26/05/2014

FN : la captation d'héritage

 

Sur le vif - Lundi 26.05.14 - 10.17h

 

Le Front national arrivé hier soir loin devant la « droite classique », nous sommes là, en politique intérieure française, face à une première depuis la Libération. Pour la première fois, cette mouvance dépasse le conglomérat de ce que furent le gaullisme, le libéralisme, une partie de la démocratie chrétienne des immédiates années d’après-guerre (le MRP), laquelle se disperse aujourd’hui entre UMP et formation centriste autonome. Mais tout cela, tout ce bloc, toute cette congrégation, fédérés pour de pures raisons électorales sous un seul sigle (UMP), oui tout cela réuni, est aujourd’hui dépassé de 5% par le Front national. C’est ce phénomène, ici, qui m’intéresse, à l’intérieur de la seule France. Pour les 27 autres pays, voyez vos journaux préférés.

 

Il n’est, pour l’heure, de politiques que nationales. La dimension européenne n’existe qu’à l’horizon de la technocratie, mais pas à celle de la légitimité tellurique, ni à celle de la reconnaissance et de l’incarnation. On nous dit que M. Juncker sera peut-être président de la Commission. Savez-vous seulement qui est M. Juncker ? Vous remettez-vous son visage ? Avec-vous en mémoire le son de sa voix ? A-t-il provoqué chez vous la moindre émotion dans l’ordre de la politique ?

 

Né au printemps 1958, donc exactement au moment du retour du général de Gaulle, passionné de politique française dès mes plus jeunes années, j’ai grandi dans l’idée que tout se construisait autour du gaullisme, qu’on l’appelât UNR, UDR ou, plus tard, RPR. Parfois, avec Giscard, les Républicains indépendants (plus libéraux) marquaient des points, parfois l’ombrageux souverainisme reprenait le dessus, mais enfin à droite, la partie se jouait entre ces deux camps. L’extrême droite n’existait quasiment pas, on savait bien qu’il y avait, dans l’ombre, des nostalgique de Vichy et de l’OAS qui s’activaient, mais la Cinquième République, avec son système majoritaire et surtout la prestance de son fondateur, reléguait ce petit monde dans les coulisses du théâtre politique. C’est au début des années 80 seulement, fédérés sous la bannière du Front national, que ces milieux entameront, longuement mais inexorablement, l’ascension qui les a conduits à la journée d’hier.

 

Aujourd’hui, pour la première fois depuis la Libération, cette droite-là dépasse la coagulation de toutes les autres droites, issues des réseaux de la Résistance gaulliste, ou de la Résistance chrétienne (MRP), ou d’un courant libéral qui n’a jamais, à part sous Guizot et le Second Empire, été très puissant en France, auxquels s’accrochent des « divers droites » plus ou moins classables. Pour la première fois, la droite qu’on qualifie d’extrême dépasse l’addition des droites classiques. C’est cela, dans l’Histoire politique française, qu’il faut retenir de la journée d’hier.

 

Encore faut-il quelques explications. Les 25% d’hier ne sont pas tous issus de la Contre-Révolution, de la lecture de Joseph de Maistre, du courant anti-dreyfusard des années 1894-1906, de l’Action française, des Camelots du Roi, de Vichy ni de l’OAS. Sans doute même le fond dogmatique, allant dans l’une ou plusieurs de ces références, est-il fort minoritaire à l’intérieur du FN d’aujourd’hui. Et c’est là la grande victoire – par rapport à son père - de Marine Le Pen. Le Front national, aujourd’hui, c’est le grand parti protestataire, drainant toutes les couches de la population, à commencer par les plus défavorisées, prétendant avoir avec lui « le peuple français », « le peuple profond ». C’est, aussi, le parti ayant fait clairement le choix du souverainisme national contre la machine européenne.

 

Avoir avec soi « le peuple », contre les corps intermédiaires. Défendre la souveraineté de la nation. Ça ne vous rappelle rien ? Moi, si. Cela me rappelle le général de Gaulle. Autrement dit, le pire ennemi de cette mouvance historique. Le pire ennemi de Vichy. Le pire ennemi de l’OAS. Celui que cette dernière, au Petit-Clamart, a tenté d’abattre. L’homme qui a rétabli la République en 1944, sauvé le pays de ses ferments de dispersion, créé la Cinquième République, donné à la France sa plus belle décennie. Toute l’Histoire de Marine Le Pen, contrairement à son père, personnellement impliqué dans la férocité et l'extrême violence de l'antigaullisme, c’est d’avoir réussi une captation d’héritage sur certains des thèmes fondamentaux du gaullisme historique : souveraineté, appel au peuple, méfiance par rapport au supranational. Oui, cela s'appelle une captation d'héritage. Sur le legs d'un père qui n'est pas le sien, et que son père physique a combattu avec l'ultime énergie. Nous ne sommes pas loin de Shakespeare.

 

Et le plus fou, c’est que ça a marché. Parce que les héritiers organiques du Général, qui ne sont en fait héritiers de rien du tout tellement ils n’ont rien à voir avec lui, les orléanistes Sarkozy et Copé, ont laissé filer ces fondamentaux dans les mains de gens trop heureux de s’en emparer. De Gaulle n’était pas un homme d’argent. Il était un moine entré dans l’Histoire, vivant dans la seule ascèse de la France et de la République. Le dévoiement de ceux qui, aujourd’hui, osent se réclamer de lui, leur intrication dans les puissances financières, la permanence et la récurrence des « affaires », tout cela, au fil des ans, a organisé l’émigration massive d’une bonne partie de l’électorat vers le Front national. Ce dernier, historiquement, se renforce lorsque la gauche ou la droite de l’argent sont au pouvoir. Avec l’austère majesté, l’assise populaire, la mission historique d’un Charles de Gaulle, ces gens-là étaient laminés. Et rongeaient leur frein dans le caniveau. Oui, la faiblesse morale de la droite classique est un facteur majeur de la montée de « cette droite-là ».

 

Je n’ai parlé, ici, que d’un pays sur vingt-huit. Et, dans ce pays, que de la famille de droite. Disons que j’ai parlé de ce que je connais, ce qui nourrit mes lectures depuis quatre décennies. Pour les vingt-sept autres pays, merci de vous reporter à vos journaux préférés.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

"La politique de la France ne se fait pas à la corbeille ..." qu'elle est loin cette époque, cette capacité à voir , dire et défendre ce qui est l'essentiel !
Merci de votre analyse pertinente et détaillée. Au-delà de la crise de la droite que vous évoquez, il convient de remettre en perspective l'instrumentalisation de ce FN par le florentin F. Mitterand pour diviser la droite et asseoir sa prise de pouvoir. C'est le boomerang qui revient en force en pleine face de son pâle héritier, un F. Hollande laminé et devenu totalement insignifiant comme la gauche aussi "proche" de la corbeille que la droite d'ailleurs. A la captation d'héritage des uns on ajoutera une liquidation de l'héritage des autres.

Écrit par : uranus2011 | 26/05/2014

Pour une raison qui m'échappe, je ne peux plus commenter sur votre blog.
Probalement qu'en bon républicain, le rappel trop fréquent des considérations ethniques vous hérissent. Evidemment, c'est votre blog, vous décidez comme vous voulez, rien à y redire.

Cependant, même sans me répondre directement, je serais très intéressé que vous nous commentiez cette infographie:

http://www.fdesouche.com/463979-vote-fn-et-grand-remplacement-la-carte

Histoire de se demander si le "tellurique" n'est finalement pas plus profond que le "politique" ?

Bonne journée.

Écrit par : Paul Bär | 26/05/2014

M. Décaillet,

Je comprends que vous vous contentiez de ne parler que de la France que vous connaissez le mieux, mais je suis persuadé que votre prose aurait été meilleure que celle de "nos journaux préférés" aussi concernant les autres pays de l'UE.

Et notamment les 28% de UKIP en Grande-Bretagne.

Mais, il y a un élément que vous ne citez pas concernant la France.

L'immigration.

Le FN est le seul parti en France disposé à réduire l'immigration non-européenne en particulier.

Beaucoup ne veulent plus du Remplacement de Population et de Religion...

Écrit par : La censure gouverne la Suisse | 26/05/2014

Paradoxalement, c'est parce que la France de Jeanne d'Arc, la vieille France, a été pressurisée culturellement par la France républicaine qu'elle rejaillit aujourd'hui. Joseph de Maistre est ici un peu un symbole théorique, Pascal, car j'ai connu des nationalistes purs qui en fait ne l'aimaient pas, parce qu'il était providentialiste. Pour les purs nostalgiques de la vieille France, le vrai penseur, c'est Louis de Bonald, car il s'agit ici de la croyance que la nation figée dans ses traditions et uniforme culturellement est sacrée. Or, ce n'était pas la position de Joseph de Maistre, qui avait une pensée plus dynamique. Pour les nationalistes, les choses sont simples: il y les bons et les méchants. Le mal ne sert en lui-même à rien, il est à éliminer. Si le nom de Joseph de Maistre est resté, c'est justement parce qu'il avait une philosophie plus originale, plus romantique, qui a fait parler au-delà de son camp propre.

Vous dites que l'Union européenne est un édifice intellectuel abstrait et sans âme, et justement c'est ce que Joseph de Maistre disait de la République naissante; quand De Gaulle est parvenu à lui donner un semblant d'âme, c'est en retournant en grande partie aux vieux symboles: car lui aussi pouvait être maistrien. Comme François Alfonsi (représentant Régions et Peuples solidaires) en Corse, il était un nationaliste modéré. Mais ce que Victor Hugo a essayé de créer comme mythologie républicaine n'a jamais été prolongé, exploité. Les intellectuels nationalistes que j'ai connus (notamment le poète Robert Marteau) disaient que sa mythologie était en carton, était fausse, et que seule la Tradition consacrait une âme collective, les symboles patriotiques; c'est l'opposition entre l'institution traditionnelle pleine d'âme et la République française ou l'Union européenne qui n'en a pas. Dans le même temps, les partis dominants n'ont pas osé assumer la mythologie de Victor Hugo, ils avaient honte, eux aussi au fond pensaient que l'âme ne se trouve que dans la nation traditionnelle, simplement ils disaient que l'âme ne comptait pas, que l'intelligence théorique comptait plus! Ils avaient tort, mais il n'est pas vrai, Pascal, qu'il ne puisse pas y avoir une âme dans une institution encore à naître, ou à construire: Hugo était fiable. Teilhard de Chardin, que n'aimait pas non plus mon ami poète nationaliste Robert Marteau, lui aussi se projetait vers une âme plus large que les peuples anciens. Il s'agit surtout de lui donner un visage. Quelqu'un comme Denis de Rougemont s'y est efforcé. Le fédéralisme européen est possible.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/05/2014

À quoi servent les belles paroles? Ce qui compte, c'est le résultat. Et ce qu'arrive en ce moment ce n'est pas une victoire du FN mais un échec totale de ceux qui continuent à croire que la gauche va nous sortir de la précarité et de la pauvreté, car OUI, en Suisse et surtout en Suisse Romande il y a des gens qui souffrent de la précarité et de la pauvreté. Des Suisses qu'ont tout perdu et se retrouvent à l'assistance et condamnés à vivre le reste de leur vie dans la pauvreté. Alors que l'on donne si facilement du travail aux autres sous excuse d'EUROPE et la libre circulation des personnes. Le peuple en a marre et le fait savoir. Peu importe comment vous allez l'écrire et peu importe les arguments historiques ou géographiques que l'on va nous lancer à la figure. Impuissants, incapables et vaincus par la voix du peuple qui depuis longtemps vous montre son mécontentement. Messages adressés tant a la gauche comme à la droite. Mais sourds et aveugles, n'écoutaient que leur propre ego et leurs propres intérêts, sur d'eux-mêmes, n'ont pas vu venir ce qu'est arrivé. Je suis heureux, peu importe les tendances des partis politiques, gauche, droite, le message est passé. Je crois que la gauche ne pourra plus revenir car les promesses, personne n'en croit. Il suffit de regarder autour de chez nous. Le temps est révolu, la gauche ne peut plus rien faire que continuer à montrer leur SLOGAN, crier « Stop à la xénophobie », « non au diable de l’extrême droite, regardez ce qui s’est passé pendant la 2ème guerre mondiale », « non au racisme » etc. Toujours la même chose, vouloir nous culpabiliser, alors que la seule chose que nous voulons, c’est de prendre notre destin en mains, du travail avec u salaire décent pour pouvoir nous nourrir convenablement nous et notre famille, de nous en sortir des dettes accumulés suite au chômage et aux emplois précaires. Nous ne voulons pas être assistés et rester dans la pauvreté alors que nous regardons comme nos emplois sont distribués à des personnes qui n’ont rien à voir avec notre région. La gauche sortira ses violons pour nous faire pleurer et de faire nous faire croire qu’ils nous défendent de la pauvreté, la marginalisation, le chômage, les abus de pouvoir et je ne sais pas quoi encore, alors que ce sont eux qui fabriquent le chômage et la précarité avec sa politique pro Européenne et la libre circulation des TRAVAILLEURS a un sens. Ils font leur fonds de commerce de ce qu'il crée, les injustices. Ils vont insulter une partie de la population en nous traitant de racistes. Comparer une partie du peuple Suisse aux NAZIS, c'est une insulte. La gauche Suisse, ne comprends pas qu’en Suisse nous sommes différents, que nous ne sommes pas des moutons qui doivent suivre aveuglement son idéologie. Nous ne sommes pas entrés dans la communauté Européenne car nous défendons notre démocratie et souveraineté et on ne s’est pas trompés, regardons l’état dans lequel se retrouve cette Europe. Et aujourd’hui avec tout ce qui se passe partout en Europe on va nous faire croire que nous serons épargnés en suivant la politique de Bruxelles ?
Les conséquences sont là. Mais le pire, ces classes politiques, ne se sont pas trompés, la gauche bornée à nous faire passer coute que coute leur idéologie même contre la volonté du peuple souverain. Le PSS, est à côté de la plaque, les socialos Suisses, principalement les romands, inspirés de la France ont tort de continuer sur ce chemin. Socialistes, il va falloir reprendre le bon chemin qui consiste à défendre les injustices d'abord chez nous et arrêtez de faire de la politique. Ou alors, joignez la France.
Je pense que la Suisse et surtout le peuple genevois, malgré la fausse propagande de la gauche, n’est pas dupe et à présent il est conscient du vrai danger qu’existe si nous allons vers la gauche.
Ne nous laissons pas faire !
Refusez le Grand Genève que la France veut. Tout ce que veulent c’est de continuer à vivre accrochés à notre économie, comme ils l’ont fait depuis longtemps. Nos voisins doivent et leurs élus doivent se bouger et créer du travail chez eux ou alors crier sur Paris. Mais ils doivent arrêter de vivre notre économie comme si c’était un dû historique. Arrêtons tous ces politiciens pro Français qui veulent encore sortir nos économies pour fleurir les jardins des frontaliers et leurs communes.
Pour la Grande Genève, mon rêve sera de coopérer de plus en plus avec le canton de Vaud. Il y a tant des choses que nous pouvons faire encore chez nous. Pour le bien de nos concitoyens et étrangers établis chez nous car contrairement aux frontaliers, eux ils participent dans notre société tant économique que culturellement. Je vais passer par un Xénophobe ? Je ne pense pas. Je ne veux que notre nos emplois et richesse soit mieux partagé.

Écrit par : manco | 26/05/2014

Le socle européen, sur lequel naissent les néo-fascismes et les frustrations des peuples actuels, manque de gens dévoués corps et âmes à l'idée européenne. Construite autour de sa monnaie, l'Euro, l'Europe actuelle fonde des politiques utilitaristes plutôt que sociales et culturelles. Règlement sur règlement, restriction sur restriction, directive sur directive... Où se trouve le souffle hugolien dont parle Rémi, une télévision européenne qui offre des émissions et des oeuvres culturelles au lieu de séries stupides, des jeux qui rendent idiots et avides d'argent, et une téléréalité affligeante qui parle de fausse séduction et d'actes amoureux à côté de la plaque? C'est celà le peuple européen? Un ensemble de personnes intéressées par le gain, le people, le sexe pur, et la bêtise? Je n'y crois pas. Il y a sans doute une belle jeunesse à captiver avec autre chose, les arts, les cultures, des envies de rencontres et des projets pour l'Europe.

Alors, peut-être, l'Europe pourra enfin se reconnaître comme le grand projet humain et démocratique du XXIème siècle. En attendant, le populisme fait feu de tout bois...

Écrit par : pachakmac | 26/05/2014

Ce débat vole très haut dans les zones de la poésie, de la mystique et de la politique comme aurait dit Péguy. L'analyse de M. Décaillet est très érudite et j'ai eu grand plaisir à lire les pensées du fin poète savoisien Rémi Mogenet.

Malgré tout c'est Manco, lui qui jaspine moins bien que ces deux, qui est plus dans le vrai, parce qu'il est au ras des pâquerettes. Inutile de chercher des filiations intellectuelles, idéologiques, etc. Dans 25% des votants d'un grands pays comme la France, il y a plus de Manco que de Décaillet et de Mogenet. N'allons pas chercher la quintessence philosophique. Même si le fédéralisme européen est peut-être possible dans l'idéal, selon la vision hugolienne, le fait est qu'il a échoué. Le projet pourra renaître dans plusieurs générations. Dans cette génération il est cliniquement mort. Ca c'est le constat.

Maintenant les deux Frances. M. Décaillet vous oubliez trop vite qu'elles ne sont pas étanches entre elles. On ne peut pas mettre d'un côté l'ancienne France: monarchique, catholique, bonaldienne, maistrienne, maurassienne, pétainiste, et de l'autre la France des Lumières, républicaine, laïque, progressiste, dreyfusarde, péguysto-gaulliste. Ou alors, où classer de Gaulle? et où Mitterand? Tous ces grands politiques ont couché avec l'une et l'autre France. Les deux France sont mêlées.

De Gaulle était d'une famille légitimiste, il était issu de l'école d'Action Française. Il avait publié dans le journal de Maurras. Aujourd'hui on le sait, il était raciste et antisémite, certains diraient essentialiste: "Nous sommes ESSENTIELLEMENT, disait-il, un peuple de race blanche de civilisation gréco romaine et de religion catholique". A Londres il se lamentait d'être rejoint surtout par des juifs. A chaque fois il disait: "encore un juif!" d'un air dépité.

D'autre part, vous n'ignorez pas que Pétain était sous la IIIe république, le seul "maréchal républicain". Tous les autres comme Franchet d'Esperey et Lyautey étaient monarchistes et avaient trempé dans une tentative de coup d'état contre la gueuse vers le 6 février 1934, alors que Pétain, lui aussi pressenti, avait refusé tout net. C'est pourquoi Léon Blum le portait en si haute estime et plus tard il dira qu'il ne comprendrait jamais ce qui avait pu se passer dans la tête de Pétain, tant il avait cru, candidement, à l'attachement sincère de ce dernier à la république.

Parlons de Vichy. C'est bien connu désormais que le personnel de Vichy, à de rares exceptions près, venait de la gauche, pas de la France de Bonald, de Maistre ni de Maurras. Un Déat était une sorte de Mélanchon. Lisez Simon Epstein. Et ce sont des rad-soc comme Laval et Bousquet (franc maçon de surcroît, ce qui explique qu'il ait été si longtemps "protégé" après guerre) qui ont pris la responsabilité des déportations. On était loin du légitimisme lyrique façon Châteaubriand.

Prenons Mitterrand. Il était issu d'un milieu nationaliste d'extrême droite. Dans sa jeunesse il fréquentait les croix de feu et les "cagoulards" qui étaient des comploteurs antirépublicains fascisants n'hésitant pas devant l'usage de la violence, recevant des fonds de Mussolini et transférant des armes à Franco en toute illégalité. Mitterrand a été décoré de la francisque, ce qui prouve qu'il avait été jugé d'une parfaite fiabilité par les durs de Vichy. Petit à petit il a joué double jeu, rejoignant la résistance, ce qui n'a rien d'étonnant car la résistance était un nid de maurrassiens comme lui. Il a travaillé un temps comme rédacteur en chef du journal Notre Beauté, publication du groupe L'Oréal fondée par le cagoulard Eugène Schueller, père de Mme Bettencourt. Les cadres de l'Oréal ont été jusqu'à très récemment recrutés dans ces réseaux cagoulards, parmi eux de très proches amis de Mitterrand comme François Dalle. Pendant toute sa carrière après la guerre Mitterrand a tout à la fois frayé avec la gauche mais aussi sauvé la mise à de nombreux vichystes, qui lui ont renvoyé l'ascenseur. Car ce réseau est resté influent. Et pourtant Mitterrand est devenu président grâce à l'appui du Grand Orient de la loge Bnaï Brith et tutti quanti. Tout le monde, y compris Elie Wiesel, savait qui était Mitterrand. Mais... je te tiens, tu me tiens par la barbichette...

Tout cela pour dire que vous êtes injuste de reprocher à Marine Le Pen une quelconque captation d'héritage. Quel héritage? De Gaulle a capté l'héritage républicain, lui qui était monarchiste et sincèrement. Pétain a capté l'héritage monarchique, lui le maréchal républicain. Mitterand a capté l'héritage de la gauche, lui l'ancien haut fonctionnaire de Pétain, ami des cagoulards, lui qui avait été coaché par Jean Jardin dit le "nain jaune". En même temps s'il est parveu au pouvoir c'est précisément parce qu'il n'était pas de gauche car la gauche sera toujours minoritaire en France. Mitterrand a pu l'emporter parce qu'il a su rassembler derrière lui les espérances de la gauche, mais cela n'aurait pas suffi s'il n'avait pas été soutenu aussi par des gens de droite, parfois même d'extrême droite, antigaullistes, qui voulaient se débarrasser du pouvoir gaulliste.

Vous semblez voir dans "l'héritage" gaullien quelque chose de pur. Or ce n'est pas le cas. C'était mêlé, et souvent trouble. De Gaulle a été, comme Mitterrand, un expert ès captation d'héritage et brouillage des cartes. Il aurait très bien pu suivre le maréchal, son protecteur pendant toute sa carrière, mais on ne lui a pas fait de propositions intéressantes à Vichy.

Cela me fait beaucoup penser à Victor Hugo (dont nous parle Rémi Mogenet) qui avait espéré devenir le Malraux (si l'on ose l'anachronisme) du prince président Louis-Napoléon Bonaparte. Dans ce cas Hugo serait devenu le barde de Napoléon III et non le pourfendeur de Napoléon le petit. Napoléon III a commis une lourde erreur en snobant Victor Hugo.

De même de Gaulle ne recevant pas de Pétain d'offre digne de ses ambitions, a accepté de servir de plastron au général Spears de l'Intelligence Service qui cherchait désespérément un général pour parler à la radio de Londres et incarner la contestation de Vichy. Spears d'ailleurs ne s'est résigné à embaucher ce petit de Gaulle qu'à contrecoeur car il était très déçu de ne pas en trouver un plus galonné. De Gaulle après tout n'était qu'un colonel, à qui on avait donné deux étoiles à titre provisoire par un décret révoqué par le président Lebrun, pas par Pétain.

Ensuite quand de Gaulle est arrivé au pouvoir c'était grâce aux Américains à qui il avait promis de brader l'Algérie et le pétrole du Sahara. De Gaulle n'était pas le preux chevalier que vous idéalisez.

Bref, il n'y a pas d'héritiers légitimes d'aucun de ces héritages politiques. Ces héritages sont à tout le monde. A celles et ceux qui savent les reprendre à leur compte. Marine Le Pen a su reprendre de de Gaulle l'héritage du souverainisme et de l'opposition à l'Europe supranationale. Mais il n'existait aucun testament qui l'aurait exclue de cet héritage. Effectivement les successeurs du gaullisme, ceux qui ont été à la tête du parti gaulliste, ont trahi le testament politique de de Gaulle. Cet héritage était donc en déshérence. Marine Le Pen l'a relevé, non par fraude ni par calcul mais sincèrement car elle est patriote et n'accepte pas cette prostitution des élites française à l'Europe mondialiste des financiers. N'aurait-elle pas eu le droit de le faire sous prétexte que son père avait eu autour de lui quelques anciens de la Milice. Mais il y avait aussi beaucoup de résistants parmi les premiers compagnons de Le Pen père.

La démarche de Marine Le Pen est donc légitime et certes elle ne serait pas montée si haut si les dirigeants de l'UMP n'avait pas trahi la France en se vautrant dans la collaboration avec le pouvoir étranger sis à Bruxelles.

La position souverainiste de Marine Le Pen ne serait pas porteuse si l'Union Européenne était un succès. C'est comme pour de Gaulle et Pétain. De Gaulle s'est mis au service des Anglais et il a parié sur leur victoire. Au début il paraissait à côté de la plaque tant la défaite de la France était écrasante. Mais le combat changea d'âme, l'espoir changea de camp, quand Hitler fut battu à Stalingrad. La victoire alliée fît s'écrouler le pouvoir de Pétain qui avait toujours été soutenu par le peuple français, les images de ses derniers discours à Paris le prouvent. De même Marine Le Pen a misé sur l'échec de l'Euro et de l'Union Européenne. Pour le moment cela paraît une gageure, comme celle de de Gaulle en 40. Mais on verra à qui l'histoire donnera raison. A mon avis le projet de cette Europe de Bruxelles est blessé à mort. Il ne peut plus se sauver. C'est pourquoi je donne un grand avenir à Marine Le Pen.

En conclusion je dirais ceci. La différence entre Marine Le Pen et son père c'est qu'elle n'est ni littéraire ni cultivée. Elle ne comprendrait même pas votre raisonnememnt sur la captation d'héritage. Son père, lui, vous comprendrait, car lui il connaît toutes ces écoles de pensée.

Mais Marine Le Pen est beaucoup plus maline que son père. Elle a un grand sens politique. Et sa force c'est de sentir la politique et d'agir au ras des pâquerettes, au niveau auquel Manco voit les choses. Elle a su comprendre les précoccupations des prolos français ce qui explique que sa liste dans le Nord a fait plus de 33 % hier !

En définitive c'est cela qu'il faut retenir: peu importe les écoles de pensée auxquelles appartiennent les un(e) et les autres. Ce qui compte c'est le diagnostic porté sur les problèmes politiques et les solutions préconisées. Le diagnostic de l'UMP et du PS est faux. Leurs sorlutions ont historiquement échoué. Le diagnostic de Marine Le Pen est déjà à moitié vérifié par l'histoire. Ses solutions n'ont pas encore été expérimentées. Mais elles le seront bientôt car les Français n'auront pas d'autre choix que de lui laisser sa chance. Tout comme ils n'ont pas eu d'autre choix que de se rallier à Pétain en 1940 et à de Gaulle en 1945 puis en 1958, parce que les autres étaient éliminés par leurs propres échecs et les désastres qu'ils avaient eux mêmes causés.

Écrit par : raymond tournoux | 26/05/2014

Ah !
Merci ;-)

P.S. "hérisse" pas "hérissent", quel horreur !

Écrit par : Paul Bär | 26/05/2014

"quelle horreur" évidemment, mon dieu, je m'enfonce !

Écrit par : Paul Bär | 26/05/2014

@ manco,

Votre commentaire m'a touché car j'ai connu un suisse longtemps au chômage qui a retrouvé après des années un travail en concurrence avec toute l'Europe. Il touche aujourd'hui quatre fois moins qu'il y a 6 ans. Il m'expliquait que pendant sa longue période de chômage il se réveillait un matin sur deux en rêvant de suicide. Ca c'est la réalité de la paupérisation et du chômage qu'on cultive en important une sur-offre de travailleurs.

Rappelez-vous les années 50s à 90s avec un chômage inférieur à 1% alors qu'aujourd'hui on nous parle de 5% à Genève sans compter les déluges de ceux qui perdent les allocations après 18 mois, mais restent sans emploi. Manipulation de statistiques...

Et le comble effectivement est que la gauche est l'alliée objective des milieux d'affaires en poussant à faire rentrer des montagnes de travailleurs étrangers et autres faux réfugiés.

La priorité doit être de prendre soin de son peuple comme un parent se doit de prendre soin des ses propres enfants. Ne pas le faire c'est de la maltraitance.

Et en Europe, c'est encore pire.

Européennes - PS : Nouvelle claque - Ça Se Dispute
https://www.youtube.com/watch?v=4WiqUuBdPGw

Écrit par : La censure gouverne la Suisse | 26/05/2014

Pachakmac, le malheur de l'Europe est d'avoir oublié que le souffle hugolien venait selon Hugo lui-même de la Bouche d'Ombre, de l'Inconnu, de l'Esprit de l'univers, c'est d'avoir prétendu incarner une justice bourgeoise, intellectuellement concevable, mais qui ne venait plus du Mystère, qui s'appuyait sur la raison: Pascal Décaillet le dit, à sa manière. En ce sens il a raison. Mais il n'est pas vrai que le sentiment profond se trouve seulement dans les traditions nationales. Hugo disait que le souffle de l'Esprit venait aussi du Futur, du Soleil humain, que les anges en quelque sorte descendaient de l'Avenir. C'est cette mythologie que les bourgeois agnostiques de l'Europe ont regardée avec mépris, laissant en fait les symboles traditionnels demeurer dans les consciences, et inventant que l'humanité allait naturellement devenir des cerveaux montés sur des complexes mécaniques, qui n'auraient plus besoin de mythologie. Ils ont crié et crient encore quand l'humanité montre qu'elle n'entend pas s'en passer, au lieu de prolonger celle de Hugo, pour qu'elle en trouve une qui la lance vers l'avenir, vers l'esprit de l'humanité entière.

Écrit par : Rémi Mogenet | 26/05/2014

@Monsieur Mogenet

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Sans doute défend-on d’abord une patrie, mais le mot lui-même comporte plusieurs sens ; lequel choisir ? La patrie, c’est d’abord simplement un coin de terre : c’est ma maison, mon champ, mon village, ma famille, les miens, c’est ce que le regard embrasse quand il fait le tour de l’horizon, un certain climat, certaines habitudes que j’ai en commun avec mes voisins, certaines cultures : voilà bien une patrie et qui peut être menacée : alors je la défends contre l’invasion qui ruinerait la terre, incendierait les maisons, coûterait peut-être la vie à ma femme et à mes enfants ; le sens est clair.
Et il y a une autre patrie, dont le sens n’est pas moins clair : la patrie historique, la patrie qui résulte d’une langue commune, d’événements vécus en commun à travers les siècles, de tout un ensemble de traditions qu’ont eu en commun les petites patries locales qui sont devenues ainsi une nation. Il faut pousser encore plus loin et, par-delà les croyances particulières et les lois particulières, descendre jusqu’à un principe plus universel encore : un certain sens du sacré, qui est ce que l’Occident a connu de plus précieux.

Charles-Ferdinand Ramuz
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Est-ce-que tout cela peut résister longtemps à un processus, peut-être organisé, de submersion ?


Et sur l'aveuglement suicidaire d'un certain esprit républicain désincarné, Marcel de Corte:

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Les hommes d'aujourd'hui renient leurs familles de chair. Ils se cherchent des frères d'esprit par-dessus les frontières terrestres, et ne se reconnaissent plus dans ceux qui les entourent. Ils se veulent des frères d'idées et mettent leurs espoirs dans des parentés d'abstraction. Ils se sont réfugiés dans les régions de la pensée et de l'utopie par crainte et par dégoût de la réalité. Ils méconnaissent toute espèce de sol et toute espèce d'attache charnelle, comme si leur pensée tirait sa substance d'elle-même et se nourrissait de son propre fond.
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Écrit par : Paul Bär | 26/05/2014

Raymond Tournoux, merci de votre appréciation de mes réflexions. Mais je dirai deux choses. D'abord, que je n'ai pas dit que l'Union européenne suivait le chemin hugolien, vous voyez que je dis au contraire à mon camarade Pachakmac qu'elle ne l'a pas suivi et ne le suit pas, qu'elle en reste à du rationalisme agnostique et que c'est son malheur. Je voulais juste dire que ce n'était pas forcément définitif, qu'il n'était pas vrai, comme le prétendent les intellectuels nationalistes que j'ai connus, qu'on ne pouvait ressentir comme vivante que la nation traditionnelle, et que, comme vous le dites, à l'avenir, il se pourra qu'une union européenne différente soit ressentie comme une nouvelle patrie par les Européens, si du moins ses fondateurs et animateurs osent ouvertement suivre une voie "hugolienne".

Ensuite je trouve que vous prenez trop de cas particuliers qui montrent effectivement la porosité des catégories, ou des courants culturels. Il est évident que De Gaulle et Mitterrand sont apparus comme des présidents importants parce qu'ils ont su rallier au-delà de leurs camps d'origine ou de leurs camps apparents. Néanmoins, l'antagonisme qui existe dans l'éducation entre le privé et le public, en France, un antagonisme presque mécanique opposant deux communautés distinctes en France, on ne peut pas dire que ce soit un mythe. L'éducation est plus importante dans la formation psychologique d'un pays qu'on ne veut bien l'admettre. Or, il faut à cet égard se souvenir d'une chose simple: l'Agrégation est réservée au public, et on ne peut pas enseigner dans une université ordinaire, en principe, si on a été reçu docteur dans une faculté de Théologie. Cela veut dire que le public se réserve les meilleures places, et qu'il contrôle le privé, qu'il le chapeaute.

Ensuite les votes concrets peuvent bien être dégagés de ces problématiques: en réalité, Le Pen fait parler des symboles à l'inconscient, elle renvoie à une couleur culturelle. Elle renvoie aussi à une impression que les gouvernements dits laïques et républicains ne cessent de faire la morale, d'imposer leurs beaux principes éthiques, alors qu'ils se comportent mal eux-mêmes, et la tentation est donc grande de voter pour un parti moralement frappé d'ostracisme, condamné par les intellectuels "républicains" qui pérorent dans les médias nationaux. Mais je voulais surtout répondre à Pascal Decaillet sur l'idée que seule la nation avait une âme, qu'une union européenne ne pourrait pas en avoir une, moi je crois aux âmes venues de l'avenir, et pas seulement à celles venues du passé.

Écrit par : Rémi Mogenet | 27/05/2014

Paul Bär, dans la deuxième partie du noble discours de Ramuz, je vois un léger défaut: pendant les siècles qui ont précédé, je n'étais pas né. Le lien est ici aussi très abstrait. Ma conscience était-elle présente quand mes ancêtres seuls étaient vivants? Je n'en ai pas gardé de souvenir.

La patrie c'est le paysage visible avec aussi ses antécédents historiques, c'est à dire les actions qui ont fait du paysage ce qu'il est: la patrie historique est dans ses églises, ses châteaux, en particulier. Elle est dans le patrimoine culturel qui est lié au lieu dans lequel on vit.

Néanmoins, la patrie de l'âme ne suit pas forcément le fil des ancêtres. Il y a un moment où cela se dissout. Et il est vrai que l'on peut se sentir lié à des patrimoines étrrangers, qu'on peut personnellement se sentir proche par exemple d'un écrit bouddhique, ou d'une architecture chinoise, ou des rites amérindiens, un peu comme si on ne suivait pas le fil des ancêtres, mais une autre vie qu'on a eue ou qu'on aimerait avoir eue, qui correspond pleinement à ce qu'on se sent être.

Le fait est que ma patrie littéraire, par exemple, je ne la ressens pas toujours, peut-être pas souvent, comme étant la France, mais je peux me sentir des affinités davantage avec la littérature allemande, par exemple, ou anglaise. Ce que je ressens au fond de moi comme étant réel, n'est pas forcément ce que les autres voient de moi, un corps qui ressemble à celui de mon père, ou de ma mère. Au fond de moi je me sens peut-être asiatique!

Écrit par : Rémi Mogenet | 27/05/2014

Cher Monsieur Mogenet, ça fait plaisir de vous lire. J'ai lu certains de vos livres et articles et je reconnais bien vos thèmes.

D'abord sur la bouche d'ombre et la conception hugolienne. Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous quand vous dites que l'Union Européenne actuelle est très éloignée de Victor Hugo. Ce n'est pas mon impression si je relis, par exemple, le discours de Victor Hugo au Congrès de la paix de Lausanne en 1849. Au contraire j'y vois une préfiguration de la mystique pro européenne actuelle, vue comme un humanisme. Certes l'Union Européenne actuelle est très trop rationnaliste et désincarnée (peut-être parce que "tout commence en mystique et finit en politique" dirait Péguy). Mais on pourrait dire la même chose de la "République" française majusculaire. Ce que vous nous dites de l'interdiction pour les lauréeats en théologie d'enseigner dans l'université française est révélateur.

Il faut tout de même appeler un chat un chat. Tant la vision mystique de Hugo que celle rationaliste du républicanisme franco-européen réel, puise à une commune source maçonnique. Inutile de disserter trop longuement là dessus. La Franc Maçonnerie inclut une multitude de courants. Les uns, comme le courant républicain laïcard, sont avant tout rationnalistes. Mais il y a aussi dans la grande maison éclairée des courants illuministes mystiques ou gnostiques qui se rattachent volontiers au "philosophe inconnu" à Vuillermoz, Jacob Boehme, Paracelse, la Rose Croix, Swedenborg etc., etc. C'est une véritable nébuleuse.

Je ne dis pas que vous soyez maçon, pas plus que Victor Hugo. Mais vous avez une certains connaissance de ces courants occultes, comme l'attestent vos étonnantes "Clés de la Savoie occulte". Hugo n'était pas maçon, je crois. Mais il avait baigné, comme tant d'autres romantiques, de Nodier aux grands auteurs allemands, dans ce milieu initiatique illuministe. De là probablement ses idées sur le souffle de l'Esprit qui vient du Futur, du Soleil humain, et les anges qui descendent de l'Avenir.

Il serait difficile de transposer en une formule politique ces idées là. C'est probablement pourquoi on s'en est tenu au rationalisme plat. Mais les deux visions, la rationaliste et l'illuministe, font partie du même univers. Ce sont comme deux faces de la même médaille: celle des Lumières.

De même pour les "deux Frances". Vous avez raison de le dire: elles sont, elles restent distinctes. Cela a été exprimé assez bien, de façon populaire, par Michel Sardou dans sa chanson: Les deux écoles:


J´ai eu l´instituteur qui, dans les rois de France,
N´a vu que des tyrans aux règnes désastreux
Et celui qui faisait du vieil Anatole France
Un suppôt de Satan parce qu´il était sans dieu.
J´ai fait les deux écoles et j´ai tout oublié,
La nuit des carmagnoles, la fin des Assemblées,
Les dieux de l´Acropole et les saints baptisés.
J´étais des deux écoles et ça n´a rien changé.

Dans le Lot-et-Garonne,
On bouffait du curé.
On priait la Madone,
Le dimanche en Vendée.
Des cailloux de Provence
Aux châteaux d´Aquitaine,
On chantait la Durance,
On pleurait la Lorraine.

Dans le Rhône et l´Essonne,
On chassait les abbés.
On plantait en Argonne
Des croix de Saint-André.
Des sommets du Jura
Aux jardins de Touraine,
On pleurait la Savoie,
On chantait la Lorraine.

Je veux que mes enfants s´instruisent à mon école
S´ils ressemblent à quelqu´un, autant que ce soit moi.
Après ils s´en iront adorer leurs idoles
Et vivre leur destin où bon leur semblera.
Cette sacrée République qui dit oui, qui dit non,
Fille aînée de l´Eglise et de la Convention,
Elle serait bien heureuse que ses maîtres la laissent
Libre de faire l´amour et d´aller à la messe.

En même temps cette chanson montre bien que pour distinctes qu'elles soient les deux écoles, les deux Frances, se mêlent inextricablement en chaque Français. Chacun connait les deux.

C'est bien la raison pour laquelle il ne saurait y avoir captation d'héritage. Car pour chaque Français, chacune des deux Frances fait partie de son héritage. Chaque homme, ou femme d'état français(e) passe de l'une à l'autre, chacun à sa manière. C'est très étonnant d'observer le dosage de républicanisme, laïcisme, catholicisme, nationalisme, jacobinisme, girondisme chez chacun(e) des grand(e) politiques français(e)s comme de Gaulle, Mitterrand, Marine Le Pen. Tous ils ont joué sur ces deux tableaux, en variant les registres selon les circonstances. Quant à Marine Le Pen la souverainiste, à bien des égards elle est plus laïcarde et jacobine, en un sens plus républicaine, que François Bayrou, européiste, démochrétien et franc maçon.

Écrit par : raymond tournoux | 27/05/2014

Bayrou a toujours démenti être franc-maçon, et n'a pas cherché à l'être a-t-il dit, étant trop lié à l'humanisme chrétien. Au contraire beaucoup disent que Hugo était franc-maçon. Mais peu importe. Je crois que la loi sur le "mariage pour tous" a récemment montré l'antagonisme fort qui existe dans le peuple, même si en haut lieu on s'arrange, plus ou moins.

Il y a bien sûr à l'origine dans le projet européen quelque chose qui ressortit à Teilhard de Chardin et à Victor Hugo, mais cela reste évanescent, cela n'a pas trouvé à s'incarner dans des symboles clairs, alors que la vieille France chrétienne avait par exemple Jeanne d'Arc. Quelle figure peut lui être opposée? Jules Ferry? Ce n'est pas la même poésie. Il y a dans la bourgeoisie européenne une sorte de rejet de ce que Henry Corbin appelait le monde imaginal, et que les romantiques comme Hugo regardaient comme représentant le divin: l'Union européenne n'est pas assez romantique, même si son principe est né dans le romantisme, depuis elle s'est asséchée. Souvent le mysticisme qui peut être derrière l'agnosticisme des élites bourgeoises européennes reste très abstrait, il ne parvient pas à s'incarner dans des figures parlantes, comme même Hugo était parvenu à en créer, cela passe assez au-dessus du peuple, qui veut pouvoir cristalliser dans une image claire la vibration céleste. De Gaulle en était conscient, il proposait sa propre image, il fallait dit-il qu'aux yeux des gens la France s'incarne en lui, dans sa personne. Fétichisme peut-être ridicule, mais l'Union européenne, quoi qu'il y ait derrière ses animateurs, ne propose que des idées abstraites. Certains assurent que la couronne d'étoiles du drapeau renvoie à la Vierge cosmique, eh bien, que cela soit dit, assumé, et que le rapport avec l'Union apparaisse clairement. C'est vrai qu'Eliphas Lévi parlait de cette image de la Vierge comme d'une image d'avenir pour l'humanité, et qu'il était franc-maçon, mais il a quitté rapidement la franc-maçonnerie, parce qu'il était choqué qu'on y injurie le christianisme.

Écrit par : Rémi Mogenet | 27/05/2014

Avis d'un étranger intelligent sur le vote FN.

Vidéo à ne pas manquer
http://www.youtube.com/watch?v=CYlmWqM67V0

Écrit par : La censure gouverne la Suisse | 27/05/2014

De Gaulles a été ce qu'il est, parce ce qu'il a été politicien dans les Trente Glorieuses.

Certes, il est l'un des héros de la deuxième guerre mondiale, quoique, il a débarqué quand les nazis prenaient la poudre d'escampette.

Mais ensuite, de Gaulles a connu, au même titre que les français, je le répète, les Trente Glorieuses.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Trente_Glorieuses

Facile de faire de la politique à cette époque, tout était à reconstruire ou à améliorer.

Les modes de vie se sont améliorés grâce à la technologie. La ménagère de moins de 50 ans connaissait la lessive à la main et ensuite elle a connu la machine à laver, la machine à laver la vaisselle, le mixer, la télévision, le téléphone, la 2 Citroën 2 CV, les collants, une plus grande variété culinaire, et tous les produits venant du rêve américain, les libérateurs de la France. Les français sont passés de l'occupation nazie et son lot privation, aux Trente Glorieuses, je le répète une troisièmes foi. Bobonne était heureuse, elle voyait sa condition changer en mieux du tout au tout, elle ne cassait donc pas les pieds à son mari qui ramenait le salaire. Les enfants étaient dociles et bien élevé, ils faisaient religieusement ce que disait papa et maman et tout allait bien dans le meilleur des mondes, sauf en mai 68, mais là ce brave De Gaulles, a fini son mandat en 69 et puis et mort en 1970. Son salut vient surtout du fait qu'il a quitté le pouvoir et est mort à temps, tel James Dean, Marilyn Monroe, qui ont quitté la scène en pleine gloire, pas comme Elvis ou Brando, qui sont devenus des grassouillets sans charme.

Il y aurait eu n'importe qui d'autres à la place au pouvoir, qui n'était pas un dictateur comme cette époque en a trop connu, cela n'aurait rien changé.

De Gaulle, na pas connu le choc pétrolier de 1973 et des chocs pétroliers suivants 1979, 2008.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Premier_choc_p%C3%A9trolier

De Gaulles n'a pas connu la crise financière de 2008.

De Gaulles n'a pas connu la période du sida.

De gaulles n'a pas connu les jeunes qui se drogues avec des drogues dures.

De Gaulles n'a pas connu les musulmans revendicatifs en terre française sur leur mode de vie, construire des mosquées, vouloir porter le voile à l'école française dans la rue, les musulmans étaient aussi moins nombreux.

De Gaulles n'a pas connu le 11 septembre 2001 et toute la géopolitique qui a bouleversé le monde ce jour-là.

Il n'y a pas si longtemps, j'étais un matin à Portsmouth, en attendant l'ouverture de la maison natale de Charles Dickens, l'auteur notamment d'Oliver Twist, et bien à côté de sa maison natale est sorti dans une maison, un défilé de petites filles toutes voilées.

(À noter que je n'ai rien contre les musulmans qui ne sont pas des machistes avec les femmes, car c'est surtout la question des femmes musulmanes qui fait débat, la religion musulmane passerait inaperçue sans cela. L'enlèvement des filles au Nigeria en ai encore un exemple. Je regrette que les musulmans ne défilent pas dans nos rue européenne pour exiger les mêmes droit pour les femmes, et qu'elles n'ont pas besoin de porter le voile).

Concernant Marine Le Pen, c'est juste une populiste charismatique comme son père, mais qui surtout n'a pas les casseroles de son père Jean Marie, celui qui torturait les Algériens en Algérie ou s'il ne l'a pas fait, qui ne voyait rien de choquant la dedans, mais aussi ses sorties sur les chambres à gaz et sur les bougnoules comme il aime à les appeler. Marien Le Pen est une femme, et les femmes sont supposées être moins dangereuses.

http://www.humanite.fr/le-pen-et-la-torture-en-algerie-le-doute-que-lon-fait-toujours-planer

Marine Le Pen surfe aussi sur la vague de crise financière de 2008 et son lot de chômeurs. Sur la mondialisation toujours plus grande, comparé à son père quand il se présentait où la mondialisation n'était pas encore aussi accentuée. Sur le fait que les grandes figures paternalistes politiques, tel que Mitterrand et Chirac n'existe plus. Sur une Europe qui est de moins en moins synonyme de paix, vu que beaucoup de ceux qui ont connu la guerre ne sont plus de ce monde pour voter sur l'Europe. Sur cette Europe qui n'est plus un rempart face au communisme qui n'existe plus lui aussi à nos portes. (Disons plutôt dictature que communisme, car le peuple n'avait pas son mot à dire dans l'URSS, tout le contraire du communisme).


Concernant la critique de la Gauche de Manco, c'est les pressions de la gauche sur le patronat, sur les grèves des gauchistes travailleurs, qui vous a permis d'avoir des congés payés, une AVS, une assurance maladie, une assurance accident, une assurance chômage, un congé maternité pour votre mère, votre épouse, votre sœur, des journées de travail de huit heures à la place de 12 heures, sans parler sur les votants de Gauche qui qui ont fait pression sur l'armée et qui ont abouti à des réformes à l'armée et une réduction de vos jours de service à l'armée, etc. Ces pauvres petits votants de droites, qui doivent tout à la gauche, s'ils sont travailleurs, et qui se comportent comme des ingrats.

Si je serai français, je voterai François Bayrou, c'est le plus posé pour le moment, un centriste pour cette France divisée. Faudrait lui donner sa chance et voir ce que cela donne, cela ne peut de toute façon pas être pire. Il a surtout compris l'Europe et le problème de l'immigration comme Mélenchon, à savoir, il faut aider les gens sur place pour éviter qu'ils quittent leur terre. Voir la minute 9 et secondes 50 Bayrou sur l'Europe. et 1 heure 41 minutes (Mélenchon) et 1 heure 50 minutes (Bayrou) sur l'immigration.

http://www.youtube.com/watch?v=2qix0Cn4Y4A

Bien entendu Marine Le Pen ne raconte que des stupidités, à savoir tout sera résolu en fermant les frontières. A 46 ans elle radote comme une sénile, sans proposer rien d'autres.

Écrit par : Lucignolo | 28/05/2014

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