25/03/2014

Ecopop : connaissez ?

 

Chronique publiée dans "Tribune" (Le Journal du PLR vaudois) - No 3 - Mercredi 19.03.14

 

La démocratie directe suisse est un tissu vivant. A peine une initiative votée, en voici déjà une autre. Après les migrations de masse, nous allons devoir commencer à parler d’Ecopop. Je vous le dis tout net : ce sera le prochain grand enjeu de notre débat démocratique. J’ignore ce que voteront le peuple et les cantons, mais assurément nous avons avec ce texte quelque chose de nouveau, en phase non seulement avec la Suisse mais avec des préoccupations planétaires. Ecopop est une votation sur la quantité de population que peut accueillir un pays, avec une surface donnée, un relief, une hydrographie. En lien avec des impératifs de protection de l’environnement. Le cocktail des deux pourrait être explosif. Et réserver bien des surprises à tous les beaux esprits qui, en cette amorce de printemps 2014, rejettent d’une chiquenaude toute entrée en matière sur ce texte. Comme ils n’avaient cessé de le faire sur celui du 9 février. Ils sont ceux, dès que surgit d’en bas un texte d’initiative, qui toujours disent non. Ils sont comme le Méphisto qui se présente à Faust, dans la tragédie de Goethe : « Ich bin der Geist, der stets verneint ». Je suis l’esprit qui toujours nie.

 

Que nous dit Ecopop ? Que la Confédération doit s’attacher à faire en sorte que la population résidant en Suisse ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles. Elle doit aussi encourager d’autres pays à poursuivre cet objectif, notamment dans le cadre de la coopération internationale au développement. « La part de l’accroissement de la population résidante de manière permanente en Suisse qui est attribuable au solde migratoire ne peut excéder 0,2% sur une moyenne de trois ans ».10% de la coopération internationale devraient être affectés à l’encouragement de la planification familiale volontaire. Enfin, les initiants ont eu la sagesse et l’habileté de prévoir que « La Confédération ne peut conclure de traité international qui contreviendrait au présent article ». Disposition salutaire : elle subordonne clairement la signature de traités à la volonté du souverain. D’abord, le peuple et les cantons disent le droit. Ensuite, on signe des documents avec l’étranger en fonction de cela. Et on ne vient pas, toutes charrues placées devant les bœufs, faire l’inverse : reprocher au souverain d’avoir mal voté, parce que sa décision serait « contraire au droit supérieur ». Il était temps d’y penser.

 

Cocktail explosif, parce qu’il met ensemble deux préoccupations majeures du peuple suisse. Ce même peuple, qui a accepté l’initiative des Alpes et celle de Franz Weber, mais aussi celle du 9 février 2014 sur l’immigration, que votera-t-il face à une mise en commun de ces deux paramètres ? Le peuple suisse, à de nombreuses reprises, dans des scrutins fédéraux ou cantonaux, a affirmé haut et fort son attachement à la qualité du biotope, mais aussi à l’éclatante beauté de certains de nos paysages (Lavaux). Et le message à retenir du 9 février, c’est qu’il commence à ne plus écouter les « milieux de l’économie » sur les questions liées à la densité de population ou aux flux migratoires. Peut-être parce que certains, parmi ces milieux, se sont un peu trop servis eux-mêmes de ces flux, pour réaliser du profit, sans trop de souci pour un habitat devenu trop dense, avec des infrastructures qui ne suivent pas. Faire des affaires, c’est sans doute bien. Avoir comme souci la préservation de notre corps social, dans un développement durable et un environnement de qualité, c’est mieux. Assurément, la dialectique autour d’Ecopop va beaucoup nous occuper, ces prochains mois.

 

Pascal Décaillet

 

12:53 Publié dans Chroniques Tribune VD | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Une croissance qualitative est parfaitement compatible avec le contrôle des flux migratoires, comme l'illustre parfaitement notre industrie horlogère.
Quel que soit le résultat de ce scrutin, la Suisse aura eu le mérite de le mettre sur la table.
Le panneau qui couvre la façade de l'école d'ingénieurs à la rue de Lyon n'est-il pas assez grand pour rappeler qu'en 2050 nous serons 9 milliards sur Terre alors que nous n'atteignions à peine un milliard en 1800.
Faut-il être un messie ou un scientifique éclairé pour comprendre que l'équilibre de la planète ne peut qu'être menacé par cette explosion en l'espace d'à peine 250 ans ? C'est quoi 250 ans dans l'histoire des hommes ?

Écrit par : Pierre Jenni | 25/03/2014

Je vais évidemment voter oui à Ecopop. J'ai commencé ma carrière en Afrique comme logisticien pour l'UNICEF à Tombouctou à une époque où il n'y avait pas de boulot pour les géologues. Nourrir cette marée d'enfants alors que rien dans leur environnement n'est là pour les nourrir, cette culture hors sol où quand vous construisez une école, les parents ont déjà produit l'effectif de dix, alors qu'ils n'ont ni les moyens de les nourrir ou de les élever, tout cela rendrait malthusien le plus farouche partisan de la croissance. Ce n'est pas 10% des ressources de la coopération internationale, les spécialistes surpayés des séminaires en hôtel 5 étoiles bien climatisés, mais 100% du budget, qu'il faudrait consacrer à cette cause. Qui revient à s'affronter frontalement à l'islam, petit détail en passant...

Autre détail, mais tout de même, venant de Pascal Décaillet : " Ils sont comme le Méphisto qui se présente à Faust, dans la tragédie de Goethe : « Ich bin der Geist, der stets verneint ». Je suis l’esprit qui toujours nie."
A mon avis, vous faites un contre-sens. L'esprit qui remet tout en question est plus de vous ou de moi que des bourgeois, bohêmes ou pas.

Écrit par : Géo | 25/03/2014

Bravo pour cette introduction!

Même si elle n'aboutit pas, elle aura le mérite de désigner les camps. Ecopop peut perdre une bataille, ce que je ne souhaite pas bien sûr, mais permettra d'initier un débat qui sera inéluctablement remis sur la table volens nolens. Espérons-le, avant qu'il ne soit trop tard. Car des indices montrent de plus en plus l'irrationalité de l'espèce humaine et son goût pour la destruction.

Géo: nier, ce n'est pas la même chose que remettre en question. C'est refuser de remettre en question. Nier un problème c'est refuser de l'aborder et d'en discuter.

Écrit par : Johann | 25/03/2014

Bien Ecopop. Votons oui.

Mais pourquoi s’arrêter ensuite en si bon chemin ? Proposons toute suite après une nouvelle initiative qui vise à inscrire dans la constitution que toute personne ayant dépassé les 75 années, doit soit partir du pays, soit être euthanasiée. Pareil pour tout chômeur de longue durée. Aussi pour les enfants dédits chômeurs. Pareil pour tout faux réfugié et vrai réfugié économique. Et pour mieux faire encore, il sera indiqué dans la constitution que avec les restes de toutes ces personnes du compost soit fait pour nourrir nos cultures agricoles.

Voilà.

Écrit par : Henry Mariéthoz | 25/03/2014

Henry Mariéthoz@ Par principe de base, après huit ans d'expérience dans les blogs, on ne répond pas à des commentaires tels que le vôtre. Il est pour le moins étrange que Pascal Décaillet l'ait laissé passer, d'ailleurs.
Quel est donc votre message ? Si vous voulez proposer cette nouvelle initiative, faites-le. Et ne manquez pas de nous dire combien de signatures vous avez récolter. Dire n'importe quoi, tout le monde peut le faire.

Écrit par : Géo | 25/03/2014

Cette votation ECOPOP ne va pas passer, elle est trop complexe et trop précoce pour être comprise par la majorité du peuple, qui ne va même pas faire l'effort de la comprendre, se bornant certainement au discours simplistes des adversaires. Il y a malheureusement plus de superficiels qui voient à court terme, que de réfléchis qui voient à long terme, dans ce bas de monde, il suffit de voir quelles sont les émissions qui font le plus d'audience à la télévision...

De telles mesures seront prises que lorsque les problèmes de surpopulations se feront sentir directement par les personnes.

Il est plus facile de mobiliser avec un thème "immigration de masse" avec le premier parti de Suisse UDC, qui se focalisait surtout sur le dumping salarial de la présence des étrangers, et donc du portemonnaie des Suisses, qu'une obscure initiative faîte par une petite association écologique. C'est dommage, parce que cette initiative à plus de fond.

La génération actuelle, dans sa grande majorité, se borne à peine à faire le tri des déchets, alors une vision à long terme sur les questions d'écologie, à cette époque où en Suisse, ces futurs problèmes n'affectent en rien encore la population. Cette initiative c'est un peu comme si on cherchait à vendre des déambulateurs, de la crème anti rides ou des cercueils à des jeunes en pleine santé.

J'ai eu l'occasion de tomber par hasard sur l'émission radiophonique L'Agence, sur la première, du 2 mars 2014, où était invité Philippe Roch, ancien responsable du WWF et ancien directeur de l'Office fédéral de l'environnement des forêts et du paysage, qui soutient cette initiative et qui me donnait l'impression d'avoir de la peine à faire passer le sérieux de ces enjeux face aux simplets qui l'interrogeaient. Certes, c'est une émission humoristique, mais une petite pause dans l'humour, face à ces questions si importantes et qui auront de graves conséquences sur les générations futures si rien n'est fait, aurait été le bienvenu. Un vrai cri dans le désert.

(il est possible d'écouter l'émission ci-dessous)

https://www.rts.ch/la-1ere/programmes/l-agence/5617250-l-agence-du-02-03-2014.html#5617249

Il n'y a pas eu beaucoup de chemin depuis les avertissements du Club de Rome

http://fr.wikipedia.org/wiki/Club_de_Rome

Il y avait un dessin aimé qui en parlait aussi il y a bien longtemps, "Il était une fois notre terre" qui lui aussi était un peu trop précoce pour son temps dans les années septante.

http://www.youtube.com/watch?v=yEDonp5S1-E

Mais revenons en Suisse, pour avoir un aperçu de ce qui va arriver de plus en plus, il faut voir ce qui se passe dans la colline du Haut-de-Mormont, à Eclépens, pour les besoins de l’industrie du ciment (qui dit augmentation de la population, dit aussi plus de construction... J'ignore par contre le bon dosage, même les démographes ne sont pas tous d'accord sur les questions de démographies)

http://www.24heures.ch/vaud-regions/la-cote/Des-citoyens-s-opposent-a-lextension-de-la-carriere-du-Mormont-/story/23525108

http://www.letemps.ch/Page/Uuid/90c5c4d0-9576-11e3-89e4-e67f3ab1298c

http://www.laliberte.ch/vaud/bataille-en-vue-pour-sauver-le-mormont

Écrit par : Lucignolo | 25/03/2014

Ecopop ne dit rien d'autre que: on ne peut pas entasser 10 personnes dans une voiture de 5 places ou qu'on ne peut pas mettre 2 litres de vin dans une bouteille de 7 décis, etc.

C'est quand-même curieux que ceux qui condamnent ce type d'initiative, sont épris de "bon sens" lorsqu'il s'agit de limiter la vitesse sur des routes encombrées ou de prendre des mesures strictes contre le tabagisme passif, etc.

Écrit par : petard | 26/03/2014

"« La Confédération ne peut conclure de traité international qui contreviendrait au présent article ». Disposition salutaire : elle subordonne clairement la signature de traités à la volonté du souverain. D’abord, le peuple et les cantons disent le droit. Ensuite, on signe des documents avec l’étranger en fonction de cela."

Ce sera la première mesure à poser au notre gouvernement. En ce moment, révélé par Arthur Grosjean dans son blog, les bilatérales III sont en préparation quasi-secrète et je cite A. Grosjean: "Alors qu’une majorité de Romands sont encore en train de se lamenter sur le vote du 9 février et l’arrêt du programme estudiantin Erasmus, un combat bien plus important se déroule dans les coulisses bernoises."

Voilà que Ecopop va rendre de fiers services aux Suisses, celui de déloger le Conseil Fédéral de ses alcôves secrètes, de l'obliger à travailler avec plus de transparence; celui de soumettre au verdict populaire avant la signature de tout contrat avec l'étranger.

Pour que ces mesures soient inscrites dans notre constitution, je voterai pour Ecopop.

@ Géo
Si la Suisse veut lutter contre la corruption et le laisser aller dans les pays qu'elle aide, sa stratégie doit être entièrement repensée et elle doit aussi associer ses ONGs aux réflexions et décisions. Elle n'a plus à signer les cartes en blanc et ne plus céder aux pressions de ces organismes qui se disent non gouvernementaux mais sont payés avec l'argent du gouvernement, où les responsables "hiérarchiques" se prennent pour des patrons du portefeuille privé.
Je pense qu'il faut réformer la mentalité de ces bonzes humanitaires ou coopérateurs, plus roublards et hypocrites pour se tirer des flûtes que vraiment travailleurs.
J'étais en mission en Afrique du Sud dans les années 70. La corruption démarrait de toute évidence de nos ONGs vers les notables du coin. Elles achetaient la bonne volonté et l'agrément des gens, sans compter le trafic d'influences à l'intérieur de notre base de stationnement. Un vrai panier de crabes qui faisait perdre beaucoup d'énergie et ses nerfs.

Écrit par : Beatrix | 26/03/2014

Voici un article-document en faveur d'Ecopop.
Magnifique vidéo.

http://www.20min.ch/ro/news/science/story/200-ans-d-urbanisation-en-54-secondes-31645203

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 06/04/2014

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