31/10/2014

Présence de nos morts

 

A l'occasion de la Toussaint (une fête qui m'est chère), demain 1er novembre, et aussi du Jour des Morts (2 novembre), je republie ici ma chronique publiée il y a cinq ans, le 2 novembre 2009.

 

Je dédie cette chronique à tous ceux que nous avons connus, aimés, et ne sont plus. Parents, amis, passagers de la pluie, passantes de feu, amantes d'un soir, vieux ennemis, poètes, chanteurs, anciens profs, ces sublimes hussards noirs de notre mémoire. Je pense à vous, Père Collomb, aumônier du primaire, années soixante, qui nous avez si bien enseigné la connaissance des autres religions : judaïsme, Islam, bouddhisme. A vous, votre sourire, votre bonté, je dédie des minarets de reconnaissance.

 

Où sont-ils, maintenant ? On dit qu'ils vivent encore, dans les cœurs : parole de survivant, juste pour se rassurer ? Début novembre, on les évoque. Et toute ma haine d'Halloween, je la retourne en immense tendresse pour la Toussaint, ce frêle et dérisoire passage d'une bouffée de brume dans l'intensité solaire de nos vies si pressées. Juste penser à eux, juste un instant. Qui sont-ils, les vrais passants : eux, ou nous ?

 

Qui sont-ils, les vrais vivants ? Qui est l'ombre, et qui la silhouette ? Où est-elle, la vraie vie ? Au-delà du rivage, en deçà ? Vous le savez, vous ? Vous y pensez, parfois, à vos morts : ou plutôt vous parvenez, une seule seconde, à n'y point penser ? Eux, humus de glaise et poussières d'étoile. Ils sont l'avant et l'après. Ils nous ont précédés. Ils nous attendent.

 

Pascal Décaillet

 

17:58 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (8) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Nous sommes tous des passants et tous des vivants, sur un plan ou un autre. Ou peut-être tous le fruit d'une illusion individuelle et collective. La pensée est créatrice, elle est énergie capable de créer n'importe quelle illusion ou réalité.

Ad lib.

Mais nos bons souvenirs des personnes parties ailleurs, sont porteurs de notre futur. Les autres sont porteurs de barrières, infranchissables parfois. Rien ne s'oublie, tout sert.

A l'illusion comme à la réalité que l'on croit vraie.

Écrit par : Jmemêledetout | 31/10/2014

Nos morts de leur vivant: quid de autres, ceux dont on ne parle pas ou plus? Laissés pour compte, ignorés "méconnus" mais en cas de monde présent malgré tout souvenir ému au jour des funérailles. Indifférence générale en les derniers temps ou étapes ultimes de leur trajet. A propos d'eux entendu il y a peu : "Que voulez-vous... en prenant de l'âge les vieillards perdent de leur attrait c'est-à-dire de leur pouvoir pour nous attirer.

Écrit par : Myriam Belakovsky | 01/11/2014

Oui, c'est bien de penser aux morts. Mais avant d'en arriver là, on peut peut-être devenir centenaire... D'ailleurs il parait que c'est de plus en plus courant. A tel point que ça devient un problème pour certains.
Et puis c'est marrant mais une fois mort il semble que nous nous sacralisons.
Combien de fois n'ai-je pas lu vos éloges d'éminences d'un temps, tel Chavanne ou Delamuraz, que vous avez côtoyé et que vous encensez. Alors qu'ils étaient juste des hommes, comme vous et moi, juste un poil plus visibles peut-être et bourrés de contradictions. C'est bien je trouve cette capacité à oublier tout ce qui dérange pour ne garder que l'essence virtuelle positive qui ne tache pas la mémoire. C'est bien parce que ça nous ramène à notre imperfection et à notre incapacité de juger objectivement. Finalement la Toussaint ou la fête des morts ne sont que des rappels de notre suffisance et un bel exercice d'humilité.
Avant d'acquérir la sagesse qui nous en fera rire comme les Mexicains qui se déguisent en squelettes et font vraiment la fête dans la rue.

Écrit par : Pierre Jenni | 01/11/2014

....Que voulez-vous... en prenant de l'âge les vieillards perdent de leur attrait c'est-à-dire de leur pouvoir pour nous attirer......

......Quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle.

(Pour conclure par une citation, Mme Myriam Belakovsky)

Pour écrire sur la mort, vu que la vie me l'y autorise, je m'étonne des cimetières suisses.

Quand j'étais petit et que j'accompagnais mia nonna Rita ou miâ zia Rosa, qui allaient changer les fleurs pour mon grand-père que je n'ai pas connu, au cimetière de Brescia, je voyais tout plein de visage sur les monuments funéraires. Et quand je me suis rendu pour la première fois dans un cimetière à Lausanne, adolescent, la première chose qui m'a frappé, c'est qu'il n'y avait pas de photo sur les monuments funéraires. Une autre chose qui m'a interloqué un peu plus tard, c'est qu'en Suisse, du moins dans les cimetières où je me suis rendu, il n'y a souvent que l'année de naissance et l'année de la mort, mais ni le jour, ni le mois de naissance et de décès. Même dans la mort, le Suisse reste discret.

En Suisse, je constate tout de même une différence au niveau des médias. C'est que dans le journal la Liberté, (journal fribourgeois, canton catholique), lorsqu'il y a un avis mortuaire, il y a souvent une photo qui accompagne l'avis de décès. Mais dans le 24 heures (canton de Vaud) ou dans la tribune de Genève, c'est rare qu'une photo accompagne l'avis de décès.

Comme il y a de plus en plus d’immigrés qui meurent en Suisse, les cimetières sont gentiment en train de changer de visage et il deviendra de plus en plus fréquent de voir dans les cimetières des yeux sur les pierres tombales qui vous observent, comme j’avais cette impression quand j’étais petit al cimetiero della Volta.

Écrit par : Lucignolo | 02/11/2014

@Lucignolo : faites un tour dans les cimetières des cantons dits "catholiques" en plus de Fribourg, Valais, Tessin et surtout en Suisse centrale. Les cimetières sont fleuris et les annonces mortuaires sont détaillées, bien souvent un article retraçant la vie de chaque défunt parait dans la presse régionale.

Écrit par : Tourmaline | 02/11/2014

Lucignolo@ Oui, merci, on avait quelque peu remarqué qu'on était envahi par les gens du sud. Merci de donner ainsi un autre son de cloche sur les initiatives Schwarzenbach. Pas sûr que c'était ce que vous vouliez...
Je n'aime pas la relation des catholiques à leurs morts. On sent le paganisme, le culte de tous les saints, y compris ceux du candomblé et peut-être probablement bien tous les démons avec, je me trompe ?
Mais pas de problème, au vu de l'invasion musulmane actuelle. A moins que les cathos ne s'allient à ceux-ci contre nous, les sales mécréants ?

Écrit par : Géo | 02/11/2014

Tourmaline@ Dix sur dix pour le pseudo.
"Le terme tourmaline ne désigne pas une espèce minérale mais un groupe de minéraux de la famille des silicates, sous-groupe des cyclosilicates, de formule chimique XG3Z6(BO3)3T6O18(OH,O)3(OH,F,O) où X=(Ca,Na,K,[]), G=(Mg,Li,Al,Mn,Fe2+,3+,V,Cr,Ti,Cu,[]), Z=(Al,Mg,Cr,V,Fe3+,Ti), T=(Si,Al,B,Be).
http://fr.wikipedia.org/wiki/Tourmaline
Bon, mais en gros, je préfère la formulation du Deer, Howie & Zussman : Na(Mg,Fe,Mn,Li,Al)3(Al6((Si6 O18))(BO3)3(OH, F)4.
En fait, il en existe trois types principaux. Une avec un pôle plutôt magnésien :
la Dravite; une deuxième plutôt fer ou manganèse : Schorl et une troisième avec terres rares : lithium : Elbaite.
Très beaux cristaux, en fait des pyroxènes mais avec des groupes OH. Cela en dit long sur la présence de l'eau sur terre et donc notre existence...

Écrit par : Géo | 02/11/2014

Merci Monsieur Décaillet pour ce touchant message. Vous maniez si bien le verbe que je vous envie.
Et en vie, malgré tout l'amour que je porte à mes "disparus", j'espère y rester longtemps.
Cordialement,
Guy Jemmely

Écrit par : Guy Jemmely | 04/11/2014

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