocution de M. Burkhalter.
Pour moi, le discours est plat, convenu, limite "creux" et l'apologie de l'UE montre tellement bien par qui M. Burkhalter est téléguidé, lui qui doit son poste au lobby économique de la droite libérale et au "filz"...
C'est intéressant cette façon de "prémédiquer" l'opinion du public par un bombardement tous azimuts de propos lénifiants sur les bienfaits d'une ouverture "sans limites" de notre marché du travail, de nos logements, de notre réseau ferroviaire et routier,de nos systèmes éducatifs et sociaux...
Cette semaine, on y avait également droit dans le Coopération et dans tous les médias ayant repris les propos de l'allocution du 1er janvier.
Seule surprise et point sympathique du discours télévisé, l'arrivée, à la fin, de toute cette jeunesse qui donne un peu de chaleur au propos de ce prédicateur si austère et sans aucun charisme.
Par contre, ce que je trouve remarquable, c'est la photo du CF et les "pros" du Photoshop qui ont réussi à rendre M. Burkhalter plus grand que MM. Berset et Schneider-Ammann !!
A moins que le petit Neuchâtelois se soit mis 10 m devant les autres ???
Bonne année à tous

Écrit par : A. Piller | 02/01/2014

" D’abord, il est peu rassembleur d’affirmer que « Notre Suisse est forte parce qu'elle repose sur un Etat libéral ». Tous nos concitoyens ne l’entendent pas ainsi, et notre Histoire de l’après-guerre, de l’AVS en 1948 à la lente construction de nos assurances sociales, et de nos réseaux de solidarité, prouve au contraire l’absolue nécessité d’un Etat fort, "

Parce que d'après vous nos assurances sociales se financent comment? Certainement pas avec une économie socialiste mais bien avec une économie marchande et libre qui lui seul permet de créer des richesses que l'état par la suite se permet de ponctionner en tant qu'impôt, taxes etc...

C'est pas d'un état fort qu'à besoin la Suisse, mais d'un état responsable et efficace qui ne vilipende pas l'argent du contribuable pour tout et n'importe quoi. Et il y aurait beaucoup à redire là dessus.

" Le socialiste Tschudi, le radical Delamuraz, le PDC Furgler. Aucun de ces trois hommes ne se réclamait d’un libéralisme qui eût fait abstraction de l’impérieuse nécessité de l’Etat, "

On comprend mieux pourquoi les salaires brut ont quasi doublé en 25 ans alors que le salaire net n'a pas suivit la même courbe et cela grâce aux augmentations sans cesse des charges sociales pour financer l'état social. On comprend mieux aussi à l'existence de la LAMAL un système d'assurance maladie obligatoire bien que gérées par des caisses privée est un système dirigiste où il a fallut éditer un pavé gros comme un bottin de téléphone pour y inscrire toute les lois étatique liées à cette assurance maladie. Sans parler de l'explosion des primes maladies pour financer la solidarité entre assurés.

" Le libéralisme est une option politique parmi d'autres, mais n'a rien de consubstantiel à la Suisse. "

Les autres options sont le socialisme, le communisme, le fascisme, le nazisme, le monarchisme etc... bref que des systèmes étatiques qui n'ont jamais prouvé leur efficacité économique et sociale. Le libéralisme n'est pas une option. Le libre marché n'est pas une option, la liberté individuelle n'est pas une option ni la responsabilité individuelle et ni le droit à la propriété privée. Il n'y a pas d'alternative crédible au libéralisme.

" « La Suisse est un miracle » "

Vous appréciez là où il aurait fallut critiquer. Il n'y a que les socialistes et autres étatistes qui croient aux miracles. Une économie ne fonctionne pas à coup de miracles. L'économie de marché qui seul fait fonctionner une économie est quelque chose de concret.

D.J

Écrit par : D.J | 02/01/2014

Bonne Nouvelle Année à toutes et tous.
Je partage les commentaires de D.J, car ils sont concrets.
"La Suisse est un miracle" d'après l’apôtre Didier.
Fait prodigieux: contraire aux lois de la nature, et donc par définition contraire aux lois scientifiques : de telle sorte que par définition un miracle est "scientifiquement impossible".

Écrit par : jacques joray | 04/01/2014

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