21/12/2014

Le déplacement du curseur

 

Sur le vif - Dimanche 21.12.14 - 16.55h

 

La majorité de droite élargie (PLR, MCG, UDC) sur la question amirale du budget, mère de toutes les batailles, ne doit rien au hasard. Elle est, comme nous l’expliquions ici hier, le fruit d’une évolution parfaitement perceptible, depuis des années, des fronts politiques genevois. Elle était, depuis longtemps, prévisible. Encore faut-il, pour cela, que les observateurs de la vie politique s’affranchissent des apparences du moment pour se projeter dans la réalité à venir.

 

Une telle posture exige une certaine puissance de solitude, une épaisseur du cuir. Entrer en matière sur la préférence cantonale, non pas aujourd’hui (tout le monde le fait), mais il y a cinq ou sept ans, lorsque les partisans de cette option étaient pestiférés. Voir venir le regroupement des forces de droite, ci-devant appelée « élargie », non seulement maintenant, alors que ces dernières viennent de s’imposer dans une bataille majeure, mais il y a cinq ans, six ans, sept ans, alors qu’on ne jurait que par l’axe du centre. Avertir de l’existence de maillons faibles (deux par législature en général) dans un collège, non lorsque cette faiblesse ministérielle commence à faire l’unanimité, mais en amont, alors que les intéressés sont populaires, sympathiques, immergent les réseaux sociaux de leur populisme facile. Bref, les meutes de la vingt-cinquième heure, c’est bien gentil, mais la solitude glacée de la première heure, c’est en général un peu plus risqué.

 

Ce qui était prévisible, à Genève, c’est le déplacement du curseur. Cette nouvelle droite peut, si elle le veut, mener Genève dans les quatre ans de législature qui nous restent. Sans doute ne le fera-t-elle pas, d’ailleurs, ou juste ponctuellement, parce qu’elle est éminemment fragile, divisée à l’interne, et parce que nous sommes dans un système où nulle majorité stable ne tient. Mais enfin, tout de même, en laissant le PDC ruminer dans ses retranchements moralistes de sacristie, et en allant chercher ailleurs l’appui nécessaire pour donner à Genève un budget, le PLR a donné un signal relativement historique, depuis les années trente. C’est cela, au-delà des chiffres du budget, qui s’est produit vendredi, dans l’Histoire politique genevoise. De grâce, sachons la lire. La mettre en perspective historique. Insérer l’événement ponctuel dans sa ligne de continuité. Pour cela, il faut des observateurs et commentateurs capables de s’affranchir du pointillisme, appréhender un mouvement d’ensemble.

 

Cette droite élargie est désormais investie d’une responsabilité. Si elle veut survivre à cette victoire ponctuelle sur le budget 2015, elle se doit d’établir, puis de présenter à l’opinion publique un minimum d’armature idéologique commune. Oui, disons un minimum. A cet égard, une remarque : nulle cimentation des droites genevoises ne pourra s’opérer sur la seule idée du profit financier, spéculatif, de la vassalité du politique face à l’univers bancaire, du culte de la réussite individuelle. Ce qui doit réunir les différentes familles de la droite genevoise, c’est l’idée républicaine. Cette dernière implique une attention majeure à l’édification collective d’une société qui n’oublierait personne, et où il y aurait d’autres valeurs  - tiens, par exemple l'école - que l’argent et l’insolence. Ce souci de solidarité et de redistribution, pourquoi faudrait-il en laisser le monopole à la gauche ?

 

Si cette nouvelle majorité tient compte, dans les mois qui viennent, de cette impérieuse nécessité d’un langage républicain, avec vision d'Etat, elle pourra rendre à Genève de fiers services. Si, au contraire, elle se contente de monter des coups, une fois l’an, sur la question du budget, ou sur d’improbables affaires immobilières ou financières, elle se diluera dans l’insignifiance.

 

 Pascal Décaillet

 

 

16:55 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (3) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Enfin une petite surprise dans le paysage politique. Il n'y a plus que le PDC pour se boucher le nez. Et tout ça pour la simple et très mauvaise raison que le PLR ne voulait pas fricoter avec l'UDC, qui assumait le rôle du méchant avant l'arrivée du MCG.
Je comprends que vous preniez le pied. Et puis c'est votre fond de commerce.
Votre fibre républicaine, qui s'incarne au mieux chez les Radicaux qui ont fait l'histoire de la Suisse, vous pousse à fustiger les excès du néo-libéralisme qui est pourtant chez nous d'une expression très modérée. Les Libéraux de chez nous ont été et sont encore des humanistes. Ce qui a changé, c'est d'une part la fuite en avant universelle du capitalisme financier et son lot d'outrances pré-mortem et d'autre part le manque d'intérêt pour des formules trop élaborées. Le discours politique s'est simplifié. On vend la sauce à l'aide de slogans réducteurs qui ne suffiront jamais à traduire les valeurs humanistes des créateurs de richesses.
Je me réjouis avec vous de ce nouveau fait qui permet à la droite genevoise de ne plus être la plus bête du monde. Je relève au passage que le MCG assume enfin sa position physique au Parlement, à la droite de la droite. De là à la voir abandonner son slogan ni gauche, ni droite, il ne faudra pas en demander trop.
Quant aux prolongations du MCG, elles sont essentiellement dues à la frilosité des autres et non pas à leurs mérites. Les électeurs sont allés vers celui qui semblait se bouger un peu. Mais comme il commence à gigoter, voire à girouetter, sa période de gloire devrait être derrière.
Mais au bout du compte, une fois qu'on a entendu tout le monde, surtout chez vous à GAC et à saturation, rien ne bouge vraiment. Et ce petit geste de résistance d'une droite enfin réunie ne permettra pas de sitôt de réduire notre dette abyssale et vous aurez encore, durant des années, des députés qui viendront chez vous d'écharper pour avoir un peu de visibilité.
Dans dix ans, vous n'en pourrez plus. Le caractère cyclique de toute chose vous fera prendre plus profondément conscience de la vanité de ces discours.

Écrit par : Pierre Jenni | 21/12/2014

Les rêveries du curseur solitaire.

Écrit par : Jean Romain | 21/12/2014

Puisse cette même Alliance des droites faire sauter au printemps prochain la majorité de gauche qui tant de mal a fait en Ville de Genève.

Écrit par : JDJ | 21/12/2014

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