09/09/2014

Caisse publique : les raisons de mon oui

 

Sur le vif - Mardi 09.09.14 - 12.57h

 

Le 28 septembre, je dirai oui à la Caisse publique d’assurance-maladie, tout comme j’avais déjà, le 11 mars 2007, dit oui à la « Caisse maladie unique et sociale », nettement rejetée par le peuple et les cantons, principalement pour la question de son financement. Je dirai oui, et j’explique ici pourquoi, en précisant que de bons arguments existent des deux côtés. Disons-le tout net : j’ignore si la Caisse publique nous permettra de payer des primes moins exorbitantes qu’aujourd’hui, ce qui est assurément le souci majeur de la population, et je place le débat sur le seul plan qui m’intéresse dans les affaires politiques, celui de la vision citoyenne. La conception, en l’espèce, que je me fais du rôle de la santé publique dans une société humaine organisée, qu’on appelle « Etat ».

 

La LAMAL (loi sur l’assurance-maladie), je la connais par cœur, ayant assisté à Berne, il y a vingt ans, à l’intégralité des débats parlementaires sur la genèse de cette loi. J’ai vu tous les conseillers fédéraux s’y casser les dents, Flavio Cotti, Ruth Dreifuss, Pascal Couchepin, Didier Burkhalter, Alain Berset. Je ne recenserai pas ici les multiples raisons qui ont conduit à l’explosion des primes dans notre pays, nous les connaissons tous, et l’une d’entre elles, majeures, est évidemment la surconsommation médicale.

 

Mais surtout, ce qui a le plus lamentablement échoué, et qu’on nous brandissait pourtant, au milieu des années 1990, dans une idéologie libérale que n’allait pas arranger le courant blairien (contaminant jusqu’à  notre gauche en Suisse), c’est la mise en concurrence des Caisses. J’encourage tout historien en instance de mémoire ou de thèse à aller rechercher, dans les archives audiovisuelles et celles des journaux, les argumentaires d’il y a vingt ans, ces promesses de magie libérale, où le dogme du marché, d’inspiration anglo-saxonne, remplaçait celui d’une économie en effet passablement dirigiste, héritée de la guerre et des années d’après-guerre. Oui, j’espère que les historiens vont nous ressortir ces argumentaires avec leurs mirages de libéralisme post-moderne, où ce tout qui ressemble à une solidarité sociale, une mutualité au sein d’une communauté humaine, devait s’évaporer au profit des vertus de la concurrence-reine. Vingt ans après, le résultat est là. C’est un échec. J’ignore si un système d’Etat eût fait mieux, je ne me risquerais pas à l’affirmer. Mais la mise en concurrence est une cruelle défaite. Il faut aujourd’hui en prendre acte, en saisir la mesure.

 

A mon tour, je ne prétends pas que la prise en charge de l’assurance de base par une caisse-maladie nationale de droit public, avec agences cantonales ou intercantonales, serait une quelconque panacée. Mais comme citoyen, je veux y croire : non à la panacée, mais à quelque chose de plus solide, de plus juste, de plus solidaire, de plus conforme à l’idée que je me fais de la prise en charge de la santé au sein d’une nation moderne. Depuis toujours, je plaide pour que la santé (tout au moins dans l’assurance de base) échappe aux mécanismes de concurrence du privé. Pourquoi ? Mais parce qu’elle est d’intérêt éminemment public ! Parce qu’elle est notre bien le plus précieux, la condition de notre vie. Parce que chacun d’entre nous doit pouvoir accéder aux soins de base. Aussi, parce qu’économiquement, le libéralisme n’a jamais été ma vision des choses. Et qu’il existe pour moi d’autres valeurs que celles du profit. Par exemple, l’Etat. Par exemple, la République. Par exemple, la solidarité. Au nom de ces principes, dont vous voyez bien qu’ils sont politiques et non techniques, j’estime que la Suisse doit au moins essayer le modèle de Caisse publique que nous proposent les initiants.

 

Ensuite, quoi ? Eh bien ensuite, hélas, le 28 septembre, ce modèle sera refusé, sans doute par la puissance majoritaire du vote alémanique, où la conception du rôle de l’Etat n’est pas la même que dans les cantons latins. Je serai donc, le 28, dans le camp des perdants. Mais au moins, j’aurai plaidé. Reste que la Suisse, cette belle et vivante démocratie qui, à commencer par l’AVS en 1947-1948, a inventé après la guerre un réseau enviable d’assurances sociales, n’a pas réussi ce pari dans l’ordre de l’assurance-maladie. Partisan d’un Etat fort, je rêve d’une Révolution comparable à celle de l’instauration, à la Libération, de la Sécurité sociale par le général de Gaulle. Quelque chose, pour l’assurance de base, de puissamment collectif. Une réforme qui ressemble à une urgence d’Etat, inspirée par un mouvement de solidarité et de justice. Cela ne sera pas, je le vois bien, pour le 28 septembre 2014. Mais cela, en Suisse, devra bien advenir un jour. Car notre petit pays peut être très grand, lorsqu’il parvient, comme avec l’AVS juste après la guerre, à se doter d’instruments à la hauteur de son ambition pour le bien général, et non pour le seul profit de quelques-uns.

 

Pascal Décaillet

 

12:57 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (13) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

NON. Je ne veux pas plus d'ETAT. L'ETAT est un goinfre d'impôts, de taxes,
de surtaxes.

NON. Je ne veux pas de fonctionnaires en plus. La Grèce, la France ont trop de fonctionnaires. Et les pays sont surendettés. 180 milliards pour la sé- curité sociale française.

NON. Les socialistes Maillard - Rossini et cie savent-ils vraiment gérer une situation économique? Ils ont été fonctionnaires toute leur vie, sans prendre les risques inhérents à tout entrepreneur qui se respecte.

Écrit par : Noëlle Ribordy | 09/09/2014

Dommage. Je trouve que votre posture tourne à l'idéologie républicaine. Indigne d'un esprit chercheur, avide et ouvert.
Comme vous le relevez, ce qui importe aux administrés c'est la fin de l'hémorragie, la baisse des primes. Et là vous avez l'honnêteté de ne pas vous prononcer. Sous entendu que la caisse publique n'y changera pas grand-chose.
En fait, c'est pire. Etant donné que seuls 5 % des coûts sont concernés par les frais administratifs, nous pourrons nous attendre à des hausses avec un système étatique goinfre qui, malheureusement, ne pourra faire respecter l'accès aux meilleurs soins pour tous.
J'aurais adoré que nous faisions ticket commun aux prochaines élections du Conseil d'Etat, mais vous avouerez qu'un républicain et un libertaire ne font par vraiment bon ménage.

Ce seront donc deux sujets sur lesquels vous serez du côté de perdants. J'attends de vous entendre sur le taux de TVA pour les restaurateurs.

Écrit par : Pierre Jenni | 09/09/2014

@ Pierre Jenni - Le libertaire, de gauche comme de droite, est en effet le pire ennemi du républicain. Celui-ci vise l'Etat, celui-là ne vit que par l'exaltation de l'individu. Je vous laisse donc à vos taxis. Puissent-ils, un jour, avoir le pouvoir salvateur de ceux de la Marne.

Écrit par : Pascal Décaillet | 09/09/2014

Quel honneur, Pascal me répond !
Les taxis sont des individualistes forcenés. Ils conservent aujourd'hui la même force dont ils ont fait preuve à l'époque pour soutenir l'armée française. Il suffit de prendre connaissance de la dernière loi votée au pas de charge par le parlement et le sénat en France pour s'en convaincre.

Ne vous inquiétez pas trop. Je suis un libertaire à la suisse. Je milite pour un Etat fort dans ses domaines régaliens et, tant que l'assurance maladie restera obligatoire, elle entre dans ses prérogatives.

Écrit par : Pierre Jenni | 09/09/2014

Intéressant débat que vous lancez, Monsieur Décaillet. D'un côté, je suis bien d'accord avec vous. Et puis, il n'y a qu'en Suisse que des assureurs privés peuvent spolier des clients captifs des années durant avec la complicité de l'OFSP et, une fois démasqués, ne restituer que la moitié de leur larcin. Cette aventure plaiderait à elle seule pour la caisse unique.

Mais quelques lancinantes questions n'ont aujourd'hui pas de réponse. Quel impact aurait cette caisse, non pas sur les primes, mais sur l'emploi? Que deviendraient les employés de ces caisses privées qui, selon toute vraisemblance, perdraient leur travail? Ce serait un comble qu'après avoir volé leurs assurés et certains cantons, les caisses privées confient leurs sans-emploi à la solidarité de la collectivité...

Et puis, peut-on raisonnablement croire en l'efficacité du "service public"? Le doute est permis.

Et comme vous, je pense qu'il est bien probable que nos compatriotes alémaniques ne fassent capoter tout ça. C'est exaspérant, déjà, de l'imaginer.

Écrit par : Déblogueur | 09/09/2014

"Quel impact aurait cette caisse, non pas sur les primes, mais sur l'emploi?"
Quel contre-argument ! Economiesuisse parle de 12'000 emplois supprimés. Payés par qui si ce n'est les cochons payant vous et moi ? 12'000 x 5000 x 12 = 720 millions donc un milliard. Douze mille emplois en moins de Français et d'Allemands qui retourneront dans leurs pays et nous épargneront des milliards de constructions de bâtiments, d'écoles, d'hôpitaux...

Écrit par : Géo | 09/09/2014

Pourquoi ne pas prévoir une caisse publique en concurrence avec les caisses existantes ? Je crains fortement la 'fonctionnarisation' qui va résulter de la caisse unique, centralisée, politisée, avec les placards habituels, réservés aux fidèles des partis pour service rendus. De plus, on critique les salaires somptueux des directeurs des caisses mais si c'est pour se retrouver avec la mêmes situations que les CFF et la Poste, alors, non merci je préfère qu'on en reste au statu quo. Et peut-être vaudrait-il la peine de s'attaquer à la surconsommation d'actes médicaux de tout genre, tout comme faudrait-il songer à un financement séparé des coûts liés au quatrième âge. La caisse unique est juste un brouillard qui masque les vrais questions et leurs solutions.

Écrit par : uranus2011 | 09/09/2014

Oui je suis d'accord, la santé est la mission de l'état, on ne peut pas la confier au privé qui a pour but le profit.


Vous divaguez Géo, de plus les français ne viennent pas massivement en suisse, en fait il y'a même plus de suisses en france qu'inversement, enfin bref si ça vous fait plaisir de penser l'inverse...

Écrit par : Pierre Martin | 09/09/2014

«...et nous épargneront des milliards de constructions de bâtiments, d'écoles, d'hôpitaux...»

...et de routes... et de réparations de routes... et de bouchons....

On le voit bien le système actuel permet tout une cascade d'emplois divers, ainsi que de petits et gros profits.

Avec la caisse unique, tout ce blé n'ira que dans une seule poche, celle déjà bien grasse du fonctionnariat. De quoi bien faire saliver nos oligarques de gauche.

Ma conclusion: cette votation "piège à con", est totalement inutile. Les vrais problèmes posés ne seront pas résolus, dans n'importe lequel des deux cas de figure.

Donc, je ne vais même pas prendre la peine de poster l'enveloppe.

Epilogue......

Comme je crois que la chose va être retoquée façon röstigraben, on verra peut-être poindre une remise à plat de la LAMAL

Écrit par : petard | 09/09/2014

Merci pour cette analyse pertinente et non partisane.
Perte d'emplois: je pourrais me borner à affirmer que ce ne sont pas les primes des assurés qui doivent assurer des emplois.
Permettez-moi cependant de relever que les opposants à la caisse publique, qui affirment haut et fort que leurs coûts de fonctionnement sont réduits au minimum, prétendent simultanément que la caisse publique impliquera la perte d'emplois. Est-ce donc dire que la caisse publique pourra faire autant avec moins de personnel?
J'ajouterai que dans la mesure où des employés rémunérés par nos primes effectuent actuellement des tâches relevant des assurances complémentaires, nul doute que les assureurs privés qui bénéficient de cette activité, les engageront si la caisse publique est acceptée.
En résumé: avez-vous bientôt fini, les profiteurs du système, d'agiter les épouvantails pour effrayer les pigeons?

Écrit par : mauro poggia | 10/09/2014

Je pense comme vous monsieur Décaillet, sauf que j'ai toujours, jusque là en tout cas, été contre la caisse unique. Selon moi l'Etat ne doit pas intervenir dans tous les domaines, et la concurrence devrait permettre un vrai choix pour les clients/patients que nous sommes. Mais là y'en a marre. Marre des primes que nous payons et des augmentations que nous subissons depuis des années. Marre de cette concurrence malsaine de caisses qui font la chasse aux bons clients. Marre de la pression subie par mon médecin traitant (que je ne vois qu'une fois par an, mais en qui j'ai toute confiance et qui soutien la caisse unique). Comme vous, je ne sais pas ce que la caisse unique va changer pour moi, car en définitif ce qui m'intéresse, c'est de faire cesser ces augmentations et de payer des primes qui soient justes. Alors j'ai voté oui à la caisse unique, car quitte à payer, autant que ce soit pour aider les plus faibles plutôt que d'engraisser des réserves et des administrateurs qui jouent un double jeu en siégeant dans les CA des caisses et dans les CA des groupes pharmaceutiques. Ceci explique sans doute aussi pourquoi une boite d'antibiotiques coûte chf. 40.- en suisse, quand la même boite, du même groupe, avec le même dosage et le même emballage coûte moins de 4 euros en France....trop c'est trop et j'espère que la caisse unique passera, contrairement à toute les prévisions.

Écrit par : corinne strohheker | 10/09/2014

Le mieux serait de supprimer totalement l'obligation de s'assurer. N'avoir qu'une assurance obligatoire pour l'hospitalisation.
Chacun pourrait alors prendre ses responsabilités. Car les exemples d'abus des toubibs, des pharmaciens, des patients, des hôpitaux, il y en a à la pelle et tout ça sur le dos des autres, qui paient jusqu'à 4-5 mille francs par an dans le vide,.....moins profiteurs!

Écrit par : Corélande | 10/09/2014

Le PS s'accroche à cette initiative afin de se racheter car il a mis en difficulté financière la majorité des Suisses avec la Lamal de Ruth Dreifuss. Aussi il faut refuser cette caisse unique car le PS nous a prouvé son incapacité de s'occuper de la santé ! Mme. Dreifuss nous avais promis aucune augmentation de primes et, même, quelques baisses !! Faire confiance au socialos est un suicide !

Écrit par : Gedeon Teusmany | 10/09/2014

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