08/10/2014

Immigration : le PLR ne manque pas de culot

 

Sur le vif - Mercredi 08.10.14 - 16.49h

 

Le PLR suisse ne manque pas d’air. Dans un communiqué diffusé cet après-midi, il affiche « la maîtrise de l’immigration » comme l’une de ses deux priorités, avec les bilatérales. Va pour ces dernières, où sa ligne est cohérente, et d’ailleurs sans doute majoritaire dans le pays. Mais l’immigration ! Dans le style récupération éhontée du thème identitaire d’un parti concurrent, le PLR pulvérise tous les records.

 

Le parti qui ne cesse, depuis deux décennies au moins, d’avancer le thème de l’immigration, n’est évidemment pas le PLR, mais l’UDC. Le parti qui n’a cessé, sur ce thème, de combattre l’UDC, par exemple dans la campagne du 9 février 2014, c’est justement le PLR. Que demandait l’initiative « Contre l’immigration massive », acceptée par le peuple et les cantons à la grande fureur du PLR : précisément, une meilleure « maîtrise de l’immigration ». Ce texte, les gens du PLR, tout au long d’une campagne dûment stipendiée par le patronat, alias Économie Suisse, n’avaient cessé d’en dénaturer l’esprit, les uns parlant de « xénophobie », les autres nous annonçant l’asphyxie économique du pays.

 

Ne refaisons pas la campagne. Chacun pense ce qu’il veut du 9 février. Mais au moins, appelons un chat un chat. Et sachons reconnaître l’original de la copie, la paternité du plagiat, la prise en compte d’un thème en amont, par rapport  à la récupération. Il y a, dans le parti appelé « PLR », deux composantes de philosophie politique. L’une, la composante radicale, a fait la Suisse moderne, construit et développé l’Etat, dessiné (avec d’autres, dont les socialistes) les contours de nos assurances sociales. L’autre, la composante libérale, malgré de grandes figures humanistes, ne peut pas s’enorgueillir d’un tel legs. Et surtout pas ce qu’elle est devenue depuis une trentaine d’années, apôtre de la dérégulation, casseuse de services publics, prosternée devant le Veau d’Or de l’Argent facile et de la spéculation. Vouloir faire cohabiter radicaux et libéraux au sein d’une même famille, c’est se heurter continuellement à une contradiction majeure, quelque chose de puissant autour du rôle de l’Etat, sur lequel ces deux courants divergent.

 

Dans tous les cas, le PLR, en affichant la « maîtrise de l’immigration » comme l’une de ses deux priorités, fait preuve d’un culot inégalé dans la politique suisse depuis la guerre. Il pique à un parti concurrent l’un de ses thèmes existentiels. Les électeurs, le jour venu, sauront reconnaître l’original de la copie. Quant au PLR, tant qu’il n’aura pas réinscrit la République au rang de ses priorités, tant qu’il donnera le sentiment d’inféodation aux puissances de la finance, avec ses parlementaires commis-voyageurs des banques privées, des pharmas, ou du lobby des caisses maladie dans la Berne fédérale, il continuera de nager en eaux troubles. Dommage pour ce parti, du moins pour sa composante historique et républicaine, les radicaux.

 

Pascal Décaillet

 

16:49 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

C'est pas bien de copier sur son voisin !
Voila que le PLR se dispute avec le PDC en matière de girouette !

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 08/10/2014

J'espère que vous ne manquerez pas de suivre ce soir, "Infrarouge".

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 08/10/2014

La nuit tous les chats sont gris, même à Infrarouge :-)

C'était bien calme pour une pleine lune. Mais amusant aussi le petit reportage de la TSR à Bruxelles. Par contre, la condescendance de M. Quatremer était difficilement supportable.

Écrit par : Jmemêledetout | 08/10/2014

Le bal des hypocrites (ils) autour d'Oskar Freysinger à Infrarouge avait le goût d'une bonne viennoiserie!
Les commentaires et reportages avec des airs et paroles condescendantes démontrent qu'(ils) tirent leurs dernières cartouches tellement (ils) ne savent plus quoi dire devant les évidentes conséquences bien actualisées que l'UDC avait prévues et annoncées AVANT les votations. Maintenant les PLR-PDC-PDB-PS-Verts & cie qui ont trompé le peuple, notamment pour Schengen, sont devant les faits et leurs responsabilités de leurs erreurs monumentales de l'époque!

C'est d'ailleurs pour cela qu'(ils) commencent la campagne 2015....très tôt
car (ils) se savent tous sur des sièges éjectables, darbellay le premier!

Écrit par : Corélande | 09/10/2014

Je ne suis pas d'accord avec Pascal Décaillet. La ligne du PLR et en particulier de son président national actuel Philip Muller a peu varié sur l'immigration : ferme mais juste. Le PLR a combattu l'initiative de l'UDC car elle avait pour premier but de plomber nos relations avec l'UE en agitant l'immigration de masse. Jamais nous n'avons eu un débat serein sur ce thème car il était confisqué. Il est temps qu'on l'ouvre, sur des bases qui ne sont ni xenophobes, ni isolationnistes ni sur des chemins aussi "unschweizerisch" que ceux sur lesquels l'UDC veut nous emmener, c'est à dire l'irrespect pour les institutions, une communication certes efficace mais qui met toujours les instincts avant la réflexion et les valeurs. Et depuis quand un thème est il la propriété d'un seul parti ? J'imagine très bien une chronique dans laquelle Pascal aurait reproché au PLR d'avoir déserté le thème de l'immigration ou d'y être inaudible. Peut-être l'a-t-il écrite ?

Écrit par : Rolin Wavre | 09/10/2014

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