13/02/2015

PLR : la fusion est un échec

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 10.02.15

 

Il y a eu, dans l’Histoire de la Suisse moderne, un très grand parti. Il a jeté les bases de notre pays, inventé notre système politique, lancé la Suisse industrielle et financière, percé nos grands tunnels, donné naissance aux grandes écoles, largement contribué à la mise en place de nos assurances sociales. Il s’appelait le parti radical. Issus, en matière politique comme dans le domaine économique, de l’Europe des Lumières, porteurs de l’héritage de la Révolution française, on a commencé, au début du dix-neuvième siècle, par les appeler « les Républicains ». Ils étaient adeptes du « Freisinn », le libre arbitre, au sens philosophique très large. Ils aimaient passionnément l’Etat, l’institution, mais aussi l’industrie, le travail, le progrès. Toute l’Histoire de la Suisse, de 1848 (voire déjà 1798) à aujourd’hui, ce fut la leur. Leur construction. Leur œuvre. Jusqu’à une époque récente. Jusqu’à, hélas, leur fusion avec les libéraux.

 

Les libéraux, c’est aussi une tradition très intéressante. Mais seulement dans trois cantons : Genève, Vaud, Neuchâtel. Aussi un peu Bâle-Ville. C’est tout. Aucune dimension nationale. Aucun rôle important sur le plan fédéral. Mais assurément, dans ces trois cantons-là, un rôle majeur, à la fois patricien, culturel, identitaire. Une très grande richesse d’individus : Olivier Reverdin à Genève, Jean-François Aubert à Neuchâtel, tant d’autres. Un rôle très attaché à la dimension cantonale de la politique : les libéraux ont longtemps été les idéologues, ô combien talentueux, du fédéralisme. Assurément une belle lignée politique, qui aura marqué nos dix-neuvième et vingtième siècles, en Suisse romande.

 

Seulement voilà, la greffe a été une erreur.  Les conceptions du monde ne sont simplement pas les mêmes. Les radicaux, parti d’Etat. Les libéraux, entièrement construits autour de l’idée de réussite individuelle. On ne mélange pas impunément ce qui ne se marie pas. Les radicaux, parti de l’industrie. Les libéraux, parti de la finance. Les radicaux, très attachés à la dimension confédérale de la Suisse. Les libéraux, chantres des cantons comme Etats, les plus souverains possibles à l’intérieur du pays. Les radicaux, parti de dimension nationale, présents dans tous les cantons. Les libéraux, ultimes repaires de la résistance patricienne à Genève, Vaud et Neuchâtel. Dès le départ, quelles que fussent les bonnes volontés, le mariage n’avait aucune chance. C’était comme importer du cassoulet dans l’ambiance éthérée d’un salon de thé.

 

A Genève, malgré les louables efforts de tous, la fusion est un échec. Aux élections de l’automne 2013, le PLR, nouveau groupe au Grand Conseil, a essuyé une perte sèche par rapport à l’addition des deux députations de naguère, la libérale et la radicale. Surtout, l’influence politique de la famille recomposée, certes encore importante, est en perte de vitesse. Sa lisibilité aussi. Ses grandes figures sont en recul. Oh, ils leur reste de beaux jours, ils vont encore placer l’un des leurs – un libéral – à la tête de la FER (Fédération des Entreprises Romandes), on n’a pas fini d’entendre parler d’eux. Mais le déclin commence à poindre, inexorable. La fusion, assurément, y aura été pour beaucoup. Ils n’aiment pas qu’on le dise. C’est pourtant la réalité.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

Hors Objet: un pionnier lanceur d'alerte nous quitte à chaud Michel Carron.
Hors complément d'objet; ignorée des "Blogres" écrivains officiels , Anne Cunéo écrivain militante nous quitte.
Je le conjugue au présent , parce qu'ils sont présents ,hier -aujourd'hui et demain.

Écrit par : briand | 13/02/2015

Permettez moi tout de même de faire remarquer que votre argumentation est certes juste mais ne concerne que 3,5 cantons sur un total de 26.

Écrit par : Patrick Wehrli | 13/02/2015

Exact : les Libéraux peuvent être complémentaires sur certains points mais pas sur tout.

Les Radicaux votent plus facilement à gauche que les Libéraux, il ne faut pas le nier.

Dans certaines communes vaudoises, les Libéraux ont pris le pas sur les Radicaux et mènent un peu le "bal" lors des votations dans les Conseils communaux et même lors des élections partielles.

Écrit par : Marie | 14/02/2015

Complétement d'accord avec vous. C'est une fusion perdant-perdant. Ou comment 1+1 = 1...
Mais avec un peu de chance, cela pourrait donner à l'UDC les cadres qui lui manquent cruellement. Et les libéraux trimbalent quelques casseroles pas si libérales que ça, le "libéral" venant d'"église libre" plutôt que d'économie libérale...

Écrit par : Géo | 14/02/2015

Un échec peut-être, une erreur à coup sûr, et qu'on aurait pu éviter facilement. A commencer par une analyse fine de l'argument-massue des partisans de la fusion, à savoir que libéraux et radicaux votent la même chose dans 95% des cas. Si on avait preuve d'une certaine curiosité (qui aurait fait mal, j'en conviens) on se serait aperçu que l'essentiel se dissimulait dans les fameux 5%. Pour contrer le deuxième argument - il faut être unis à Berne - un regard en arrière et à l'est aurait été salutaire. A Zurich, pendant plusieurs décennies du siècle dernier, on a vu coexister radicaux et "démocrates". Cette division n'a pas empêché la droite radical-démocrate de présenter un front uni au niveau fédéral. Mais Genève, ma foi, est un monde en soi...

Écrit par : Jürg Bissegger | 14/02/2015

Ayant été dans ma jeunesse un genre de gauchiste qui en savait autant sur Marx que sur le nombre de boutons que comptait sa première chemise (éduc. primaire de la vraie cambrouse à défaut de St-Maurice, St-Michel ou St-Gothard)… je n’ai donc pas votre perception érudite du radicalisme.

Non, chez moi, les radicaux c’étaient m’sieur le préfet, m’sieur le syndic, le régent de la prim’sup et quelques autres «moyens bonnets» suffisamment précieux pour ne pas trop s’entremêler avec la populace.

Cette perception de la différence, de l’exclusion (dirait-on aujourd’hui), ça a marqué le jeune campagnard que j’étais. Surtout dans une campagne où il n’y avait pas de verre à moitié vide ou à moitié plein. Mais que du vide ou que du plein.

Ainsi, malgré mon évolution vers la droite du bon sens… je n’arrive pas à me défaire de l’idée que les radicaux sont - de mon point de vue -, d’abord des copinards, des combinards et des communautaristes. Qu’ils affectionnent les clubs exclusifs où l’on se copte, où l’on se fait des ronds de jambe, où l’on se file entre soi les bons tuyaux pour dépasser les têtes des autres.

Quant aux libéraux, ils me paraissent à maints égards bien moins faux-culs, même si l’on y pratique dans certains «foyers» un bigotisme suraigu.

Que l’association de ces deux formations soit un échec ou non, peu importe finalement.

Je pense que voter pour des individus, pour leurs visions est bien plus important.
Exemple à Genève: j’aurais rayé Longchamps, mais plébiscité Maudet.

Écrit par : petard | 15/02/2015

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