26/01/2015

Les leçons de la Grèce : lumière, résistance, démocratie

 

Sur le vif - Lundi 26.01.15 - 13.12h

 

Dans le pays où, voici vingt-cinq siècles, fut inventée une forme de démocratie qui, bien plus tard, sera l’une des inspiratrices de la nôtre, les urnes ont parlé. Pas la rue : les urnes ! Le « démos », souverain, a exprimé son choix. La première chose, avant toute autre réaction, est de prendre acte de ce choix, le respecter. Ne pas commencer à dire que le peuple grec se serait trompé, aurait cédé à un aveuglement, aux sirènes d’un populisme de gauche. Non, le peuple grec a parlé, c’est lui qui décide des affaires de la Grèce, lui et lui-seul, lui et certainement pas l’Union européenne, ni le Capital mondialisé, ni l’Allemagne, ni Mme Merkel.

 

La Grèce et l’Allemagne. L’une des passions de ma vie, sur laquelle j’ai tant travaillé naguère. Non sur le plan politique, mais littéraire : ce petit miracle, dès la seconde partie du dix-huitième siècle, de transmission de la littérature grecque par les plus éclairées, les plus géniales des consciences allemandes de l’époque : je pense en priorité à Hölderlin. Et, toujours avec beaucoup d’émotion, à mon professeur de l’époque, Bernhard Böschenstein. Non, nous ne sommes pas hors sujet : je dis ici  à quel point était devenu insupportable le paternalisme de Berlin face à Athènes, depuis des années. Mme Merkel parlait de la Grèce comme le patron du Saint-Empire aurait, naguère, parlé d’une contrée sujette. Elle ne se contentait pas de s’inquiéter de la situation économique de ce pays, elle intervenait directement, tonnait, grondait, comme un adulte faisant la leçon à un enfant.

 

Oui, ce discours était devenu insupportable, non seulement quand on pense aux souffrances économiques et sociales du peuple grec, mais encore – et surtout – quand on s’est penché sur l’Histoire de ce pays, quand on connaît l’intransigeance de sa fierté nationale, son exceptionnelle capacité de résistance aux puissants extérieurs. Comme le rappelait tout à l’heure à la RSR Christophe Chiclet, remarquable connaisseur de l’Histoire grecque, ce peuple-là a dit non à Mussolini en 1940, non à Hitler dès 1941, non aux Anglais en 1945. Allait-il si longtemps supporter l’arrogance du discours de Berlin, le traitant en improbable dominion ?

 

Alors hier, les Grecs ont voté pour Syriza. Et moi, amoureux de ce peuple et de son Histoire, moi qui ai la chance de connaître le grec ancien et espère bien avoir assez de force, encore, pour me mettre au grec moderne (que je lis, dans un journal, mais suis incapable de parler), j’enrage de ce paternalisme, toujours recommencé, des journaux économiques, ou des pages financières de nos quotidiens libéraux romands, ne titrant ce matin que sur la réaction des marchés, l’inquiétude de l’Union européenne, les leçons d’inexorable de la presse allemande de ce matin (Frankfurter Allgemeine). Titrant sur tout cela, oui, qui n’est pas primaire, mais secondaire.

 

Ce qui est primaire, c’est de prendre acte du choix souverain d’un grand peuple. Un peuple exsangue. Un peuple qui souffre. Un peuple qui voudrait simplement pouvoir payer son loyer. Un peuple qui, en matière de démocratie, n’a strictement aucune leçon à recevoir de nous. Un peuple qu’il faut soutenir. Nous lui devons tant. Et pas besoin pour cela de remonter à Périclès. Lire les auteurs grecs d’aujourd’hui, la presse grecque d'aujourd'hui, aller voir le remarquable cinéma grec contemporain, celui dont seul l’excellent journal Gauche Hebdo nous parle, depuis des années. Eh oui : pendant que la très obédiente presse libérale n’en finit plus de tartiner sur les leçons de Mme Merkel, l’impatience des Allemands et de l’Union européenne, Gauche Hebdo, semaine après semaine, nous sensibilise de manière pointue et compétente aux éblouissements culturels de la Grèce aujourd’hui. Et si nous recommencions à parler de ce pays sous l’angle de la lumière ? Il a tant à nous apporter.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

C'est très valaisan que de voir les choses d'abord sur un plan ethnico-culturel.
"Allait-il si longtemps supporter l’arrogance du discours de Berlin, le traitant en improbable dominion ?" Bon, on se réjouit de voir comment Angela Merkel va expliquer au petit peuple allemand, qui gagne deux ou trois euros de l'heure parfois, que leurs impôts vont une fois de plus servir à faire des cadeaux de centaines de milliards d'euros à un peuple dont la principale activité consiste à aller sabrer le champagne à la frontière bulgare pour se moquer de la pauvreté de ses voisins...

Écrit par : Géo | 26/01/2015

" Ne pas commencer à dire que le peuple grec se serait trompé, aurait cédé à un aveuglement, aux sirènes d’un populisme de gauche. "

Désolé mais respecter la démocratie c'est surtout de respecter le verdict. Il n'y a rien d'antidémocratique pour dire que les grecs ont fait n'importe quoi comme choix en choisissant la peste pour soigner le choléra. Depuis quand doit-on plus critiquer un pouvoir ou un gouvernement que l'on considère mal choisi par les urnes? Là vous défendez la tyrannie de la majorité qui dit à la minorité perdante de la fermer.

" ce peuple-là a dit non à Mussolini en 1940, non à Hitler dès 1941, non aux Anglais en 1945. Allait-il si longtemps supporter l’arrogance du discours de Berlin, le traitant en improbable dominion ? "

A le seul différence est que la Grèce avait pris des engagements en tant que membre de l'UE ( UE qu'elle à choisi d'appartenir de son plein grés ) sur son endettement et sur son déficit qu'elle n'a pas tenu. Il est bien normal que ce pays soit remis à sa place quand on ne respecte pas ses engagements et qui plus est en ayant maquillé ses comptes.

Écrit par : D.J | 26/01/2015

Vous avez raison ! Les Grecs sont parfaitement libres de choisir leurs députés et leur gouvernement.

Mais quelle que soit le route choisie, viendra inéluctablement le moment où il faudra payer la facture, qu'elle soit libellée en euros ou en drachmes.

Un gouvernement peut asseoir son peuple sur un nuage. Mais tôt ou tard celui-là va se volatiliser. Alors, pour paraphraser Montaigne, le peuple aura tout loisir de se rappeler que "sur le plus beau trône du monde, on n'est jamais assis que sur son cul !". Intérêts non compris.

Ce n'est pas avec son Histoire - aussi glorieuse fût-elle - qu'un Etat remonte la pente. Ce n'est pas non plus avec son Histoire que l'on efface l'incurie de ceux qui savaient pertinemment où cela conduisait.

C'est aux Grecs de parler de lumière. Actuellement elles sont plutôt éteintes. Que Mme Merkel se taise ou non.

Écrit par : Michel Sommer | 26/01/2015

Je me souviens, vous avez manifesté le même enthousiasme touchant à l'accession de François Hollande à la présidence, on voit le résultat. Quand le nouveau gouvernement grec aura commencé à appliquer ses mesures sociétales (en vrac, suppression de postes dans l'armée et la police, taxation de l'église orthodoxe, chasse aux nationalistes, mariage homo, régularisation des clandestins, vente des biens de l'état, vote des étrangers, construction de mosquées, lois criminalisant la pensée libre, bref le programme de base du trotsko-mondialiste), direz-vous la même chose ? Probablement, car du côté de la droite républicaine, on est bon public. Sans oublier que tout cela ne gênera en rien les libéraux-mondialistes de marché, tandis que la facture sera comme d'habitude réglée par les peuples d'Europe par le biais de la "planche à billet". Oui, on est bon public à droite.

Écrit par : Paul Bär | 26/01/2015

La situation de la Grève, elle est de la responsabilité de ses dirigeants qui ont masqué, triché, refusé les règles d'une communauté à laquelle ils avaient librement choisi d'appartenir. Le respect de ses règles là, c'est aussi la démocratie. On a plutôt l'impression qu'ils ont suivi le discours démagogique , celui qui fait rêver au lieu de regarder la réalité en face. Petite marque sur l'hymne à la démocratie, c'est quand même particulier de penser qu'avec 35% des voix exprimées on puisse avoir pratiquement la majorité au parlement. Victoire de la démocratie mais le plus dur est devant car maintenant il faudra assumer la réalité et ne pas simplement haranguer avec des slogans, si séduisants fussent-ils ! En raison de l'histoire, la place de la Grèce est bien dans cette UE mais en raison de sa situation économique elle n'aurait jamais dû être embarquée dans une zone euro dont elle n'a jamais vraiment accepté les règles ni appliqué les principes. Si, cher Pascal, votre admiration pour la Grèce "historique" est patente dans votre cri du coeur, n'y aurait-il pas un peu de "anti-Germanisme primaire" dans l'évaluation du rôle de l'Allemagne en UE ?

Écrit par : uranus2011 | 27/01/2015

Si la Suisse était dans l'Europe et devait payer la facture à la place des Grecs, peuples admirable au demeurant, mais là n'est pas la question, qui ont largement triché sur leur PIB , leurs engagements vis-à-vis de l'EU , etc..., je pense que Monsieur Décaillet montrerait moins de mansuétude...L'erreur de l'EU est d'avoir accepté dans ses rangs un pays qui n'était pas prêt, c'est là sa responsabilité, mais ce n'est pas à elle de payer toute la facture. Je comprends l'Allemagne qui avec 30% di PIB européen supportera la majeure partie du désastre grec.

Écrit par : Eric Leyvraz | 27/01/2015

Bonjour,

Ce choix est un choix de logique comme il y a dans chaque démocratie et à tout moment de l'histoire. JE ne soutiendrai jamais un parti d'extrème puisque je suis toujours aussi septique entre l'action politique (qui est trop lente dans tous pays) et la force vive sur le terrain d'organiser des choses qui va en général (pas très vite non plus) mais beaucoup plus vite car les acteurs sociaux coopèrent et c'est leur travail. En politique tout prend un temps extrèmement long. Le peuple grec en marre de :

d'avoir des salaires réduit
des soins trop cher
des transports trop cher aussi
pensions de retraite en baisse
d'avoir brader des ressources économiques

Et c'est légitime. Il y a des gens qui mériterait la prison d'avoir précipité la Grèce dans l'autèrité. Mais ils courent toujours et le peuple grec paie. Au moins ceci aura pour conséquence de donner un coup de pied dans cet Europe qui ne fonctionne pas. Les soutiens de droite sont choqué de ceci. Pourtant c'est leur parti (bien qu'ils disent ne pas soutenir) qui en Espagne a restreind des libertés comme celle crééer des groupes sur des réseau sociaux (30 000 euros d'amende) mais qu'un dessin réalisant la caricature d'un homme politique est aussi interdite.

Oui il se passe globalement des choses en europe que certain décident de commenter ou pas.
Bien à vous

Écrit par : plumenoire | 27/01/2015

"L'erreur de l'EU est d'avoir accepté dans ses rangs un pays qui n'était pas prêt"
Erreur répétée plus d'une fois. Au profit de qui?

Écrit par : Mère-Grand | 27/01/2015

"Erreur répétée plus d'une fois.Écrit par : Mère-Grand | 27/01/2015"
Il serait intéressant de nous dire combien de fois, l'erreur fut répétée.
Just for fun.

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 27/01/2015

Tout le monde sait que la Grèce dépend financièrement uniquement de l'UE. Aussi, aujourd'hui, je suis surpris de découvrir qu'un avion militaire Grec F16 s'est écrasé causant la mort de 11 personnes. Le F16 n'est pas un avion européen que je sache mais bien un avion américain ! Donc les grecs ont besoin de pognon européen pour acheter US ! Belle mentalité !

Écrit par : Octave Vairgebel | 27/01/2015

"Donc les grecs ont besoin de pognon européen pour acheter US ! Belle mentalité !"
Ouais mais c'est pour se défendre contre les Turcs. Oui je sais, la Turquie fait partie aussi de l'OTAN...
Depuis le temps qu'on répète que les Américains sont des magouilleurs...

Écrit par : Géo | 27/01/2015

En bon républicain vous devez valider le choix des représentants.
Or ces derniers ont failli. La facture reste.
Elle ne sera pas effacée par des arrivistes opportunistes qui surfent sur le chantage de tout envoyer péter.
La culture et l'héritage ne sont que des colorations romantiques qui font écho à votre passé.

Écrit par : Pierre Jenni | 27/01/2015

Elections encore. Dans l'assourdissant silence de la quasi totalité des médias francophones, la Suède vit un coup d'Etat:
"Les faits sont simples dans leur crudité cynique. Les dernières élections ont vu surgir un parti disons atypique, le mot « populiste » étant, en Suède comme ailleurs, un mot dépourvu de sens (tous les partis courtisent le peuple !). Avec ses 12%, le SD ne pouvait qu’être un parti d’opposition, mais lorsqu’un autre s’est joint à lui pour rejeter le budget, le gouvernement a été mis en minorité, et son budget invalidé : situation classique de « crise gouvernementale ». Dans toute démocratie, cela entraîne la démission du gouvernement, et chez nous ce serait un des cas où la dissolution s’imposerait. C’est si évident que dans un premier temps, le chef du gouvernement suédois, Stefan Löfven, a décidé, et annoncé pour le 22 mars 2015, la tenue de nouvelles élections.
Jusqu’ici tout va bien, me direz-vous, le peuple va trancher.
Mais voilà : les sondages se sont mis à dessiner une forte hausse du SD, l’amenant à des niveaux tels que ni l’alliance socialistes-verts, ni le centre-droit, ne puissent espérer gouverner. Craignant de perdre, avec leurs dernières plumes, les places qu’ils occupaient chacun leur tour dans une aimable alternance, ces partis ont décidé de se répartir les postes non plus alternativement mais simultanément, et pour toujours. En tout cas jusqu’en 2022, première date de révision de leur accord.

Le coup d’État

Stefan Löfven vient donc de revenir sur sa décision : les élections prévues pour 2015 n’auront pas lieu, et le résultat de celles de 2019 est d’avance neutralisé puisque l’entente des sortants, ou plutôt de ceux qui ne veulent pas sortir, est organisée jusqu’en 2022. La Suède aura donc la « chance » d’être la première démocratie du monde à connaître la composition de son gouvernement avant les élections, et à savoir qu’il restera en place indépendamment de leur résultat. C’est sûr que ça renouvelle le concept de démocratie, tellement même qu’il faudrait trouver un nouveau nom."

Source:
http://www.contrepoints.org/2015/01/27/195862-coup-detat-en-suede

Écrit par : Malentraide | 30/01/2015

Rectificatif:
Le Temps reprend un article du Monde sur "l'accord historique" qui bafoue tous les droits démocratiques:
http://www.letemps.ch/Page/Uuid/bcb3ac3a-8f8d-11e4-9ac8-723e124a5af7/En_Suède_un_accord_historique_contre_lextrême_droite

Écrit par : Malentraide | 30/01/2015

Malentraide porte mal son nom. Il me rend un service inestimable en m'informant précocement de ces dérives démocratiques qui deviennent la nouvelle règle avant le basculement dans les autres systèmes puisque la règle de vie est celle du balancier. Ce qui est en haut est en bas, tout est cyclique. Nous passerons donc inexorablement de ce régime " le moins mauvais" aux autres. La dictature éclairée sera un passage encore obligé puisque notre humanité n'a toujours pas atteint le seuil de connaissance qui lui permette de s'extirper de cette loi inéluctable.

Écrit par : Pierre Jenni | 30/01/2015

Le respect de ses règles là, c'est aussi la démocratie. On a plutôt l'impression qu'ils ont suivi le discours démagogique , celui qui fait rêver au lieu de regarder la réalité en face. Petite marque sur l'hymne à la démocratie,

Écrit par : Casquette Snapback | 05/02/2015

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