12/12/2014

L'Histoire suisse est passionnante !

 

Commentaire publié dans GHI - 10.12.14


 
De nombreuses voix s’élèvent, à juste titre, pour que l’Histoire suisse soit mieux enseignée, ou même soit enseignée, tout court. Totalement d’accord sur le fond, mais avec une importante précision. L’Histoire suisse qui compte, celle qui détermine nos sociétés actuelles, les rapports de force entre nos partis politiques, les relations de chaque canton à la question confessionnelle, ou à la laïcité (Genève, Neuchâtel), ne remonte pas à la mythologie du treizième siècle, mais à une période beaucoup plus récente. Par exemple, 1798. Ou 1848.


 
Non qu’il faille faire l’impasse sur Sempach et Morgarten. Mais enfin, la société d’aujourd’hui, nos systèmes parlementaires, l’Etat fédéral (1848), notre démocratie directe (1891), le scrutin proportionnel (1919, dans le sillage de la grève générale de novembre 1918), la paix du travail (1937), les grandes assurances sociales (AVS, 1947), c’est dans les deux derniers siècles qu’ils ont vécu leurs enjeux décisifs.
 


Si vous racontez aux élèves l’Histoire de la Suisse d’aujourd’hui, l’essor industriel, la part du Capital dans les entreprises, le développement des banques, le réseau des transports, les conquêtes sociales, vous les passionnerez. Oui, j’affirme ici que le dix-neuvième et le vingtième siècles sont totalement déterminants pour comprendre l’état actuel du pays. En gros, depuis la Révolution française, cette immense rupture dans l’Histoire des hommes, qui n’a épargné ni la Suisse, ni les Allemagnes. Cette Histoire-là, jointe à celle des idées et de la presse, fera naître chez les jeunes des vocations. Canton par canton. Et tant pis s’il faut un peu moins mettre l’accent sur 1291.
 
 
Pascal Décaillet

 

10:43 Publié dans Commentaires GHI | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Aujourd'hui l'histoire est totalement politisée ce qui l'a rend incompréhensible. Vaut mieux même effectivement renoncer à l'enseigner quitte à encourager élèves et étudiants à aller chercher et lire des bouquins dans les bibliothèques.

Exemple: les historiens prétendent que la Suisse s'est construite c'est par la volonté française, puis européenne, bientôt ce seront les Chinois et les Eskimo...
et non pas militairement.

Eh bien dans l'excellente Histoire de l'Angleterre par André Maurois on lit ceci:

"La féodalité sera ruinée par l'artillerie royale (ultima ratio regum) et par deux infanteries populaires: les archers anglais, les piqueurs et hallebardiers suisses"

Écrit par : Christian Favre | 12/12/2014

Pas tout à fait d'accord avec vous, Monsieur Décaillet. Tout dépend, à mon avis, de l'âge des élèves dont on parle. Je vois mal des enfants de 8/10 ans, à l'école primaire donc, se passionner pour "l’essor industriel, la part du Capital dans les entreprises, le développement des banques, le réseau des transports, les conquêtes sociales".
Idem pour "l’Etat fédéral (1848), notre démocratie directe (1891), le scrutin proportionnel (1919, dans le sillage de la grève générale de novembre 1918), la paix du travail (1937), les grandes assurances sociales (AVS, 1947)".
Des sujets importants certes mais qui devraient être traités plus tard, au Cycle d'orientation, voire au collège.
On devrait par contre préparer cet enseignement en faisant découvrir à nouveau aux élèves du primaire les origines de cette histoire. Parce que, croyez-moi, ce qui les passionne, c'est ça. Les batailles de chevaliers contre des paysans, des luttes pour la conquête de libertés, des mythes, la signification du 1er août, le pacte, etc. Je reçois encore aujourd'hui des retours d'anciens élèves, certains sont maintenant...cinquantenaires, qui se souviennent de cette histoire et des bandes dessinées que nous faisions dans leur cahier pour l'illustrer. J'en connais même qui ont gardé ce cahier.
Bref, à chaque étape son enseignement de l'histoire! Adapté à l'âge et aux intérêts des élèves auxquels il est destiné.

Écrit par : Duval | 12/12/2014

Le cas de l'histoire suisse, de sa diffusion et de son enseignement est désespéré, il n'y qu'à constater: une seule réaction à part la mienne.
L'histoire, comme le relève par ailleurs l'excellente intervention de Duval ou M. Duval, ce n'est pas seulement l'histoire politique mais bel est bien aussi celle ancienne, des guerres de libération. Les Suisses ont pris prés de 200 ans pour devenir libres, la dernière guerre étant celle de Souabe en 1499, aussi la dernière opposant un ancien territoire allemand à la Suisse et opposant les Suisses à l'empereur.
Vous revenez toujours sur la création de la Suisse moderne, confédérale. C'est important mais c'est en même temps une totale illusion d'imaginer que sans les combats "primitifs" la Suisse eut existé. Elle n'aurait tout simplement pas existé et la Suisse romande non plus sans l'impérialisme bernois, y compris pour les Genevois qui en étaient un protectorat, rapport au protestantisme.

Il est assez paradoxal d'ailleurs de constater que les Genevois mettent tant d'ardeur à fêter l'Escalade, ce que je comprends, ils ont au moins un fait héroïque et historique pour booster le patriotisme des jeunes, tout en faisant mousser les anti patriotes. Par contre je comprends alors mal le peu de reconnaissance des Genevois face à l'extraordinaire puissance militaire que furent les Suisses en Europe. Je comprends aussi mal cette idée unilatérale voulant que la Suisse serait une construction...française alors que la France a quasiment doublé son territoire en reprenant les territoires du Téméraire qui fut vaincu par la puissance militaire suisse, ce que le rusé Louis XI avait si bien compris.

Ce qui trompe l'opinion et qui est à signaler, c'est qu'au moment de l'invasion française, les Suisses avaient commis l'erreur de mettre leur combativité militaire, non plus d'abord dans la libération, puis la défense mais dans le mercenariat, activité rémunératrice mais peu glorieuse, finalement. Tuer pour de l'argent....personnellement je trouve cela ignoble. Désolé, je sais que beaucoup pensent le contraire, mais les divergences d'appréciation font aussi partie de l'histoire. Ce qui a fait donc que la Suisse n'avait tout simplement pas d'armée à ce moment, c'est aussi simple. Mais bon on peu, à contrario aussi y voir une certaine gloire d'une aide à la construction de la France, ce qui est exact. En tout cas sur ce point les Français honoraient les Suisses de façon incroyable.

On ne mentionne guère non plus à quel point l'occupation française fut douloureuse, particulièrement en Suisse allemande, tout fut pillé et la population mourait de faim. Pas question de juger, mais de savoir, savoir d'ailleurs que ceux qui souffraient ont fait souffrir et qu'un peuple victime d'un moment est parfaitement capable de devenir le bourreau du lendemain.
A ce sujet on ne finit pas de mentionner le pillage du canton de Vaud par les Bernois et Confédérés du temps des guerres de Bourgogne. C'est exact mais les Vaudois alors ont aussi commis des exactions, par exemple lors de la guerre des paysans...vous voyez. Sans parler du mercenariat où l'on sait à quel point les soldats se servaient chez l'habitant...

On devrait aussi affiner un peu l'idée d'un Napoléon empreint de générosité envers les Suisses. Il faut relire nos anciens et excellents historiens. L'idée de Napoléon a aussi été de s'opposer précisément à la volonté des Suisses de créer une armée nationale...d'où la division par cantons...Napoléon ne voulait pas d'une nouvelle armée suisse trop puissante, on le comprend.

Écrit par : Christian Favre | 14/12/2014

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