30/04/2014

Le Pape impair

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mercredi 30.04.14


Dimanche dernier, devant mon téléviseur, je me suis quand même dit que quatre papes, ça commençait à faire beaucoup. Certes, deux d’entre eux étaient défunts, et je n’ai rien à dire contre leur canonisation. Certes, le pape émérite était bien légitimé à être là. Certes, le pape François a parfaitement mené les choses. Mais tout de même, quatre papes, c’est trop. Parce que l’idée d’un pape, voyez-vous, c’est justement qu’il soit unique. C’est là le label du catholicisme, celui qui est d’ailleurs reproché à l’Eglise de Rome. Un seul chef, pour conduire et incarner cette Assemblée invisible qu’on appelle l’Eglise.
 


Et puis, ces papes qui se canonisent entre eux, il y a quelque chose qui me gêne. Non que cela ne soit pas mérité, loin de là. Mais enfin, dans cette autocélébration, il y a un aspect circulaire, donc fermé, qui n’est pas le meilleur signe. D’autant que si on se met à canoniser un pape sur deux, non seulement ce sera trop, l’idée de sainteté perdra de son crédit, mais il y a un côté injuste pour « le pape impair », celui qui n’a pas l’heur d’être sanctifié. En l’espèce, celui qui était entre les deux saints de dimanche, c’était (si l’on excepte la trop courte période de Jean-Paul 1er), le pape Paul VI, que j’ai personnellement aimé, vu de très près à Genève en juin 1969, et dont j’apprécierais qu’une docte autorité romaine m’explique en quoi il serait « moins saint » que les deux qui l’entourent.
 


Alors, désolé, mais dans ce Dimanche des Quatre Papes, j’ai surtout vu une immense et géniale opération de propagande, au sens premier, non péjoratif, entendez la nécessité de propager, faire connaître, rien de mal en soi. Et voyez-vous, moi catholique (je le resterai toujours), j’ai pensé que mes frères protestants, plus attachés à l’exégèse du texte qu’à l’image ou l’icône, n’avaient, dans leur retenue, pas entièrement tort. Je me suis pris à rêver, concernant Jean-Paul II, qu’une personne sur dix-mille ayant assisté à la cérémonie de dimanche prît la peine de lire, par exemple, sa lumineuse Encyclique « Laborem exercens ». Dans laquelle, 90 ans après le « Rerum Novarum » de Léon XIII, il redéfinit en 1981 le nécessaire humanisme du monde du travail. Alors non, chers lecteurs, l’Oncle Décaillet ne passe pas au protestantisme. Mais il a besoin de sens. De textes. Et de lumière. Comme nous tous, je crois.


 
Pascal Décaillet

 

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29/04/2014

Séance spéciale : à quoi joue M. Droin ?

 

Sur le vif - Mardi 29.04.14 - 09.31h

 

Une séance spéciale sur le CEVA et les SIG, le 17 mai, ridiculement ramenée à deux heures, un sec rappel (dans la TG de ce matin) du champ très étroit auquel devront se limiter les débats, tout se passe comme si Antoine Droin, le président du Grand Conseil, entreprenait toutes choses pour réduire la portée de cette séance. Juste se limiter au minimum syndical du règlement. Pour une session que lui et les siens n'ont pas voulue. Normal : elle fut demandée, et obtenue, par les bancs adverses.



Cela n'est pas son rôle. La mission du Grand Conseil est précisément de contrôler l'activité du gouvernement, de l'administration et des régies publiques. Le premier d'entre eux, l'homme du perchoir, devrait justement être celui qui, par son autorité rayonnante et sa pugnacité, favoriserait au maximum la capacité du Parlement à établir cette tâche. Faut-il rappeler qu'en démocratie, les pouvoirs sont séparés ? Les intérêts supérieurs du Parlement, sa mission de représentation populaire, son devoir de contrôle, l'amènent parfois à se trouver en litige avec le gouvernement.



Loin d'être grave, cette dialectique de confrontation est au coeur de la démocratie. Rien de plus méprisable qu'une Chambre d’enregistrement, un Parlement croupion, des député(e)s groupies, ne jurant que par leurs ministres. Rien de plus admirable, au contraire, qu'un groupe parlementaire, ou des individus, osant s'attaquer à leurs propres magistrats exécutifs, parce qu'ils le jugeraient nécessaire à l'établissement d'une transparence démocratique.



Le président du Grand Conseil a-t-il lu Montesquieu ? S'est-il pétri d'Histoire en prenant connaissance des différentes réalités parlementaires à travers les âges, Chambre bleu horizon de 1919, Chambre de la peur en juin 1968, Parlements de cohabitation (souvent les meilleurs), etc ? M. Droin est-il là pour défendre au maximum la capacité d'action de l'institution dont il a la charge, ou juste pour savourer le bonheur, ouaté de consensus et de bonne entente avec tous, de vivre sa fonction ?



M. Droin a-t-il intégré qu'il n'était pas spécialement à ce poste pour "bien s'entendre" avec le Conseil d'Etat, mais parfois pour lui résister ?. Dans les cas, comme justement le CEVA ou les SIG, où il y aurait, de la part de l'exécutif, volonté d'obturation. Ramener au minimum syndical de deux heures une séance qui aurait dû avoir la durée nécessaire à une catharsis de vérité, c'est accepter la session spéciale en se bouchant le nez. Juste parce qu'elle a été demandée, et obtenue, par des partis (MCG et UDC) que M. Droin n'aime pas.



Déjà lorsque le président du Conseil d'Etat, François Longchamp, avait eu l'incroyable arrogance de demander un vote nominal, la présidence du Grand Conseil aurait dû immédiatement, en public et à voix très haute, lui rappeler que le mode de scrutin du Parlement était du ressort des députés, et non d'un ministre. Cela s'appelle la séparation des pouvoirs. L'actuel président du Grand Conseil, si gentil avec tout le monde, à commencer par les gentils ministres, connaît-il seulement ce concept ?

 

Pascal Décaillet

 

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28/04/2014

CEVA et SIG : séance du Grand Conseil justifiée

 

Sur le vif - Lundi 28.04.14 - 12.54h

 

Annoncée ce matin par la RTS et décidée par le Bureau du Grand Conseil (MCG et UDC ont réuni les 30 signatures nécessaires), la séance spéciale du Parlement cantonal, le samedi 17 mai prochain, sur le CEVA et les SIG, est parfaitement justifiée.


Il est totalement normal que le peuple, à travers ses élus législatifs, demande au Conseil d'Etat toute la lumière sur le retard dans le chantier du CEVA, et surtout la manière dont a été, l'automne dernier, reportée la communication sur ce retard. Pour des raisons politiques et électorales, à l'évidence. Raisons qui sont d'ailleurs libellées comme telles dans le PV du Comité de pilotage CEVA du 18 octobre 2013, 14.15h, que bon nombre de journalistes (dont votre serviteur) possèdent.


De même, les investissements hasardeux des SIG dans l'éolien, mais aussi (on l'a appris ce week-end) dans la fibre optique, doivent faire l'objet d'investigations de responsabilités en profondeur et en précision. C'est précisément la tâche du Grand Conseil de contrôler l'activité du gouvernement, de l'administration et des régies.

 
Les MCG et l'UDC étaient pleinement habilités à exiger cette séance spéciale. Qu'ils aient été les seuls à la demander est plutôt inquiétant, et en dit long sur la seule vraie fonction du CEVA: permettre la survie des réseaux politiques qui se sont partagés postes et prébendes, à Genève, depuis des décennies.

 

Pascal Décaillet

 

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27/04/2014

Jean-Paul II et le travail : un texte lumineux

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Sur le vif - Dimanche 27.04.14 - 17.26h

 

Je fais partie de ceux qui, du vivant de Jean-Paul II, au moment où ce pape était loin d’être aussi populaire que la sainte mémoire d’aujourd’hui, avaient pris parti pour lui. Je l’ai fait à la RSR, dans des commentaires. Dans l’Hebdo. Sur le plateau d’Infrarouge. Dans la Revue jésuite Choisir, dont j’étais chroniqueur. Dans mon livre « Coups de Griffe » (Editions Saint-Augustin, 2006), où je recense, avec François-Xavier Putallaz et Nicolas Buttet, une décennie de chroniques au Nouvelliste. Défendre ce pape, dans l’horizon éditorial de la Suisse romande, n’a pas toujours été simple. Il fut un temps où nous étions très minoritaires. Même si je dois reconnaître que les dernières années de Jean-Paul II, disons de 2000 à 2005, cela fut plus facile : le pape était malade, combattait avec un incroyable courage, avait eu des mots très forts sur la dignité des travailleurs, si bien que le cercle de ses partisans avait augmenté.

 

En préparation de l’importante journée d’aujourd’hui, j’ai relu mes éditos de l’époque, et me suis rendu compte que, sur plus d’une décennie (1995-2005), l’immense majorité d’entre eux portaient sur le monde du travail. Je n’ai jamais été un spécialiste des questions morales, ni des sujets de société, mais le rapport de l’Eglise catholique au travail m’a toujours passionné. Je crois bien avoir tout lu ce qui était possible de lire sur Léon XIII (1878-1903), et son Encyclique Rerum Novarum (1891), qui définit, en pleine Révolution industrielle, la Doctrine sociale de l’Eglise. Un texte majeur, qui tente une réponse chrétienne, non marxiste, aux questions cruciales posées par l’émergence du prolétariat ouvrier. Faut-il rappeler qu’à cette époque, qui est aussi celle de Jaurès, les enfants travaillent dans les mines, et les adultes y meurent avant la cinquantaine ? Nulle protection sociale, nulle retraite (si ce n’est, balbutiantes, dans l’Allemagne bismarckienne). Immense fut l’influence de Rerum Novarum. En Italie, bien sûr. Mais aussi en France, avec une aventure éditoriale comme le Sillon, de Marc Sangnier. Ou la Revue Esprit, d’Emmanuel Mounier. Mais encore au Portugal, au Brésil, en Belgique, et en Suisse.

 

Laborem exercens : un texte majeur

 

Or, il est peu relevé – trop peu aujourd’hui, y compris à l’intérieur de l’Eglise – que Jean-Paul II a produit, en 1981, 90 ans après Rerum Novarum, un document aussi important pour notre époque que l’Encyclique de Léon XIII, pour la sienne. Ce document, l’Encyclique Laborem exercens, le penseur catholique et excellent connaisseur du pape polonais Yves Semen a eu l’heureuse idée de nous inviter à sa lecture, en le parsemant de citations dans son petit livre « Une année avec Jean-Paul II », que viennent de publier les Presses de la Renaissance. Du coup, hier, ayant ce livre dans les mains, et une lecture en appelant une autre, je me suis replongé dans Laborem exercens.

 

Je connais peu d’Encycliques (à part justement Rerum Novarum) où je puisse me reconnaître dans chaque ligne. En sa troisième année de pontificat, le pape Wojtyla nous y parle, d’une façon simple et bouleversante, du monde du travail. Le travail, dans la vie de l’être humain. Le travail, comme réalisation. Le travail, dans sa primauté nécessaire face au Capital et aux puissances de l’argent. Le travailleur, quel qu’il soit, et si modeste soit sa tâche, comme personne, « sujet efficient, véritable artisan, créateur » (Laborem exercens, no 7). « L’erreur de l’économisme, poursuit l’Encyclique au chapitre 13, consiste à considérer le travail humain exclusivement sous le rapport de sa finalité économique ».

 

Appel au respect absolu des travailleurs

 

Bref, dans ce texte, en forme de prélude, une annonce de tous les thèmes qui seront ceux des dernières années de Jean-Paul II : défense et illustration de « l’économie réelle », au service de l’humain et de son accomplissement, condamnation de l’enrichissement facile par les jeux de la finance virtuelle, appel au respect absolu des travailleurs, notamment des migrants, naturellement moins protégés. Faut-il rappeler que c’est sous ce pontificat, autour de l’an 2000, que s’exercèrent avec le plus de violence inégalitaire les ravages de l’économie de casino ? Nous en sommes un peu revenus. Il y a encore tant à faire.

 

Je peine à comprendre que l’Eglise catholique, si prompte à s’autocélébrer et s’autocanoniser, ne mette pas davantage en avant ces mots si forts de Jean-Paul II sur le monde du travail. Ils sont pourtant, sur les femmes et les hommes d’aujourd’hui, oui avril 2014, d’une incroyable puissance de résonance. Ils nous parlent de nous, de notre humanité, notre dimension de personne, au milieu des activités rémunérées que nous accomplissons. Ils proclament l’égalité de tous. Ils revalorisent les métiers méprisés. Ils appellent le patronat à exercer sa responsabilité sociale. Ils valorisent la production, l’invention, l’enthousiasme, l’amour de la belle ouvrage, et condamnent sans appel l’exploitation de l’homme par l’homme. Ils exigent des rémunérations « justes ». Il n’y est pas question de salaire minimum, mais je ne suis pas sûr qu’on en soit très loin. Surtout, dans la droite ligne de Léon XIII, ils proposent une réponse non marxiste, non matérialiste, aux injustices et aux inégalités. Personnellement, depuis mon plus jeune âge, cela me parle. En profondeur.

 

 

Puisse la journée de commémoration d’aujourd’hui, puissante dans sa fonction de symbole et d’évocation, nous amener à relire ce texte. Parmi d’autres, bien sûr. Je n’ai nulle vocation à me prononcer sur la sainteté des uns et des autres. Ni sur la métaphysique. Mais la mise au point, l’aggiornamento 1981, sur ce que doit être le travail dans une société humaine, cela rejoint, avec force, le cœur de mes préoccupations.

 

 

Pascal Décaillet

 

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24/04/2014

Darbellay, l'éclat de vie du pays

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Sur le vif - Jeudi 24.04.14 - 09.54h

 

Dans le Temps de ce matin, énième cogitation sur le putatif isolement de Christophe Darbellay au sommet de son parti. Tout cela, parce qu'à deux reprises, il a été désavoué en Assemblée des délégués. Il y a, dans la presse, une envie de tourner la page Darbellay. Pour quelle autre figure ? Je me le demande bien.



De tous les partis suisses, le PDC est le plus difficile à diriger. Complexe. Passionnant. Marqué par les Histoires cantonales, leur diversité, leurs 26 singularités. Habité par plusieurs courants, les mêmes depuis plus d'un siècle, jaunes ou noirs, chrétiens sociaux ou conservateurs, urbains ou campagnards, voire montagnards. Paralysé par les hésitations d'alliances, l'obsession de demeurer dans les majorités de pouvoir. Accroché à des thèmes, comme la famille, que d'autres lui ravissent, comme on a dérobé aux Verts l'environnement.



Et puis, Dieu sait si je suis attaché à la famille, mais désolé, on ne construit pas une politique nationale sur ce seul thème. La famille, même moderne, recomposée, homoparentale, homosexuelle, tout ce qu'on voudra, est certes un passionnant sujet de société, un témoin des mouvements lents de son évolution. Mais elle ne saurait tenir lieu de réflexion nationale prioritaire.



Il manque au PDC - il lui a toujours manqué - une armature républicaine. Une dimension régalienne, celle des radicaux et des socialistes. Il est trop habité par les sujets de société. Or, si la politique ne doit pas évacuer ces derniers (il faut bien légiférer sur les évolutions), elle ne saurait en aucun cas s'y réduire. Et justement, sur les autres sujets, comme la sécurité, les finances, la fiscalité, la clarté de ligne du PDC, sous la Coupole comme dans les cantons, fait défaut. Il manque à ce parti une dimension d'Etat.



J'en reviens à Darbellay. Face aux carences structurelles de sa famille politique, son incroyable diversité en fonction des Histoires cantonales, son défaut d'unité, ce diable d'homme a justement été, depuis huit ans, l'homme de la situation. Pour fédérer. Incarner. Représenter. Porter la parole. A part Doris Leuthard, qui l'avait immédiatement précédé, et l'excellent Carlo Schmid, cet Appenzellois intrépide et indivisible, vous seriez capable de m'en citer beaucoup, des présidents du PDC suisse depuis 1971 ?



Bien sûr, Darbellay n'est pas éternel. Et n'a pas prétention à l'être. Bien sûr, il lorgne sur le Valais et n'en fait nul secret. Bien sûr, les deux désaveux en Assemblée n'ont pas facilité sa tâche. Mais l'homme est là, debout. Il le sera jusqu'à l'ultime minute de sa fonction. Et lorsqu'il l'aura quittée et qu'il sera temps de dresser un bilan, ce parti pourra être très fier de ce président qui aura existé si fort, porté si haut les couleurs, comme on brandit la bannière dans un festival de fanfares, endimanché par le soleil. Dans le commun bonheur d'être ensemble. Quelque part, dans l'éclat de vie du pays.

 

Pascal Décaillet

 

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23/04/2014

Magnifique emmerdeur

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Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 23.04.14

 

Rien ne m’énerve plus que Jean Ziegler, si ce n’est les gens qui passent leur temps à dire du mal de Jean Ziegler. Cet homme, que je connais et que j’interviewe depuis plus de trente ans, je dis qu’il est un salutaire emmerdeur, un dérangeur nécessaire, l’éruption de nos mauvaises consciences, avec des tonnes de lave et l’incandescence du volcan.

 

Bien sûr, il est insupportable. Il en fait trop, théâtralise à outrance, exagère le propos, cherche à nous faire oublier ses amitiés avec des dictateurs. Mais voilà, c’est Ziegler, il vient de fêter ses 80 ans, et c’est sans doute un peu tard pour le refaire. D’ailleurs, on ne refait jamais les gens : ils sont ce qu’ils sont, à prendre intégralement, avec leurs qualités, leurs défauts.

 

Ziegler m’a toujours fait penser à Franz Weber. L’homme des saintes colères, mais l’homme d’une foi entière, bouillante, émue, profondément amoureuse du monde. Chez l’un, c’est le combat pour la justice. Chez l’autre, le combat pour la planète. Chez l’un et l’autre, l’adhésion bouleversée à l’immense chaleur du mystère du monde. Chez ces deux hommes, colériques et un peu cinglés, je perçois de splendides contemporains, de vrais compatriotes. Critiques, imprécateurs, fous de vivre et d’exister. Il en faudrait beaucoup plus, des hommes comme eux, dans le champ si raisonnable de notre petite Suisse.

 

 

Pascal Décaillet

 

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17/04/2014

Couchepin, la Weltwoche, la lumière d'un journal

 

Sur le vif - Jeudi 17.04.14 - 14.44h

 

"Was die Schweiz ist" - Papier de Pascal Couchepin, en pages 13 et 14 de la Weltwoche d'aujourd'hui.

Le contenu: une réflexion sur les langues en Suisse, leur coexistence.

Mais l'important n'est pas l'objet du papier. L'essentiel, c'est que la Weltwoche ouvre ses colonnes à Pascal Couchepin, qui ne cesse de démolir au vitriol toute la philosophie politique qui sous-tend la ligne éditoriale de cet hebdomadaire.

Déjà, la Weltwoche confie depuis longtemps une chronique à Peter Bodenmann, l'ancien président du parti socialiste suisse.

La grandeur d'un journal, sa puissance, son rayonnement, c'est, en plus d'avoir une ligne éditoriale claire et assumée (de gauche, de droite, d'où il voudra), de s'ouvrir, en les invitant, à d'autres courants de pensée.

La Weltwoche fait cela.

La Frankfurter Allgemeine fait cela.

La Neue Zürcher Zeitung (dans une moindre mesure) fait cela.

Le Figaro fait cela.

Je ne suis pas sûr, hélas, de trouver l'équivalent dans la presse de gauche.

 

Ni même dans nos ineffables quotidiens consensuels de centre droit, en Suisse romande, attirés par le seul parfum du pouvoir en place. Quel qu'il soit, au fond.

 

 

Pascal Décaillet

 

 

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16/04/2014

Nos amis danois

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Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 16.04.14
 
 
La Suisse est un pays délicieux. Le président se rend en Ukraine, on l’accueille avec les honneurs, à un détail près : on lui flanque, pour la photo officielle, le drapeau danois à la place du suisse. Oh, les couleurs sont les mêmes. Et, lorsque la bannière est repliée, à l’abri des vents glacés venus de Sibérie, un observateur distrait peut s’y méprendre. Et puis, franchement, les Ukrainiens, ces temps, ont d’autres soucis que l’exactitude dans l’ordre de l’héraldique.

 
Didier Burkhalter s’en est-il rendu compte ? A-t-il fait semblant de ne rien voir ? Qu’aurions-nous fait, à sa place ? Déclenché un incident diplomatique ? Repris l’avion sur le champ ? Demandé la tête du chef du protocole ? Délicate situation. D’autant que personne ne sait exactement ce que le président de la Confédération est allé faire à Kiev.

 
Cette fameuse OSCE, que la Suisse préside pour un an, et qui a montré dans les Balkans (je l’ai vue à l’œuvre, sur place) sa redoutable efficacité dans l’ordre de l’inaction, qui ose croire, sans s’étouffer d’un gigantesque éclat de rire, qu’elle puisse jouer le moindre rôle dans le déchirement de ce pays entre ses marches orientales russophiles et son appel de l’occident vers l’Europe ?

 
Dans ces conditions, le meilleur moyen de sceller l’inefficace et l’inutile n’était-il pas, au fond, de les faire endosser par nos amis danois ? Monsieur le chef du protocole ukrainien, vous êtes finalement un homme averti et délicat.
 
 
Pascal Décaillet

 

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15/04/2014

La vraie fonction du CEVA

 

Sur le vif - Mardi 15.04.14 - 17.30h

 

Le CEVA, sur lequel nous avons voté le 29 novembre 2009, assume clairement deux fonctions dans la vie genevoise. D’abord, sa fonction évidente : celle d’un futur RER dont nous sommes beaucoup à nous réjouir. J’ai moi-même voté pour le CEVA, comme je le mentionnais dans l’Hebdo du jeudi 26 novembre 2009, trois jours avant le scrutin. Assurément, si davantage de gens peuvent prendre les transports publics, notamment parmi les pendulaires, nous n’allons pas nous en plaindre. A coup sûr aussi, un retard, même de 21 mois, n’est pas l’Apocalypse. Les travaux de gros œuvre de cette envergure ont souvent du retard, ceux qui ont vécu les aventures de la Furka et du Gothard le savent.

 

Mais le CEVA a une seconde fonction, celle que je n’ai cessé, depuis des années, et parfois de façon bien solitaire dans le monde éditorial genevois, d'évoquer : celle de servir de coagulant à la coalition au pouvoir depuis des années à Genève : l’actuel PLR, le PDC, les socialistes, et depuis dix-sept ans les Verts. Cela, jusqu’à « l’anomalie » qu’a dû constituer pour ce sympathique quatuor l’élection de Mauro Poggia. Lequel est en fait un PDC déguisé en MCG, mais ne compliquons pas, je ne voudrais pas finir par vous faire prendre une aspirine.

 

Oui, la fonction politique du thème « CEVA » a puissamment été, à l’automne 2009, de sauver une coalition déjà très inquiète de l’ascension du MCG. A juste titre, l’inquiétude, puisque ce dernier passait alors de 9 à 17 députés. N’oublions pas qu’en ces mois d’octobre et novembre 2009, la votation sur le CEVA et les élections cantonales se trouvaient totalement liées, intriquées, dans le temps. Il fallait voter sur un thème, le CEVA, et en même temps, il fallait élire le Grand Conseil, puis le Conseil d’Etat. Affirmer comme un acte de foi l’adhésion au CEVA, c’était montrer sa fidélité à la coalition anti-MCG, ou anti-MCG et anti-UDC. L’un n’allait pas sans l’autre. Coalition qui, de Guy Mettan à Gabriel Barrillier, s’est admirablement auto-adoubée, donnant à la République membres du Bureau et présidents successifs du Grand Conseil. Comme par hasard, la crème des pro-CEVA.

 

A l’automne 2013, plus de votation. Mais des chantiers en retard, Et un retard, nous le savons désormais par le procès-verbal du Comité de pilotage CEVA du 18 octobre 2013 14.15h (oui, DECAPROD l’a eu aussi), dont l’annonce a été SCIEMMENT reportée pour cause d’élections. Un report dont François Longchamp était d’ailleurs loin d’être l’unique bénéficiaire, je dirais même que pour lui, ça n’aurait pas changé grand-chose. Non, l’annonce du retard AVANT les élections, c’est sur toute la coalition anti-MCG, anti-UDC, qu’elle aurait eu un effet dévastateur. Ne refaisons pas l’Histoire, mais il est permis de penser que le MCG n’aurait pas décroché 20 sièges, mais peut-être 23, et l’UDC aussi aurait encore davantage progressé.

 

Il est donc faux, sur le report de l’annonce, de s’acharner sur François Longchamp. Tout au plus convient-il d’établir si, dans sa mémoire chancelante des dates, il a dit la vérité, l’a omise, tue, ou travestie. Mais cela est une autre affaire. Elle n’est pas celle d’un homme seul, mais de toute une caste d’intérêts, économiques, financiers, corporatistes autant que politiques. C’est cela, la vraie fonction du CEVA.

 

Pascal Décaillet

 

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12/04/2014

Christophe brisé, Christophe martyrisé, mais Christophe libéré !

 

Sur le vif - Samedi 12.04.14 - 18.20h

 

"Christophe Darbellay mouché par son parti", premiers mots de Forum ce soir, "Christophe Darbellay giflé", la jouissance avec laquelle le meneur de la tranche 18h-19h se délecte du revers du président du PDC face à son Assemblée des délégués, sur l'initiative de la Marche blanche, en dit beaucoup plus long sur l'idéologie du présentateur que sur le réel.



J'en parle d'autant plus volontiers que, sur ce point, je suis en désaccord avec Darbellay. Donc, en accord avec la majorité de son parti. J'y reviendrai, c'est un autre propos.



Mais enfin, ce langage de violence et d'humiliation, pas loin de la terminologie sado-maso, juste parce que le président du PDC suisse a été, sur un point précis (et pas sur les autres), minorisé de peu par les délégués, ce qu'il a d'ailleurs très sportivement accepté, oui cette insistance est pénible.



D'autant que le Valaisan, s'il est aujourd'hui en minorité face à son parti, pourrait bien, le dimanche du vote, se retrouver dans le camp des vainqueurs. La RSR dira-t-elle, ce jour-là, que la minorité aura été "humiliée" ?

 

Pascal Décaillet

 

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TG, Canal Longchamp

 

Sur le vif - Samedi 12.04.14 - 09.16h

 

La manière, ce matin, dont la TG traite l'affaire du retard du CEVA sciemment caché à la population, est révélatrice de l'obédience de ce journal au conseiller d'Etat François Longchamp.



Au lieu de titrer sur l'essentiel: "Le retard du CEVA a été sciemment caché à la population", la TG, en gros et en tête de page, titre sur la réaction du conseiller d'Etat visant immédiatement à se déculpabiliser.



On sait, depuis longtemps, pour qui roule ce journal. Quelles sont ses attaches et ses fraternités de pensée. C'est son droit, car la presse est libre, y compris d'être affiliée. Le nôtre, c'est juste de montrer que nous n'en sommes pas dupes.

 

Pascal Décaillet

 

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11/04/2014

CEVA : qui a menti aux citoyens ?

 

Sur le vif - Vendredi 11.04.14 - 17.07h

 

La présidence du Conseil d'Etat va évidemment entreprendre toutes choses pour étouffer l'affaire des 21 mois de retard du CEVA. Le Temps nous apprend aujourd'hui que la communication sur ce retard, dûment connu l'an dernier déjà, a été sciemment "reportée", pour cause d'élections en octobre et novembre 2013.



Ainsi donc, en 2013 comme en 2009, le CEVA, bien plus qu'un RER, se révèle comme la tentative de mise en survie de la coalition des partis au pouvoir à cette époque-là. Depuis des années, ici, nous le disons. Depuis 2009, nous le décryptons politiquement dans ce sens. Dans l'Hebdo du 26 novembre 2009, trois jours avant la votation, nous l'établissions clairement.



Qui a donné les ordres, juste avant les élections de 2013, pour qu'on "reporte" la communication sur les 21 mois de retard ? Quelle est la responsabilité du Conseil d'Etat ? Quelle est celle de l'actuel président du gouvernement genevois ?



Ces choses-là, impérativement, doivent être établies.

 

Pascal Décaillet

 

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10/04/2014

Philippe Bender, redresseur d'âmes

 
Sur le vif - Jeudi 10.04.14 - 10.49h
 
 
Insupportable d'entendre, et ré-étendre toujours, la RTS présenter avant tout comme un "historien" l'infatigable militant canal historique radical Philippe Bender.
 

Comme si, dans "l'affaire Tornay", ou dans "l'affaire Cleusix", le féroce combattant de Fully n'était qu'un observateur distrait du réel. Comme s'il n'était pas l'un des agents les plus dévastateurs de ceux qui veulent affaiblir le conseiller d'Etat d'Orsières et, par personne interposée, celui de Savièse.


Philippe Bender a parfaitement le droit de s'exprimer, ce qu'il fait d'ailleurs avec un rare puissance de conviction. Mais de grâce, qu'on nous épargne "l'historien, mémoire vivante", et qu'on nous le présente comme ce qu'il est : le combattant le plus féroce, et à coup sûr l'un des plus doués, du Canal le plus historique - je n'ai pas dit hystérique - du radicalisme du côté du Coude du Rhône.


Ces gens-là, blessés d'être écartés d'un pouvoir exécutif où ils siégeaient sans discontinuer depuis 1937, ont des objectifs précis de reconquête, ce qui est d'ailleurs parfaitement légitime. Mais de grâce, qu'on le dise, qu'on l'évoque, qu'on le place en perspective, plutôt que de nous présenter l'homme sous sa seule casquette d'historien, érudit, toutes choses qu'il est en effet.
 

Je viens de visionner Infrarouge. Et me suis dit que ce grand prêtre de la laïcité militante, avec ses leçons sur la "vertu" (fallait-il entendre virtus, au sens de courage, ou vertu dans l'entendement victorien ?) avait manqué la seule carrière qui pût être digne de son intransigeance puissamment jouée: celle d'un redresseur d'âmes. Dans quelque Espagne lointaine.
 
 
La robe de bure lui irait à merveille.
 
 
Pascal Décaillet

10:49 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

09/04/2014

Un monde en soie

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 09.04.14
 
 
Les Japonais photographient tout et n’importe quoi. Ils passent plus de temps à fixer un objectif qu’à humer l’air du monde. Mais au moins, ils braquent leur appareil vers l’extérieur. Un monument. Une gare. Un caillou. Voire rien.
 
 
À l’inverse, les selfies. Fatigués de porter la misère du monde, d’aucuns n’ont plus d’autre urgence que de se photographier eux-mêmes. Il faut avoir le bras long, le poignet souple, l’âme délicieusement suicidaire : il s’agit, au propre, de retourner l’arme contre soi. Il paraît qu’on y survit. Je n’en suis pas si sûr.
 
 
Le selfie présente des avantages. Plus besoin d’interpeller un passant pour se faire prendre devant la Tour Eiffel. L’image, au final, n’a pas toujours la qualité des autoportraits de Rembrandt, mais qu’importe, on aura pris du temps pour s’occuper de soi.
 
 
En politique aussi, le selfie fait rage. Certains partis ne s’expriment plus que pour eux-mêmes. À la seule intention de leurs sympathisants. On évite ainsi la trivialité de l’affrontement, tout juste bonne pour les Gueux. On reste entre soi, dans un monde en soie.
 
 
Rien n’existe plus que les délices virevoltantes du miroir. On s’aime. On se contemple. On se congratule. On danse, sur l’orchestre, dans un palais des glaces. Figé, dans l’éternité béate. En attendant l’iceberg.
 
 


Pascal Décaillet



 

14:00 Publié dans Coups de Griffe Lausanne Cités | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

L'insupportable arrogance des décrispés

 
Sur le vif - Mercredi 09.04.14 - 10.28h
 
 
Détestable,  ce terme de "crispation identitaire", inventé par les élites déracinées pour stigmatiser comme pathologiques ceux qui ne pensent pas comme eux.
 

En quoi la défense des intérêts supérieurs d'une communauté, nationale par exemple, relèverait-elle d'une "crispation" ?


De quel droit celui qui use d'un tel mot vient-il établir la supériorité de jugement du "non crispé", donc détendu, moderne, mondialiste, supranational, anti-frontières, sur le pauvre malade crispé, qui n'aurait rien compris aux délices affranchissantes de la modernité ?


Oui, je déteste cette terminologie, tout ce qu'elle révèle de snobisme et d'arrogance. De mépris, aussi, pour les nations et les communautés humaines, qui ont mis des siècles à se construire, et d'ailleurs continuent d'évoluer, ont chacune un sens précis, une Histoire, une part commune de mémoire, une émotion partagée. Cela, les internationalistes déconnectés sont incapables de le percevoir. Mais tellement heureux de leur décrispation.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

10:28 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

08/04/2014

Graecia capta, Alain-Dominique...

 

Sur le vif - Mardi 08.04.14 - 09.48h

 

Aimons le PLR quand ses communiqués semblent avoir été écrits par l'âme et le sang de ces Gueux qu'il méprisait tant, jusqu'à une époque récente. Il y a, dans cette captation du style, comme les inavouées délices d'un vers d'Horace, "Graecia capta...", je n'ai pas dit une capitulation, mais une mise au diapason. Une infiltration du rejeté jusque dans le discours du repoussant: "... ferum victorem cepit".



La grande victoire du MCG, c''est lorsqu'il n'a plus besoin lui-même de mener les combats auxquels il croit. Parce que les autres s'en chargent.



Pensons à la jouissance du chrétien, le jour où Constantin, faiseur de ponts, empereur, s'en vient à embrasser une religion que ses prédécesseurs s'étaient acharnés à persécuter.



Quant à l'arrogant président du Conseil d'Etat, il a du souci à se faire. Dans ses rapports avec sa députation. Peut-être même, plus généralement, avec son parti. A trop avoir régné par le mépris, on finira par en payer le prix.

 

 

Pascal Décaillet

 

09:48 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

04/04/2014

On revote, on déjeune, et on en reparle

 

Sur le vif - Vendredi 04.04.14 - 18.38h



Pascal Couchepin: «Personne n’est tenu à la sottise. Il faut redemander l’avis du peuple».



Ces mots, infiniment respectueux du peuple souverain qui s'est prononcé le 9 février, ont été prononcés tout à l'heure, lors du colloque dont j'ai dénoncé il y a quelques jours le casting totalement uniforme.



Ils y étaient tous, les Couchepin et les Longchamp, pour dire à quel point le peuple avait mal voté. D'accord entre eux. La conjuration des perdants, d'une même voix. Ceux qui, détenteurs de la Lumière, sont pour jamais à l'abri de la "sottise" du peuple. On se croirait presque au royaume de Sarastro, dans la Flûte enchantée.



Le peuple a mal voté. Mais aussi deux sympathisants sur cinq de leur propre parti, le PLR, comme nous le révélait hier l'analyse VOX. Ce détail, juste un peu ennuyeux, l'ont-ils abordé ?



En résumé, le peuple suisse a mal voté, deux PLR sur cinq ont mal voté, il va falloir revoter. On ré-organise un colloque d'ici quelques mois. On déjeune. Et on en reparle.

 

 

Pascal Décaillet

18:38 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (21) | |  Imprimer |  Facebook | |

UDC : la Discorde chez l'ennemi

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Vendredi 04.04.14


 
Le PLR et le PDC, les deux partis de la Suisse historique, qui ont fait la politique au vingtième siècle, et la font nettement moins aujourd’hui, feraient bien de s’interroger sur deux chiffres incroyables sortis hier de l’analyse VOX, qui s’est penchée sur les motivations des citoyens dans le scrutin du 9 février sur l’immigration de masse. Deux sympathisants sur cinq (40%) du PLR ont voté oui à l’initiative de l’UDC. Mais aussi, plus d’un tiers de l’électorat PDC (34%) a également accepté le texte. Ces chiffres sont énormes. Ils amènent évidemment des commentaires.


 
En plus de la défiance des citoyens face au Conseil fédéral, voici une sacrée distance, au-delà de ce qu’on pouvait imaginer, des électorats PDC et surtout PLR face à leurs propres appareils politiques. Au moins, pour l’UDC (95% de oui), le PS (16%), les Verts (10%), les choses sont claires : ces partis-là ont voté conformément à leurs positions historiques, leurs appareils. Mais pour les deux partis du « centre droit », il y a véritablement contestation interne des mots d’ordre des dirigeants.
 


Pire : que deux PLR sur cinq aient voté oui, pourquoi pas, après tout. Mais alors, pourquoi zéro PLR – je dis bien zéro – n’a-t-il eu, pendant la campagne, l’élémentaire courage d’afficher sa position ? Zéro, c’est très peu ! Le PLR est un parti ouvert, l’intrus ne risquait pas l’exclusion. Donc, c’est autre chose qui a joué, une forme sournoise et malsaine d’autocensure : « Au fond de moi, je dis oui à l’UDC, parce que sur ce coup elle a raison, mais je ne vais quand même pas risquer de me dévoiler, me jeter dans la marge de mes propres réseaux ».
 


Cette culpabilisation de deux cinquièmes du PLR et d’un bon tiers du PDC est la grande victoire de l’UDC. Non seulement, au final, elle a gagné la bataille. Mais elle aura réalisé le rêve de tout stratège : jeter l’ombre du doute dans la partie adverse. Eriger un mur de méfiance, au sein de l’ennemi, entre la base et le sommet. Le condamner à des non-dits, la noirceur d’une mauvaise conscience, la suspicion interne. Bref, l’UDC a réussi à semer ce que résume en cinq mots un génial ouvrage de jeunesse du capitaine Charles de Gaulle : « La Discorde chez l’ennemi ».


 
Pascal Décaillet

 

09:42 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |