22/02/2014

Le glas des bobos

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - 19.02.14
 
 
Les lignes de fracture du 9 février ne se réduisent ni à l’antagonisme droite-gauche, ni à un conflit ethnique entre Romands et Alémaniques. Elles sont d’un autre ordre. Régions favorisées, contrées délaissées. Villes, campagne. Plaine, montagne. La droite protectionniste l’a emporté sur la droite libérale et libertaire, celle qui nous prônait depuis deux décennies l’abolition de toute frontière, le recul de l’Etat, pour mieux pouvoir commercer et s’enrichir sans entraves. Ce renversement de forces laissera des traces et déterminera nos prochaines années politiques, en Suisse.


 
Mais il serait fou d’oublier ce qui s’est passé à gauche. Christian Levrat est un homme intelligent : derrière ses rodomontades de l’après-9-février, il ne s’exonérera pas d’une autocritique. Et se rendra compte à quel point la non-campagne de la gauche, ou pire l’alignement de cette dernière sur les thèses du grand patronat auront des conséquences dévastatrices pour sa famille politique. Ne parlons pas ici des Verts, dont l’illisibilité est désormais totale dans le pays : personne ne sait plus qui ils sont, ni où ils vont.


 
À gauche, c’est le glas des bobos. Ceux des villes, douillets, qui n’ont rien vu venir, et se sont fait voler l’électorat ouvrier, populaire et défavorisé par l’UDC. Et cela pourrait bien sonner le retour d’une gauche de la gauche qui, elle, ne n’en est jamais laissé conter. Parce qu’elle n’a, elle, jamais perdu contact avec le réel.


 
Pascal Décaillet
 

10:50 Publié dans Coups de Griffe Lausanne Cités | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Je reviens de la montagne, celle qui prospère par le tourisme, du côté alémanique.
Il me semble un peu simpliste de tirer une ligne de fracture entre les bobos (forcément déconnectés de la réalité et vendus à une sorte de cosmopolitisme de mauvais aloi) et les habitants des montagnes.
En discutant avec les habitants de souche, j'ai entendu qu'ils vont prendre l'avion dans les grands aéroports du pays et qu'en mai, les écoliers ont congé deux semaines, afin que les familles puissent profiter de prendre des vacances, avant et après la saison touristique. Ces gens-là vivent au rythme de leur gagne-pain. Ils ne sont pas protectionnistes, ils vivent dans une sorte d'échange, dont ils sont les gagnants.
Toute la vallée est en mouvement perpétuel: les trains, les cars postaux, les voitures vont et viennent. Ils amènent touristes, employés et marchandises. On construit toujours et encore de nouveaux bâtiments, les commerces passablement luxueux sont là, année après année.
Le pays réel, c'est aussi cela.

Écrit par : Calendula | 22/02/2014

"le retour d’une gauche de la gauche qui, elle, ne n’en est jamais laissé conter."
Ah bon ? Vous ne lisez jamais le blog de Pascal Holenweg ?
Et de toute façon, la gauche de la gauche, c'est les écolos : ils sont à 100% pour le bétonnage intégral de la Suisse...

Écrit par : Géo | 22/02/2014

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