27/03/2014

Le CEVA et les Maîtres-Enchanteurs

 

Sur le vif - Jeudi 27.03.14 - 17.35h

 

Du percement du tunnel de la Furka, qui coûta très cher au conseiller fédéral Roger Bonvin, aux énormes déconvenues sur le chantier du Gothard, comme la fameuse faille de la Piora, composée de roche très friable, surprises géologiques, risques de surcoûts, retards dans les travaux font partie du lot de toutes les grandes aventures où le génie civil se met en action dans les entrailles de la nature. Mon père était ingénieur, il a percé beaucoup de tunnels, je l’ai maintes fois accompagné sur les chantiers les samedis après-midi (nous avions l’école jusqu’à midi), je voyais bien que les responsables d’un gros-œuvre étaient toujours habités par la peur de l’inconnu. A cet égard, la nature géologique de la Falaise de Champel  fait partie des risques du métier. Nul ne saurait reprocher à l’homme la texture trop sablonneuse, ou limoneuse, d’une structure à percer. La pire, me disait-on toujours dans mon enfance, parce qu’elle fait exploser les coûts à cause des armatures supplémentaires. Et il faut bien tenir l’axe.

 

Mais dans l’affaire du CEVA, la question n’est pas là. Encore qu’on puisse se demander – on le doit, même – si tous les forages géologiques ont bien été opérés, systématiquement et là où il le fallait, avant d’engager des coûts sur un devis. Car nous ne sommes pas dans le percement d’une galerie privée, mais dans un immense chantier d’Etat, sur la réussite duquel la majorité de la classe politique, en 2009, s’est engagée la main sur le cœur. Je vois encore les efforts démultipliés du député radical Gabriel Barrillier, véritable commis-voyageur du chantier, pour nous persuader que tout allait bien se passer. Comme je l’écrivais dans l’Hebdo le 26 novembre 2009, trois jours avant la votation, les partisans nous plaçaient dans un acte de foi obligatoire, sans nulle contestation possible, face à ce qui serait chantier du siècle, scrutin amiral, mère de toutes les batailles.

 

Aujourd’hui, la réalité nous est avouée. Près de deux ans de retard dans les travaux ! Et pour quel surcoût ? Résultat de quelle impéritie de la part des maitres-enchanteurs qui, pour mieux asseoir la très improbable majorité électorale de l’automne 2009, et du coup pour mieux enrayer la progression (déjà impressionnante) d’un parti d’opposants appelé MCG, nous ont fait tant miroiter, poussant à l’envi la chansonnette du bonheur par le Grand Genève, et la caducité de toute frontière. Tout cela, pour des intérêts économiques. Il faudra un jour écrire l’Histoire du rôle joué par les milieux patronaux  – les mêmes qui stipendient en période électorale les partis de l’Entente – avec la puissance de leurs relais politiques, dans l’affaire du CEVA.

 

Là sont les vrais enjeux. Ils sont économiques, financiers, politiques, bien avant que d’être géologiques. Hier à la RSR, le nouveau ministre, Luc Barthassat, a dit sa « déception » face à ce monumental retard. Sa sincérité n’est pas en doute, mais le mot est trop faible. Un ministre n’a pas à être déçu. Il n’est pas un spectateur de son propre règne, mais doit en être l’acteur. Celui qui pèse sur le destin.

 

Quant aux responsabilités, elles doivent être élucidées. Et les vrais responsables, trouvés, sans que soit mis en œuvre le détestable jeu des fusibles. A cet égard la demande d’une Commission d’enquête parlementaire (CEP) n’apparaît de loin pas comme superflue. Bien entendue, elle sera refusée. Par la même majorité qui avait si habilement organisé sa survie, en automne 2009, en nous brandissant ces lendemains si providentiels. Des lendemains qui chantaient. En attendant de voir passer le train.

 

Pascal Décaillet

 

17:35 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

et pendant ce temps: La racaille piétine, se voit contrainte de piquer des bagnoles, et si j’en crois le MCGHI investir dans les nouvelles technologies, pour débuger les "safe" des 4x4 de nos Z'élites.
Putain encore deux ans de plus.

Écrit par : briand | 27/03/2014

Que penser des 10 ans de retard pour l'A9 en Valais?

Que penser de ces gens qui ont jugé nécessaire de se battre pour que les CFF n'arrivent pas jusqu'à eux? Qu'ils ne desservent pas la moitié des Genevois?

Partout ailleurs en Suisse il y aurait unanimité pour les faire arriver, soutien en cas de coup dur. Mais bien sûr, ici, des recours provoquant des surcoûts, nous sommes à Genève. La roche est plus dure ici qu'ailleurs...

Écrit par : JDJ | 27/03/2014

Là sont les vrais enjeux. Ils sont économiques, financiers, politiques, bien avant que d’être géologiques. Absolument Pascal, et on continue de manipuler le bon peuple genevois, incapable de réagir, tellement il est abasourdi !

Écrit par : jacques joray | 29/03/2014

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