22/02/2014

Il est vivant !

 

Sur le vif - Samedi 22.02.14 - 19.44h

 

Il faut d'urgence créer en Suisse romande un nouveau journal.



Entendez par "journal" non pas le simple vecteur papier que nous avons tous connu, et Dieu sait si nous le chérissons. J'en ai encore des tonnes, dans toutes mes caves. J'ai vraiment entamé cette collection dans les jours qui ont suivi la mort de Charles de Gaulle, le 9 novembre 1970. J'avais un peu plus de douze ans. Toute ma vie, j'aurais voulu avoir écrit le papier de Jean Cau, dans Paris Match, sur la journée des funérailles. Oui, ma passion du journalisme est née d'une oraison funèbre, se terminant par ces trois mots: "Il est vivant". Oui, c'est christique. Oui, c'est pascal. On ne se refait pas.



Non, plus seulement le papier. Il faut aujourd'hui une appréhension plus large.



Petite équipe, visionnaire et passionnément travailleuse. Au tréfonds de son âme, la "journaliste attitude", qui est d'abord de dimension passionnelle, je dirais presque sacrificielle, mais aussi de jouissance à l'ouvrage. Je ne suis pas loin de penser qu'on entre en journalisme comme en religion. Non dans l'aspect métaphysique de cette dernière, mais dans l'horlogère précision de sa liturgie. D'abord, on apprend à calibrer. Un papier, un son, une image. On apprend à écrire, ou à parler dans un micro. Après, on discute.



Laudes, matines, vêpres, il y a des prières du matin comme des journaux de l'aube, des recueillements du crépuscule comme des journaux du soir.



Ensuite, de multiples supports, totalement adaptés à la modernité, et même la précédant. Surtout, fureur d'écrire, ou de radiophoner, ou de téléviser, ou de bloguer, ou de tout ce qu'on voudra. Pourvu que cela, aimé ou haï, procède d'un angle, d'un courage, d'une solitude assumée, d'une originalité d'approche. Que l'écrit fleure la belle ouvrage, que le micro s'offre à des voix qui ont des choses à dire. Que les gens nous détestent, nous ne sommes pas là pour être aimés !



Aucune concession. Jamais de cocktail. Juste la constante, la révolutionnaire réinvention du métier. Jamais acquis. Toujours recommencé.


Le métier appartient à celui qui le pratique. La prière, à celui qui prie. Le micro, à celui qui en a passionnément envie. La puissance de solitude, à celui qui veut bien la tenter.

 

Pascal Décaillet

 

19:44 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Je ne suis pas journaliste, mais je pourrais. Dans l'âme je dois avoir un avatar du genre. Alors si jamais vous cherchez à fonder une équipe, je suis disponible.

Écrit par : Pierre Jenni | 22/02/2014

Depuis le temps qu'on vous le dit que c'est une urgence.

Bon allez, il va s'appeler comment ce bébé joufflu ?

Arrêtez de nous faire languir comme ça :-)

Écrit par : Jmemêledetout | 22/02/2014

Papi aurait renoncé à faire du neuf avec du vieux... aurait acheté du terrain quelque part en périphérie... déjà mandaté l'architecte. Hum !

«Renoncé à faire du neuf avec du vieux» ? Une assez bonne idée dans le fond. Surtout qu'avec la mérule, l'amiante, l'évacuation des déchets... Et puis l'assainissement des sous-sols, surtout des sous-sols, leur décontamination...

Vont bien trouver quelqu'un pour "ça raser" propre en ordre et construire un hôtel.

Bonne nouvelle.

Écrit par : petard | 23/02/2014

Pour le titre, ben... c'est simple: LA SUISSE

(Ça doit plus être protégé depuis Le Temps.... ouaf, ouaf !!!

Écrit par : petard | 23/02/2014

Beau projet, belle vision, grande liberté. Des joutes, des jeux, et des journalistes. Une petite révolution dans le milieu qui s'endort gentiment sur les discours trop bien convenus. Bonne chance à votre vision. Je regrette le temps du "Nouveau Quotidien" qui donnait aussi la parole aux originaux et qui portait une énorme foi en son travail. Cela se sentait et en tant que lecteur je dévorais fiévreusement les plus beaux éditoriaux et billets. Un peu d'âme et de chaleur en plus, un peu moins d'acier et de glace dans le raisonnement, C'est ce qui manque peut-être au journal "Le Temps" aujourd'hui pour prendre toute la température de la Suisse.

Bonne chance à votre projet. Trouver des investisseurs passionnés et des intervenants passionnants par leur travail à haut risque polémique n'est pas facile. Tous le monde a conscience de défendre ses intérêts en ce monde. Se mettre à nu intellectuellement n'est chose aisée pour personne. Cela fait bien souvent de vous un paria de la pensée dominante... Vous en êtes déjà un... Populiste... Il y a beaucoup de gens classés populistes en ce monde:).

Écrit par : pachakmac | 23/02/2014

Dans la république des petits copains, l'imbrication politico-financière est telle qu'il est difficile de projeter un titre avec une ligne éditoriale indépendante financée par des intérêts dont on sait qu'ils supportent mal les esprits dissidents. Depuis plusieurs années, nous sommes quelques uns employés à des fonctions diverses dans des médias mainstream à réfléchir à l'affaire, mais on bute sans cesse sur un autre écueil: la masse critique en Suisse romande. (Quelles plumes professionnelles pour quel lectorat ?)

Écrit par : Malentraide | 23/02/2014

Cher Monsieur,

ça sera une excellente initiative, vu qu'on souffre d'une précarité journalistique et d'une absence d'objectivité voir de vision.
Un nouveau journal qui reflète le nouveau vent (CH)qui commence a soufflé et qui apparemment inquiète une bande de déconnectés (dans un monde hyper connecté) par le Temps...oups les temps qui courent.

Écrit par : Carryl Schürman | 23/02/2014

Vite Pascal! avant que le tsunami de l'ennui ne nous emporte tous.
Votre magnifique projet, Monsieur Décaillet, va enthousiasmer beaucoup de lecteurs mais ne vous faites pas piquer l'idée.

Sans être historienne de quoi que ce soit en titre, passionnée par le travail d'archéologie archiviste, de documentation, de datation et d'analyse, d'histoire politique ancienne et moderne, je suis un cafard parmi le papier et dans les murs des cave-dépôts des bibliothèques comme j'aime aussi soigner les interviewes et les interviewés. Beaucoup comme moi sont des modestes artisans qui aiment travailler la matière brute pour en extraire la quintessence.
Si le pool pour un tel journalisme exigeant, rigolo, original et courageux se fait jour je le rejoindrai volontiers. J'ai plein de projets déjà en forme, presque définitivement ficelés.

Pour commencer, pourquoi pas organiser pour bientôt un colloque international de journalistes d'investigation à UNI Mail?

La vie et les années sont trop courtes, on voudrait donner le meilleur de ces dernières années de vie avant de s'éteindre... à jamais.
Nous sommes certainement très nombreux dans ce cas.

Écrit par : Beatrix | 23/02/2014

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