17/02/2015

Firmenich : parfum de scandale

 

Sur le vif - Mardi 17.02.15 - 14.25h

 

840 francs par mois pour un travail à plein temps. C’est le salaire, révélé avant-hier par le Matin dimanche, de cinq informaticiens roumains en « mission temporaire de 90 jours » chez Firmenich, prestigieux géant de l’industrie genevoise du parfum, près de trois milliards de ventes pour l’exercice 2013-2014. Le syndicat s’offusque, on le ferait à moins. Le patronat lui-même parle de scandale. La Commission des mesures d’accompagnement est saisie. L’affaire aura des suites.

 

Les « mesures d’accompagnement », ça vous rappelle quelque chose ? Il y a un peu plus d’une décennie, au début de l’entrée en vigueur de la libre circulation, les milieux libéraux et patronaux nous juraient leurs grands dieux que ces garanties compensatoires nous protégeraient de façon absolue de toute dérive de sous-enchère salariale. Aujourd’hui, chez Firmenich comme ailleurs dans le canton, comme partout en Suisse, on peut apprécier le résultat. Il existe certes à Genève un Conseil de surveillance du marché de l’emploi : à quoi sert-il ?

 

La vérité, c’est que les milieux politiques (PLR, principalement) et patronaux qui nous ont, au début des années 2000, « vendu » cette libre circulation, ont été infiniment plus pressés, pendant une décennie, d’ouvrir au maximum les frontières pour générer un profit facile (et fort peu redistribué dans les couches défavorisées de la population suisse), que de veiller VRAIMENT à la mise en œuvre des « mesures d’accompagnement ». Au point que ces dernières, dans la plupart des cantons, sont devenues lettre morte, blason de bonne conscience, justificatif social pour camoufler l’empressement de certains à se remplir les poches par ouverture des frontières interposée.

 

Et puis, à Genève, nous avons un ministre de l’Economie. Connaissez-vous son nom ? S’occupe-t-il de ce dicastère-strapontin, à côté de son occupation première, éminemment régalienne ? Il ne fait pourtant pas partie de l’aile libérale de sa formation politique, il est même très républicain. Alors, qu’attend-il pour bouger ? D’avoir gagné la votation du 8 mars sur la police ? De ne plus rien devoir aux milieux patronaux ? Ou peut-être, par aventure, ces choses-là, comme l’affaire Firmenich, qui touchent au corps social, ne l’intéressent-elles que moyennement ?

 

Il pourrait, enfin, s’appliquer à lui-même une question subsidiaire : est-il vraiment à sa place sur ce strapontin de l’Economie ? A-t-il vraiment, en son tréfonds, la fibre entrepreneuriale, mais aussi sociale, pour se tremper dans la vie passionnante de nos PME ? N’aurait-il pas dû, pour cela, avoir lui-même, un jour, lancé sa boîte, pris le risque économique, rempli des fiches de salaire, investi dans des locaux et du matériel, assumé la responsabilité sociale ? Ces questions-là, issues d’une colossale erreur de répartition des Départements à l’automne 2013, il faudra commencer à les poser. A moins qu’on ne considère le sommeil, ou la politique de l’autruche, comme des indicateurs d’éveil en politique.

 

Pascal Décaillet

 

14:25 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (6) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Le ministre fédéral de l'économie, Schneider-Ammann, remplit parfaitement le cahier des charges que vous énoncez. Est-il pour autant "the right man at the right place" ?

Écrit par : Daniel Gubler | 17/02/2015

Maudet n'a rien accompli, mais se plait à critiquer Blocher à chaque coup.
Minable !

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 17/02/2015

Ne nous attardons pas trop sur les "mesures d’accompagnement", car c'est une vaste plaisanterie. Qui serait assez stupide pour créer délibérément une situation tellement défavorable qu'elle nécessite des "mesures d’accompagnements" pour y remédier ?

Dans le meilleures des cas elle pourraient juste un peu ralentir le nivellement (par le bas) des vases communicants.

Écrit par : Eastwood | 17/02/2015

De toute bonne foi, une entreprise suisse a confié un mandat à une entreprise pour gérer son informatique. Cette entreprise n'est pas une sous-traitante, comme le répètent à longueur de bulletins d'informations nos journalistes de la RTS parce que Firmenich fait dans le parfum et non dans l'informatique. Cette entreprise n'a pas respecté les conditions-cadre de notre pays, cela a été révélé et elle sera sanctionnée. Firmenich n'a pas à être tenu responsable de son mauvais comportement et donc, ce n'est pas "l'affaire Firmenich" mais bien l'affaire Stefanini.

Écrit par : Géo | 20/02/2015

Aujourd'hui samedi 21 février, 24 heures: "Un accord pour bannir les salaires à 800 euros", signé ATS/P.RK.
"En exergue : "le sous-traitant brésilien de Firmenich, etc, etc..."

et à la fin :

"Les ingénieurs sous-payés avaient été engagés pour une mission temporaire de 90 jours par le géant brésilien de l'externalisation informatique"

Claire volonté de dénigrement de la part de la presse suisse envers l'industrie suisse ou inculture profonde de qqn qui ne sait pas ce que sous-traiter veut dire ou que Firmenich traite des arômes ?

Écrit par : Géo | 21/02/2015

La campagne de désinformation extrêmement malhonnête du matin dimanche continue : légende de la photo de l'usine Firmenich, logo Firmenich très visible : "les salaires des informaticiens roumains de Firmenich vont être régularisés", alors que l'article, que très peu de gens vont lire, ne mentionne que Stefanini. Qui par ailleurs, apprend-on, a agi tout-à-fait légalement...
Cet acharnement contre Firmenich est-il le début d'une campagne anti-sémite menée par le Matin-dimanche ? Ce socialisme exhibé à l'extrême ne serait-il pas plutôt du national-socialisme ? La malhonnêteté intellectuelle poussée à un tel point paraît laisser tous ces bons Genevois parfaitement indifférents...

Écrit par : Géo | 22/02/2015

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