15/02/2015

Les droits syndicaux selon Pierre Maudet

 

Sur le vif - Dimanche 15.02.15 - 14.29h

 

Contesté de l’intérieur, Pierre Maudet veut briser les reins du redoutable syndicat UPCP (Union du personnel du corps de police), remplacer ce dernier par une « commission du personnel » totalement à sa botte, mettre au pas les policiers, casser toute velléité de résistance interne à la politique qu’il entend mener. C’est l’un des aspects les plus sensibles de la loi sur la police, sur laquelle nous votons, à Genève, le 8 mars.

 

L’un des aspects, parce que cette loi est un bric-à-brac. C’est en vain qu’on y chercherait la fameuse unité de matière, chère à la fois à Aristote lorsqu’il nous définit la tragédie, et à nos juristes lorsqu’ils doivent statuer sur la conformité des lois. Il y est question de cet aspect syndical, mais aussi de la nationalité des policiers, mais encore d’une réorganisation complète de la police genevoise. C’est une loi fourre-tout, engendrée dans la douleur, et rien que cet aspect de vieille malle de grenier devrait nous conduire à la rejeter.

 

Mais le corps électoral, le 8 mars, ne votera pas trop sur l’objet lui-même, peu lisible et trop complexe. Il se prononcera, de façon plébiscitaire, pour ou contre Pierre Maudet à la tête de la police. Donc, la loi a bien des chances d’être acceptée. Le conseiller d’Etat est populaire, apprécié de la population, son capital de sympathie est encore important.  Cette dimension plébiscitaire, qu’il a lui-même cherchée, le ministre en est parfaitement conscient : il a besoin d’une bonne piqûre de rappel de sa légitimité pour reprendre en mains un corps de police qui commence à lui échapper, et surtout pour anéantir le syndicat UPCP.

 

Car la « commission du personnel », issue d’une terminologie qui rappelle les plus riches heures du gaullisme participatif, style Vallon et Capitant, de la seconde partie des années soixante, celui qui se brisera sur le rêve de « Nouvelle Société » de Chaban, cassé par Pompidou, ne doit pas faire illusion. Il s’agit d’un organe aux bottes du ministre. Les propos d’Emmanuelle Lo Verso, porte-parole du Département, recueillis par mon confrère Raphaël Leroy dans le Matin dimanche d’aujourd’hui, sont révélateurs : « Le syndicat est et reste un partenaire essentiel du dialogue social, dans les domaines qui doivent rester les siens, en particulier sur les questions salariales ».

 

Au moins, c’est clair : Messieurs les syndicalistes, on voudra bien, à l’avenir, discuter avec vous le bout de gras sur les histoires de semi-indemnités, mais on s’en tiendra là. Pour tout le reste, ce sera la « commission du personnel ». Rarement vu, dans l’Histoire genevoise depuis la guerre, une tentative aussi limpide et avouée de casser une organisation professionnelle. Faut-il rappeler que l’UPCP, qu’on l’aime ou non, c’est 105 ans d’existence, l’Histoire du vingtième siècle traversée comme partenaire, aujourd’hui 1600 membres. C’est cela que Pierre Maudet veut jeter aux orties. En faveur d’une « commission du personnel », tellement plus confortable pour le ministre, à vrai dire à sa botte.

 

Dans ces conditions, il est assez hallucinant de prendre acte de la position de la gauche face à cette loi. Je ne parle pas d’Ensemble à Gauche, qui la refuse logiquement. Mais du oui des socialistes. Et de leurs alliés Verts, qui parachèvent ainsi leur illisibilité. Voilà une loi qui bafoue une organisation professionnelle vieille de plus d’un siècle, a largement fait ses preuves, constitue un remarquable réseau d’énergies et de compétences. Une loi qui instaure la toute-puissance du ministre, et s’apprête à réduire à néant les oppositions internes à ses choix politiques. Et notre bonne gauche, Verts et socialistes, qui dit oui ! Tout cela, parce que l’opposition vient du MCG et de l’UDC. Et qu’il ne faut surtout pas donner l’image de la moindre alliance, même objective, avec ces gens-là.

 

Au nom de quoi le syndicalisme policier serait-il moins légitime que le syndicalisme tout court, celui des enseignants, des infirmières ou de la fonction publique ? Parce qu’ils ont, ces derniers mois, fait grève et montré un visage désagréable ? Parce qu’ils ont heurté nos tranquillités bourgeoises ? Alors, soyons clairs : avouons que nous ne voulons que des syndicats polis et convenables, propres sur eux, n’élevant jamais la voix. Cela porte un nom : cela s’appelle, justement, des « commissions du personnel ».

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

J'ai de la peine à vous suivre là-dessus,

En lisant la loi sur la police de Vaud, Neuchâtel, Fribourg ou du Valais je ne vois rien qui différencie fondamentalement de ce qui nous est proposé le 8 mars.

Surtout, la commission du personnel que vous décriez aura l'avantage de permettre au personnel administratif de la police, ainsi qu'aux policiers non-syndiqués d'avoir enfin une représentation qu'ils n'ont pas actuellement. Les commissions du personnel existent partout ailleurs à l’État et je ne vois pas pourquoi la police devrait faire exception. Surtout qu'elles ont un avantage, c'est le personnel qui en élit les membres au contraire de certains syndicats dont les représentants sont ensuite désavoués par leur base.

D'ailleurs, si l'UPCP est si utile, vous pouvez m'expliquer pourquoi ils ont soutenu la loi lors de leur audition au Grand Conseil ?
A part dans l’armée rouge et ses commissaires politiques (avec le succès que l’on sait), on a jamais vu des syndicalistes décider de l’opérationnel dans une organisation à discipline militaire comme la gendarmerie. Laquelle n’a de discipline militaire que le nom vu qu’on a jamais vu non plus des militaires faire la grève de l’uniforme ou refuser d’obéir à leur hiérarchie, ni de policiers se comporter d'une telle manière ailleurs en Suisse.

A part dans une république corporatiste que vous semblez appeler de vos vœux, les syndicats ne sont pas là pour se mêler de la gestion et de la gouvernance. Dans une république parlementaire comme la nôtre, c’est bien le peuple qui élit ses représentants et qui a choisi ici qui doit diriger la police. L’UPCP et son bras politique le MCG n’ont pas reçu mandat de la population pour diriger la police jusqu’à nouvel ordre ?

La grève du rasage, puis celle de l'uniforme en passant par celle du zèle. L'UPCP fait du mal à la police genevoise et c’est cela qu’il faut dénoncer. Aucun syndicat policier de Suisse n’a autant manqué de respect à leur uniforme et à l’institution qu’ils sont censés défendre. Un ami vaudois me disait encore récemment que Genève avait adopté les mœurs à la française et que cela se voyait dans l’attitude des syndicats qui se croient tout permis…

Enfin, je souhaiterais vous faire remarquer que l’UDC ne refuse cette loi qu’en raison de la non-inscription dans la loi de la nationalité suisse comme condition d’engagement. Ils ont ainsi voté au Grand Conseil la création d’une commission du personnel…

Écrit par : agora | 15/02/2015

Les gendarmes sont les archers du Roi et à ce titre ils doivent êtres irréprochables. Si non à qui pourrait on faire confiance pour maintenir l'ordre et faire respecter les lois. Ils sont aussi les chouchous du pouvoir qui les traitent particulièrement bien. Les policiers doivent être polis, propres sur eux et ne pas élever la voix. C'est précisément ce que l'on est en droit d'attendre d'eux et ce qui fait qu'on les respectent. Nos tranquillités bourgeoises existent précisément parce qu'elles sont garantie par l’existence d'une police digne de confiance. N'est pas gendarme qui veut, ces derniers doivent être un exemple pour le reste de la population et en particulier pour les jeunes. Le syndicalisme de provocation doit rester une spécialité de la gauche; les gendarmes qui croient encore à l'honneur de la fonction qu'ils exercent seraient bien aviser de ne pas se trahir eux mêmes.

Écrit par : norbert maendly | 15/02/2015

Cedant arma togae. C'était même dans le Debeauvais...
Vous êtes réellement satisfait que ces porteurs de sabre, ces ganaches au cerveau de mouche dans un crâne de bison, ces matamores de pacotille fassent la loi à Genève ? L'UPCP n'est pas un syndicat, c'est la mafia.

Écrit par : Géo | 15/02/2015

Le syndicat de la Frime:
par définition sociale , un syndicat a un caractère interprofessionnel , dans le cas contraire cela se nomme une corporation . De sinistre mémoire cet appellation recouvre des moments de l'histoire particulièrement sombres .
Le Syndicat de la Firme: si l'on considère la Fonction Publique comme une entité regroupant des "acteurs" soignant -enseignant -chercheur -assistant social etc. force est de constater que le terme syndicat ne correspond pas à celui qui devient le levier social du MCG.
Impressionisme :J'ai moi-même été responsable d'un syndicat à l'UNI du temps du Cartel il y a "un certain temps" les assemblées avec la Corpo de la Police .Un but nous identifier et nous ficher pour ensuite nous ignorer dans une méprisable indifférence pour in fine "négocier" des avantages substantiels que l'infirmière aux soins intensifs, le thérapeute psychiatre face aux débiles profonds ,
l'instit,en classe d'accueil ne pouvaient même pas imaginer .
Ainsi va le monde à notre connaissance…

Écrit par : briand | 15/02/2015

In leges enim divinas impie agere impune non cedit ; sed hoc tempus sequens declarabit.

On ne viole pas impunément les lois...

Écrit par : Keren Dispa | 15/02/2015

100% d'accord avec le commentaire de Briand. Ce corporatisme est une insulte aux autres acteurs de la fonction publique qui sont tout autant méritants. Maudet a raison !

Écrit par : petard | 15/02/2015

Pierre Maudet a beaucoup de défauts mais dans le cas présent il a bien raison de recadrer le débat et de remettre l'UPCP à sa vraie place.
Ce "syndicat" a réellement dépassé les bornes depuis de nombreuses années en toute impunité et donne réellement une très mauvaise image de ceux qu'il est sensé défendre : les policiers.

Écrit par : A. Piller | 16/02/2015

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