28/06/2014

Commémorer, c'est récupérer. Toujours.

 

Sur le vif - Samedi 28.06.14 - 11.19h

 

Très bonne page 3 de la Tribune de Genève, qui nous démonte, en donnant la parole notamment à l'excellent historien Michel Porret, la construction du "bicentenaire de la police" comme manipulation destinée à dorer le blason du pouvoir actuel.


Mais TOUTE commémoration organisée par le pouvoir est TOUJOURS et AVANT TOUT destinée à cela. C'était le cas, autour du 1er juin de cette année, pour les cérémonies autour de l'arrivée des Suisses au Port Noir, où le pouvoir et ses affidés se sont eux-mêmes, jusqu'aux confins de la caricature, mis en scène et en miroir: on n'a vu, quasiment, que la tranquillité installée des commémorants, sur leur petit cercle repliés. C'est le cas, à Genève, de TOUTES les manifestations patriotiques, où l'on retrouve toujours la même clique, comme en ces tableaux de Rembrandt où figurent les notables, contemporains du peintre.


A ce phénomène, nul n'échappe. Même les plus grands. La cérémonie, certes sublime, de transferts des cendres de Jean Moulin au Panthéon, le 19 décembre 1964 (dès l'âge de 17 ans, j'écoutais en boucle le discours de Malraux) est parfaitement identifiée aujourd'hui comme une opération de propagande du pouvoir gaulliste pour magnifier la Résistance extérieure (celle de Londres) au détriment des réseaux de la Résistance intérieure. Et donc, le pouvoir gaulliste de fin 1964, à un an (jour pour jour) de la première présidentielle au suffrage universel.



La moralité de l'Histoire, c'est qu'il faut certes commémorer. Il faut entretenir la flamme, le souvenir. Mais il n'est pas certain que les pouvoirs en place soient les mieux placés pour le faire. Car TOUJOURS, et c'est naturel (il n'y a même pas à leur en faire grief), ils tireront la couverture à eux, s'instaurant en légataires des héros commémorés. Vous pouvez tout reprendre, depuis la Guerre du Péloponnèse en passant par Plutarque, Michelet, et bien sûr l'éblouissant Pierre Nora (les Lieux de Mémoire), nous sommes là dans une constante de l'exercice du pouvoir. A nous, simplement, de faire la part des choses. En évitant d'être dupes.

 

Pascal Décaillet

 

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27/06/2014

Un nouveau théâtre : l'affaire des citoyens

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 25.06.14

 

Nouvelle Comédie, nouveau Théâtre de Carouge : a priori, comme spectateurs, comment ne pas nous féliciter d’avoir un jour deux espaces de scène flambant neufs dans le canton de Genève ? Le financement de la Nouvelle Comédie, on le sait, est à l’étude. Et, à Carouge, un référendum conteste la part que devrait payer la commune dans un nouveau théâtre. Dans les deux cas, le nerf de la guerre, l’argent, pose problème.

 

Autant le dire tout de suite aux coqs de combat des deux projets : il est parfaitement normal que le corps des citoyens, qui sont aussi contribuables, ait voix au chapitre concernant ces projets. Les millions d’un nouveau théâtre ne concernent absolument pas le seul monde des comédiens, mais l’ensemble de la société civile. Normal que les citoyens demandent des comptes, des évaluations exactes, et finalement décident.

 

Normal, aussi, qu’ils se posent des questions. Par exemple, se demander pourquoi l’espace culturel genevois aurait à tout prix besoin de ces deux nouveaux théâtres. Pourquoi, entre les écuries concurrentielles soutenant l’un et l’autre, n’existe aucune vision d’ensemble. Pourquoi le Canton de Genève, qui a de réelles attributions culturelles, se montre pour l’heure aussi muet que le mime Marceau dans le dossier.

 

Le dossier, d’urgence, est à arracher aux seules mains des professionnels et groupes d’intérêts. Il appartient à l’espace public. A nous tous. Citoyens. Et contribuables.

 

Pascal Décaillet

 

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Profs : le miracle de la transmission

 

Coup de Cœur - GHI - Mercredi 25.06.14

 

Au moment où ils s’apprêtent à prendre des vacances méritées, je veux dire ici ma reconnaissance à tous les profs du canton. Tous. Ceux de tous les niveaux, classes enfantines, primaires, secondaires, universitaires, enseignement professionnel, spécialisé. Tous ceux qui, en un quelconque domaine, transmettent des connaissances, une habileté, un savoir-faire. Le métier est magnifique, mais dur. Ce que nous, les citoyens, devons favoriser au maximum, c’est le climat de confiance avec les enseignants. Ils ne doivent pas se sentir dans un monde à part, mais dans l’exercice d’une fonction, ô combien capitale, de notre société : celle de la transmission. La qualité de ce climat est infiniment plus importante que le nombre d’heures de telle ou telle branche. En ce monde plus qu’ailleurs, sachons voir l’essentiel.

 

Pascal Décaillet

 

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26/06/2014

Conseil d'Etat : la Caisse, c'est unique

 

Sur le vif - Jeudi 26.06.14 - 09.33h

 

Le Conseil d'Etat genevois, hier, a fait savoir son opposition à la traversée de la Rade, sur laquelle nous votons le 28 septembre.



Dès lors, pourquoi n'indique-t-il pas clairement son soutien à la Caisse publique unique, sur laquelle nous votons le même jour ?


Car soutien il y a, et sans doute à 5 sur 7: les deux magistrats de gauche, le PDC+ Mauro Poggia, mais aussi les deux PDC non-ionisés, puisque leur parti cantonal soutient la Caisse unique.



""Nous n'avons pas voté formellement", révélait hier soir à GAC le PDC ionisé Mauro Poggia. Et c'est justement cela qui intrigue: puisque 5 magistrats sur 7 sont pour, pourquoi le Conseil d'Etat ne roule-t-il pas officiellement pour la Caisse publique unique ?


Peut-être parce que sa majorité bourgeoise, composée de deux radicaux, deux PDC non-ionisés, et d'un PDC+, voudrait éviter, en termes d'image, d'attaquer frontalement le monde de la droite économique, la droite de l'argent et des puissants. Le monde qui combat la Caisse publique unique. Le monde qui avait financé, l'automne dernier, et tous les automnes du monde depuis si longtemps, la campagne de ces Messieurs. On n'attaque pas son financier. Parce qu'avoir quelqu'un qui tient la Caisse, c'est unique.

 

Pascal Décaillet

 

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25/06/2014

Citoyens, existons par nous-mêmes !

 

Sur le vif - Mercredi 25.06.14 - 14.36h

 

En Suisse, de plus en plus d'élus - dans les Parlements cantonaux ou aux Chambres fédérales - constituent la principale force de nuisance aux droits populaires. Parce qu'étant élus (ce qui est juste une délégation pour qu'ils fassent des lois et contrôlent les gouvernements), ils sont très vite pris par le sentiment de faire partie d'une caste. Ils oublient leurs antagonismes idéologiques, pourtant fondateurs de la dialectique en démocratie, se tiennent entre eux, se tutoient, s'imaginent qu'ils détiennent l'exclusivité du débat politique. Alors que ce dernier appartient à l'ensemble des citoyens.


En Suisse comme ailleurs, la fracture entre le corps des citoyens et les élus augmente. Parce que ceux-ci ne défendent pas suffisamment ceux-là, ce qui est pourtant leur mission première. Trahison des clercs, j'en reviens à ces trois mots, qui titrent l'un de mes derniers papiers.


Face à ce petit monde, le corps des citoyens doit s'organiser. Dans le respect de notre démocratie, donc par les voies parfaitement légales que sont, aujourd'hui, l'initiative et le référendum. Mais il doit aussi prendre son destin en mains, de façon autonome, à l'échelle de sa masse numérique. Les instruments de communication d'aujourd'hui, avec les mises en réseau, rendent une vie démocratique nouvelle, à cette échelle de masse, non seulement possible mais hautement stimulante.

 

Pascal Décaillet

 

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Les droits populaires ? Il faut les renforcer !

 

Sur le vif - Mercredi 25.06.14 - 10.25h

 

L'une des puissances montantes de la politique en Suisse est la conscience progressive des corps électoraux (dans les cantons et au niveau fédéral) de constituer non seulement l'échelon ultime et souverain de notre système, mais aussi un ORGANE de notre démocratie.



En l'appelant "le peuple", mot magnifique, émotionnel, simple, riche en alluvions, on gagne dans l'ordre du mythe, mais on perd en précision. Lorsque je dis "le corps électoral", c'est beaucoup moins beau que "peuple", moins romantique, moins bercé de Goya ou de Delacroix. Mais c'est plus précis, moins polysémique. Cf mon article de la Revue jésuite Choisir, en 2004, sur les multiples champs sémantiques de ce mot.



C'est pourtant bien du corps électoral qu'il s'agit, des 26 suffrages universels cantonaux, et des quatre millions de citoyens au niveau fédéral. Ces grands ensembles méritent une autre étiquette institutionnelle que simplement "le peuple". Et la politique suisse, de plus en plus, va se faire à hauteur directe de ces décideurs. Nous avons déjà l'initiative, le référendum, instruments précieux qui permettent une soupape unique au monde pour corriger, d'en bas, l'impéritie ou la cécité des corps intermédiaires.



Mais il convient d'aller plus loin. D'ici 50 ans, 100 ans, avec les progrès fulgurants des mises en réseau, de nouveaux outils de la démocratie, à hauteur du suffrage universel, peuvent être inventés. Et je pense qu'ils le seront. Encore, bien sûr, convient-il d'en codifier l'usage avec précision, de les inventer de façon démocratique, en prenant le temps, comme nous en avons l'habitude en Suisse. Je parle ici à l'horizon des générations futures, non de demain, ni même d'après-demain.



Cette part accrue du suffrage universel, cette extension des droits populaires, seront d'autant plus voulues par le peuple d'aujourd'hui, que les corps intermédiaires, les mandarins et les clercs des administrations, qui sentent bien décliner un pouvoir venu du dix-neuvième siècle, gesticuleront en essayant de limiter la capacité d'action de ce qui vient d'en bas. On vient de le voir avec la lamentable affaire du groupe de travail de la Chancellerie fédérale.



Montée en puissance des droits populaires et du suffrage universel. Corps intermédiaires arrogants et sur la défensive, tentant de s'accrocher à leurs privilèges. Telles sont les dimensions puissantes de l'évolution politique en Suisse, aujourd'hui et surtout demain.

 

Pascal Décaillet

 

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24/06/2014

Droits populaires : la Trahison des Clercs

 

Sur le vif - Mardi 24.06.14 - 17.33h

 

J’emprunte mon titre au livre inoubliable de Julien Benda qui lui, en 1927, s’en prenait à une autre caste. Pour dire ma colère. L’affaire du groupe de travail mis sur pied en secret par la Chancellerie fédérale, pour plancher sur une révision à la baisse des droits populaires, ne passe pas. Nous les citoyens, oui nous le suffrage universel, devons exiger toute la lumière. Nous, et pas nos élus, surtout pas les parlementaires fédéraux, ceux de ces commissions qui passent leur temps à invalider, corriger, rétrécir tout ce qui vient d’en bas. Pour ma part, ma confiance en eux va diminuant.

 

Il est temps que ce pays élargisse son débat politique à l’ensemble du corps électoral, et que ce dernier (plus de quatre millions de personnes en Suisse) soit de plus en plus défini comme un organe institutionnel, et non simplement appelé « le peuple », ce qui ne veut rien dire, ou plutôt trop de choses en même temps, comme je l’ai souvent montré dans des articles. A Genève, cela s’appelait « le Conseil général », il est fort dommage que l’appellation soit devenue caduque : elle donnait à la masse électorale une entité institutionnelle, reconnue, de même que l’on dit « le Conseil d’Etat » ou « le Grand Conseil ». Eh oui, le peuple électeur, ça n’est pas une masse informe, c'est un organe de notre système.

 

L’affaire du groupe de travail ne passe pas. Le Blick d’aujourd’hui publie la liste des membres, où s’amoncellent les technocrates. Un bureau de fonctionnaires,  à la Pirandello, qui aurait pour mission de démanteler nos droits populaires. Sous prétexte d’unité de matière, de « droit supérieur », où l’empire du juridisme servirait de paravent à des fins politiques : se débarrasser des textes qui gênent le pouvoir en place. C’est cela, exactement cela, qui est déjà maintes fois tenté à chaque passage d’une initiative devant le Parlement. Cela dont on nous prépare le durcissement, l’officialisation.

 

Qui nous le prépare ? La Chancellerie ! L’état-major du Conseil fédéral, dont le rôle est la mise en œuvre coordonnée des décisions de l’exécutif. L’ordre de mission à la Chancellerie, qui l’a donné ? Quel Département ? Quel conseiller fédéral ? Quels feux verts du Parlement ? A ces questions, nous les citoyens devons exiger des réponses. Car faute de réponses crédibles et précises, alors s’installera encore plus le sentiment d’être trahi par les clercs. Comme si une nomenclature, à Berne (et aussi dans les cantons) tournait en vase clos. Oublieuse de sa mission première de représenter le peuple.

 

Au demeurant, ma vision personnelle est qu’il ne faut pas limiter les droits populaires, mais au contraire les étendre. Par exemple, comme je l’ai récemment proposé, faire en sorte que le suffrage universel puisse s’exprimer non seulement en réaction à des décisions parlementaires (référendum), mais, d’ici quelques années, en accord avec les progrès fulgurants des mises en réseaux et des modes de communication, en construction de nouvelles lois. Oui, des lois, élaborées directement, au terme d’un processus qui devrait évidemment être savamment codifié pour que nous demeurions dans l’ordre du démos, et pas celui de la doxa (opinion). Des lois, et plus seulement des changements constitutionnels (initiatives). Oh, ça n’est pas pour demain, il y faudra une ou deux générations, mais je suis persuadé que le temps de la toute-puissance de la représentation parlementaire, hérité de celui des diligences, sera bientôt révolu.

 

Musique d’avenir, j’en conviens. En attendant, il nous faut toute la lumière du côté de ce qui se magouille à la Chancellerie fédérale. Nous sommes des citoyens, pas des sujets. Ensemble, nous sommes le souverain ultime de ce pays.

 

Pascal Décaillet

 

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Le peuple - Quel peuple ?

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mardi 24.06.14


 
En appliquant de façon conforme l’initiative acceptée le 9 février par le peuple et les cantons, Simonetta Sommaruga donne un heureux signal. Celui d’un Conseil fédéral qui, cette fois, ne tente pas de contourner la volonté du souverain. Je m’en réjouis dans le cas de ce texte, mais je m’en réjouirais tout autant pour des objets que j’aurais combattus : on ne finaude pas avec le suffrage universel. Une initiative acceptée doit être mise en application, de façon claire, simple, sans attendre des années.


 
Une initiative, un référendum, sont des organes de notre démocratie. Parmi d’autres. Le suffrage universel n’est pas là pour absorber toutes choses, ruiner le crédit des Parlements, bien sûr que non. Le génie de notre système, c’est de pouvoir mettre en dialectique les décisions des législatifs et, parfois, l’appel au corps électoral dans son ensemble. Les parlementaires ne doivent pas regarder de haut la démocratie directe, même si cette dernière vient souvent contredire leurs décisions (référendums) ou, pire, jeter dans le débat public des thèmes qu’eux n’auraient jamais empoignés (initiatives). A l’inverse, il ne saurait être question de dictature du peuple : les corps constitués doivent être respectés.


 
Au reste, il ne faut pas parler de « peuple », cela ne traduit que la pauvreté de la langue française. Le « démos » qui s’exprime dans le suffrage universel, c’est le corps électoral. Qu’il faut bien séparer de la « doxa », l’opinion, celle des sondages ou du café du commerce. Ne pas confondre non plus avec « Bevölkerung », qui désigne l’entier d’une population résidente, y compris les étrangers ou les jeunes de moins de 18 ans. Confusions d’ailleurs entretenues au plus haut niveau, lorsque cela nous arrange : je viens de visionner les quelque cinquante minutes d’entretien du journaliste Michel Droit avec le général de Gaulle, début juin 1968, juste au sortir de la crise. Le Général dit en avoir « appelé au peuple » en faisant référence à la puissante contre-manifestation gaulliste du 30 mai, qui a sifflé la fin de la récréation. Disant cela, il joue volontairement sur les mots : son seul vrai « appel au peuple » est la dissolution de l’Assemblée, et l’organisation d’élections pour fin juin. Parce que là, il en appelle au « démos », et non à la masse d’une foule.


 
Pascal Décaillet

 

08:53 Publié dans Chroniques éditoriales Nouvelliste | Lien permanent | Commentaires (1) | |  Imprimer |  Facebook | |

16/06/2014

Vous m'en mettrez une Caisse, SVP.

 

Sur le vif - Lundi 16.06.14 - 14.02h

 

Le Conseil fédéral ne veut pas d'une Caisse publique unique, tartinent les journaux.



On s'en doute bien, qu'il n'en veut pas. Cet aimable septuor passe son temps à dire non à toutes les initiatives. Le premier Neinsager du pays, c'est lui ! Une fois qu'elles sont acceptées, il passe son temps à nous dire qu'elles sont inapplicables, et que le souverain a mal voté.



Que le Conseil fédéral veuille ou non de la Caisse publique unique, que les Chambres en veuillent ou non, n'a aucune importance. Ils passent leur temps à se boucher le nez, de dégoût, face à tout message venu du peuple. Tout signal tellurique surgi d'en-bas. Et là, avec une initiative ou un référendum, nous sommes bien dans l'ordre du démos, dûment prévu dans notre ordre juridique, et non dans la doxa des sondages d'opinion, ou de café du commerce.



Ce qui compte, c'est ce que décideront le peuple et les cantons, le dimanche 28 septembre.



Une initiative est une affaire du peuple avec le peuple. Elle n'est pas prioritairement l'affaire du petit monde de la molasse bernoise.

 

 

Pascal Décaillet

 

14:02 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

13/06/2014

Ca sert à quoi, un Parlement ?

 

Publié dans GHI - 11.06.14

 

La question est simple : pourquoi un canton d’un demi-million d’habitants doit-il déléguer à cent d’entre eux non seulement d’importants pouvoirs pour la vie de la Cité, mais aussi une visibilité, une notoriété donnant l’impression qu’ils seraient l’alpha et l’oméga de notre vie politique ? Les Parlements, ces assemblées qui, dans nos contrées, font les lois depuis la Révolution française, ont-ils encore un sens à l’époque de l’information partagée, où d’autres modèles de citoyenneté, incluant beaucoup plus de monde, sont imaginables ? Il ne s’agit pas, comme on tente mensongèrement de nous le faire croire, d’un débat opposant l’institution à l’opinion. Mais tentant de mettre en dialogue l’institution actuelle (parlementaire), face à d’autres institutions, plus globales, à inventer. Où le démos (le corps électoral) serait simplement élargi, comme il l’est déjà aujourd’hui dans les initiatives et les référendums.

 

Musique d’avenir ? Oui, bien sûr. Mais il faut y réfléchir. Parce que les temps ont changé. L’époque des Diètes, dans lesquelles on envoyait siéger des notables, date du temps des diligences. D’où l’habitude, assez étrange, qu’a gardée le Parlement suisse de ne se réunir, de façon ordinaire, que quatre fois par an, avec un calendrier connu des années à l’avance. Antique liturgie, en décalage avec les accélérations de la politique. Et puis, il y a le degré de connaissance des dossiers. Nous vivons aujourd’hui le temps de l’information partagée, c’est même la révolution majeure de notre époque. Si le suffrage universel peut se prononcer sur des initiatives et des référendums, pourquoi ne le pourrait-il pas plus systématiquement, non pour réagir à des lois, mais pour les créer lui-même ? D’ici deux ou trois générations, j’en suis certain, nos enfants ou petits-enfants auront empoigné ces problèmes.

 

Evidemment, les parlementaires eux-mêmes (tous, cantonaux ou fédéraux) sont les premiers à refuser ce débat. Vous leur parlez extension du suffrage universel, ils vous traitent aussitôt de populistes, ou (pour les plus cultivés d’entre eux) de partisans d’une démocratie plébiscitaire, de type bonapartiste, où les pouvoirs intermédiaires (le leur, évidemment) perdraient du terrain. En nous répondant ainsi, en qualifiant avec mépris de « démocratie d’opinion » le pouvoir du peuple, ils nous mentent. Ils tentent de nous faire croire que d’un côté, il y aurait l’institution légitime, et de l’autre l’imprévisible férocité de l’opinion. Mensonge, oui : l’initiative et le référendum, par exemple, ne sont pas mouvements d’opinion, mais organes, parfaitement prévus par notre Constitution, de décision démocratique. Au même titre – ni plus, ni moins – que la délibération parlementaire.

 

Je dis « ni plus, ni moins ». Il n’est aucunement question de supprimer l’institution parlementaire. Mais d’imaginer des modèles d’extension du suffrage universel. Surtout, refuser avec la dernière énergie ce grief de « populisme » jeté comme une antienne par  une caste intermédiaire qui, sous prétexte qu’elle a un jour été élue, entend confisquer au peuple une participation accrue aux décisions qui serait pourtant aussi salutaire que bienvenue.

 

Pascal Décaillet

 

16:13 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Illisibles Verts !

 

Coup de Griffe - GHI - 11.06.14

 

Illisibles Verts ! On aurait pu penser, le 6 octobre 2013, que l’expérience de l’apnée, pour cause de plongée électorale, pût servir à ce parti de propulsion pour une cure d’opposition et surtout de clarté. Las ! Quelqu’un pourrait-il leur expliquer qu’il ne leur est plus nécessaire, désormais, de défendre à tout prix les réseaux du pouvoir en place, qu’ils ont le droit de les critiquer. Et qu’être un parti décidément trop jeune et sans Histoire, ne les oblige pas à ce regard de candeur sucrée sur le tragique du monde. Parlementaires, ils ne veulent surtout pas trop contrôler l’action du gouvernement. Qu’on leur parle commission d’enquête, ils s’étouffent. Et en plus, ils viennent nous faire la leçon sur la démocratie d’opinion. Légers, trop légers. Hors du monde. A force d’être nouveau, tout finit par vieillir.

 

Pascal Décaillet

 

 

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Ecopop, "épouvantail pour l'UE" - Et alors ?

 
Sur le vif - Vendredi 13.06.14 - 09.50h
 
 
"Ecopop, épouvantail pour l'Union européenne", titre le Temps.


Avant de nous dire ce qu'Ecopop représente pour l'UE, ce journal pourrait déjà commencer par nous expliquer les enjeux d'Ecopop. En quoi consiste cette initiative. A quelles carences, omissions ou impérities des pouvoirs intermédiaires elle réagit. Donner la parole aux initiants. Tenter de comprendre leurs motivations profondes. S'interroger sur les questions majeures brassées par ce texte, pour l'avenir de notre pays, en matière de démographie, de qualité d'environnement. Poser le problème en termes d'intérêts supérieurs du peuple suisse. Et non d'image donnée à l'UE.


Une initiative s'inscrit dans les intérêts supérieurs du peuple suisse. On l'accepte, ou on la refuse, en fonction des intérêts supérieurs du peuple suisse. Notre horizon d'attente n'est pas celui de l'univers, mais celui, tellurique, de notre appartenance à un destin national commun. Chacun juge, et un beau dimanche on tranche. Une initiative est une affaire du peuple suisse avec le peuple suisse, et non avec la carte de visite que nous souhaitons présenter à Bruxelles.
 

La question de l'image que notre décision souveraine, celle de notre peuple et de nos cantons, délivre à l'institution (au demeurant chancelante) appelée "UE" doit venir loin après la pesée de nos intérêts nationaux. Par rapport à ces derniers, elle est très accessoire.


A force de génuflexions apeurées face à tout ce qui ressemble aux conglomérats multinationaux, lesquels sont d'ailleurs en voie de liquéfaction, le Temps semble considérer comme dépassé, désuet, le stade d'une réflexion nationale. Il a tort, parce que non seulement l'échelon de la souveraineté nationale est encore là, mais il a peut-être un très bel avenir devant lui. En Suisse, comme partout ailleurs.


Titrer sur cette cette affaire d'image est révélateur de l'idéologie de ce journal. Il a le droit de l'avoir. Nous, de la décrypter.
 
 
Pascal Décaillet
 
 

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11/06/2014

Sept personnages en quête de hauteur

 

Sur le vif - Mercredi 11.06.14 - 17.27h

 

Il ne saurait être question que ceux qui se prétendent observateurs attentifs de la vie politique se contentent de rendre compte, porter la parole du pouvoir, lui tendre un miroir. A cet égard, l’exercice de majesté appelé « conférence de presse » doit toujours être lu en décryptage, sinon autant postuler directement comme attaché de presse des puissants. On s’attachera donc à y déceler les rapports internes de pouvoir, en dégager les desseins réels, en interpréter la répartition de la parole et les effets chorégraphiques. Communiquer, c’est porter le geste et la parole. Du côté de ceux qui reçoivent le message, s’inscrire dans la lucidité, et non dans l’obédience, c’est traduire, et traduire encore.

 

Dans la conférence de presse du Conseil d’Etat sur le programme de législature, qu’avons-nous vu ? D’abord, le Prince. Celui qui ouvre la cérémonie, titre les chapitres, donne et reprend la parole, et finalement conclut. La parole, il l’offre d’abord à son vice-président et collègue de parti, puis au fidèle ministre des Finances, puis aux autres, certains demeurant longtemps dans le rôle du mime avant d’accéder au miracle du langage. Ce qu’on donne à VOIR nous en apprend évidemment plus que ce qu’on dit, le contenu de la conférence de presse brillant d’ailleurs par sa maigreur : rien de ce qui fut évoqué cet après-midi, entre 15.15h et 16.15h, par un gouvernement aux affaires depuis six mois, ne l’avait été, parfois mot pour mot, lors des débats que nous avions organisés lors de la campagne électorale de l’automne 2013. Rien. Six mois de surplace ?

 

Rien. Le président, au tout début, nous annonce un programme de rigueur, mais on nous dit sur la fin que le vrai plan d’économies – celui que tous attendent – ne sera dévoilé que cet automne. Donc, rien. Le ministre des Finances, M. Dal Busco, nous confirme le chiffre de 13% pour l’impôt sur les entreprises. Rien de nouveau. Pierre Maudet nous parle de l’aile-est de l’aéroport, sans rien nous dire sur les difficultés de ce chantier. Rien. Mme Emery-Torracinta nous parle jeunes en rupture et manque de places en formation duale, toutes choses que nous avions, pour notre part, exactement pointées lors des débats électoraux de l’automne dernier. Elle énumère les problèmes (nous avions multiplié les débats sur ces sujets), mais nous laisse orphelins de pistes pour les résoudre. Après six mois de stage de mime à l’École Marceau, on en attendait franchement plus.

 

Idem, M. Poggia nous parle réinsertion des chômeurs en fin de droit – là aussi, nous avions consacré d’innombrables débats cet automne – sans nous dessiner vraiment d’issue. MM Barthassat et Hodgers s’expriment sur la fin, sans que leur pensée – sans doute la fatigue du spectateur – puisse être résumée à du concret.

 

Au final, un beau septuor, une distribution parfaite de la parole, du papier à musique. Mais à retenir de nouveau, rien ou presque. Le gouvernement, qu’a-t-il fait ? Il a fait monstration théâtrale et chorégraphique de sa capacité collégiale. Fort bien. Mais pour nous dire QUOI ? A vrai dire, rien de plus que ce que tout observateur un peu averti de la chose politique genevoise pouvait dégager lors de la campagne électorale. Nous avons donc VU le Conseil d’Etat. Nous l’avons ENTENDU PARLER. Mais nul message nouveau n’a émergé. Au fond, le gouvernement a annoncé la couleur, comme dans une ouverture musicale. Mais la symphonie, ce sera pour une autre fois. Une autre législature. Ou une autre vie.

 

Pascal Décaillet

 

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Le Parlement rejette Ecopop - Et alors ?

 

Sur le vif - Mercredi 11.06.14 - 11.34h

 

Comme il fallait s'y attendre, les journaux tartinent à mort sur le sort réservé à Ecopop par les Chambres fédérales, alors que l'avis du Parlement sur une initiative populaire, dûment munie des signatures requises, n'a qu'une importance mineure.


Une initiative - je le répéterai chaque fois, autant qu'il le faudra - n'est pas une affaire du Parlement, du moins pas prioritairement. Elle est une affaire du peuple avec le peuple. Le défi lancé à l'ensemble du corps électoral par un petit groupe, au début, d'hommes et de femmes, les inititiants, qui va s'élargissant jusqu'à, un beau dimanche, peut-être s'imposer, et modifier notre Constitution.


Et c'est précisément là où les parlementaires ont démérité, pas fait leur boulot, pas senti les préoccupations profondes de la population, que des initiatives sont lancées. Alors, bien sûr, elles désavouent les parlementaires. Alors, bien sûr, les parlementaires entreprennent toutes choses, à commencer par cette odieuse comédie de l'invalidation, pour tenter de les discréditer.



Il ne faut pas se laisser faire par les parlementaires. Une initiative, ce sont le peuple et les cantons qui doivent la trancher. Et les journalistes affidés au pouvoir en font beaucoup trop sur l'avis du Conseil fédéral, l'avis du Parlement, l'avis des experts, le "droit international supérieur".


De grâce, laissons le peuple de ce pays lancer des initiatives. Le corps électoral tout entier, près de quatre millions de personnes, est largement assez mûr pour juger s'il faut les accepter ou les refuser. Cessons de multiplier les gesticulations des corps intermédiaires pour tenter de les entraver.

 

L'initiative Ecopop, qui soulève des questions passionnantes, doit être tranchée par le peuple et les cantons. Un beau dimanche. Loin du Parlement. Loin du Conseil fédéral. Loin de Berne et de sa molasse. Le peuple et les cantons diront oui. Ou diront non. Ce sera leur décision, souveraine. Pour ma part, quelle qu'elle soit, je l'accepterai.

 

Pascal Décaillet

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L'enfer, c'est la Suisse

 

Chronique publiée dans Lausanne Cités - Mercredi 11.06.14


 
Prenons un Milanais qui passe le Simplon, pour se rendre à Lyon. Ou un Allemand, qui descend en Provence, via notre pays. Pour ces deux voyageurs, l’enfer c’est la Suisse, En France, en Italie, les autoroutes sont magnifiques. Larges, spacieuses, avec des panneaux qui vous tiennent au courant de tout ce qui se passe, travaux annoncés vingt kilomètres à l’avance, déviations, et même conseils, toujours amicaux et respectueux, sur la nécessité de faire régulièrement des pauses, respecter les vitesses, etc.


 
Oui l’enfer, c’est la Suisse romande. En débouchant sur l’autoroute valaisanne, direction Vaud, notre Lombard fera l’apprentissage des bouchons, sans aucun accompagnement explicatif, il devra payer un franc (ou un euro) pour se soulager. Notre Germain, dès la jonction au-dessus de Vevey, à la fin du toboggan, découvrira, en même temps qu’un paysage de rêve, l’étroitesse des autoroutes des années soixante, la menace écrite et affichée de lui retirer son permis alors qu’il n’a pas encore vraiment roulé, la circulation en accordéon ne lui laissant guère le loisir de dépasser les limites.


 
En France, en Italie, on accueille le voyageur. On l’informe. On l’accompagne. On le traite en adulte. En Suisse, on le menace, avec ce ridicule panneau vaudois affichant le nombre de permis retirés. On l’infantilise. En ne lui offrant que des chaussées étroites et vieillottes. Triste image de notre pays, de sa capacité d’accueil, de son rapport à l’autre. A améliorer, d’urgence.


 
 
Pascal Décaillet

 

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10/06/2014

Brahms, la solitude...

 

Chronique publiée dans le Nouvelliste - Mardi 10.06.14

 

J’aime les hommes seuls. Ou plutôt, la dimension de solitude des humains. Rien ne m’est plus étranger que les foules. Rien ne m’est plus barbare que leurs hurlements. L’homme est un être social, nous dit Aristote, et c’est pour cela que j’écris cette chronique, et que peut-être vous me faites l’amitié de me lire. Grâce à toute une chaîne de personnes, techniciens, rotativistes, qui auront fait venir ce journal dans vos mains. L’être social oui, lorsqu’il se rend utile, nous fait vivre des émotions communes, joue dans un orchestre, conduit une locomotive, prépare nos repas, veille dans vos nuit d’hôpitaux pour vous prendre la tension. L’être social, dans la chaîne de solidarité. Mais au fond, chacun de nous est seul.

 

La solitude n’est pas l’isolement. Elle n’empêche ni la relation amoureuse, ou amicale, ni l’affection familiale, ni la présence hebdomadaire dans une chorale ou sur un terrain de sport. Reconnaître sa solitude fondamentale n’est en rien une entrave à la vie sociale, bien au contraire. Ce qui tue le groupe, c’est l’illusion qu’il pourrait, parce qu’il est multiple, rassurant, conjurer les fondements de nos solitudes. Alors qu’au mieux, il ne contribue qu’à les masquer provisoirement. L’homme est un être social, « zoon politikon », un animal aventuré dans la citoyenneté, oui, les humains vivent ensemble, « les uns contre les autres », rares sont les ermites. Et pourtant, chacun de nous est seul.

 

Seule cette dimension m’intéresse chez mes frères humains. Chacun de nous est alternativement seul ou dans la société, eh bien disons que c’est la première des deux situations qui retient mon attention. « Les hommes, il conviendrait de ne les connaître que disponibles. A certaines heures pâles de la nuit. Près d’une machine à sous. Avec des problèmes d’hommes. Des problèmes de mélancolie » (Léo Ferré). J’aime que se cisèlent dans mon regard des silhouettes isolant l’individu. Dès que la même personne, à un autre moment de sa journée, rejoindra son club de foot, son groupe parlementaire ou sa sortie de contemporains, elle cessera de m’intéresser. A moins, bien sûr, qu’elle ne chante dans un chœur. Allez disons Brahms, un Requiem allemand. Comme si le simple et le complexe, par le génie d’un homme, parvenaient parfois à ne faire qu’un.

 

Pascal Décaillet

 

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06/06/2014

Thomas Bläsi, émergence d'un homme libre

 

Sur le vif - Vendredi 06.06.14 - 09.55h

 

Au Parlement, ne craignant ni solitude, ni adversité, défendant ses valeurs et ses convictions profondes, émerge Thomas Bläsi. Comme Cyril Aellen (et quelques autres), un homme qui existe par lui-même. Et non par la simple appartenance, oh cette éternelle impasse grégaire, au groupe. Ni la docile obédience à un magistrat. Ces deux-là, et donc quelques autres, par leur fibre et leur indépendance, font vivre le législatif dans sa vocation de contrôle et de premier pouvoir.

 

Hélas, face à eux, combien de tifosi de leurs ministres, combien de pom pom boys, ou girls, de leur écurie, de leur chapelle. Prêts à tout pour éviter la transparence, si par malheur cette dernière devait s'appliquer à leur conseiller d'Etat. Leur vraie loi, à eux, n'est pas la République, mais l'appartenance. Ce sont des claniques. Des féodaux. Des vassaux fantômes.

 

Trop d'hommes aujourd'hui, tous domaines confondus, manquent cruellement d'indépendance et de puissance de solitude. Auraient-ils peur d'eux-mêmes ? A se fondre dans la masse, ils croient trouver la survie. Ils n'y rencontreront que la dissolution. Pour ma part, en littérature comme en politique, en musique comme en poésie, et même dans l'itinérance recommencée, j'aime le profil qui se cisèle. Seul, face à la totalité opaque de la masse.

 

Pascal Décaillet

 

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04/06/2014

Financer des émissions, pas des entreprises

 

Prise de position publiée dans "Edito + Klartext, Le Magazine des Médias", no 03, 2014, dans le cadre d'un grand dossier sur la redéfinition du service public dans l'audiovisuel.

 

Entrepreneur indépendant, employeur, journaliste depuis bientôt trois décennies, ayant travaillé autant pour le privé que pour la SSR, je milite pour une redéfinition complète du champ de ce qu’il est convenu d’appeler le « service public ». Pour abattre immédiatement mes cartes et dévoiler le fond de ma pensée, je peine à entrevoir pourquoi, en 2014, les journaux papiers étant entièrement financés par le privé, il faudrait éternellement s’accrocher à ce que l’audiovisuel relève, quant à lui, dans son écrasante majorité (la SSR), d’une sorte de tâche régalienne d’Etat dont seraient dispensés nos quotidiens et nos hebdomadaires. Mais dans cette perspective, je sais que je suis minoritaire comme citoyen : s’il fallait voter, le peuple suisse demanderait sans doute le maintien d’un service public. Donc acte.

 

Mais alors, lequel ? Ce qui ne va pas, aujourd’hui, c’est la double équation « SSR = service public », et « TV ou radio privées = médias commerciaux », dans l’acception péjorative du mot. Il y aurait d’un côté un Temple national des équilibres, de l’autre l’incontrôlable sauvagerie de l’entreprise privée. Ce préjugé, dûment entretenu par les services de M. de Weck (le patron de la SSR), tous les archanges et séraphins de sa propagande, est non seulement faux, mais profondément injuste. Les méchants privés (Léman Bleu, La Télé, Canal 9, etc.) produisent depuis des années, quotidiennement, des débats politiques, des ouvertures économiques, culturelles et sportives. Inversement, l’immaculée SSR nous offre des séries américaines, des courses de Formule 1, et quantité d’émission qui ont certes parfaitement lieu d’être, mais qui ne relèvent en aucune manière d’un service public.

 

Dès lors, puisque l’opinion semble (encore) attachée à ce concept, il y aurait lieu, pour le moins, de le redéfinir drastiquement. Question majeure : et si, au lieu de financer, par l’essentiel de cet impôt déguisé qu’on appelle redevance, une armada de chaînes entières (les innombrables canaux radio ou TV, en quatre langues, de la SSR), on ciblait les aides sur des émissions ? Peu importerait qu’elles émanent de la SSR ou des privés, pourvu qu’elles soient, par la qualité de leur apport, de nature à aiguiser la citoyenneté, faire connaître les enjeux sociaux et économiques (d’un périmètre donné), refléter la puissance des antagonismes, donner la parole aux gens, mettre en valeur les actions culturelles et sportives de proximité. Cela, aujourd’hui, se fait dans les chaînes privées. Avec un autre enthousiasme, une autre économie de moyens, une autre puissance d’engagement qu’à la SSR.

 

Après tout, s’il faut encourager le « service public », faisons-le là où, DE FACTO, il existe déjà aujourd’hui. Et peu importe que la société qui le produit soit privée, la SSR, ou même une micro-entreprise de deux ou trois journalistes. La seule condition serait de s’inscrire dans un mandat précis de citoyenneté. On financerait des émissions, et non plus des entreprises, avec le risque évident de perte de substance des moyens alloués. Ma proposition, j’en suis conscient, sera de nature à déstructurer le Mammouth, mais serait tellement vivifiante pour ceux qui, sur le terrain, ont fait le pari de l’entreprise et de l’information vivante.

 

Pascal Décaillet

 

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Mondial : la machine à fric

 

Commentaire publié dans le GHI - Mercredi 04.06.14


 
Que le football soit un sport magique, je n’en disconviens pas. Comme trois ou quatre milliards d’individus sur la planète, je serai d’ailleurs sûrement devant mon écran, en tout cas à partir des huitièmes ou des quarts de finale. A partir de là, je suis comme les autres : je participe au système. Chacun est libre. Ne rien regarder. Ne visionner qu’un peu. Ou tout voir, pendant un mois. Chacun est libre, et aucun d’entre nous n’a à juger le degré de consommation footballistique de son voisin.


 
Mais au Brésil plus qu’ailleurs, la pompe à fric est devenue insupportable. Sepp Blatter a beau promettre que dès le coup d’envoi du premier match, toutes les critiques iront s’évaporant dans le miracle de la fête, c’est évidemment faux. Combien de résidents chassés ? Combien de familles expulsées, pour faire propre ? Combien de damnés, évacués, invisibles, pour la création de ce paradis mondial qui s’offrira à nos yeux ?


 
Au Brésil, tous ces stades, immenses, qui va les payer ? Avec quel argent ? La fête, si belle soit-elle, combien de dettes laissera-t-elle derrière elle ? A combien de générations ? Et puis, la fois suivante, au Qatar, si Qatar il y a, les souffrances de ceux qui les construisent, les stades, qui les dira ? Partout dans le monde, l’argent du football, à qui profite-t-il ? A l’ensemble des communautés citoyennes, ou juste à quelques-uns ? Fallait-il à ce point livrer le destin de ce si beau sport à une telle tyrannie de l’argent ?


 
Pascal Décaillet
 
 

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