17/09/2014

Esther et le bruissement du silence

 

Sur le vif - Mercredi 17.09.14 - 17.31h

 

Pourquoi Esther Alder, magistrate Verte à l’exécutif de la Ville de Genève, a-t-elle toute sa place, demain autant qu’aujourd’hui, dans la politique municipale ? Pour une raison simple : c’est une politicienne qui prend des engagements et les tient, se fixe des objectifs et se concentre sur eux, pense prioritairement à ses administrés, et surtout se soucie comme d’une guigne du jeu politique. Non seulement, elle ne s’y intéresse pas, mais elle ne joue pas. Jamais dans le miroir. Jamais dans l’allusion. Jamais dans le second degré. Jamais dans le réseau moiré des échos et des reflets. Ses pairs le lui reprochent, la presse croit bon de sourire, tout le petit monde de la Cour ricane.

 

Mais elle, va son chemin. Celui pour lequel elle a été élue. La solidarité sociale en Ville de Genève. L’aide aux démunis. Ces derniers, lorsqu’ils la voient arriver, ne ricanent pas. Parce qu’ils savent que pour eux, elle servira à quelque chose. En cela, Esther Alder, jugée ringarde par la mondanité des modernes et des branchés, pourrait bien, l’air de rien, l’être beaucoup moins par la population : voilà, pour une fois, une politicienne qui ne passe pas son temps à bavarder, mais tente d’agir. Cette fameuse adéquation des actes avec les engagements, principe mendésiste majeur, que je mentionnais dans mon dernier papier.

 

Loin des lazzis, Esther Alder va son chemin, oui. Avec le rythme qui est sien, et n’est certes pas celui du tempo Tschudi, ni des grandes célérités urbaines. Mais ce chemin, le sien, elle le suit. La tâche qu’elle se fixe, elle l’accomplit. Avec des hauts et des bas, bien sûr. Et le public, au-delà des jeux de miroirs qu’on veut bien lui tendre, et avec lesquels on tente de l’éblouir, pourrait bien discerner dans cette force tranquille un atout dans l’ordre de la politique. Peut-être parce qu’il commence, à Genève comme ailleurs, à en avoir plus qu’assez de la sanctification sonore des coulisses. Et pourrait, doucement, se mettre à lui préférer ce qu’Heidegger, parlant de cette Forêt Noire qui lui était si chère, appelait « Das Geläute der Stille ». Le bruissement du silence.

 

Pascal Décaillet

 

17:31 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Quel magnifique éloge! Nous avons besoin de magistrats compétents et qui assument leurs responsabilités. Pas de ceux qui jettent de la poudre aux yeux.

Écrit par : Johann | 17/09/2014

Oui, le bruissement du silence c'est joli.
Mais je dirais plutôt la voix du coeur, car Mme Alder ne se prive pas de causer et de dire. Je lui souhaite bon vent et courage dans un monde politique cynique et moqueur.

Écrit par : Pierre Jenni | 17/09/2014

lu, l'article concernant Heidegger dans le dernier Nouvel. Obs. j'hésite à prendre de la Forêt Noire au dessert.
Je m'en vais bruisser un instant "forcément furtif" dans l'Absence , dernier avatar d'un premier communiquant , en mal d'exister .
Putain; commenter c'est un métier.

Écrit par : briand | 17/09/2014

Esther Alder a succédé à Manuel Tornare qui, lui, était constamment dans les effets-miroir, l'autosatisfaction et l'égo gonflé à l'hélium, le moi-moi-moi. Sa présence constitue un heureux changement, en effet.

Écrit par : Déblogueur | 17/09/2014

Entièrement d'accord. Bravo pour avoir ainsi souligné l'importance et la signification du mode d'intervention de Madame Alder.

Écrit par : Eugen Billard | 18/09/2014

Navré de venir casser cette envolée d'éloges. S'occuper de nos petits vieux ou petits pauvres, très bien.

Mais vous pouvez aussi dire qu'elle est responsable de l'aspirateur de gens à problèmes, idéalement du monde entier et trouvant refuge à Genève. Avec les résultats que l'on voit chaque jour plus clairement dans la rue. Un fort sentiment de dégoût m'anime, pour ne pas dire plus.

Moi je souhaite qu'elle connaisse le même sort que sa consoeur verte de l'ancien Conseil d'Etat, et vais faire tout mon possible pour, d'ailleurs.

Écrit par : PDP | 23/09/2014

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