07/11/2014

Les petits fronts des petits républicains

 

Sur le vif - Vendredi 07.11.14 - 17.16h

 

Nous pensions avoir déjà assisté, dans l’affaire dite de « l’esclandre du Grand Conseil », le 10 octobre dernier, à un rare sommet d’hypocrisie dans les fausses pleurnicheries et les mielleuses leçons de morale de certains parlementaires. Tout heureux de pointer du doigt le mouton noir, convoquer le souvenir du fascisme. Haro sur le dérangeur ! Qu’on l’expulse (oui, cela fut proposé), l’empêcheur de parlementer en rond. Brumaire par ci, le colonel Tejero par-là : on a eu droit à tout, rumeurs de pronunciamientos, bruissements de bottes, complicité coupable de l’ordre policier. Nos petits républicains tentaient en larmoyant de nous dessiner les petits fronts de leur petite résistance. Ils étaient l’Ordre établi, la Morale, le Convenable. Face à eux, la Bête immonde. La noirceur de la nuit.

 

Oui, nous pensions avoir atteint le sommet. C’était sans compter l’ineffable lettre signée aujourd'hui (dans l’épicentre comme dans l’épicène) par les « Cheffes de groupe Les Verts et les Socialistes, et les Chefs de groupes PDC et PLR ». Deux pages d’anthologie. Quatre semaines après ces heures terribles où chacun sait que la République a failli basculer, notre 6 février 1934 à nous, avec nos Cagoulards, nos Ligues, un mois donc après le cataclysme, voilà l’Ordre du Convenable qui en remet une couche. « Particulièrement choqués » par les événements du 10 octobre, « gestes déplacés », « violence sur le pupitre des Conseillers d’Etat », « nous croyons en cette démocratie parlementaire », osent-ils ajouter, à croire que cette dernière aurait vécu il y a quatre semaines ses dernières heures, son 10 juillet 1940, son octobre 1922 dans les faubourgs de Rome.

 

Là, il faut dire halte. Mesdames et Messieurs les Partis du Pouvoir, docteurs ès barbichette, Prix Nobel d’hypocrisie, il faut dire – ou plutôt rappeler – une ou deux choses sur les vraies raisons qui vous animent. Elles ne relèvent en rien de la morale. Mais du calcul politique. Le fond de l’affaire, c’est le deuxième tour des élections municipales du printemps 2015. La montée du MCG dans certaines communes suburbaines (là se jouera la vraie bataille) commence sérieusement à vous faire peur. Alors, après le premier tour, qui sera celui des Conseils municipaux, vous envisagez d’entreprendre toutes choses pour barrer la route à ce parti. Vous en avez d’ailleurs parfaitement le droit : chacun, dans un scrutin majoritaire, tricote les majorités qu’il veut pour tenter de triompher. Mais de grâce, ne venez pas nous pousser la chansonnette de la morale. La politique est une question de rapports de forces. Vous construisez le vôtre. Vos adversaires, le leur. C’est tout, strictement tout.

 

De grâce, épargnez-nous, pour vous éviter le ridicule, l’expression « Front républicain ». La plupart d’entre vous, que savez-vous de la République ? De quel droit vous permettriez-vous, par le jeu de miroirs historique de ces deux mots, d’exclure du champ républicain des partis, comme Ensemble à Gauche, le MCG, l’UDC, qui simplement y sont vos adversaires, allant comme vous solliciter en toute légalité, dans les règles du jeu, les suffrages des citoyens ? Alors, de grâce, Mesdames et Messieurs les Gentils, les Convenables, faites de la politique et pas de la morale. Battez-vous contre vos adversaires, tentez de les vaincre. Mais ne venez pas vous approprier une République qui ne vous appartient pas. Nul n’est dupe de vos subterfuges : dans l’affaire du 10 octobre 2014, si vous mettez tant l’accent sur la forme, c’est juste pour nous faire oublier le fond : votre trouille des deuxièmes tours dans certaines communes suburbaines. Et tout le reste, comme chez Verlaine en son Art poétique, est littérature.

 

Pascal Décaillet

 

17:16 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (9) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Cela ne pouvait être mieux dit!

Écrit par : Ronald ZACHARIAS | 07/11/2014

bien ecrit comme dab bravo Mr Pascal Decaillet

Écrit par : mermillod | 07/11/2014

Lola Bolay, Antoine Droin, les socialistes visiblement n'aime pas Stauffer.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 07/11/2014

Pourquoi ajouter du futile au désagréable?
la République, tout le monde s'en réclame des copains aux coquins; la société liquide est en mesure de dissoudre toutes les valeurs dans une sauce insipide ce qui ne l'empêche pas d'être indigeste .
à commencer par La Marge la vraie "ses marginaux" qui ne sont pas conviés au banquet ultime, célébrant la fin de l'Histoire selon Fukuyama et dont Fukushima ne constitue pas seulement un glissement sémantique.
Avec le Temps comme dirait un certain Ferré , du détail ne surgit pas forcément l'essentiel.

Écrit par : briand | 07/11/2014

Ouch... mais vous savez mordre M. Décaillet ;) Je vais en prendre de la graine.

Écrit par : Jmemêledetout | 07/11/2014

Non, cette fois pas du tout d'accord avec vous.

L'esclandre passée est effectivement intolérable. Si tous les députés faisaient ça, nous serions où? Nous irions où?

Je peux parfaitement soutenir parfois au moins 2 de ces 3 partis. Mais des comportements pareils, non, non et non.

Nous ne sommes ici ni à Naples, ni à Kiev.

Écrit par : JDJ | 07/11/2014

Que les politiciens tentent une bonne fois pour toute de nous convaincre.
Ils nous donnent un aperçu du pitoyable système politique français, qui les influencent plus que de raison, désormais.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 08/11/2014

Parfaitement d'accord avec M. Décaillet.

Les partis traditionnels accrochés aux pouvoirs sont sans panache, sans aucune classe.

Ils jouent du fonds du court, ils pratiquent systématiquement le niveau ultime de l'anti-jeu.

C'est le génocide de la Démocratie.

Écrit par : La censure anéantit la Suisse | 08/11/2014

La liberté d'expression est ancrée dans la constitution suisse et genevoise.

http://www.ge.ch/legislation/rsg/f/s/rsg_a2_00.html

Mais là, il s'agit de la salle du Grand Conseil, et ce lieu requiert de la dignité et de la courtoise dans la façon dont on formule ses opinions, du moins cela devrait être la règle la majorité du temps, pas comme le cirque qui règne séance après séance dans ce Grand conseil, qui se trouve aussi être la ville de nombreuses organisations internationale, dont l'ONU. Les hypocrites et les opportunistes n'ont rien à y faire non plus, comme à l'ONU d'ailleurs, mais là c'est plus compliqué pour l'ONU, avec tous ces régimes dictatoriaux...

Comment les professeurs peuvent-ils réclamer du calme dans leur salle de classe, quand des élèves voient à la télévision des adultes, avoir un tel comportement outrageux et de façon aussi répétitive au Grand conseil.

La place de ces individus, serait plutôt dans le parc des bastions, sur le parvis du Mur des réformateurs, vu qu'ils aimeraient réformer la société, comme les Speakers' Corner, du Hyde Park à Londres par exemple, qui ont le droit de s'indigner bruyamment, à certaines heures de la journée, tout en restant bien entendu dans le cadre de la loi.

Dans le canton de Vaud, on a aussi un personnage qui joue le rôle du petit caillou dans les pantoufles des pantouflards de Grand conseil Vaudois. Il s'appelle Jean-Michel Dolivo, (il est par contre de l'autre côté de l'échiquier politique), mais lui quand il prend la parole, il exprime aussi ce que les élites voudraient garder sous silence, mais il reste courtois, précis dans ses formulations. Il est, certes, moins entendu par ceux qui ne suivent pas la politique, mais il porte dignement son rôle de député.

Écrit par : Lucignolo | 08/11/2014

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