28/05/2014

Demain, j'enlève le short

 

Publié dans GHI - Mercredi 28.05.14

 

Si vous croisez un bonhomme en short, ces temps à Genève, soyez sur vos gardes : c’est sans doute un inspecteur de police. Les gendarmes, eux, pour faire valoir leurs revendications syndicales, se baladent en civil. Alors les inspecteurs, qui eux sont déjà par nature en civil, ont ôté le pantalon. Donc, si un individu en short vient vous demander un renseignement avec un accent anglais, méfiez-vous : c’est peut-être un touriste, et puis peut-être pas. Dans le doute, le mieux est de s’abstenir de tout contact, toute conversation, et même du moindre échange de regards avec toute personne arborant un short, et cela jusqu’à nouvel ordre. Le risque de piège est immense. Et si, par hasard, le mouvement syndical devait, comment dirais-je, se durcir, et le short choir, alors fuyez les parcs publics. D’urgence.

 

Pascal Décaillet

 

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Surtout, ne souriez pas !

 

Coup de Griffe - Lausanne Cités - Mercredi 28.05.14
 
 
En Suisse romande, il devient plus difficile d’entrer dans un photomaton qu’à un chameau, de passer par le chas de l’aiguille. Vous voulez renouveler un document officiel, comme votre demi-tarif CFF, votre carte de bus, celle d’identité, ou votre permis de conduire ? On vous dit qu’il faut une photographie conforme. Dont acte. Bonne poire, vous vous dirigez vers un appareil qui s’en charge automatiquement.


 
C’est là que les ennuis commencent. D’abord, l’appareil ne rend pas la monnaie. Ça coûte huit francs, vous ne pouvez que mettre un billet de dix, mais pas de monnaie. Ensuite, une voix aimable (je l’ai cherchée en vain, cette dame, à l’intérieur, j’avais deux mots à lui dire) vous signifie une quantité d’interdictions. Streng verboten ! Ne pas sourire. Ne pas fermer les yeux. Ne pas placer son regard sous la ligne, ni dessus. Un peu refroidi, vous vous lancez dans les premiers essais. Peine perdue ! Jamais valable. « Document non conforme ».


 
Vous avez droit à trois essais. Le document n’est jamais conforme. Alors que vous évitez de sourire, vous fixez l’appareil, votre orbite oculaire est parfaitement placée. A la fin, vous imprimez quatre photos “non conformes”. Elles sont pourtant impeccables. Vous avez mis dix francs, l’appareil vous en a retenu deux. Et vous n’avez toujours pas renouvelé votre demi-tarif. Ce nouveau système de photomaton, c’est l’un des plus grands foutages de gueule depuis l’Emprunt russe de 1889. 125 ans, bordel.
 
 
Pascal Décaillet

 

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27/05/2014

Plus européen, tu meurs !

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mardi 27.05.14


 
Au moment où vingt-huit de nos Etats voisins viennent d’élire leurs députés au Parlement européen, un mot sur la Suisse. Nous sommes européens, c’est sûr. Jusqu’au tréfonds. Nous le sommes par nos langues, nos religions, notre Histoire, nos institutions, nos systèmes juridiques, notre culture. Par l’hydrographie, étant source de fleuves baignant le continent, par la flore et la faune, en même le minéral. Plus européen que nous, tu meurs.


Européens par l’Histoire : tous les grands mouvements ayant secoué le continent ont, au cœur de la foulée, ébranlé la Suisse : grands ordres chrétiens, humanisme, Réforme, Révolution française, celles de 1848, Kulturkampf. Et même l’Affaire Dreyfus : dans la série radiophonique que j’avais consacrée à cette dernière en 1994, je relevais les traces profondes de «l’Affaire » dans nos cantons romands. L’idée d’une Suisse isolée est au fond récente : l’idéologie du Réduit national, certes salutaire à l’époque, a marqué les consciences.


Ce que beaucoup d’entre nous refusent, ça n’est pas l’Europe. C’est la machinerie technocratique. Pas assez claire. Pas assez lisible. Institutions floues. Prérogatives mal définies. Déficit démocratique évident : la France se prononce en 2005, on l’engueule d’avoir mal voté, on outrepasse sa décision. Toutes choses qui, nous Suisses, attachés à la démocratie directe, nous heurtent viscéralement. Ce côté « usine à gaz », l’Union vient de le payer très cher dimanche soir : de partout, la voix des peuples revient. En France. En Grande Bretagne. Mais pas seulement.


Et nous ? Nous ne sommes ni meilleurs, ni pires que les autres. Mais nous avons des institutions, comme le fédéralisme et la démocratie directe, auxquelles nous tenons comme à la prunelle de nos yeux. Nous entendons aussi demeurer souverains. Ce qui n’exclut ni la discussion avec nos voisins, ni la négociation de traités, pour peu que ces derniers soient librement consentis, et non dictés, pistolet sur la tempe, par quelque Montebourg de passage. A en croire les résultats tombés dans la nuit européenne de dimanche à lundi, nous ne sommes apparemment pas les seuls à éprouver en profondeur cette pulsion de liberté. Bienvenue à l’Europe des peuples. A celle-là, un jour, notre pays dira oui.



Pascal Décaillet

 

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26/05/2014

FN : la captation d'héritage

 

Sur le vif - Lundi 26.05.14 - 10.17h

 

Le Front national arrivé hier soir loin devant la « droite classique », nous sommes là, en politique intérieure française, face à une première depuis la Libération. Pour la première fois, cette mouvance dépasse le conglomérat de ce que furent le gaullisme, le libéralisme, une partie de la démocratie chrétienne des immédiates années d’après-guerre (le MRP), laquelle se disperse aujourd’hui entre UMP et formation centriste autonome. Mais tout cela, tout ce bloc, toute cette congrégation, fédérés pour de pures raisons électorales sous un seul sigle (UMP), oui tout cela réuni, est aujourd’hui dépassé de 5% par le Front national. C’est ce phénomène, ici, qui m’intéresse, à l’intérieur de la seule France. Pour les 27 autres pays, voyez vos journaux préférés.

 

Il n’est, pour l’heure, de politiques que nationales. La dimension européenne n’existe qu’à l’horizon de la technocratie, mais pas à celle de la légitimité tellurique, ni à celle de la reconnaissance et de l’incarnation. On nous dit que M. Juncker sera peut-être président de la Commission. Savez-vous seulement qui est M. Juncker ? Vous remettez-vous son visage ? Avec-vous en mémoire le son de sa voix ? A-t-il provoqué chez vous la moindre émotion dans l’ordre de la politique ?

 

Né au printemps 1958, donc exactement au moment du retour du général de Gaulle, passionné de politique française dès mes plus jeunes années, j’ai grandi dans l’idée que tout se construisait autour du gaullisme, qu’on l’appelât UNR, UDR ou, plus tard, RPR. Parfois, avec Giscard, les Républicains indépendants (plus libéraux) marquaient des points, parfois l’ombrageux souverainisme reprenait le dessus, mais enfin à droite, la partie se jouait entre ces deux camps. L’extrême droite n’existait quasiment pas, on savait bien qu’il y avait, dans l’ombre, des nostalgique de Vichy et de l’OAS qui s’activaient, mais la Cinquième République, avec son système majoritaire et surtout la prestance de son fondateur, reléguait ce petit monde dans les coulisses du théâtre politique. C’est au début des années 80 seulement, fédérés sous la bannière du Front national, que ces milieux entameront, longuement mais inexorablement, l’ascension qui les a conduits à la journée d’hier.

 

Aujourd’hui, pour la première fois depuis la Libération, cette droite-là dépasse la coagulation de toutes les autres droites, issues des réseaux de la Résistance gaulliste, ou de la Résistance chrétienne (MRP), ou d’un courant libéral qui n’a jamais, à part sous Guizot et le Second Empire, été très puissant en France, auxquels s’accrochent des « divers droites » plus ou moins classables. Pour la première fois, la droite qu’on qualifie d’extrême dépasse l’addition des droites classiques. C’est cela, dans l’Histoire politique française, qu’il faut retenir de la journée d’hier.

 

Encore faut-il quelques explications. Les 25% d’hier ne sont pas tous issus de la Contre-Révolution, de la lecture de Joseph de Maistre, du courant anti-dreyfusard des années 1894-1906, de l’Action française, des Camelots du Roi, de Vichy ni de l’OAS. Sans doute même le fond dogmatique, allant dans l’une ou plusieurs de ces références, est-il fort minoritaire à l’intérieur du FN d’aujourd’hui. Et c’est là la grande victoire – par rapport à son père - de Marine Le Pen. Le Front national, aujourd’hui, c’est le grand parti protestataire, drainant toutes les couches de la population, à commencer par les plus défavorisées, prétendant avoir avec lui « le peuple français », « le peuple profond ». C’est, aussi, le parti ayant fait clairement le choix du souverainisme national contre la machine européenne.

 

Avoir avec soi « le peuple », contre les corps intermédiaires. Défendre la souveraineté de la nation. Ça ne vous rappelle rien ? Moi, si. Cela me rappelle le général de Gaulle. Autrement dit, le pire ennemi de cette mouvance historique. Le pire ennemi de Vichy. Le pire ennemi de l’OAS. Celui que cette dernière, au Petit-Clamart, a tenté d’abattre. L’homme qui a rétabli la République en 1944, sauvé le pays de ses ferments de dispersion, créé la Cinquième République, donné à la France sa plus belle décennie. Toute l’Histoire de Marine Le Pen, contrairement à son père, personnellement impliqué dans la férocité et l'extrême violence de l'antigaullisme, c’est d’avoir réussi une captation d’héritage sur certains des thèmes fondamentaux du gaullisme historique : souveraineté, appel au peuple, méfiance par rapport au supranational. Oui, cela s'appelle une captation d'héritage. Sur le legs d'un père qui n'est pas le sien, et que son père physique a combattu avec l'ultime énergie. Nous ne sommes pas loin de Shakespeare.

 

Et le plus fou, c’est que ça a marché. Parce que les héritiers organiques du Général, qui ne sont en fait héritiers de rien du tout tellement ils n’ont rien à voir avec lui, les orléanistes Sarkozy et Copé, ont laissé filer ces fondamentaux dans les mains de gens trop heureux de s’en emparer. De Gaulle n’était pas un homme d’argent. Il était un moine entré dans l’Histoire, vivant dans la seule ascèse de la France et de la République. Le dévoiement de ceux qui, aujourd’hui, osent se réclamer de lui, leur intrication dans les puissances financières, la permanence et la récurrence des « affaires », tout cela, au fil des ans, a organisé l’émigration massive d’une bonne partie de l’électorat vers le Front national. Ce dernier, historiquement, se renforce lorsque la gauche ou la droite de l’argent sont au pouvoir. Avec l’austère majesté, l’assise populaire, la mission historique d’un Charles de Gaulle, ces gens-là étaient laminés. Et rongeaient leur frein dans le caniveau. Oui, la faiblesse morale de la droite classique est un facteur majeur de la montée de « cette droite-là ».

 

Je n’ai parlé, ici, que d’un pays sur vingt-huit. Et, dans ce pays, que de la famille de droite. Disons que j’ai parlé de ce que je connais, ce qui nourrit mes lectures depuis quatre décennies. Pour les vingt-sept autres pays, merci de vous reporter à vos journaux préférés.

 

 

Pascal Décaillet

 

10:17 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (18) | |  Imprimer |  Facebook | |

21/05/2014

Le bon Docteur et la République

 

Sur le vif - Mercredi 21.05.14 - 17.21h

 

J’entends ce matin, à la RSR, que le bon Docteur Buchs, chef du groupe PDC, envisage un « Front républicain » contre les vainqueurs du scrutin du 18 mai sur les P+R en France voisine. Entendez, contre l’UDC et le MCG. Au passage, égrenant les partis qui constitueraient ce Front, il recense le PDC, le PLR, le PS et les Verts. Que fait-il d’Ensemble à Gauche ? A la vérité, par ce lapsus, le Docteur nous révèle qu’il songe avant tout à la bonne vieille coagulation des pouvoirs qui tient Genève depuis si longtemps. Tiens, l’alliance d’intérêts du CEVA, par exemple. En réalité, le bon Docteur nous fait une belle démonstration d'exclusion des Marges. Sur la gauche, comme sur la droite.

 

Mais passons. Et revenons sur ce terme, qui fleure les Brigades internationales et la Bataille de l’Ebre : « Front républicain ». L’adjectif doit-il nous laisser entendre que le Docteur exclut sémantiquement du champ de la République deux partis, l’UDC et le MCG, qui réunissent ensemble 31 des 100 députés du Grand Conseil ? Deux partis qui, à ma connaissance, ont toujours joué le jeu des urnes, de la démocratie, qu’elle soit directe ou parlementaire. Je ne sache pas (mais peut-être suis-je mal informé) qu’aucun des deux ait tenté jusqu’ici la moindre faction contre la République. Au contraire ! Sollicitant régulièrement le peuple par des voies parfaitement prévues dans notre Constitution (initiative et référendum), ces deux partis donnent à la démocratie et à la République une vitalité qui les réveille, les stimule, et finalement aiguise la responsabilité citoyenne.

 

Que l’excellent Docteur envisage de créer un Front contre qui il veut, c’est totalement son droit. Mais le qualifier de « républicain » lorsqu’il est dirigé contre deux partis qui s’activent – comme les autres – à la vie de la République, il y a quelque chose, dans l’ordre de la terminologie, qui doit m’échapper.

 

Pascal Décaillet

 

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Grand Genève : la parole au peuple !

 

Publié dans GHI - Mercredi 21.05.14

 

Le Grand Genève, ce dimanche 18 mai, s’est fait tout petit. Par la grâce d’un vote du peuple souverain, qui a refusé, à 51,1%, de cofinancer les parkings P+R en France voisine. Il s’agissait, tout le monde en avait convenu durant la campagne, d’un vote symbolique. Eh bien c’est fait, le symbole est là : une majorité du corps électoral a donné le signal d’un coup d’arrêt à l’idéologie du « Grand Genève », prônée par le Conseil d’Etat sans la moindre assise populaire. Une approche hors sol, théorique, concoctée en haut lieu sans avoir requis l’aval de la population. Ce dimanche, le peuple n’a pas dit non à la collaboration avec nos voisins, il n’a en rien stigmatisé ces derniers, ni l’amitié qui nous lie à eux. Il a juste dit non à une conception géométrique, abstraite, tricotée au-dessus de lui, dans quelques cercles lointains de décideurs.

 

Dans l’actuel « Grand Genève », tout est faux. A commencer par ce nom, qui respire la suffisance et installe la fiction d’une région dont Genève serait la capitale. C’est sans doute vrai économiquement, mais totalement faux sur le plan institutionnel : aussi proches que nous soyons de nos voisins français, aussi intimes soient nos liens sur le marché du travail, il n’en reste pas moins qu’entre Annemasse et Genève, Saint-Julien et Genève, Ferney et Genève, existe une frontière nationale. Entre un pays qui s’appelle la France, et un autre qui s’appelle la Suisse. Nous sommes proches, amis, respirons le même air sous le même ciel, mais nous sommes les produits d’une Histoire différente, d’alliances différentes, de rattachements différents au cours des siècles. Le nier, le passer par pertes et profits au nom d’une idéologie, c’est courir à la catastrophe : on ne construit pas une politique sur du sable, mais sur des réalités.

 

Oui, les frontières, ça existe encore. Peut-être même ont –elles de très beaux jours devant elles, et l’illusion de conglomérats multinationaux est-elle à bout de souffle. Prochain indice tangible : les élections européennes du 25 mai prochain. Je vous incite cordialement à y prêter quelque attention. Les peuples de ce continent sont en phase de réveil. Ils aspirent à prendre en mains leurs destins par des élans citoyens venus d’en bas. De plus en plus, ils se méfient des technocrates. Le peuple de Genève, qui n’est ni meilleur ni pire qu’un autre, partage ces aspirations. Il est très ouvert aux échanges avec les Départements français qui nous entourent, ne nourrit nul ressentiment pour leurs habitants, se félicite de la vitalité économique de la région. Mais il commence à en avoir assez que quelques élites, là-haut, dessinent sans le consulter les contours d’une collaboration économique, voire institutionnelle et politique.

 

Le corps des citoyens genevois doit pouvoir se prononcer sur le destin transfrontalier de son canton. Il nous faut un vaste débat populaire, où tous pourront s’exprimer. Il nous faut un objet de vote précis, lisible, identifiable, et non une usine à gaz dans le brouillard. Et un beau dimanche, nous trancherons. Nous dirons oui. Ou nous dirons non. Mais ce sera notre décision. Elle sera puissante, légitime. Alors que pour l’heure, les marchands de sable nous empêtrent et nous enfument. Citoyens, reprenons notre pouvoir.

 

Pascal Décaillet

 

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Le Camp du Bien

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 21.05.14
 
 
J’étais pour les Gripen, le peuple a dit non, je l’accepte. C’est le lot de notre démocratie : prendre acte de la décision du souverain, plutôt que de pérorer sur un peuple mal informé, qui aurait mal voté, se serait laissé avoir « par les sirènes du populisme ».


 
Je m’incline, mais note deux poids et deux mesures. Ainsi, ces commentateurs enragés, dès le lendemain du vote, exigeant le départ d’Ueli Maurer. Les mêmes, au lendemain du 9 février, réclamaient-ils la démission de Didier Burkhalter ? Non, bien sûr. Parce que M. Burkhalter représente le Bien. Et Ueli Maurer, le Mal. Le premier, on l’épargne. Le second, on le vilipende.


 
Peut-être le Gripen n’était-il pas l’avion adéquat. Peut-être aussi M. Maurer a-t-il raté sa campagne. C’est vrai qu’avant de choisir un avion, nous aurions bien voulu connaître, défendues avec clarté et conviction, la nature de l’ennemi potentiel, et les priorités de notre stratégie. Faute de ces prémisses, l’avion est apparu comme le joujou d’un lobby militaro-industriel éternellement gâté. Dont acte.


 
Mais alors, si l’on exige le départ d’un ministre ayant raté sa campagne, il fallait d’urgence, dès le soir du 9 février, demander la tête de M. Burkhalter. Dès son discours présidentiel du 1er janvier, il s’était engagé personnellement. Avec l’appui du patronat, il avait mis des moyens considérables. Et au final, il a perdu. Mais pour lui, silence et mansuétude. Parce qu’il incarne le camp du Bien.


 
 
Pascal Décaillet

 

09:21 Publié dans Coups de Griffe Lausanne Cités | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

20/05/2014

Le cadeau empoisonné à M. Dal Busco

 

Sur le vif - Mardi 20.05.14 - 10.21h


Nous avons été les premiers, il y a quelques semaines, à pointer les problèmes de l'Office des Bâtiments, à Genève. Il y a deux semaines, nous dévoilions le chiffre de 750 millions, avancé devant la Commission des Finances par le chef de cet Office, dont on apprenait par hasard le départ quelques jours après. 750 millions, nécessaires selon lui à la rénovation du parc immobilier de l'Etat.

 

Comment fut opérée, ces deux dernières années, la direction politique de cet Office ? Comment furent décidés les arbitrages financiers ? Toutes ces questions, nous les poserons lundi 26 mai, à GAC, à Serge Dal Busco, qui écope là, en reprenant cet Office, d'un cadeau empoisonné.



Les citoyens de ce canton veulent savoir pourquoi on n'arrive pas à débloquer les sommes nécessaires à la rénovation d'écoles qui tombent en lambeaux, sujet que nous avons traité la semaine dernière dans GHI. Tant qu'ils n'auront pas la réponse à ces questions, et qu'on répondra par la rigidité de lignes budgétaires figées, ou l'application métronomique de plans quinquennaux, il sera vain - et déplacé - de venir leur parler de Grand Genève ou d'investissements en France voisine.



Pour l'heure, la responsabilité politique d'éventuelles errances à l'Office des bâtiments doit être établie. Il n'est pas question que M. Dal Busco, qui hérite d'une situation, soit tenu pour responsable de fautes qui lui seraient antérieures. Idem M. Barthassat, pour le CEVA. Mais alors, Messieurs les Conseillers d'Etat PDC, montrez-nous que vous savez faire le ménage. Et vous affranchir de quelques lourdes tutelles, internes à votre collège.

 

Pascal Décaillet

 

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19/05/2014

"Grand Genève" : le peuple doit se prononcer

 

Sur le vif - Lundi 19.05.14 - 09.21h

 

Le Conseil d'Etat genevois va-t-il continuer, comme si de rien n'était, comme si rien ne s'était passé hier, de nous propager son idéologie du "Grand Genève", abstraite, hors sol, géométrique, théorique, et surtout dépourvue de toute onction démocratique ?



On nous dit que le "Grand Genève" existe. C'est vrai, sur le plan économique. Mais il ne s'agit pas de cela. Il n'a jamais été question de ne pas collaborer avec nos voisins. Je n'ai, pour ma part, jamais accepté de les stigmatiser. Non, la question, c'est celle de donner de l'argent, ou même (entend-on) une armature institutionnelle à un projet qui n'a jamais été avalisé par le peuple.



Ce qui manque au "Grand Genève", c'est une légitimité démocratique. Il importe donc, sans attendre, de lancer dans ce canton un vaste débat politique, où tous pourront s'exprimer, sur un projet précis, lisible, identifiable, qui soit perçu par les citoyens autrement que comme un club d'élites transfrontalières, ou une usine à gaz. Et puis, un beau dimanche, le peuple votera. Et sa décision, quelle qu'elle soit, je serai ce jour-là le premier à l'accepter.



Mais, Messieurs du Conseil d'Etat, on ne fonde nulle politique durable, en Suisse, en bâtissant sur du sable. Autrement dit, en sautant l'étape d'un vaste débat démocratique, aboutissant à une décision du peuple. C'est lui, le véritable souverain. Et non le parfum d'arrogance de quelques locataires du pouvoir.

 

Pascal Décaillet

 

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18/05/2014

"Grand Genève" : la fin du mirage

 

Sur le vif - Dimanche 18.05.14 - 16.36h

 

Au Grand Conseil, le MCG et l’UDC totalisent 31% des sièges, un petit tiers. Devant le peuple, aujourd’hui, sur un sujet de forte importance symbolique, ils emportent la majorité (51,1%) des voix. Ils sont donc suivis, pour refuser le financement genevois des parkings P+R en France voisine, par 20% d’un électorat qui n’est pas le leur, mais qu’ils réussissent à aller ravir aux autres partis. Pour la Nouvelle Force (que l’arrogant président du Conseil d’Etat, François Longchamp, croit bon sur la RTS d’appeler « Nouvelle Farce »), la victoire est considérable. Non seulement parce qu’elle montre la marge de progression qu’a devant lui ce Tiers Etats encore méprisé par les notables. Mais aussi, parce que c’est une victoire acquise dans le cœur de cible de leur combat : le rejet d’une idéologie transfrontalière qu’ils jugent abstraite, théorique, hors sol. Le corps électoral genevois, dans une majorité certes serrée mais bien réelle, leur a donné raison.

 

Il n’est pas dénué de sel, ni de saveur, que cette victoire populaire intervienne au lendemain d’une défaite parlementaire, disons plutôt une pantalonnade, où, pour protéger le président du Conseil d’Etat et les siens, l’éternelle coalition d’intérêts du CEVA (elle tient depuis le 29 novembre 2009) a préféré la coagulation à la transparence. Puisse le peuple en garder quelque mémoire lors des échéances municipales, dans moins d’un an. Hier, au Parlement, se comportant comme s’il était chez lui, et parlant aux élus du peuple comme s’il était leur chef, le président du Conseil d’Etat a traité de menteurs une partie de la députation. Le même homme, il y a quelques mois, avait exigé du Grand Conseil un vote nominal, bafouant le principe de séparation des pouvoirs. On eût aimé, ce jour-là, entendre le président du Grand Conseil, toujours si aimable avec les ministres. Le même homme encore, au procès de la Banque cantonale, au mépris de la séparation des pouvoirs entre le judiciaire et l’exécutif, avait joué les Zorros, chargeant des accusés que la justice allait, plus tard, acquitter.

 

Les partisans du « Grand Genève » tireront-t-ils la moindre leçon de leur défaite d’aujourd’hui ? Continueront-ils de nous concocter en laboratoire des recettes mathématiques dont la population ne veut pas ? Vont-ils encore longtemps passer accords et contrats avec la France voisine, sans que ces derniers ne reçoivent l’onction de la moindre légitimité démocratique ? Sur un plan de politique intérieure, les partis de l’Entente (PLR + PDC) vont-ils, sous prétexte de grands mirages transfrontaliers ou d’idéologie patronale ne voyant que le profit à court terme (au détriment du corps social local), prendre de haut les partis de la Nouvelle Force avec lesquels ils auraient pourtant beaucoup à entreprendre ? Vont-ils jusqu’au bout, aveuglément, soutenir un président du Conseil d’Etat dont l’arrogance, de plus en plus, le dispute à la personnalisation du pouvoir ?

 

Telles sont les questions posées cet après-midi, en filigrane de cette votation. La défaite des conceptions de cabinet, abstraites et filiformes. Et surtout, comme un éveil au réel, la fin d’un mirage.

 

Pascal Décaillet

 

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17/05/2014

CEVA : le Parlement enfariné, mais heureux

 

Sur le vif - Samedi 17.05.14 - 11.18h

 

Grand Conseil, séance spéciale CEVA + SIG.

 

En définissant, juste avant 11h, un providentiel "comité d'experts" mandaté par le Conseil d'Etat comme plus crédible qu'une émanation des représentants du peuple, Luc Barthassat montre en quelle estime il tient le Parlement. Et nous brandit l'ultime ficelle. On s'adapte vite, quand on passe du côté du pouvoir.



Triste jeu de masques. A l'image de cette l'intervention d'une rare arrogance - une de plus - du président du Conseil d'Etat. Le Petit Prince se croit chez lui, fait la leçon aux élus du peuple, comme s'il était leur chef. Et finit même, dans une chute longuement mûrie, par traiter de menteurs une partie d'entre eux. Il nous rejoue la scène de sa déposition au procès de la Banque cantonale. Les députés qui ont applaudi à cette galéjade ont-ils bien intégré la mission de contrôle qui est la leur ? Rappelons que le degré de connaissance du retard du CEVA qu'avait François Longchamp l'automne dernier - et son éventuelle volonté de reporter l'annonce de ce retard après les élections - sont au coeur du sujet. Qui est éminemment politique, et pas technique, comme on veut le faire croire.



Le vrai problème, ce ne sont pas les retards du CEVA. Mais la gestion politique de l'information par le Conseil d'Etat, en période électorale. A-t-on, en haut lieu, l'automne dernier, imposé le silence sur une information majeure, qui eût été de nature à péjorer le résultat électoral des apôtres du CEVA ? Si oui, d'où vient la consigne de silence ?


Dans ces conditions, on s'abstient au moins d'applaudir le Monsieur Dimanche du samedi, tant que la lumière n'est pas faite. Pour l'heure, elle ne l'est assurément pas.


Singulier Parlement, qui abdique si vite de sa tâche de contrôle, pour se presser d'ovationner (est-ce là son rôle ?) le ministre exécutif sur lequel il devrait justement enquêter.


Le vrai problème du CEVA, depuis des années, c'est cela. Cette coagulation des intérêts de ceux qui détiennent les manettes du pouvoir. Et les cordons de la bourse. En lieu et place d'un débat, ce matin, les attaquants n'étant au reste pas partis au combat en ordre de bataille, et d'étranges défections s'étant produites en leur sein, nous n'eûmes que limonade sans limon. Et pantalonnade sans pantalon.



La CEP, d'ici une heure, sera donc refusée, et l'ordre règnera sur Genève.

 


Comme toujours.

 

 

Pascal Décaillet

 

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15/05/2014

Rénovons nos écoles délabrées !

 

Publié dans GHI - 14 et 15 mai 2014


 
A Genève, certaines écoles sont en lambeaux. Des bâtiments scolaires ayant mal supporté le poids des ans, et tout simplement plus dignes d’une République qui, à juste titre, entend faire de la formation l’une de ses priorités. Il ne s’agit pas, pour les élèves, les professeurs et le personnel administratif, de revendiquer un quelconque luxe. Mais simplement, la décence. Pendant plusieurs décennies, les pouvoirs successifs ont négligé la tâche qui incombe à tout propriétaire de bien immobilier : consacrer quelque 3% de l’investissement aux travaux de réfection et de rénovation. Résultats : des écoles naguère modernes tombent aujourd’hui en décrépitude. Le corps des citoyens doit réagir : il faut revoir les choix dans les investissements, et refaire des écoles une priorité. Comme sous Chavanne.


 
Oui, sous ce grand conseiller d’Etat, l’un des plus importants de l’après-guerre, Genève a beaucoup construit. C’était le baby-boom, il fallait faire vite, on a beaucoup utilisé le béton, avec plus ou moins de bonheur. Mais le béton, dans les écoles comme dans les barrages, vieillit. Il faut constamment l’entretenir. Souvent, on ne l’a pas fait. Aujourd’hui, nous avons des écoles comme le Collège de Saussure, au Petit-Lancy, ou le Cycle d’Orientation du Renard, au Lignon, où la situation n’est plus supportable. Nous les citoyens, avons comme devoir d’Etat et de solidarité de nous mobiliser, faire pression sur les politiques, pour qu’élèves et enseignants puissent accomplir leurs tâches dans des conditions qui soient celles de l’un des pays les plus prospères de la planète, et non d’une République bananière qui aurait tout gaspillé et négligé le bien commun.


 
Au Collège de Saussure, parents et élèves ont pris les choses en mains. C’est une démarche magnifique, citoyenne, qui doit être entendue. Ensemble, ils déposent au Grand Conseil la pétition « Étudier dans des conditions décentes ». Ils relèvent la mauvaise isolation du Collège, les émissions de CO2, le terrain de sport à l’abandon. Au C.O. Renard (Lignon), dont les travaux de rénovation ne doivent débuter qu’en 2019, ils revendiquent le droit pour leurs enfants d’étudier dans des conditions récentes. D’autres bâtiments scolaires à Genève sont trop vétustes. Encore une fois, il ne s’agit pas de créer des écoles cinq étoiles, mais juste, pour la République, de donner au enseignants et aux élèves le signal d’un certain niveau auquel elle veut bien considérer le monde de la formation. Pour ma part, j’ai toujours été parfaitement clair : l’école doit être notre priorité no 1.


 
Dans le même temps, comme nous l’annoncions ici la semaine dernière, l’Office des bâtiments a déclaré le 30 avril en Commission des finances qu’il fallait chiffrer à 750 millions les besoins de l’Etat pour la rénovation de ses immeubles. Eh bien ces travaux, en accélérant le calendrier et en instaurant un ordre drastique de priorités chronologiques, il va falloir les entreprendre. La population ne comprendrait pas que le Canton ne le fasse pas. Alors qu’il ne cesse de nous brandir, comme un miroir aux alouettes, les gratte-ciel du PAV, les travaux somptuaires autour du CEVA ou certains investissements sur territoire français.


 
Pascal Décaillet


 
 

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08/05/2014

MCG : la maternité silencieuse de la pieuvre

 

Sur le vif - Jeudi 08.05.14 - 10.06h

 

A l'exception notable de leur président, M. Golay, qui m'apparaît de plus en plus comme un homme très solide, la plupart des caciques du MCG, naguère violents admirables, mauvais garçons, lorsqu'ils se battaient dans l'opposition, sont tout doucement et tout gentiment en train de se faire phagocyter par les mirages des honneurs et du pouvoir partagé.



Doucement, le système dominé par les libéraux les intègre. Avec la maternité silencieuse d'une pieuvre. Ces Messieurs, en instance d'alignement, il faut d'urgence les emmener voir Bunuel : le Charme discret de la bourgeoisie.



Déjà, ils s'achètent costumes et cravates. Fréquentent les cocktails. Se mettent à dire du bien des caciques PLR - ou prétendument apolitiques - que l'horizontalité du système de copinage généralisé envoie présider les grandes régies.



Déjà, ils se croient adoubés par les patriciens. Alors que ces derniers, riches de la seule tranquillité de leur immuable position depuis des siècles, les endorment pour mieux leur asséner, lorsque sonnera l'heure du repas, le coup fatal.

 

Pascal Décaillet

 

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07/05/2014

Marche Blanche : le droit d'être contre

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 07.05.14
 


Le 18 mai, nous votons sur l’initiative dite « de la Marche Blanche », qui entend interdire à vie aux pédophiles (reconnus coupables) de travailler avec des enfants. Je ne me prononce pas ici sur le fond. Chacun d’entre nous votera en conscience. Et nous respecterons le verdict du peuple et des cantons.
 


Mais le climat de la campagne est profondément gênant. Je le dis ici haut et fort, on a le droit d’être contre cette initiative. Et de venir le dire en public, comme le font les partisans. Nous sommes dans une démocratie : on nous propose un texte, on a le droit d’être pour, celui d’être contre, et rien n’est plus détestable que la diabolisation du point de vue opposé.


 
Il n’est pas acceptable que les opposants se voient insultés, ou traités de « complices des pédophiles ». J’ai bien vu, en montant le débat sur Léman Bleu, la difficulté des partisans du non à se dévoiler en public. Comme par hasard, le soir de mon débat, ils étaient tous pris. Je n’aime pas du tout ce genre de climat où un camp terrorise l’autre.


 
Il était insupportable, dans la campagne du 9 février, de voir traiter de « xénophobes » ceux qui voulaient juste réguler les flux d’immigration. Il l’est tout autant, sinon plus, d’assister à l’incroyable intolérance d’un camp par rapport à l’autre. Nous sommes dans une démocratie. On a le droit d’être pour. Le droit d’être contre. Et on respecte l’adversaire.
 


 
Pascal Décaillet

 

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