31/03/2014

La victoire livide de l'UMP

 

Sur le vif - Lundi 31.03.14 - 09.57h

 

Les Municipales françaises sont toujours remportées - mode de scrutin oblige - par l'une des deux grandes forces de la bipolarité de la Cinquième République. Habituellement, la force d'opposition nationale triomphe, ce vote local étant opéré comme une sanction pour le gouvernement.

 

Donc, hier, l'UMP, favorisée par la machine électorale et l'ancrage ancestral de ses caciques locaux, a gagné. Mais ce parti aurait grandement tort de triompher. Le parti qui monte, en France, surtout dans la bataille interne à la droite, c'est le FN. Totalement défavorisé par le mode de scrutin, ce parti montrera dans deux mois, aux élections européennes, son véritable poids dans la vie politique française.

 

Ce soir-là, il est possible que l'UMP se montre un peu moins souriante, et surtout moins arrogante, sur les écrans. D'ailleurs hier soir déjà, le très orléaniste président par défaut de ce parti apparaissait déjà comme défait et livide, les traits tendus. Sans doute parce qu'il est largement assez intelligent pour entrevoir l'aspect superficiel de cet amoncellement de victoires de féodaux locaux. Comme un paravent à la décomposition nationale, idéologique et morale de son association de notables qui n'a plus rien, mais vraiment plus rien, et depuis longtemps, du souffle gaulliste des grands rassemblements populaires que nous avons connus. Ces messes républicaines, sublimes, étaient d'une puissante essence bonapartiste. L'UMP d'aujourd'hui n'a plus grand chose à voir avec cela.

 

Le souffle du peuple, celui de la colère comme celui de la joie, est passé ailleurs. Nous le verrons dès le mois de mai. Avec les premières cerises.

 

Pascal Décaillet

 

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29/03/2014

Constantin le Républicain

 

Sur le vif - Samedi 29.03.14 - 18.57h

 

Enfin, Constantin Franziskakis s’exprime. Enfin, son ministre de tutelle lui en a donné le droit. J’eusse aimé que ce fût chez moi, c’est dans la Tribune de Genève, tant mieux pour ce journal. Et tant mieux surtout pour les lecteurs : on y découvre, avec des réponses solides, sobres et factuelles, le travail au jour le jour d’un très grand serviteur de l’Etat.

 

En lisant les propos du directeur de Champ-Dollon, j’ai été saisi d’émotion. A travers lui, j’ai senti s’exprimer la République elle-même. J’ai pensé à ces figures de marbre sur les monuments aux morts, ces incarnations de ce qui nous rassemble : la loi, parfois dure, mais en même temps l’humanité, de respect de tous. Y compris de ceux qui, pour une raison ou une autre, se retrouvent en prison.

 

Dans notre société, il y a ceux qui prennent des positions verbales, le monde politique en fait partie, et bien sûr moi aussi, enfin nous tous, en très grande majorité. Et il y a ceux, tout au bout de la chaîne, qui doivent appliquer les décisions voulues par le peuple ou ses représentants. Eux ne sont pas des parleurs. Ils sont là, face au réel, face au marbre dur de la vie, avec des décisions à prendre, des situations incroyablement difficiles à gérer. Constantin Franziskakis est de ceux-là. Par la modération de son propos, le réalisme dans lequel il inscrit sa mission, l’humanisme qui l’habite, ce grand commis, dans la TG, nous donne aujourd’hui une leçon.

 

Il y a des discours qui semblent écrits sur du vent, pour reprendre le titre de l’un des plus beaux films de Douglas Sirk, et d’autres, infiniment plus rares, qui respirent la clarté du front. Le même cinéaste, dont j’ai découvert il y a trente ans l’œuvre complète grâce à Rui Nogueira, avait aussi réalisé « Le temps d’aimer, le temps de mourir », d’après « A l’ouest, rien de nouveau », le chef d’œuvre d’Erich Maria Remarque. Le front, le vrai, dans son horreur. En lisant Franziskakis, j’ai pensé à ce livre, à ce roman.

 

Mais l’image la plus forte qui m’a traversé demeure celle de la République elle-même. Face à la constante mise en danger de l’état de droit, le directeur de Champ-Dollon en incarne la clarté, la géométrique rigueur, les valeurs d’humanité. Il incarne la loi, le nomos, la règle, contre la jungle. Tout comme une infirmière, dans un sous-sol d’hôpital. Tout comme nos policiers, nos agents de détention, nos enseignants, nos assistants sociaux.

 

Un homme peut se féliciter de cette interview. Le ministre de tutelle. Pour lui aussi, la République, ça veut dire quelque chose. Pour lui, comme pour sa famille politique, qui s’est construite sur des valeurs d’Etat, des valeurs régaliennes. Je dis que le ministre, et nous tous avec lui, peut être très fier du directeur de la prison. Dans l’improbable obscurité de la chienlit, quelques étincelles de lumière. Merci, Monsieur Franziskakis.

 

Pascal Décaillet

 

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27/03/2014

Le CEVA et les Maîtres-Enchanteurs

 

Sur le vif - Jeudi 27.03.14 - 17.35h

 

Du percement du tunnel de la Furka, qui coûta très cher au conseiller fédéral Roger Bonvin, aux énormes déconvenues sur le chantier du Gothard, comme la fameuse faille de la Piora, composée de roche très friable, surprises géologiques, risques de surcoûts, retards dans les travaux font partie du lot de toutes les grandes aventures où le génie civil se met en action dans les entrailles de la nature. Mon père était ingénieur, il a percé beaucoup de tunnels, je l’ai maintes fois accompagné sur les chantiers les samedis après-midi (nous avions l’école jusqu’à midi), je voyais bien que les responsables d’un gros-œuvre étaient toujours habités par la peur de l’inconnu. A cet égard, la nature géologique de la Falaise de Champel  fait partie des risques du métier. Nul ne saurait reprocher à l’homme la texture trop sablonneuse, ou limoneuse, d’une structure à percer. La pire, me disait-on toujours dans mon enfance, parce qu’elle fait exploser les coûts à cause des armatures supplémentaires. Et il faut bien tenir l’axe.

 

Mais dans l’affaire du CEVA, la question n’est pas là. Encore qu’on puisse se demander – on le doit, même – si tous les forages géologiques ont bien été opérés, systématiquement et là où il le fallait, avant d’engager des coûts sur un devis. Car nous ne sommes pas dans le percement d’une galerie privée, mais dans un immense chantier d’Etat, sur la réussite duquel la majorité de la classe politique, en 2009, s’est engagée la main sur le cœur. Je vois encore les efforts démultipliés du député radical Gabriel Barrillier, véritable commis-voyageur du chantier, pour nous persuader que tout allait bien se passer. Comme je l’écrivais dans l’Hebdo le 26 novembre 2009, trois jours avant la votation, les partisans nous plaçaient dans un acte de foi obligatoire, sans nulle contestation possible, face à ce qui serait chantier du siècle, scrutin amiral, mère de toutes les batailles.

 

Aujourd’hui, la réalité nous est avouée. Près de deux ans de retard dans les travaux ! Et pour quel surcoût ? Résultat de quelle impéritie de la part des maitres-enchanteurs qui, pour mieux asseoir la très improbable majorité électorale de l’automne 2009, et du coup pour mieux enrayer la progression (déjà impressionnante) d’un parti d’opposants appelé MCG, nous ont fait tant miroiter, poussant à l’envi la chansonnette du bonheur par le Grand Genève, et la caducité de toute frontière. Tout cela, pour des intérêts économiques. Il faudra un jour écrire l’Histoire du rôle joué par les milieux patronaux  – les mêmes qui stipendient en période électorale les partis de l’Entente – avec la puissance de leurs relais politiques, dans l’affaire du CEVA.

 

Là sont les vrais enjeux. Ils sont économiques, financiers, politiques, bien avant que d’être géologiques. Hier à la RSR, le nouveau ministre, Luc Barthassat, a dit sa « déception » face à ce monumental retard. Sa sincérité n’est pas en doute, mais le mot est trop faible. Un ministre n’a pas à être déçu. Il n’est pas un spectateur de son propre règne, mais doit en être l’acteur. Celui qui pèse sur le destin.

 

Quant aux responsabilités, elles doivent être élucidées. Et les vrais responsables, trouvés, sans que soit mis en œuvre le détestable jeu des fusibles. A cet égard la demande d’une Commission d’enquête parlementaire (CEP) n’apparaît de loin pas comme superflue. Bien entendue, elle sera refusée. Par la même majorité qui avait si habilement organisé sa survie, en automne 2009, en nous brandissant ces lendemains si providentiels. Des lendemains qui chantaient. En attendant de voir passer le train.

 

Pascal Décaillet

 

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26/03/2014

Invalidations : putain, cinq ans !

 

Sur le vif - Mercredi 26.03.14 - 16.59h

 

« Contre le blocage de la circulation route de Vernier à l’entrée du village, pour la qualité de vie ». Un nom assurément beaucoup trop long pour une initiative communale, mais une vraie légitimité, puisque plus de 2200 personnes, dans la deuxième ville du canton, avaient apporté leur signature à ce texte. Dans notre tradition suisse, au niveau communal, cantonal, fédéral, c’est le peuple qui décide. Le corps électoral. Le suffrage universel. A Genève, naguère, on appelait cela « le Conseil général ».

 

Dans notre tradition suisse, oui. Mais pas au Conseil d’Etat genevois. Pas avec cette présidence-là. Pas avec cette surveillance des communes. Pas avec ce nouveau ministre des transports dont les Cent Jours sont désormais finis, la campagne électorale aussi, et qui va devoir commencer à faire ses preuves. Le principe de « l’invalidation » d’une initiative est l’un des plus détestables qui existent dans notre système. La plupart du temps, voire dans la totalité des cas, il s’agit de se camoufler derrière un verbiage juridique, pour masquer la lâcheté d’affronter une décision populaire.

 

Des arguments, les juristes de la Couronne en trouveront toujours : ils sont payés pour ça. Au nom du « droit supérieur », on vient nous dire  APRES COUP, donc une fois que le nombre de signatures commence à devenir inquiétant, que c’est du droit cantonal et non communal, du droit fédéral et non cantonal, du droit européen, style Strasbourg, et non fédéral. C’est une conception impériale de la démocratie, référence au Saint-Empire, où il y a toujours un échelon supérieur. Le contraire de l’idée républicaine, qui assume l’entier de sa responsabilité, indivisible.

 

On pourra nous chantonner tous les arguments juridiques qu’on voudra, dûment sortis du chapeau par des experts dûment payés par le Conseil d’Etat, rien ne pourra nous sortir de l’idée qu’on a eu peur, en très haut lieu, d’un désaveu de la part de la population verniolane. Car humilier les communes, depuis quelques années, c’est très tendance au Conseil d’Etat. Ce jacobinisme cantonal, non dénué d’arrogance, porte la marque d’un homme, qui l’incarne : l’actuel président du Conseil d’Etat. Actuel, et encore pour quatre longues années. Putain, cinq ans ! Eh oui, vous l’avez voulu, vous l’aurez.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Pape sans Palais

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 26.03.14
 
 
Olivier Py, le nouveau directeur du Festival d’Avignon, est un grand du théâtre. Certaines de ses mises en scène sont visionnaires. Mais ces qualités-là, éminentes sur le plan artistique, ne qualifient pas nécessairement pour un jugement politique pertinent. Preuve, la déclaration proprement ahurissante de Py, lundi 24 mars : « Si le Front National l’emporte en Avignon, le Festival n’aura aucune autre solution que de partir ».
 
 
Partir, pourquoi ? Parce qu’une majorité républicaine, dans un processus parfaitement démocratique, aurait choisi d’élire une équipe qui ne convient pas à M. Py ? Singulière posture, déjà parce qu’elle dévoile un lien bien étroit entre le Festival et l’autorité politique, quelle qu’elle soit. Surtout, parce qu’elle fait dépendre la pérennité d’une institution légendaire, au rayonnement mondial, de l’humeur d’un directeur face à un changement politique décidé par le peuple.
 
 
Pire : Olivier Py se comporte comme si le Festival lui appartenait. Si la nouvelle Mairie ne lui convient pas, qu’il quitte, lui, l’institution. Au nom de quoi irait-il l’arracher au Palais des Papes, dans un improbable exil ne justifiant que son mouvement d’humeur personnel ? Non seulement cette déclaration intempestive fleure l’arrogance, mais politiquement, elle ira à fins contraires : le corps électoral d’Avignon votera, dimanche 30 mars, pour qui il voudra, FN ou pas. Nul mentor, fût-il un génie de la scène, ne pourra se substituer à la puissance de sa conviction citoyenne


Pascal Décaillet
 

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25/03/2014

Ecopop : connaissez ?

 

Chronique publiée dans "Tribune" (Le Journal du PLR vaudois) - No 3 - Mercredi 19.03.14

 

La démocratie directe suisse est un tissu vivant. A peine une initiative votée, en voici déjà une autre. Après les migrations de masse, nous allons devoir commencer à parler d’Ecopop. Je vous le dis tout net : ce sera le prochain grand enjeu de notre débat démocratique. J’ignore ce que voteront le peuple et les cantons, mais assurément nous avons avec ce texte quelque chose de nouveau, en phase non seulement avec la Suisse mais avec des préoccupations planétaires. Ecopop est une votation sur la quantité de population que peut accueillir un pays, avec une surface donnée, un relief, une hydrographie. En lien avec des impératifs de protection de l’environnement. Le cocktail des deux pourrait être explosif. Et réserver bien des surprises à tous les beaux esprits qui, en cette amorce de printemps 2014, rejettent d’une chiquenaude toute entrée en matière sur ce texte. Comme ils n’avaient cessé de le faire sur celui du 9 février. Ils sont ceux, dès que surgit d’en bas un texte d’initiative, qui toujours disent non. Ils sont comme le Méphisto qui se présente à Faust, dans la tragédie de Goethe : « Ich bin der Geist, der stets verneint ». Je suis l’esprit qui toujours nie.

 

Que nous dit Ecopop ? Que la Confédération doit s’attacher à faire en sorte que la population résidant en Suisse ne dépasse pas un niveau qui soit compatible avec la préservation durable des ressources naturelles. Elle doit aussi encourager d’autres pays à poursuivre cet objectif, notamment dans le cadre de la coopération internationale au développement. « La part de l’accroissement de la population résidante de manière permanente en Suisse qui est attribuable au solde migratoire ne peut excéder 0,2% sur une moyenne de trois ans ».10% de la coopération internationale devraient être affectés à l’encouragement de la planification familiale volontaire. Enfin, les initiants ont eu la sagesse et l’habileté de prévoir que « La Confédération ne peut conclure de traité international qui contreviendrait au présent article ». Disposition salutaire : elle subordonne clairement la signature de traités à la volonté du souverain. D’abord, le peuple et les cantons disent le droit. Ensuite, on signe des documents avec l’étranger en fonction de cela. Et on ne vient pas, toutes charrues placées devant les bœufs, faire l’inverse : reprocher au souverain d’avoir mal voté, parce que sa décision serait « contraire au droit supérieur ». Il était temps d’y penser.

 

Cocktail explosif, parce qu’il met ensemble deux préoccupations majeures du peuple suisse. Ce même peuple, qui a accepté l’initiative des Alpes et celle de Franz Weber, mais aussi celle du 9 février 2014 sur l’immigration, que votera-t-il face à une mise en commun de ces deux paramètres ? Le peuple suisse, à de nombreuses reprises, dans des scrutins fédéraux ou cantonaux, a affirmé haut et fort son attachement à la qualité du biotope, mais aussi à l’éclatante beauté de certains de nos paysages (Lavaux). Et le message à retenir du 9 février, c’est qu’il commence à ne plus écouter les « milieux de l’économie » sur les questions liées à la densité de population ou aux flux migratoires. Peut-être parce que certains, parmi ces milieux, se sont un peu trop servis eux-mêmes de ces flux, pour réaliser du profit, sans trop de souci pour un habitat devenu trop dense, avec des infrastructures qui ne suivent pas. Faire des affaires, c’est sans doute bien. Avoir comme souci la préservation de notre corps social, dans un développement durable et un environnement de qualité, c’est mieux. Assurément, la dialectique autour d’Ecopop va beaucoup nous occuper, ces prochains mois.

 

Pascal Décaillet

 

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22/03/2014

Sébastien Desfayes : première erreur

 

Sur le vif - Samedi 22.03.14 - 11.03h

 

Je suis le tout premier à considérer Sébastien Desfayes comme un homme de grande valeur, avec de l’ancrage historique, de la verticalité dans la présence, le sens du combat et de la stratégie. Enfin un président du PDC, me disais-je jusqu’à maintenant, clairement trempé à droite. Avec, bien sûr, l’inflexion sociale, familiale qui, au sein de la droite, sont la marque de ce parti. Mais enfin à droite. Dans la grande famille de pensée, plurielle et bigarrée, qui s’appelle la droite. En politique, le « centre » n’existe pas, il n’est qu’un improbable Marais, un mirage. Il y a une gauche. Et il y a une droite. Dès que les enjeux sont sensibles, dès qu’ils touchent à la propriété par exemple, ou à l’individu, les grandes familles se soudent et la dualité réapparaît. Quoi qu’en pensent les bobos post-modernes, persuadés d’avoir dépassé l’Histoire, aboli sa dimension tragique, relégué aux orties les frontalités de leurs pères.

 

 

En lisant ce matin la Tribune de Genève je déchante. Pourquoi diable, à peine élu, le nouveau président du PDC, alors que personne ne lui demande rien, vient-il aussitôt couper tous les ponts avec l’UDC et le MCG ? Pourquoi préciser en mars une politique d’alliances qui, dans toute la complexité de nos communes, ne sera mise en œuvre que dans un an, aux élections municipales ? Pourquoi, stratégiquement, se griller ainsi dès le départ ? Dans certaines communes, le PDC n’aura peut-être pas besoin de l’appui de ces deux partis. Mais dans d’autres, si. Pourquoi l’exclure d’office ?

 

 

Pourquoi, si ce n’est par effet de manche ? Plaire à l’Assemblée générale. Se mettre du bon côté une aile chrétienne sociale qui, justement, pouvait nourrir quelque crainte face au discours de campagne du nouveau président. Plaire, aussi, et j’aime encore moins cela, au quatuor de l’Entente du Conseil d’Etat, avec ce discours sans faille sur les bilatérales, sans la moindre prise en compte de ce qui s’est passé en Suisse le 9 février. Dommage. Ces gages sont inutiles. Ils affaiblissent d’emblée le nouveau président, lui abolissent toute marge de manœuvre dans la stratégie électorale du printemps 2015.

 

 

Surtout, il y a le fond. Au nom de quoi le nouveau président du PDC peut-il, d’une chiquenaude populiste destinée à l’interne de son parti, couper toutes relations avec deux partis de la droite genevoise, parfaitement républicains et démocratiques, représentés au Parlement, participant aux élections, n’ayant jusqu’à nouvel ordre entrepris nulle conquête du pouvoir par d’autres chemins que celui des urnes ? Si la querelle est sur le fond, que M. Desfayes le précise. On comprend qu’il ne soit pas d’accord avec ces deux partis sur le thème de la frontière. Mais, surtout au niveau des politiques communales, on peut parfaitement vivre avec cela. Et le reste ? Les finances ? La fiscalité ? La sécurité ? La santé ? La formation ? Les PME ? L’emploi ? La mobilité ? L’agriculture ? Aucune valeur commune, vraiment, entre le PDC et ces deux partis ? La communauté de pensée, le nouveau président préfère aller la chercher du côté de la gauche ? Parce qu’avec le seul PLR, les majorités seront insuffisantes.

 

 

En politique, il faut appeler les choses par leur nom. Cette déclaration initiale est une erreur. Mettons cela sur l’émotion ecclésiale (au sens d’assemblée) de se retrouver parmi les siens. Comme dans une noce. Dans une atmosphère de chaleur et de fermentation. Mais la politique, il faudra la faire avec du jeu. Avec des alliances. Le nouveau président en est parfaitement capable. S’il veut bien éviter de nous donner la désagréable impression d’un suicide initial.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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21/03/2014

Français, étonnez-nous !

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 21.03.14


 
J’ai toujours été profondément francophile. L’Histoire de ce pays m’habite. Je vis avec elle, ai lu toutes les biographies possibles et imaginables de ses grands hommes. Oui, j’aime la France, sa politique, ses écrivains, et même de plus en plus, de Rameau à Debussy, ses musiciens. Au moment où ce pays va élire ses dizaines de milliers de maires et de conseillers municipaux, acte majeur de proximité, son état général n’est pas perçu comme bon par ses voisins. Saignée économique, délocalisations, chômage installé depuis des décennies, relation difficile à l’immigration. Amertume. Gueule de bois.


 
Surtout, le crédit du politique s’est effondré. Quand j’étais enfant, le chef de l’Etat s’appelait Charles de Gaulle, il incarnait la grandeur du pays. On l’aimait ou non, mais la référence était là, puissante, majestueuse. Un demi-siècle plus tard, toutes les politiques de lutte contre le chômage ayant échoué, de gauche comme de droite, nos voisins ont de plus en plus de peine à croire à la politique elle-même. C’est pourtant eux, à bien des égards, depuis 1789, qui nous en ont inventé le modèle, avec ces mots sublimes de nos livres d’Histoire, la Gironde, la Montagne, les Jacobins. Et eux, hélas, aujourd’hui, qui ne semblent plus y croire.
 


A mes amis français, je dis que la politique est une grande, une immense chose. Qu’on soit de gauche, de droite, il s’agit d’organiser ensemble notre destin commun dans la République. Valeur universelle, à Paris comme en Valais, à Genève comme à Kiev, Tunis ou Athènes. Elire ses maires, ses conseils communaux, c’est justement l’un des actes amiraux de l’appartenance républicaine. Ce pays qui, des Soldats de l’an II à François Mitterrand, en passant par Guizot, Jules Ferry ou Mendès France, nous a tant légué de modèles, j’aspire profondément à ce qu’il retrouve ce souffle puissant de démocratie qui, aujourd’hui, lui fait défaut. Il appartiendra aux Français de le trouver. Dans le génie propre qui est le leur. Chaque pays a sa logique.


 
Je doute que cette renaissance puisse passer par d’autres chemins que celui d’une parole accrue au suffrage universel. Peut-être une Sixième République. Moi qui ai exactement l’âge de la Cinquième, créée par un homme d’exception, je puis témoigner qu’elle n’a pas démérité. Mais à d’autres générations, d’autres défis. Français, étonnez-nous !


 
Pascal Décaillet

 

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20/03/2014

Secret médical: la décision inacceptable du Conseil d'Etat

 

Sur le vif - Jeudi 20.03.14 - 11.35h

 

Ayant immédiatement organisé, hier soir, un débat Poggia-Buchs sur la levée (exigée par le Conseil d'Etat) du secret médical en prison, je n'ai pas encore eu le temps de rédiger un billet sur la question. J'espère trouver un moment dans la journée. Mais une chose est claire: cette décision du Conseil d'Etat est totalement inacceptable. Un patient détenu demeure, face à son médecin, un patient. Son droit au secret médical est inaltérable.



Je sais que la majorité de l'opinion publique, dans le tout sécuritaire que veut nous imprimer le coupe Maudet-Jornot, ira largement dans le sens du gouvernement. Eh bien moi, pas. Les détenus ont des droits. Les patients ont des droits. Les détenus-patients ont des droits. Il n'y pas à les abolir d'une chiquenaude pour plaire à la pensée ambiante.



Plus s'égrènent les heures, plus je me dis que la candidature de Pierre Bayenet, comme modèle alternatif à ce tout sécuritaire, a du sens et de la pertinence. J'ai dit et je répète que je voterai Jornot, tant l'homme est compétent et nécessaire à notre République. Mais il est sain que s'exprime avec vigueur une opposition sémantique et philosophique à sa politique judiciaire.



Au fait, les deux hommes s'opposeront pendant une heure, en direct dans le GRAND GAC du dimanche 30 mars 2014, de 18h à 19h.



Ah ben tiens, il est presque ficelé, du coup, mon billet.

 

Pascal Décaillet

 

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Crimée : les clefs par l'ascèse de l'Histoire

 

Sur le vif - Jeudi 20.03.14 - 09.31h

 

"Pourquoi la Crimée ? Et pourquoi maintenant ?" - Le Temps, page 12.



Enfin, l'éclairage d'une situation par les profondeurs politiques, économiques, culturelles, de l'Histoire. Enfin, quelques clefs. Qui ne condamnent personne. Mais expliquent.



Dès 1991, pendant toutes les guerres balkaniques, je n'ai cessé les premières années, avant de me rendre sur place en reportage, de lire, lire, et lire encore les différentes visions du monde des antagonistes. Nous étions quelques-uns à proclamer que la diabolisation systématique des Serbes faisait le jeu d'autres puissances, en fonction d'antécédents puissants. Pour les identifier, il faut connaître. Se renseigner. Cela passe par une ascèse de l'Histoire.



Aujourd'hui, dans l'affaire ukrainienne, la  vraie ligne de fracture n'est pas entre partisans des pro-Européens et des pro-Russes. Bien sûr qu'il faut trouver pour tous la solution de la meilleure coexistence possible. Non, la vraie démarcation se situe entre ceux qui acceptent de se plonger dans l'Histoire, le choc des cultures, la confrontation des visions, sans immédiatement les juger à l'emporte pièce. Et, d'autre part, ceux qui, au nom de grilles de lecture uniquement morales (et encore, leur morale à eux, autoproclamée), se contentent de coller des étiquettes, "Poutine dictateur", "Russie impérialiste", etc.



Je ne veux pas revivre ce dialogue de sourds des guerres balkaniques. Ces intellos parisiens débarquant à Sarajevo en chemise blanche. Cette détestation organisée de tout ce qui avait le mauvais goût d'être Serbe. Cette ignorance crasse de l'Histoire, notamment des événements majeurs entre 1941 et 1945, Ce primat de la seule morale. A  ces facilités intellectuelles, résistons. Faisons pièce dès le début, ce qui ne fut pas le cas au début des années 1990. Écoutons toutes les parties. Ne diabolisions personne. Lisons, lisons et lisons encore. Ne rejouons pas la sinistre comédie des années 1990.

 

 

Pascal Décaillet

 

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19/03/2014

Béatrice et les orléanistes

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 19.03.14

 

Béatrice Fuchs, à Genève, c’est un visage, un engagement, une voix. Présidente du Cercle Cantonal du Faubourg, véritable bastion du radicalisme fazyste, populaire et cassoulet, cette infatigable militante arpente le terrain, depuis des années, pour faire élire ses candidats. Elle a roulé pour Pierre Maudet. Elle a usé ses chaussures pour François Longchamp. Par tous les temps, de pluie ou de vent, elle a battu la semelle. Toujours de bonne humeur, toujours positive. La militante de rêve.

 

Bonaparte s’exposait-il autant que ses grenadiers de première ligne ? Sans doute pas, encore qu’il fût courageux, comme il l’avait montré sur le pont d’Arcole. Mais enfin, après la bataille, il affichait au moins l’élémentaire reconnaissance de leur tirer l’oreille, sublime signe d’affection. Je ne suis pas exagérément persuadé que les héros de Béatrice aient eu, eux, la courtoisie d’y penser. Alors, Mme Fuchs a craqué. Lundi 17 mars, elle est venue sur le plateau de Genève à chaud. Et elle dit ce qu’elle avait sur le cœur.

 

Dans ce parti fusionné, où l’aile de l’argent pèse de tout son poids, elle ne reconnaît plus les valeurs historiques du radicalisme genevois. Elle aime l’Etat, elle aime le peuple. La dimension patricienne, ou juste l’arrivisme orléaniste, ne sont pas les siennes. Oui, elle l’a dit. Et elle a eu raison. Bravo, Béatrice.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Des spots éclairés

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 19.03.14


Lorsqu’un doctorant en science politique, en 2143, consacrera sa thèse aux décisions les plus stupides jamais imposées au peuple suisse, il mettra sans doute en excellente place l’obligation de rouler de jour avec les phares allumés. Le truc le plus vain, le plus inutile, le plus gaspilleur que les automobilistes aient eu à appliquer.


 
Pour ma part, je suis bonne poire. Si une loi est en vigueur, je l’applique. Ou alors, je me bats pour qu’elle change. J’ai donc, dès le 1er janvier, laissé mes phares, et ma foi à cette saison, c’était plutôt nécessaire. Mais voilà, en cette fin d’hiver si belle qu’elle ressemble au printemps, nous sommes déjà tous à nous interroger sur l’utilité de cette mesure.


 
D’abord, parce qu’en plein soleil, les phares ne se voient tout simplement pas. Les motards, à juste titre, se plaignent d’être défavorisés. À tout allumer, on n’éclaire ni ne signale plus rien. Plus s’égrènent les jours, en direction de la belle saison, plus nous sommes des milliers à contempler la totale inutilité d’une décision macérée là-haut, quelque part, sans doute du côté de Berne.


 
Comment a-t-on pu laisser d’éthérés théoriciens statuer à ce point à rebours du bon sens ? La décision politique doit se déployer au service de la population. Là, pour l’heure, le citoyen automobiliste ne perçoit que la dérision d’une contrainte. Par des esprits éteints.
 
 


Pascal Décaillet


 

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Ecopop : le traitement B du Dr Müller

 

Sur le vif - Mercredi 19.03.14 - 09.54h



Ecopop: on est parti pour le procédé désormais habituel, qu'à l'instar du regretté Dr Müller, dans l'île Noire, nous appellerons le traitement B. D'abord, tout le monde va tomber sur cette initiative. On va traiter ses partisans de tous les noms, parmi lesquels le mot "fasciste" devrait évidemment figurer en bonne place. Les "milieux économiques" vont la combattre. Mais au final, le vote, dans un sens ou dans l'autre, pourrait bien être très serré.


Si le peuple et les cantons disent non, le Mammouth, Tamedia et Ringier rendront hommage à l'infinie sagesse d'un souverain qui ne s'en laisse pas conter par les sirènes du populisme.



S'ils disent oui, on dira immédiatement qu'ils ont mal voté, n'ont pas compris l'enjeu, et que la décision est de toute façon inapplicable en vertu du "droit supérieur" et des "accords internationaux".

 


Pénible routine. Amertume du prévisible.  Notre démocratie directe fonctionne pourtant très bien, elle est vivante, dérangeante, elle nous réveille, nous amène des sujets négligés par les corps intermédiaires. Ce qu'il faut changer, c'est l'insupportable uniformité de nos médias. Pour cela, il faut de nouvelles offres, afin de parvenir à une vraie diversité et une authentique pluralité de points de vue, dans notre pays. Vaste programme. Mais magnifique ambition. A la fois citoyenne et culturelle, au sens profond, puisqu'elle charrie ce que la langue allemande appelle une Weltanschauung. Une vision du monde. Là se trouve le véritable enjeu de ce qui nous manque tant, aujourd'hui. Parce que la musique est toujours la même.

 

En attendant, va pour le traitement B. Avec une bonne dose de chloroforme. Le procédé est tellement clair. Et le filigrane, tellement visible.

 

Pascal Décaillet

 

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16/03/2014

Etats 2015 : la petite phrase de Robert Cramer

 

Sur le vif - Dimanche 16.03.14 - 09.57h

 

Dans le Matin dimanche, Robert Cramer lance la campagne des Etats d'octobre 2015, en annonçant son intention de se représenter avec sa collègue Liliane Maury Pasquier.



Voilà donc la gauche, 19 mois avant, en ordre de bataille.



Face à ce duo, auront-ils comme d'habitude la droite la plus bête du monde ? Celle qui n'est pas capable d'anticiper, en effet à un an et demi, une échéance de cette importance ? Celle qui désigne ses candidats au dernier moment, une fois épuisées les solutions de fortune ou de hasard. Celle qui part sans stratégie, sans modèle de communication, sans réelle volonté de vaincre.



Le duo des Etats, c'est aujourd'hui qu'il se décide. M. Cramer n'est pas tombé de la dernière pluie. Dans la gentille rubrique du Matin dimanche "Ma semaine à moi", il glisse cette candidature comme en passant. A la manière du peintre qui se représente lui-même, dans le détail du tableau. Ou Hitchcock, qui apparaît furtivement sur un quai de gare.



Pour tous ceux qui estiment que Genève mérite un autre duo, le combat commence maintenant. Il passe par une stratégie de droite unie. Donc, concertation dans l'ensemble de la droite élargie, en respectant les nouveaux venus de cette constellation, et non conciliabule dans un cocktail de l'Entente.



La victoire de la droite passera aussi, en octobre 2015, par de nouveaux visages. Le Conseil des Etats, Chambre capitale dont j'ai suivi les travaux, sur place, pendant des années, n'a pas à être le lieu de recyclage de carrières largement achevées sur le plan cantonal. Il n'a pas pour vocation d'assurer une énième rente supplémentaire à de vieux briscards qui les collectionnent déjà.



Non, les Etats, c'est la Chambre des Cantons. Il y faut du sang neuf, vigoureux, impétueux. A l'image d'un Alain Berset ou d'un Carlo Schmid qui y sont arrivés à l'âge de trente ans. Il y faut des combattants, à Berne, pour les intérêts supérieurs de Genève. Mais en même temps, c'est une Chambre fédérale, et il y faut des élus avec vision nationale, réseau national, connaissance impeccable de l'allemand, vif intérêt pour la Suisse italienne, maîtrise de notre Histoire et de toute la savoureuse complexité de notre pays.



Si la droite genevoise ne s'y prend pas dès maintenant, le duo Cramer - Maury Pasquier sera reconduit. Ce sera tant mieux pour ces deux personnes, et pour la gauche. Et tant pis pour tous ceux qui aimeraient tellement une autre représentation dans cette Chambre si importante pour notre canton, et pour le pays.

 

 

Pascal Décaillet

 

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15/03/2014

"Ni gauche, ni droite" : l'attape-nigauds

 

Sur le vif - Samedi 15.03.14 - 10.33h

 

Le 6 octobre 2013, le peuple genevois a porté au Grand Conseil une majorité très nette de la droite élargie. Hier soir, cette majorité s'est simplement mise en action. En termes de mécanique politique, rien d'autre. Le politique est un rapport de forces.



Hier soir, le MCG a simplement prouvé ce qu'il était: un parti de droite. Qui a pu jamais, une seule seconde, en douter ? Droite sociale, populaire, allez populiste si ça vous fait du bien de dire ce mot qui n'a d'ailleurs rien de péjoratif. Mais droite, of course. Le slogan "ni droite, ni gauche" n'est qu'un attrape-nigauds. D'une chiquenaude, il prétendrait abolir toute la gravité économique et sociale de la lutte des classes. Dans ces deux domaines, bien sûr qu'il existe une gauche, et qu'il existe une droite. Nous ne vivons pas avant l'Histoire, ni après l'Histoire, dans une prétendue post-modernité de bobos. Nous vivons DANS l'Histoire, à l'intérieur de ses mécanismes, de son tragique, de l'immuable noirceur de ses jeux de pouvoir.



Le jeu du MCG, hier, avec la droite immobilière, ne m'a personnellement pas fait plaisir du tout. Le scandale de la Tulette, toute cette atmosphère de copinage éhonté, me choquent comme tout le monde. Mais en analyse politique, faisons abstraction de nos déplaisirs moraux. Nous avons au Parlement une nouvelle puissance de feu de vingt députés, capable de faire la différence, sur la droite (comme hier), mais aussi (on attend et espère le voir) sur la gauche. C'est toute l'ambiguïté, toute l'imprévisibilité de cette puissance de feu qui rend fous de jalousie les autres partis. Hier, colère de la gauche, parce qu'elle fut écrasée par la mécanique adverse. Demain (on l'espère et on l'attend), colère de la droite économique, le jour où le MCG, tout en étant de droite, réaffirmerait sa dimension sociale, populaire et joyeuse.


Hier, ce parti ne fut ni social, ni populaire, ni joyeux. Il fut l'acolyte de la droite immobilière. Pour des raisons tactiques. Pour tester sur la législature la redoutable puissance de frappe de son grenadier lance-flammes Ronald Zacharias. Pour s'affirmer comme le faiseur de majorités. En technique politique, ce fut bien joué. En lisibilité auprès de la population, encore deux ou trois coups comme cela pendant la législature, et bonjour la dégringolade aux élections de 2018.

 

Pascal Décaillet

 

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13/03/2014

Le pardon, la création, la rencontre

 

Commentaire publié dans GHI - 12.03.14

 

« Le pardon est antérieur à la création ». La phrase a du souffle. Elle est si puissante qu’elle nous laisse pantois, incrédules dans notre reconstitution personnelle de toute Genèse, ou toute Théogonie. Elle fut prononcée dans Genève à chaud, ce lundi 10 mars, par l’un des meilleurs spécialistes de la philosophie juive, Maurice-Ruben Hayoun. Surtout, elle fut prononcée dans un moment de grâce : la rencontre de cet incroyable érudit avec, face à lui, George Bizos, 85 ans, avocat sud-africain d’origine grecque, défenseur de Nelson Mandela lors de son procès en 1963. Bizos est l’un de ceux qui ont évité la peine de mort au héros de la lutte anti-apartheid.

 

Hayoun-Bizos. Ces deux-là, dix minutes avant l’émission, ne se connaissaient pas. Et soudain, le miracle d’une rencontre. Mandela, nous dit Bizos, malgré ses 27 années de prison, n’a jamais éprouvé le sentiment de vengeance. Il a toujours prôné la vérité et la réconciliation. Et face à lui, le vieux lion du barreau de Johannesburg a un immense connaisseur de la Bible qui nous parle du pardon. Antérieur à la création ! Et ce défi à toute chronologie, que ni Hésiode ni les Pères de l’Eglise n’ont osé, vient résonner, lorsque nous sommes en présence de MM Bizos et Hayoun, comme quelque chose, au fond, de parfaitement concevable. Miracle d’une rencontre. Miracle de la vie. Etincelles, choc de silex. Dans la nuit de l’ordinaire.

 

Pascal Décaillet

 

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12/03/2014

Loi Longchamp : les oublis de la TG

 
Sur le vif - Mercredi 12.03.14 - 09.26h
 
 
Il y a deux dimensions dans la fronde de "certains députés de droite" contre la loi Longchamp (PPE). Il y a d'abord le fond: sur ce point, il faut bien reconnaître que le projet du Conseil d'Etat présente une dimension plus sociale, ouverte au plus grand nombre, que ce que réclame le quarteron de mousquetaires de droite qui a mené la guérilla contre lui. Mais il y a aussi - et il est étonnant que la TG omette de mentionner cet aspect - toute l'ampleur de la leçon qu'une partie de la droite parlementaire, au-delà du sujet lui-même, veut donner à un magistrat dont l'arrogance et la volonté d'extension de pouvoir et de placer les siens partout, sont sans limites.
 

Alors, je dis à la TG: quand vous évoquez un sujet, traitez-le jusqu'au bout. Jusque dans sa dimension humaine, qui implique la rude noirceur des jeux de pouvoir. Parce que juste montrer la tête de deux socialistes (un gentil et un méchant), en une, qui volent au secours du gentil magistrat radical contre les hideux promoteurs - dont on laisse entendre dans l'édito que l'un d'eux roulerait pour lui ad personam - là c'est promouvoir une vision partielle. Et partiale. C'est, une fois de plus depuis tant d'années, faire le jeu de l'homme de pouvoir François Longchamp. La TG est devenue le véritable porte-parole officiel de ce conseiller d'Etat, ainsi que de son acolyte Pierre Maudet. C'est son droit. Mais il faut juste le dire.
 
 
Bref, si demain soir, le Grand Conseil se contente de désavouer les mousquetaires de la droite et de revenir purement et simplement au projet Longchamp (avec, pour la forme, quelques corrections centristes, juste destinées à ne surtout pas se brouiller avec le pouvoir), les PPE seront peut-être vaguement gagnantes, soit quatre ou cinq mille personnes dans un canton qui en compte près d'un demi-million, c'est dire à quel point nous sommes dans un sujet luxueux. Mais le signal d'inféodation donné à l'arrogance au pouvoir serait catastrophique. C'est cela, en évident filigrane du sujet lui-même, le véritable enjeu de ce vote. Il émarge au rapport de forces interne à la droite, en cela il est l'un des combats amiraux de positionnement des troupes pour la législature. Si la TG ne veut pas voir cela, tant pis pour elle.
 

Nombre de gens, à Genève, sont plutôt d'accord, sur le fond, avec le Conseil d'Etat, dans cette affaire. Mais un nombre au moins aussi grand verrait d'un très bon œil que le magistrat en question reçoive une bonne leçon de la part d'un Parlement qu'il n'a cessé de rabaisser. Jusqu'à demander, il y a quelques semaines, un vote nominal, au mépris de toute séparation des pouvoirs, ce que le Perchoir aurait aussitôt dû lui rétorquer avec toute la fermeté d'usage.


Hélas, au Perchoir, cette année plus que jamais, la barbichette est reine.
 
 
Pascal Décaillet
 
 
 

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11/03/2014

Madrid, dix ans après

 

Sur le vif - Mardi 11.03.14 - 17.03h


Il y a, jour pour jour, dix ans, je m'envolais pour Madrid, pour une édition spéciale de Forum, réalisée en direct au milieu de la foule, le soir même de l'attentat de la gare d'Attocha. Nous avons fait une heure d'émission, place de Castille, au milieu des Madrilènes sous le coup de l'émotion et de l'incompréhension. Pendant notre direct, un journal gratuit, distribué à la population, avançait un peu vite la thèse de l'ETA.



L'attitude des Madrilènes, comme celle des gens de Nanterre au soir du drame du 27 septembre 2002 (un forcené avait tiré sur les élus municipaux), avais forcé mon admiration. Dans les deux cas, une communauté humaine sous le choc de la violence extrême. Mais une communauté qui dit non à la fatalité. Qui se ressaisit. Affirme avec puissance sa volonté de continuer à vivre un destin commun. Avec des règles. Des joies communes. Des peines communes.



Finalement, une victoire de la vie.



Le soir, nous étions allés sur les lieux du drame.


Aujourd'hui, dix ans après, mes pensées vont aux victimes. A leurs proches. Et à la ville de Madrid. Qui nous avait donné une leçon. Ce jour-là, la fierté hispanique n'a jamais été aussi belle.

 

Pascal Décaillet

 

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09/03/2014

Ecopop : chacun en conscience

 

Sur le vif - Dimanche 09.03.14 - 16.34h

 

Avec Ecopop, cette initiative sur laquelle nous devrions nous prononcer avant la fin de l’année, c’est reparti comme en quarante. Le Conseil fédéral, nous dit-on, ne veut pas de cette initiative. On va aussi nous dire que les Chambres fédérales n’en veulent pas. Tout cela sera certes exact, mais le problème – toujours le même – c’est que l’avis du Conseil fédéral et celui du Parlement n’ont pas beaucoup d’importance dans une initiative.

 

Une initiative, dans notre démocratie suisse, est un défi lancé au peuple par une fraction du peuple. Lancé à l’ensemble du corps électoral, par un tout petit groupe, au départ, un comité d’initiative. Le but ultime n’est absolument pas de convaincre le Conseil fédéral, ni les Chambres, traditionnellement hostiles à cette démocratie directe qui vient les déranger. Et pour cause : si, d’en bas, on ressent la nécessité de procéder par voie d’initiative, c’est parce que les problèmes concernés ont, du point de vue des initiants, été négligés par les élus. Une initiative est bel et bien, chez nous, un mécanisme correctif à la gouvernance législative ou exécutive. Nos voisins nous l’envient. Et ils ont raison.

 

Malgré tout cela, l’immense majorité des médias, SSR en tête, insistent de façon appuyée, non sur une présentation de l’initiative, mais sur son rejet par les corps constitués. Le point de vue de ces derniers n’est pourtant qu’un indicateur parmi d’autres. Il n’a pas à être à ce point mis en valeur. Une initiative, c’est une affaire du peuple avec le peuple. Le peuple, face à lui-même : qu’on lui laisse au moins cela, dans un système où la démocratie représentative a déjà pris tant d’importance.

 

Pour ma part, je considère Ecopop comme la votation la plus importante de notre calendrier démocratique. J’aurai largement, dans les mois qui viennent, l’occasion d’y revenir. J’encourage, comme chaque fois, chaque citoyenne, chaque citoyen à se forger sa décision par lui-même. La traditionnelle démolition du texte par le pouvoir en place, relayée par la SSR et la majorité des médias, sans parler d’Économie Suisse, nous renvoie à notre responsabilité individuelle de citoyen. J’emprunte ce terme à la terminologie de mes amis protestants. Parce qu’en politique, je crois dur comme fer à la conviction indivisible de chaque unité de vote. La vôtre, la mienne, la nôtre à tous.

 

Ah, au fait, puisqu’on parle d’Économie Suisse : adversaires d’Ecopop, n’hésitez pas à lancer à nouveau ces fins limiers de la rhétorique politique. On connaît désormais leur redoutable efficacité.

 

Pascal Décaillet

 

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07/03/2014

Pour une droite populaire et sociale

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 07.03.14


 
La droite suisse a perdu son âme. Réduite, depuis deux décennies, au seul culte de l’Argent, elle n’a plus conscience des valeurs qui constituent ses différentes souches. Peu de radicaux sont encore capables de tenir un discours sur le Freisinn, la liberté individuelle, la responsabilité, le rôle et la dimension de l’Etat. Peu de démocrates-chrétiens peuvent vraiment – autrement que par des lieux communs – articuler une réflexion sur les fondements philosophiques de leur parti. On ne leur demande pas de lire en latin les encycliques de Léon XIII, mais enfin quelques notions sur ce qui différencie leur parti du reste de la droite, oui. Quant aux gens de l’UDC, joyeux d’appartenir à une communauté (Gemeinschaft), on est heureux de leur félicité, mais on se dit qu’un brin de développement conceptuel n’est pas nécessairement interdit.


 
Les droites suisses (le pluriel s’impose) ont énormément souffert de l’empire exercé sur les consciences, depuis une bonne vingtaine d’années, par le libéralisme. Oh, pas celui d’Olivier Reverdin, qui fut mon professeur, mais celui du seul profit bancaire, de la primauté accordée aux actionnaires au détriment des travailleurs, du gain facile, virtuel, comme si l’argent tombait du ciel. Tout cela, me direz-vous, a commencé à s’effondrer. C’est vrai, mais le mal est fait. Dans les esprits, il n’y aurait de droite que celle du casino, ou alors celle des conservateurs. La réalité est plus complexe. On peut être de droite avec une profonde conscience sociale, un respect du travail et des travailleurs, l’acceptation d’un État fort.


 
On peut être de droite, aussi, avec cette bonne humeur, cet amour des gens qu’on ne trouve pas exagérément, depuis trop d’années, chez les notables, y compris d’ailleurs socialistes. Aimer la politique n’oblige personne à faire la gueule. Pour ma part, je veux une droite populaire et sociale, très proche des gens, enthousiaste, aimant le pays, soucieuse de justice, respectant la nature et notre patrimoine. Toutes choses qui sont ancrées en elle, et dont il n’est pas question de laisser le monopole à la gauche. Là où le libéralisme du gain virtuel a échoué, réinventons l’appartenance républicaine. La fraternité, c’est pour tous les humains. Pas seulement pour la moitié d’entre eux.


 
 
Pascal Décaillet

 

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