04/01/2015

Pour une démocratie directe inventive, créatrice et dérangeante

 

Sur le vif - Dimanche 04.01.15 - 17.24h

 

Mon vœu le plus cher, pour mon pays en 2015, est celui d’une démocratie directe vivante et inventive, qui continue de permettre au plus grand nombre (quatre millions de votants potentiels) de faire valoir ses vues. Par exemple, par le biais d’initiatives populaires. Non seulement ces dernières ne sont pas de trop, comme on essaye de nous le faire croire, mais elles donnent au corps électoral de l’ensemble des citoyens l’occasion de s’exprimer sur des sujets que les élus parlementaires ont négligés. Au final, le souverain tranche. Il dit oui ou non, oui au 9 février, non à Ecopop. Il arbitre plutôt sagement, je trouve, instinctivement garant de l’équilibre des décisions, sur le long terme. Ce suffrage universel vaut tous les corps intermédiaires, toutes les assemblées de notables, toutes les cléricatures d’intérêts, tous les lobbys de l’économie et de la finance.

 

En 2015, je plaiderai encore et toujours pour un système où le suffrage universel prime sur les décisions parlementaires, par exemple par l’usage du référendum. Les élus, dans les Grands Conseils cantonaux ou aux Chambres fédérales, sont là pour faire des lois et contrôler les exécutifs (c’est déjà une vaste et noble tâche). Ils ne sont pas là pour s’approprier la parole politique, monopoliser un débat qui doit, tout au contraire, être celui de la totalité des citoyennes et citoyens de notre pays.

 

L’initiative et le référendum ne sont pas absolument pas des corps étrangers à notre démocratie, des intrus, comme on tente de l’accréditer. Ils en font totalement partie. Ils sont dûment prévus et codifiés dans notre ordre constitutionnel. Ces droits extraordinaires, que tant de voisins nous envient (à commencer par nombre de nos amis français, fatigués de ce système où tout vient d’en haut), ne s’usent que si on ne s’en sert pas. Chaque fois qu’on en fait usage, au contraire, c’est la vitalité de notre pays qui en sort gagnante : nos quelque quatre millions de citoyennes et citoyens sont largement assez mûrs, assez adultes pour discerner le bon grain de l’ivraie. Pourquoi leur intelligence collective aurait-elle moins de bon sens, d’instinct de l’intérêt supérieur du pays, que celle de 246 élus fédéraux ?

 

Les droits populaires, en Suisse, sont de plus en plus attaqués par la classe et la caste politique, le lobby des élus qui n’a jamais pu supporter cette concurrence du suffrage universel. Ils ont tort. Il s’agit pour le corps des citoyens de le leur signifier. En leur rappelant qu’ils ne sont là que pour deux choses (faire des lois, qui d’ailleurs peuvent être corrigées en référendum, et contrôler l’action du gouvernement). Qu’ils le fassent déjà, ce boulot, plutôt que de tournicoter entre eux dans un jeu de miroirs autiste et consanguin. Le leur signifier, aussi, en faisant vivre par l’exemple le droit d’initiative et de référendum : en Suisse, le débat politique appartient à tous les citoyens, il n’a pas à se laisser confisquer par les seuls parlementaires.

 

J’invite mes concitoyens à la plus grande méfiance face au discours visant à discréditer notre démocratie directe. Partout en Europe, les peuples se réveillent. De France, d’Allemagne, on se prend à imaginer des systèmes qui, tout en respectant le génie propre à chacune de ces nations, permettent aux citoyens d’influencer davantage, d’en bas, la prise de décision politique. En France particulièrement, le corps des citoyens n’est convoqué aux urnes que pour élire, très rarement pour décider sur des sujets thématiques. Lorsque c’est le cas, le débat est dévié par un plébiscite, pour ou contre le président en place. Lorsque le peuple, comme en mai 2005, dit non au Traité européen, on lui dit qu’il n’a rien compris, mal voté, et on tarabiscote le système pour imposer autrement le Traité. Cela, les Français en ont assez. Le pouvoir citoyen, dans les années qui viennent, ils risquent d’être amenés à l’exiger plutôt durement : nous sommes peut-être à l’aube, dans ce pays, d’un bouleversement en profondeur – et dans la douleur – du système.

 

Pour l’heure, nous Suisses, vivons notre démocratie. Jetons-nous dans le débat d’idées, n’en laissons en aucun cas le monopole aux élus, déposons des textes qui suscitent la discussion dans l’ensemble du pays. N’ayons pas peur de secouer une classe politique qui brille trop souvent par sa léthargie. Décidons des grands contours de notre destin à l’échelle de quatre millions. Laissons nos élus faire des lois, contrôler les gouvernements et les administrations. Mais le débat politique doit être le nôtre. Celui des plus de quatre millions de citoyennes et citoyens de cette magnifique démocratie. A tous, je souhaite une année politique vivante, inventive, surprenante et dérangeante.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

"Pourquoi leur intelligence collective aurait-elle moins de bon sens, d’instinct de l’intérêt supérieur du pays, que celle de 246 élus fédéraux ?"

Pour deux raisons principales :

1) Le peuple est aujourd'hui surinformé et donc (toujours plus) mal informé quant il n'est pas carrément manipulé par ceux (médias, partis politiques et lobbys divers) qui savent jouer avec l'émotionnel et en particulier l'exploitation (si efficace) de nos peurs !
A quelque exceptions prêts, les gens ne peuvent pas s'intéresser à tout, ils ne sont donc vraiment compétents que par rapport à ce qui les touche directement en fonction de leur situation, de leur âge, de leurs valeurs, etc etc.

2) Les 246 élus fédéraux ont le devoir d'étudier (en commission) les tenants et aboutissants des lois et autres décisions qu'ils sont appellés à prendre. Pour cela, ils auditionnent des experts et des défenseurs des différentes positions en cause, le but étant de leur permettre de prendre des décisions en toute connaissance de cause avec le recul émotionnel nécessaire et une surtout une vision à court, moyen et long terme. C'est pour cela qu'ils ont été élus par le peuple....

Écrit par : Vincent | 04/01/2015

@ Vincent - Votre commentaire incarne, jusqu'à la caricature, le mépris du suffrage universel. C'est précisément cette attitude de mépris que j'appelle à changer.

Écrit par : Pascal Décaillet | 04/01/2015

Permettez-moi alors de vous répondre que, selon moi (contrairement à vous je ne détiens aucune vérité), votre position incarne au mot prêt ce populisme qui est en train de gangrener la vie politique de notre pays (mais c'est malheureusement également le cas chez nombre de nos voisins) au nom de cet argument ultime et tellement démagogique voulant que le peuple aurait toujours raison.

Je n'ai ni intérêt ni de de raisons particulières à soutenir la classe politique dont je ne fais pas partie, mais il n'empêche que j'aurais toujours plus confiance en la sagesse de nos élus plutôt qu'en celle du peuple....

Écrit par : Vincent | 04/01/2015

@ Vincent - Pour ma part, je ne dis jamais "Le peuple a toujours raison", qui est en effet une phrase sotte. Je préfère dire : "Le suffrage universel constitue le souverain ultime. Il tranche".

Écrit par : Pascal Décaillet | 04/01/2015

Vincent, ce que vous décrivez est l'idéal vers lequel on tend. Dans les faits, le travail en commission est bâclé, les auditions symboliques.
Du moins à l'échelon cantonal. Mon expérience de la débâcle de la nouvelle loi sur les taxis qui a occupé la commission des transports durant trois ans pour aboutir à un texte déjà obsolète m'incite à penser que c'est du pareil au même dans tous les domaines.
Nous avons été auditionnés en tout et pour tout durant une heure au début des travaux qui ont été considérablement remaniés sans aucune possibilité offerte aux professionnels et autres concernés de faire leurs remarques.
Plutôt que d'augmenter les jetons de présence des députés en plénière, il serait peut-être mieux de payer les députés pour leur travail à domicile afin qu'ils viennent en commission avec du bagage et non pas avec leurs convictions toutes faites ou les mots d'ordres des partis.

Ceci dit, si le souverain devait se prononcer sur le sujet des taxis, ce serait la catastrophe. Car si les députés n'ont pas compris grand chose après trois ans de discussions, la confusion serait encore bien plus énorme dans l'esprit des citoyens qui demanderont à coup sûr des taxis égaux et moins chers, comme en 1992 lorsque le peuple a décidé la libéralisation du domaine.
Quelle ne fut pas sa déception lorsqu'il réalisa à ses dépends que le prix du taxi augmenta de 33 % à peine six mois plus tard et qu'il y a toujours deux, voire trois avec les clandestins, catégories de taxis.

En conclusion, je pense que vous et Monsieur Décaillet avez les deux raison. Je rêve d'un système qui permettrait à tout un chacun d'être un représentant du souverain durant une législature garantissant ainsi un véritable service de milice. Un peu comme le système qui oblige les citoyens à participer de temps à autre aux divers scrutins dans les locaux de votes des communes.
Car les partis perdent leur sens au fil du temps. Gauche et droite ne sont plus aussi distincts et les alliances de circonstance, souvent contre nature, font et défont des majorités sans espoir d'améliorer le quotidien des citoyens mais dans le seul but d'engranger des victoires et permettre aux élus de rester en place. Avec une réserve pourtant, le président de la commission devrait être un professionnel du domaine et rester en place durant la législature. Histoire de cadrer les débats.

Je rêve à haute voix et dans le vide. Mais sait-on jamais... avec l'arrivée du web 3.0 et la suppression des intermédiaires, il se pourrait bien que demain le pouvoir revienne au gens lassés par les discours partisans souvent idéologiques et à des lieues des préoccupations du commun des mortels.

Entre temps, on se distraira comme on peut avec le spectacle de télé-réalité affligeant de ces politiques qui s'écharpent sur divers plateaux pour garder un minimum de visibilité et donc de chance d'être réélu à la prochaine échéance.

Écrit par : Pierre Jenni | 05/01/2015

"(...)Pour ma part je ne dis jamais "le peuple a toujours raison", qui est en effet une phrase sotte.
Je préfère dire : "Le suffrage universel constitue le souverain ultime. Il tranche"."

Notre ordre juridique et constitutionnel étant ce qu'il est, votre dernière phrase résonne un peu comme un lieu commun qu'il n'est sans doute pas inutile de rappeler de temps à autre.

Cela dit, le fait de trancher n'indique absolument rien sur la "qualité" et l'opportunité de la décision prise par le peuple.

Et puisque le peuple a le dernier mot, il serait peut-être cohérent de lui expliquer en quoi et à quoi ses choix l'engagent. On ne peut pas prendre des décisions comme celle du 9 février et s'en prendre ensuite à l'Europe, comme si c'était elle qui nous cherchait des noises !

Sur le plan interne, l'initiative sur les résidences secondaires a montré que tout le monde n'était pas prêt à accepter la décision ultime du peuple. Et je ne vous ferai pas l'injure de vous demander d'où venait la colère.

Il ne faudrait pas, enfin, que la constitution fédérale devienne le dépotoir de tous les fantasmes populaires.

Cela dit, je vous souhaite ainsi qu'à toute la blogosphère une nouvelle année riche de mille petits bonheurs qui donnent tout le sel à l'existence.

Cordialement.

Écrit par : Michel Sommer | 05/01/2015

Trouvez vous normal que le joueur de tennis (jouant aujourd’hui contre Federer) du nom de Bolleli affiche une tête de mort sur son t-shirt et qu'aucun responsable ne réagisse, laissant libre la diffusion d'émission sportive où l'on voit des "champions" porter ostensiblement ce qui est des "sépultures" sur leur vêtement ? Où commence la dignité humaine selon vous, y-a-t-il scandale ? Voici en 6 pages une copie de mon point de vu, et surtout ma dénonciation pénale adressée aux autorités genevoises.Elle vous est naturellement "prédestinée" si je puis dire: http://cjoint.com/?3Aux4pYesV9

Écrit par : Présent & voeu exausé !! | 21/01/2015

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