18/09/2014

Citoyens, cultivez-vous !

 

Commentaire publié dans GHI - 17.09.14

 

Les politiques sont-ils tous des menteurs ? Non, assurément ! J’affirme même ici que l’écrasante majorité d’entre eux, tous partis confondus, sont des gens sincères, intéressés avant tout par le bien public, généreux de leur temps et de leur engagement. Pour autant, faut-il les croire ? Là, la réponse est beaucoup plus nuancée. Non qu’ils travestissent à dessein la réalité, mais pour une raison simple : l’essence même du discours politique, qui est de convaincre sur un programme et surtout sur le choix d’une personne, ne vise évidemment pas la recherche de la vérité. Mais la séduction d’un moment. La parole politique se rapproche donc davantage du message publicitaire.

 

Cela n’a rien de grave. Il suffit de le savoir. Et, toujours, de décortiquer, décrypter, mettre en perspective, défricher le champ des intérêts réels, pour ne pas être le jouet du discours. Cela implique, de la part des citoyens, une volonté critique, une posture d’analyse du langage, mais aussi la connaissance la plus profonde possible de l’Histoire, des antécédents, des modèles. Plus le citoyen s’informe, plus il approfondit sa culture politique et historique, plus il s’intéresse au choix des mots, mieux il sera armé pour forger, en toute indépendance des pressions, ses outils de décision politique. Ce travail-là ne s’exerce pas contre les partis, qui sont indispensables en démocratie, encore moins contre le personnel politique, mais en faveur de l’énergie citoyenne, celle qui vient d’en bas, se veut lucide et critique, et non moutonnière. En Suisse plus que partout, cette acuité doit être encouragée, puisque le suffrage universel est constamment appelé à trancher les grands débats.

 

Les politiques, il faut les juger non sur leurs paroles, mais sur leurs actes. Un exemple : le 18 juin 1954, Pierre Mendès France, désigné par l’Assemblée pour former un gouvernement, se donne un mois, pas un jour de plus, pour résoudre la crise indochinoise, le contingent français s’étant laissé encercler dans la cuvette de Dien Bien Phu. Un mois plus tard, exactement, il décroche les Accords de Genève. La légende, parfaitement méritée, pouvait naître, celle d’un homme, tiens pour une fois, qui tient ses promesses. Mais pour un Mendès France, combien de beaux parleurs ? Pour un André Chavanne, qui a révolutionné l’Ecole genevoise en l’adaptant aux exigences de la modernité, pour un Tschudi qui a fait accomplir, en 14 ans, des pas de géants à nos assurances sociales, combien de charlatans du verbe, juste préoccupés par l’élection, la réélection, si ce n’est la rente. Juste soucieux du réseau, cette savante toile d’araignée dans laquelle il faut se trouver, à Genève, pour exister, et où gravitent toujours les mêmes, se tutoyant comme dans un club, échangeant postes et prébendes, en cercle fermé. Exemple : le tout petit réservoir d’hommes dans lequel on puise lorsqu’il s’agit de renouveler les têtes des grandes régies publiques.

 

Citoyens, cultivez-vous ! Lisez des centaines de livres d’Histoire. Intéressez-vous au langage, lisez Saussure, aiguisez votre sens critique. Mieux vous serez armés, mieux se portera la République.

 

Pascal Décaillet

 

10:20 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Très bonne idée. Et d'abord cultivez-vous sur l'islam et cessez de la considérer comme une religion comme les autres...

Écrit par : Géo | 18/09/2014

Oui! Ecoutez j'ai peu de temps, je ne sais plus où donner de la tête: cours, relecture avec prise de notes d'anciens livres, manuels, encyclopédies, conférences, coLLoque, tables rondes, séminaire début demain...

Quel est votre projet?

Je viens de recevoir le matériel de vote, alors, vous comprenez, pas une minute à perdre si je veux suivre Pascal Décaillet qui tel Macron Le Français laisserait entendre ou, linguistique châtiée obligeant, donnerait à penser que nos esprits citoyens gagneraient à être meublés... maisons hantées... maisons hantées...

Écrit par : Myriam Belakovsky | 18/09/2014

Ca mange pas de foin mais c'est de loin pa suffisant pour que la République se porte mieux. Quand aux régies publiques y a qu'a voir comme elles sont gérées pour se convaincre du contraire.

Écrit par : norbert maendly | 18/09/2014

Je me suis toujours demandé combien parmi les quatre-vingt constituants de Genève ont lu le Contrat Social...

Écrit par : Eugen Billard | 18/09/2014

Oui! et suivant la question posée par Eugen Billard: qui serait en mesure dans les grandes lignes de nous dire, sinon réciter, l'essentiel de la Charte des Droits de l'homme?

Écrit par : Myriam Belakovsky | 18/09/2014

M. Décaillet est admiratif de M. Pierre Mendes France, Président du Conseil (soit l'équivalent moderne du Premier Ministre) de la France, de 1954 a 1955.
Pierre Mendes France (souvent nommé PMF) fut un homme politique certes remarquable.

PMF est toutefois crédité par M. Décaillet d'être l'homme qui a conclu les Accords de Genève de 1954, mettant fin à la (1ère) Guerre d'Indochine (1946-1954).
C'est aller vite en besogne, car M. Décaillet déclare que lorsque PMF devient Président du Conseil le 18 juin 1954, "les troupes françaises s'étant laissé encercler dans la cuvette de Dien bien Phu". En fait, elles y avaient subi une défaite cuisante et meurtrière (3000 morts et 5000 blessés durant les combats, et 8000 morts en captivité pour les troupes françaises).

Les négociations à Genève visant à apporter des solutions diplomatiques à la crise indochinoise (et aussi à la crise coréenne) débutèrent à Genève le 8 mai, soit le lendemain de la défaite française à Dien Bien Phu (situation peu propice pour mettre la France en position de force dans ces négociations), et 6 semaines avant la désignation de PMF à la Présidence du Conseil.

A partir du moment ou les Américains avaient fait comprendre aux Français qu'ils ne s'impliqueraient pas militairement en Indochine pour appuyer le contingent français, le seul objectif de la France à ces négociations de Genève était d'obtenir une sortie honorable à cette guerre lointaine qui n'avait pas de soutien populaire ou politique en Métropole.

Comme les Russes et Chinois ne voulaient pas humilier davantage les Français, toutes les bases d'un accord étaient en place.

Les discussions de Genève avaient déjà bien avancées entre les puissances présentes (Chinois, Soviétiques, Américains, Britannique et Français), et les représentants du Viêt Minh et du Vietnam.
Lorsque PMF obtint la Présidence du Conseil le 18 juin 1954, les bases générales d'un accord étaient déjà partiellement balisées.

Il est donc excessif - malgré toute l'estime que lui porte M. Décaillet - d'affirmer que c'est PMF qui a pu "résoudre la crise indochinoise", et qui "décroche les Accords de Genève", même si son volontarisme fut salué par les autres négociateurs.

Comme nous invite M. Décaillet, il est bon de se cultiver, mais restons critiques face aux portraits unilatéralement positifs ou négatifs.

Écrit par : Steve Bernard | 20/09/2014

Ah Monsieur, vous lisant je m'ennuie.

Je retourne lire quelque ouvrage. Et apprécier la calme connaissance qui se reconnait à la densité du propos dans un minimum de mots.

Prosélyte paternalisme d'un regard scrutant les sommets.

Écrit par : Liens utiles | 20/09/2014

Aujourd'hui, un enfant entre dans une bibliothèque et il ne peut s'empêcher de songer, s'il y réfléchit, que toute une vie ne suffirait pas pour lire l'ensemble des livres qu'il voit sur les étagères, sans parler des livres qui se trouvent dans les dépôts, car pas assez de place sur les étagères ou les livres d'autres cultures, d'autres langues dans d'autres bibliothèques, et des livres qui s'écrivent chaque jour, sur de nouvelles connaissances, de nouvelles histoires, pendant qu'il lit les anciens livres, n'étant jamais sûr d'être à jour dans ses connaissances. La science avance tellement vite depuis un siècle, remettant chaque fois tout en question.

80 ans x 365 jours cela ne fait que 30'000 livres, un par jour pour un lecteur assidu et prolifique qui décéderait à 90 ans. Il y a encore deux siècles, cela était encore faisable de mourir en s'imaginant posséder de grandes connaissances. Mais dans seulement un siècle, cela sera encore pire, au-delà, mieux vaut ne pas y penser.

J'envie les hommes et femmes des cavernes.

Se levant le matin, regardant l'horizon, ils pouvaient laisser libre court à leur imagination durant toute la journée, observant ici ou là, la vie se déroulant devant leurs yeux, sans pression de posséder des connaissances, libre d'être des ignorants et se couchant le soir, la conscience tranquille, et ce, jusqu'à leur mort.

Reste toujours pour cet enfant contemporain, la possibilité de lire Le petit prince, d’Antoine de Saint Exupéry. Pas besoin de lire davantage pour avoir la conscience tranquille et en savoir plus que les adultes.

Jean Gabin : Maintenant je sais

http://www.youtube.com/watch?v=orDR4JA91F4

Écrit par : Lucignolo | 22/09/2014

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