12/09/2014

Plaidoyer pour l'allemand

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Commentaire publié dans GHI - 10.09.14
 

 

Bien sûr, l’anglais est utile, qui le nierait ? C’est une langue véhiculaire, planétaire, facile pour les échanges et le commerce. L’anglais est d’ailleurs aussi une langue de haute tenue littéraire, mais bizarrement ses partisans, tout à la louange de l’affairisme aisé, ne brandissent jamais ces qualités.


 
Je n’entends pas ici m’attaquer à l’anglais, ni jouer une langue contre une autre. Je dis simplement qu’en Suisse, nous avons des langues nationales, parmi lesquelles trois de nos plus importants parlers continentaux : le français, l’allemand, l’italien.


 
L’italien, l’allemand, pour un Suisse, ne relèvent pas de l’exotisme : ces langues, ces cultures font partie de notre patrimoine national. Leur montrer de la défiance, en prônant le primat de la langue du commerce, c’est mépriser ce que nous sommes, ce qui nous constitue, dans l’Histoire et dans le présent.


 
Pour ma part, l’allemand et sa littérature sont toujours venus avant toute autre chose. Une langue d’exception, chantante et complexe, taillée à la fois pour la démonstration cérébrale (la langue de Kant), pour le théâtre (Brecht) et pour la plus raffinée des poésies (Hölderlin, Celan).
 


Au cœur, au plus brûlant de ce notre débat d’été sur les langues en Suisse, j’avais juste envie de crier cela, qui est de l’ordre de la culture et de l’élévation : allez vers l’allemand, allez vers l’italien. Jamais vous ne le regretterez.


 
Pascal Décaillet

 

10:18 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (12) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Difficile de ne pas aborder la question du schwizertütsch...
Oui, très bien, l'allemand. Pour ma part, je suis allé en séjour de langues à Berlin d'abord, puis à Celle. Pas à Steffisburg ou Pfeffikon...

Écrit par : Géo | 12/09/2014

Autre bonne raison d'apprendre à l'école l'allemand plutôt que l'anglais: l'allemand est une langue plus rigoureuse que l'anglais. En effet:
- écrire une petite phrase sans faute est bien plus difficile en allemand qu'en anglais; un apprentissage structuré de la langue (en milieu scolaire) est nécessaire pour atteindre le "niveau de survie" en allemand, mais pas en anglais; (il est vrai qu'il est sans doute tout aussi difficile de très bien parler l'anglais que de très bien parler l'allemand - mais l'excellence n'est pas le propos, nous parlons d'enseigner des rudiments à l'école, et n'oublions pas que la plupart de nos universitaires ont des problèmes d'orthographe même dans leur langue maternelle... il faudrait donc peut-être commencer par mieux enseigner le français);
- l'allemand est une langue dont la pratique ne tolère pas l'erreur, contrairement à l'anglais qui est le plus souvent parlé/écrit entre gens pour qui il s'agit d'une langue étrangère, ou qui ont l'habitude de voir leur langue écorchée par des étrangers; cette différence justifie qu'un plus grand effort soit fait pour l'enseignement de l'allemand que de l'anglais;
- l'allemand, étant plus difficile, permet d'aborder quasiment toutes les difficultés linguistiques des langues modernes; cela n'est de loin pas le cas de l'anglais; à cet égard, si l'on veut avoir de la facilité pour l'apprentissage des langues modernes, il vaut mieux apprendre le latin et le grec que l'anglais.

Il faut se rendre compte aussi que celui qui n'apprend pas l'allemand à l'école aura peu de chances de l'apprendre plus tard, alors que la nécessité de connaître l'anglais (alliée à la relative facilité de la langue (pour un usage professionnel ou social courant)) offrira à chacun mille opportunités de combler un éventuel retard scolaire; or, l'allemand demeure l'une des langues, avec le français et l'anglais, dans lesquelles a été formulé l'essentiel de la philosophie occidentale de ces derniers siècles. La langue a un impact sur la pensée. Il faut encourager la persistance d'esprits suisses ouverts aux diverses conceptions de la pensée.

Écrit par : Raphaël Baeriswyl | 12/09/2014

On ne regrette jamais d'apprendre une langue M. Décaillet, car elle véhicule non seulement des mots, mais une forme-pensée qui lui est propre, une musique de l'âme différente.

Écrit par : Jmemêledetout | 12/09/2014

M. Décaillet, et le latin et le grec ancien aussi

Écrit par : Corto | 12/09/2014

@R. Baeriswyl,

Votre commentaire envisage l'apprentissage de la langue comme un exercice de maîtrise des règles et celle-ci aurait pour but la production de la phrase ou du discours sans faute.
Cela est certes louable et l'apprentissage scolaire doit avoir un aspect rigoureux. Impossible de laisser des élèves apprendre des choses fausses ou floues.
Mais une langue est, en premier lieu, un moyen de communication.
Et pas seulement écrit. On exige de l'école de donner les outils pour la vie et la réalité qui se déroule en-dehors de ses murs.
A présent, nous distinguons les activités de compréhension des activités d'expression. Autrefois, les exercices de grammaire-traduction étaient primordiaux, désormais il faut savoir tout faire. L'expression orale ( = parler) est considérée comme l'activité la plus complexe, car il faut être capable d'utiliser tout ce que l'on sait dans un espace-temps minime. Pas le temps de réfléchir longuement. Et on doit apprendre à renoncer à la perfection.
Les Germanophones sont très tolérants envers les locuteurs étrangers, contrairement aux Francophones. Ils ne cherchent pas à repérer les erreurs, ne s'en formalisent pas. C'est pour cela que parler l'allemand est une expérience beaucoup moins rébarbative qu'on veut bien le faire croire. Le Francophone germanisant est accueilli avec bienveillance et même avec cet étrange ravissement : son accent est perçu comme charmant !
Quelle dissymétrie ! En notre faveur.
Les Francophones auraient beaucoup à apprendre de ce côté là... Si on veut faire aimer sa langue des autres, il ne faut pas en faire un monument vénérable, une sorte de statue figée dont on s'approcherait avec appréhension et avec l'impression qu'il faille se livrer à une performance
d'ordre intellectuel impeccable.
Se battre pour l'enseignement de l'allemand, c'est se battre également pour celui du français. Toute la question est : comment et avec quelle ambition ? Quelle importance voulons-nous accorder aux échanges entre les différentes parties du pays et avec quels moyens ? C'est un immense chantier, qui dépasse le seul aspect linguistique.
Pour moi, une chose est sûre : je ne veux pas parler anglais avec d'autres Suisses.

Écrit par : Calendula | 13/09/2014

Calendula,
L'école ferait bien d'envisager l'apprentissage d'une langue comme un exercice de maîtrise de règles, car c'est la seule méthode qui puisse fonctionner dans une école. Une langue est un moyen de communication, mais c'est la maîtrise des règles qui permet de s'exprimer. En musique, c'est pareil: l'essentiel est de faire passer une émotion, mais comme par hasard les plus grands virtuoses sont ceux qui ont travaillé d'arrache-pied, à rabâcher des gammes et des exercices mortifiants pendant des années à raison de plusieurs heures par jour.
Mon expérience des langues (j'ai vécu plusieurs années tant dans le monde germanophone que dans le monde anglophone) me mène au constat que les personnes âgées de langue étrangère (que ce soit des germanophones ou des anglophones) parlent le français mieux que ne le font les jeunes anglophones et germanophones d'aujourd'hui. Idem pour les générations de Suisse romande qui nous ont précédés, au sujet de l'allemand en tout cas. Difficile de juger pour l'anglais (car l'influence culturelle anglophone, hors milieu scolaire, a augmenté de façon significative ces vingt dernières années - si progrès il y a eu, il n'est pas nécessairement à mettre au crédit de l'école). Je pense que l'enseignement d'autrefois était meilleur, car une fois les règles apprises, elles restent. Rien de tel, pour garder ses connaissances à la disposition de l'instant, que de les avoir profondément ancrées dans son esprit par le drill. On apprend mieux en travaillant qu'en s'amusant. Une fois les bases solidement ancrées, alors seulement il est temps de partir à l'étranger et d'apprendre, vraiment, à communiquer, par immersion. L'école renonce au drill, et elle n'est pas capable d'offrir l'immersion. C'est de là que vient l'échec de l'enseignement des langues - il est impossible d'apprendre les déclinaisons des adjectifs allemands autrement qu'en les récitant, jusqu'à les maîtriser aussi bien que les tables de multiplication (mais peut-être qu'on ne les apprend plus non plus, les tables de multiplication?). 10 ans après l'école, il ne reste rien, mais RIEN, des petits exercices de conversation effectués en laboratoire de langues. Seuls restent aus-bei-mit-nach-seit-von-zu, et durch-für-gegen-ohne-um.
On ne peut pas changer la structure d'une langue, ni les fondements de sa gestation culturelle. L'allemand est une langue maîtrisée par le politique (la nouvelle orthographe a été imposée par le politique). Le français aussi connaît une instance qui décide de ce qui est acceptable ou pas (l'Académie française). En anglais (comme en suisse-allemand, d'ailleurs), la seule règle est celle de la clarté d'expression (qui implique le respect de certaines règles, bien sûr, mais uniquement parce que ces règles permettent la clarté).
Si l'on veut que les Suisses puissent parler entre eux une langue nationale, il faut que l'école leur donnent les moyens de cette ambition en leur apprenant les règles de cette langue. Sinon, ils se rabattront sur l'anglais, qui est une langue plus facile, ou en tout cas dans laquelle il est plus aisé de faire une phrase simple sans erreur grossière.

Écrit par : Raphaël Baeriswyl | 15/09/2014

@M. Baeriswyl,
Merci pour votre réponse circonstanciée et les précisions.
Votre point de vue est parfaitement cohérent, mais ne tient probablement pas compte de certains paramètres ou certains changements plus ou moins récents, que je me permets de lister.

- Il y a 30 ans, ou même 20, à Genève, il n'était pas rare d'entendre :"J'ai fait 7 ans d'allemand et je ne sais rien dire." Ce n'était pas mieux avant !
Je n'entends plus cette phrase dans la bouche des jeunes.
- Depuis plus de 10 ans, il existe la possibilité de faire une matu bilingue au Collège, en anglais et en allemand. Même pour l'allemand, il y a beaucoup plus de candidats que de places disponibles.
Une élite germanophone et germanophile a donc émergé, contre toute attente.
Ces élèves font des séjours et des échanges de façon systématique, mais également les autres collégiens.
- Les élèves toujours aus-bei- mit et compagnie, car effectivement, on ne peut pas s'exprimer correctement sans cela.
- Le fait qu'on soit "obligé" d'apprendre à parler, à comprendre des textes parlés et à lire des textes écrits prend certes du temps sur la pratique de la grammaire et l'activité de rédaction. Mais faut-il s'en plaindre ? Les compétences variées amènent à utiliser le vocabulaire de plusieurs manières et à le fixer par plusieurs canaux.
- Les êtres humains n'apprennent pas tous de la même manière, ce qui implique qu'on ne peut avoir une approche unique.
- La scolarité obligatoire s'adresse à un vaste public et doit essayer d'amener les enfants à progresser, quelque soit leur potentiel.
L'allemand n'est pas d'emblée la branche préférée des élèves et l'anglais leur tend les bras.

Cette réalité est à prendre en compte, juste pour ne pas se décourager.
En tant qu'enseignante d'allemand à Genève, je crois comprendre ce qui se joue Outre-Sarine, dans les cantons qui veulent attendre l'équivalent du C.O. pour commencer le français.
Votre commentaire parle, en filigrane, de la place de l'Ecole dans la société et de sa mission. A mes yeux, c'est un questionnement essentiel. Les adultes qui s'interrogent aujourd'hui à ce sujet, pensent forcément à leur propre scolarité, mais ils oublient peut-être que le mode a vraiment beaucoup changé entretemps et cela n'est pas sans conséquences, que cela nous plaise ou pas.

Écrit par : Calendula | 15/09/2014

Calendula,
Mon inquiétude dépasse effectivement le cadre de l'enseignement de l'allemand, ou de telle autre langue étrangère. De manière générale, j'ai le sentiment que l'école a tendance à se disperser sur des matières de plus en plus spécialisées, alors que l'évolution rapide du monde devrait au contraire la conduire à se concentrer sur le savoir classique de base (langue maternelle, mathématiques, logique). Bon courage, vous êtes en première ligne, et j'imagine bien que la situation n'est sans doute pas non plus celle que vous souhaiteriez.

Écrit par : Raphaël Baeriswyl | 16/09/2014

Plaidoyer pour une langue universelle !

Je suis pour l'invention d'une langue universelle qui serait un panaché de toutes les langues et qui serait amené à terme à remplacer l'Anglais.

Je n'ai rien contre l'anglais, il y a énormément de chanson anglaise que j'aime, mais il serait plus juste d'avoir une langue d'affaire, de tourisme, de scientifique, qui soit plus représentative de l'humanité. Est-il normal qu'un turc qui veut parler à un péruvien se parlent en Anglais, NON !

La langue prioritaire resterait la langue où l'on vit, mais chaque élève étudierait une deuxième langue qui serait composé de mots de chaque langue qui existe. Pour une langue de 3000 mots, il y aurait 30 mots en français, 30 mots en allemand, 30 mots en anglais, 30 mots en espagnols, 30 mots en portugais, 30 mots en russe, 30 mots en arabe, 30 mots chinois, 30 mots en japonais, 30 mots en indien, 30 mots en finnois, 30 mots en vietnamien, 30 mots en congolais, 30 mots en italien, etc. Certains mots comme oui non merci amour amitié bonjour, auraient plusieurs variantes pour éviter des jalousies.

Mais pour des questions d'écologie et de temps, il faudrait utiliser les mots les plus courts de chaque langue, comme cela on utilise moins de papier et de toner et on gagne du temps. Par exemple, il ne faudrait pas utiliser le mot le plus long de la langue française, comme anticonstitutionnellement, mais choisir un mot d'une autre langue, plus court, qui veut dire la même chose.

Moi, qui suis grandi dans une famille où la langue italienne était de mise quand j'étais petit, je peux vous dire que malgré toutes les heures d'allemand à l'école, je suis incapable de faire une phrase en allemand, cela ne rentrait pas et même si cela serait rentré, cela ne m'aurait servi à rien quand je voyage à l'étranger.

Cela rapprocherait aussi les humains entre eux.

Écrit par : Lucignolo | 17/09/2014

Si on souhaiter adopter une langue universelle neutre et sans faire de jaloux ne serait-ce pas l'ESPERANTO?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 17/09/2014

Je suis d'accord avec Lucignolo et cela simplifierait considérablement ma vie :-) L'espéranto a été une tentative dans ce sens, mais pas aboutie.

Naturellement, dans un vieux cerveau, qui a parlé ou simplement abordé plusieurs langues, mais pas forcément suivies pendant des années, tout se mélange, hors sa langue maternelle qui est la plus "inscrite" dans la mémoire. Lorsque l'on tente de parler une langue que l'on a intégrée dans son enfance, mais plus utilisée depuis longtemps, le vocabulaire disparaît et est remplacé aussitôt par un mot d'une autre langue que l'on a utilisé plus souvent. On peut également comprendre une langue sans la connaître, parce que les racines sont évidentes, sans pour autant pouvoir la parler si on ne l'a pas pratiqué aussi.

La solution d'utiliser toutes les langues, préconisée par Lucignolo, serait un "plus" beaucoup plus facilement mémorisable et facilitant la communication et l'ouverture à une autre forme pensée.

Pour les personnes qui ont une mémoire essentiellement auditive, ce serait évidemment plus facile. Pour celles qui ont une mémoire visuelle et besoin de structures, ce serait peut-être moins simple.

Mais c'est une voie à explorer, et cela n'empêche pas d'apprendre l'allemand si on le désire aussi ou toute autre langue.

Le langage est musique, sons, probablement issu des sons de la nature environnante elle-même. Vous n'avez jamais eu la sensation d'entendre un mot dans un bruit généré par la nature ?

Au commencement n'était pas le verbe, mais le son, car sans son, il ne pourrait y avoir de verbe.

Écrit par : Jmemêledetout | 17/09/2014

Si au commencement était le son (AUM pour l'Inde hindouiste) retournons-y, comment? Taisons-nous.

Rentrons les "épées" (langues) dans les fourreaux (qui se permettrait ici de parler de "gueules" pour "fourreaux")?!

Tendons l'oreille...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 18/09/2014

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