19/09/2014

La vraie leçon des Ecossais

 

Sur le vif - Vendredi 19.09.14 - 09.35h

 

Je ne m’exprime pas ici sur la réalité intrinsèque du non écossais (55%) à l’indépendance, mais sur le signal délivré à l’idée régionaliste en Europe. A la vérité, une douche écossaise. Et qui fait du bien. Parce qu’elle remet les idées en place, autour du réel, et vient calmer les ardeurs de démembrement des nations actuelles chez tant de nos beaux esprits : il est vrai que la région, c’est sympa, et la nation c’est méchant. A ces modes de pensée, qu’on qualifiera de libertaires gentilles, ces Canada Dry de la pensée de Denis de Rougemont, le non des Écossais, la volonté de ces derniers (malgré une profonde et magnifique identité historique, culturelle et géographique) de demeurer dans le Royaume Uni, constitue une vraie, une belle leçon.

 

Les Écossais ont voulu voir plus loin que leur identité, plus loin que leur ethnie, plus loin que leurs intérêts économiques immédiats (mettre la main directement sur le pétrole de la mer du Nord, sans le truchement de Londres, eût été la promesse d’une manne facile pour la nouvelle nation indépendante). Ils ont choisi de maintenir de lien, plusieurs fois séculaire, parfois dans la douleur, mais si souvent dans la seule communauté qui scelle vraiment, celle du sang versé, avec leurs voisins au sein de cette grande île, maintes fois admirable lorsqu’il s’est agi de défendre son indépendance, et plus récemment les peuples libres.

 

Bien sûr que le pays de Marie Stuart a une identité incroyable, une personnalité extraordinaire. Mais 55% des électeurs de ce peuple a jugé qu’il existait d’autres critères que la seule identité. Voyez-vous, pendant toute cette campagne référendaire, lors de longues promenades en montagne, je pensais à l’héroïsme et la loyauté des régiments écossais, fauchés le 18 juin 1815, lors de la bataille de Waterloo. Pour qui sont-ils tombés ? Pour la seule Écosse, ou pour une entité plus grande, que le duc de Wellington avait charge de conduire ? Tous ces Écossais, tombés sur tous les champs de bataille de l’Empire britannique, ont partagé leur sang avec celui des Anglais, des Gallois, des Irlandais du Nord, sans compter celui des Canadiens, des Néo-Zélandais, des Australiens.

 

De quoi élargir, au fil des siècles, l’horizon d’attente et l’ambition d’appartenance d’un peuple impétueux, légitimement attaché à ses racines, ses légendes, ses musiques, ses folklores. J’ai aussi, toujours sur mes sentiers valaisans, beaucoup pensé à l’œuvre de Maurice Chappaz, écrivain et poète bagnard, aussi ancré qu’il était universel. Universel, parce que justement ancré. Ce qu’on peut reprocher aux adeptes de la gentille région contre la méchante nation, c’est justement d’opposer l’ancrage à l’élargissement. Certains d’entre eux rêveraient même que l’homme idéal ne fût de nulle part. Comme si nous étions, nous humains, issus d’autre chose que de la terre, d’autre sève que des racines. Jaillis d’elles, oui, pour mieux y retourner.

 

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

Les régions c'est une volonté des bilderbergers. Tant mieux que les Ecossais aient voté majoritairement dans le sens de l'union. On est toujours plus fort ensemble!

Écrit par : Corélande | 19/09/2014

Eendracht maakt macht!

Écrit par : Eugen Billard | 19/09/2014

"il est vrai que la région, c’est sympa, et la nation c’est méchant."
Les chaussettes m'en tombent. Il y aurait donc une nation grande-bretonne comme il y aurait une nation suisse et pas une nation écossaise soumise depuis trois cents ans aux cruels et fourbes Anglais ? Et moi je fais partie de la même nation que les Suisses allemands ou les Tessinois ? J'apprends tous les jours qqch chez vous et vous en remercie...

Écrit par : Géo | 19/09/2014

"c’est justement d’opposer l’ancrage à l’élargissement." Raison pour laquelle les Écossais partisans du OUI ou les Catalans sont très européens. Si l'Empire européen aurait une qualité, c'est celle-là. Et cela nous serait profitable à nous Suisses, pour transformer l'odieux Empire franco-allemand actuel en une Europe démocratique respectueuse des peuples...
C'est pas demain la veille...

Écrit par : Géo | 19/09/2014

Tant qu'il y aura des majorités qui oublient de penser à leurs minorités, il y aura des velléités d'indépendance.

Et le non écossais va sans doute coûter cher aux Anglais, aussi bien en termes politiques qu'économiques.

Cela dit, je ne saisis pas bien votre manière de rassembler Ecossais et Anglais dans une entité unique vous qui êtes, si mes souvenirs ne me trahissent pas, un chaud partisan des frontières. La perméabilité ou l'imperméabilité de ces dernières ne serait donc qu'une vue de l'esprit ? Le Mur d'Hadrien, conçu et bâti pour séparer les Romains des barbares, est (encore) là pour nous donner un élément de réflexion sinon de réponse définitive. Il est vrai toutefois que les Romains n'étaient pas Anglais...

Écrit par : Michel Sommer | 19/09/2014

Attention, Monsieur Pascal Décaillet : en 1814, l’Irlande entière était membre du Royaume-Uni, donc à côtés des Gallois et des Écossais, c’étaient des Irlandais tout court !! D’ailleurs, les velléités de séparatisme résultant des miasmes de la Révolution française ont été rapidement réprimées par les « Anglois » (sic !) qui imposèrent le 1er août 1800, en réaction, l’« acte d’union ». Ce n’est qu’au XXème siècle que l’Irlande catholique, le sud, se sépara du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord.
D’autre part, Maurice Chappaz n’était que l’un des neveux de Maurice Troillet, son père avocat à Martigny, mais originaire de Monthey na jamais été bourgeois de Bagnes, comme le conseiller d’Etat originaire d’Orsières, qui ne s’est racheté de sa lutte contre le barrage de Mauvoisin et donc contre les bagnards, alors qu’il promouvait le projet de son ami, le dictateur d’EOS, de la Super-Dixence, devenu la »Grande Dixence (achevée après la quasi-faillite d’EOS, avec les renforts de forces motrices nationales des cantons suisses-allemands (donc 23 cantons dans Grande-Dixence S.A.).
À l’époque, du fait du mariage, les enfants ne récupéraient pas la bourgeoisie de la mère et je ne sais pas si Maurice Chappaz a été bourgeois de bagnes, mais il y a résidé assez longtemps après son séjour dans la région de Sierre (celle de son épouse Sophie Corinna Bille, fille du colonel et peintre neuchâtelois Edmond Bille (beaux vitraux peints à la Basilique de la Royale Abbaye de Saint-Maurice d’Agaune !).

Écrit par : simonius | 19/09/2014

En fait Pascal le problème est seulement le bon équilibre entre l'union, entre l'amour que doivent se vouer tous les hommes, et le sentiment d'être en phase avec son environnement immédiat. Au globalisme on peut reprocher la dissolution dans le néant de l'abstrait, la disparition de toute culture vivante, son remplacement par des universaux purement intellectuels et qui n'ont pas de rapport avec la vie réelle, au localisme on peut reprocher le manque de perspectives vers l'humanité entière.

Mais une question politique ne se fait pas dans la théorie de ce juste équilibre réclamé par Denis de Rougemont: chaque situation est différente. Le problème concret était de savoir si l'Ecosse pouvait rester culturellement en phase avec elle-même, tout en restant dans le Royaume-Uni; or, les électeurs ont répondu par l'affirmative, mais l'Ecosse est déjà très autonome, et devrait le devenir encore davantage.

Ensuite il y a d'autres situations. Est-ce qu'un bon équilibre par exemple est observé en France entre le global et le local, le national et le régional? Le Canada Dry de la pensée de Denis de Rougemont, ce serait d'oublier que pour celui-ci le jacobinisme s'apparentait à un totalitarisme, qu'il ne conservait aucunement un équilibre sain entre l'union globale et les libertés locales, et qu'il a soutenu le mouvement régionaliste savoyard voisin.

Écrit par : Rémi Mogenet | 19/09/2014

Maurice Chappaz, "universel" (mot-valise qu'on peut remplir d'à peu près n'importe quoi), j'en doute fort. S'il voyait la tronche du Valais d'aujourd'hui !
Il faut arrêter de faire dire aux gens, surtout aux morts,
ce qu'ils n'ont pas dit.

++++++++++++++++++++
Le Valais de mon coeur est plus grand que l'autre.

De toute éternité il existe.

Je l'ai connu
quand il avait du bois de raccard et du sang de gentiane...

C'est la fin,
les chapelles blanches telles des gourdes d'eau-de-vie
sèchent au soleil.

Adieu chère famille!
On coupera les seigles
comme on se coupe les veines.
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Écrit par : Paul Bär | 20/09/2014

L'échec du vote est simple à expliquer. Tout d'abord, les Ecossais ethniques installés à l'étranger ne pouvaient pas voter. Donc, les vrais Ecossais d'Ecosse (pas ceux de papier) avaient face à eux les Anglais installés chez eux, les naturalisés récents, Polonais et autres Pakistanais (1) ainsi que leurs propres bourgeois (la si funeste génération du baby-boom qui a tout eu et ne laissera rien) craignant pour leurs rentes. Impossible à gagner.

Et ce n'est paradoxalement pas un mal pour l'Ecosse "tellurique" que ce vote ait échoué. En effet, les indépendantistes écossais (2) sont pour le droit du sol, droit du sol qui signifie à terme l'effacement du peuple d'origine.


(1) comme lors du vote sur l'indépendance du Québec, ce sont les "de papier", naturalisés récents, qui ont préféré la sécurité économique et administrative à l'identité.

(2) bref, des sortes de "Jurassiens".

Écrit par : Paul Bär | 20/09/2014

En fait, ce scrutin était avant tout un choix entre gauche "état providence" contre une droite cherchant à lutter contre les dérives des gauches européennes. L'Europe, c'est 7% de la population mondiale, 50% de la redistribution des richesses (Merkel). Devinez pour quoi tous ces idiots traversent au péril de leur vie la Méditerranée...

Écrit par : Géo | 20/09/2014

Quelle leçon? selon le constat de nombreux observateurs soviétiques... pardon, russes, le scrutin a été entaché de multiples irrégularités et ne correspondait pas aux standards internationaux.

http://www.theguardian.com/politics/2014/sep/19/russia-calls-foul-scottish-referendum?CMP=twt_gu

Cela étant, la seule VRAIE leçon donnée au Monde n'est bien entendu pas le résultat du scrutin, qui ne regarde que les Ecossais et le reste du Royaume-Uni, mais la possibilité en elle-même de tenir un tel référendum, malgré la négation de la notion pourtant légitime du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes qui a généralement cours dans les relations de politique internationale (malgré les exemples bienvenus mais malheureusement isolés du Kosovo et du Sud-Soudan). Cette notion devrait pourtant être la norme dans une société démocratique, selon les mots du ministère des affaires étrangères de la République du Haut-Karabakh, pays autoproclamé, donc concerné au premier chef par le problème de la non-reconnaissance de scrutins pourtant démocratiquement tenus:

http://www.nkr.am/en/news/2014-09-19/655/

Écrit par : Mikhaïl Ivanovic | 21/09/2014

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