03/12/2014

Conseil d'Etat : le Vaisseau fantôme

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Publié dans GHI - Mercredi 03.12.14

 

En présentant au public de Dresde, fière capitale de la Saxe, la Première de son opéra « Le Vaisseau fantôme », le 2 janvier 1843, Richard Wagner aurait-il éprouvé, avec 170 ans d’avance,  comme une prémonition de l’actuel Conseil d’Etat genevois ? Pour ma part, j’adore cette œuvre, que j’ai vue pour la première fois à l’âge de seize ans. Il y est question d’un Hollandais volant, qui dérive sur les mers. Un Vaisseau fantôme, par définition, ne sait où il va. Il a perdu tout contrôle de lui-même. Le pilote est évanescent, diaphane comme nuage sous la lune. L’équipage invisible, muet. Le livre de bord, englouti au fond des mers. Dans la cabine de pilotage, un vieux compas rouillé, battu par le vent glacé.

 

A l’image du Hollandais volant, le gouvernement de Genève donne davantage l’impression de dériver que de tenir un cap. Il aura suffi que survienne le premier automne, avec le rugissement d’une grève, la promesse d’une autre, le traditionnel bras-de-fer autour du budget, pour que ces fiers enfants de la Gaule s’évaporent comme marins d’eau douce, soudain moussaillons clopinant sur le pont arrière : ne manquent que l’orchestre, le frisson de l’ultime baiser, la grâce immaculée de l’iceberg. Car enfin, dans la première grève des TPG, on a commencé par laisser un bleu monter à l’abordage, avec menaces, rodomontades. Il a fait le matamore, oui, mais au matin s’est démonté, dès la première clarté. Il avait parlé de faire intervenir la police, c’était en ordre avec son collègue, pourquoi pas l’armée. Au final, il n’y eut ni l’une, ni l’autre. On n’aura, dans cette affaire, ruiné que son propre crédit.

 

Le matamore ayant un peu trop ruminé, croyez-vous qu’on eût publiquement montré une quelconque désapprobation ? On aurait pu, soit le soutenir, soit signifier la distance. On ne fit ni l’un, ni l’autre. On ne régna que par le silence. On ne se montra pas. On ne parla pas. On rasa les murs en trottinant, d’une passerelle l’autre, dans la nuit fantomatique des flots impérieux. Le voilà donc, le Conseil d’Etat 2013-2018 ! Le voilà, ce singulier attelage où celui qui parle trop dispute la vedette à ceux qui trop se taisent, comme si toute parole, toute intervention, se trouvaient par nécessité frappées du sceau de décalage. Un concert dont toute la partition aurait trouvé son édification sur le principe de la fausse note.

 

Face à cette non-pertinence, l’impertinence s’impose. Qui sommes-nous, après tout ? Mais enfin, des citoyens, tout de même, pas des sujets ! Le respect de l’autorité, lorsque cette dernière ne s’impose pas d’elle-même, a des limites. Face à la pression sociale, face à l’extrême difficulté d’élaborer un budget, on aimerait entendre le collège parler avec vision, cohérence. Alors que chacun s’efforce, dans son coin, de préserver le pré-carré de son dicastère, brandissant des menaces de licenciements dès que la tragi-comédie budgétaire de l’automne feint de toucher à un Département. Apeurés, les ministres ! Le signal, dans la cabine de pilotage, ou sur le pont avant, n’est pas le meilleur pour inspirer la confiance. Malgré la grâce de l’orchestre. Et le sourire de l’iceberg.

 

Pascal Décaillet

 

 

16:29 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Excellent mot!
Pour moi, cela confirme ce que j'avais par ailleurs déjà écrit dans un commentaire sur votre blog. Le Président Longchamp ne vaut pas un clou, il n'a jamais travaillé de sa vie dans autre forme que l'administration cantonale, sans aucune décision réelle à son appui! Le deuxième radical, qui se voit déjà exfiltré de Genève vers des horizons suisses alémaniques avec à la clef la même réussite qu'une certaine socialiste valaiso-genevoise à la retraite, soit la nullité parfaite de direction du Pays dont on voit tous les jours les affres de cette gouvernance inculte, ne pipe mot lui aussi, car les puissants, trop puissants syndicats de la Police au sens large, dans une vraie démocratie replacés à leur vraie, petite place, n'en feront qu'une bouchée de ce gamin, seulement capitaine dans une troupe non combattante de l'Armée suisse! (qu'il a critiqué dans un rapport tombé au fond de la plus profonde poubelle, par classement vertical.
Je ne dirai pour l'instant rien de négatif sur le PDC responsable des finances cantonales, qui m'a l'air solide; au contraire de son co-religionnaire qui a démontré amplement qu'il n'a pas sa place dans un exécutif cantonal. Son bilan plus que médiocre dans son département et sa débandade dans la gestion de la crise, toujours latente, aux TPG, me font plaisir, car contrairement aux pronostics du grand Christophe du Valais, ce parti qui fait majorité de gauche au Conseil fédéral va se prendre une belle claque en octobre 2015.
Ce qu'il y a de sûr, c'est que la baudruche du "Grand Genève" n'est pas seulement en train de se dégonfler (et c'est un bien, mais éclate à la tête de ceux qui s'en sont gaussé tout en trompant le peuple électeur. La suite promet d'être grandiose avec un collège gouvernemental épouvanté devant les rodomontades de quelques syndicaliste, nouveaux dans le Pays et aimant copier leurs voisins, à l'instar de ces Conseillers d'Etat genevois arborant dans le privé une (vraie ou fausse!) légion d'honneur napoléonienne.)

Écrit par : simonius | 03/12/2014

Puisque le Conseil d'Etat se comporte comme un vaisseau fantôme, pourquoi les citoyens seraient-ils obligés de jouer les vassaux fantômes ?

Heureux Neuchâtelois qui ont introduit une clause de destitution dans leur arsenal juridico-politique.

Écrit par : Michel Sommer | 03/12/2014

Bien trouvé, le Vaisseau Fantôme... Le Crépuscule des Dieux eût été un peu flagorneur...

Écrit par : Pascal Holenweg | 04/12/2014

Excellente description de la situation ! Merci. La classe politique a trop longtemps navigué sur des eaux calmes, sans obstacles, se contentant de gérer, sans planifier et surtout sans avoir réellement le besoin de décider. Or les temps ont changé - mais pas eux - et là face aux difficultés, au besoin imminent de trancher, de décider, d'avoir enfin une vraie stratégie proactive, on ne peut constater l'inefficacité pour ne pas dire l'incapacité de ces politiciens de deuxième catégorie. Non, les temps qui s'annoncent ne permettront plus à ces membres d'un prétendu sérail (coupé des réalités) de masquer leurs limites, atteintes depuis pas mal de temps.

Écrit par : uranus2011 | 04/12/2014

Et le Grand Conseil, il est joué par les rats du navire ?

Écrit par : Chuck Jones | 04/12/2014

Le conseil d'Etat actuel est le moins bon qu'on ait vu depuis longtemps.
Les réformes entammées au début de la législature pour leur donner le plus de chance ont échoué.
La police ? Le Conseil d'Etat a abandonné.
Champ Dollon ? Le Conseil d'Etat a abandonné.
Les TPG ? Le Consel d'Etat a abandonné.
L'école publique? ...

Écrit par : meier | 04/12/2014

... C'est : "la croisière s'amuse" !!
Où d'autre en Suisse pourrait-on avoir un canton avec 13 mia de dettes et dont le président n'occupe aucun dicastère ?

Écrit par : A. Piller | 06/12/2014

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