13/06/2014

Ca sert à quoi, un Parlement ?

 

Publié dans GHI - 11.06.14

 

La question est simple : pourquoi un canton d’un demi-million d’habitants doit-il déléguer à cent d’entre eux non seulement d’importants pouvoirs pour la vie de la Cité, mais aussi une visibilité, une notoriété donnant l’impression qu’ils seraient l’alpha et l’oméga de notre vie politique ? Les Parlements, ces assemblées qui, dans nos contrées, font les lois depuis la Révolution française, ont-ils encore un sens à l’époque de l’information partagée, où d’autres modèles de citoyenneté, incluant beaucoup plus de monde, sont imaginables ? Il ne s’agit pas, comme on tente mensongèrement de nous le faire croire, d’un débat opposant l’institution à l’opinion. Mais tentant de mettre en dialogue l’institution actuelle (parlementaire), face à d’autres institutions, plus globales, à inventer. Où le démos (le corps électoral) serait simplement élargi, comme il l’est déjà aujourd’hui dans les initiatives et les référendums.

 

Musique d’avenir ? Oui, bien sûr. Mais il faut y réfléchir. Parce que les temps ont changé. L’époque des Diètes, dans lesquelles on envoyait siéger des notables, date du temps des diligences. D’où l’habitude, assez étrange, qu’a gardée le Parlement suisse de ne se réunir, de façon ordinaire, que quatre fois par an, avec un calendrier connu des années à l’avance. Antique liturgie, en décalage avec les accélérations de la politique. Et puis, il y a le degré de connaissance des dossiers. Nous vivons aujourd’hui le temps de l’information partagée, c’est même la révolution majeure de notre époque. Si le suffrage universel peut se prononcer sur des initiatives et des référendums, pourquoi ne le pourrait-il pas plus systématiquement, non pour réagir à des lois, mais pour les créer lui-même ? D’ici deux ou trois générations, j’en suis certain, nos enfants ou petits-enfants auront empoigné ces problèmes.

 

Evidemment, les parlementaires eux-mêmes (tous, cantonaux ou fédéraux) sont les premiers à refuser ce débat. Vous leur parlez extension du suffrage universel, ils vous traitent aussitôt de populistes, ou (pour les plus cultivés d’entre eux) de partisans d’une démocratie plébiscitaire, de type bonapartiste, où les pouvoirs intermédiaires (le leur, évidemment) perdraient du terrain. En nous répondant ainsi, en qualifiant avec mépris de « démocratie d’opinion » le pouvoir du peuple, ils nous mentent. Ils tentent de nous faire croire que d’un côté, il y aurait l’institution légitime, et de l’autre l’imprévisible férocité de l’opinion. Mensonge, oui : l’initiative et le référendum, par exemple, ne sont pas mouvements d’opinion, mais organes, parfaitement prévus par notre Constitution, de décision démocratique. Au même titre – ni plus, ni moins – que la délibération parlementaire.

 

Je dis « ni plus, ni moins ». Il n’est aucunement question de supprimer l’institution parlementaire. Mais d’imaginer des modèles d’extension du suffrage universel. Surtout, refuser avec la dernière énergie ce grief de « populisme » jeté comme une antienne par  une caste intermédiaire qui, sous prétexte qu’elle a un jour été élue, entend confisquer au peuple une participation accrue aux décisions qui serait pourtant aussi salutaire que bienvenue.

 

Pascal Décaillet

 

16:13 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Excellent.

Une vision de rêve.

Écrit par : La censure a vaincu la Suisse | 13/06/2014

Oui, ces gens là oublient si vite que nous les avons élus...

et les autres oublient si vite que c'est nous qui mettons leur steack dans leur assiette !

Écrit par : Jmemêledetout | 13/06/2014

séparer le bon grain du boulangisme de l'ivraie parlementaire , une vieille recette du nationalisme d'extrême droite.
Vous allez faire recette dans les arrière-boutiques , où l'on cache les bas morceaux . Les assiettes de steak sont pour les "tous pourris"

Écrit par : briand | 13/06/2014

Bah briand,

chacun qui sait faire la cuisine sait que les bas morceaux sont les meilleurs et les plus savoureux :-)

Et on trouve des deux à tous les points cardinaux, à toutes les latitudes et longitudes.

Écrit par : Jmemêledetout | 13/06/2014

La dictature du peuple, pour le peuple, parl e peuple! Une vraie démocratie populaire ?! On a déjà connu ce genre de régime au 20e siècle ?,

Écrit par : Galileo | 13/06/2014

à la question posée,rien jusqu'à ce que l'ouvrier qui fait tourner l'économie qui se lève tous les jours qui paie ses impôts n'aura pas retrouvé la place la plus digne qui est la sienne et que nombre de politiciens soient redescendus de leur piédestal.
Et puis à trop de contradictions qu'elles soient électorales ou lors de votes le peuple se méfie de plus en plus et n'écoute pour beaucoup même plus les infos
Il est temps de remettre les horloges à l'heure réelle et non réglée de toutes pièces par des slogans stupides comme *il faut sauver la nature*,cette dernière on l'a vu adore saccager tous les efforts humains pour bien montrer qu'elle reste la pièce maitresse du jeu des manipulateurs et n'acceptera jamais d'être prise en otage pour les seuls avantages d'une élite quelconque
Et c'est ainsi depuis la nuit des temps tout ce que l'humain fait le temps et le soleil ont toujours eut à cœur de le détruire ,il suffit de penser aux anciennes sécheresses du temps du Christ ou lui même marcha sur les eaux mais d'un lac asséché!Peut-être est-ce une des raisons de la méfiance de ses propres frères!

Écrit par : lovsmeralda | 14/06/2014

Pas besoin d'attendre 2 ou 3 générations. Les outils informatiques pour le faire existent déjà. La démocratie liquide fonctionne. Il faut que nos élus évoluent.
Il faudrait quitter les clans (partis, gauche droite ou des couleurs), se poser les bonnes questions pour avoir des réponses adaptées et surtout d’arrêter de se reprocher les uns aux autres les choses que tous s'ont incapable de faire.
En démocratie liquide, tous ceux qui le désirent, participent. Si vous ne connaissez pas le sujet vous donnez votre voix (vote) a ceux qui le connaissent.

La démocratie liquide est un système de démocratie dans lequel la plupart des problèmes sont décidés par un référendum direct, le vote par procuration est facilité. Ce système est notamment utilisé par différents partis pirates dont notamment le parti pirate allemand. Cela permet ainsi de se rapprocher d'un système de démocratie directe.

Écrit par : Steve Roeck | 14/06/2014

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