17/03/2015

Laplace sur Oltramare : éblouissant

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Sur le vif - Mardi 17.03.15 - 17.13h

 

Depuis trente ans, chaque livre d’Yves Laplace est pour moi un événement. Une bonne trentaine, justement, et tant de souvenirs de théâtre, sa collaboration magique avec Loichemol, au premier plan desquels j’inscris « Nationalité française » (1986), l’un des textes les plus forts sur les Français d’Algérie. Et puis, des romans, des tonnes de souvenirs de radio avec lui, par exemple « La Réfutation » (1996), sur le thème de la filiation. Je savais que Laplace planchait depuis des années sur un nouveau livre, j’ignorais encore récemment que l’ouvrage allait tourner autour de Georges Oltramare (1896-1960), leader de l’Union Nationale à Genève dans les années trente. Un homme sur les archives radiophoniques duquel j’avais travaillé, notamment son fameux discours face au Parc de l’Ariana et la SDN, en 1936. Je viens de finir « Plaine des héros ». Ce livre est pour moi un éblouissement.

 

Deux possibilités. Soit, par pédagogie, on réduit l’ouvrage à son héros, le personnage historique d’Oltramare, déjà largement passionnant. Soit on entre en matière sur la forme romanesque de Laplace, c’est évidemment moins populaire, plus littéraire, mais il y a tant à dire sur la théâtralité du récit, l’originalité des dialogues, qu’on se plaît déjà à rêver d'un futur « Plaine des héros », Laplace-Loichemol, sur quelques planches genevoises. Là où tout se complique, ou peut-être au contraire se simplifie, c’est qu’Oltramare, fils d’un latiniste dont Olivier Reverdin nous avait souvent parlé, est lui-même homme de lettres, homme de théâtre, auteur à succès dans les années vingt et trente. Cet homme-là aussi apparaît dans le livre d’Yves Laplace, avec les multiples facettes de son talent, loin de l’orateur fasciste qu’il savait être face aux foules.

 

Et puis, vous pensez bien qu’Yves Laplace, romancier par excellence, ne va pas se contenter de nous raconter cursivement la biographie du chef frontiste : non, c’est dans les intelligences déroutantes de ses approches que réside le petit miracle du livre. On y découvre un neveu d’Oltramare, Grégoire, dont l’auteur avait fait la connaissance un peu par hasard en pleine rédaction de son livre, et qui nous révèle un autre visage d’Oltramare. Alors, parallèlement au livre, on se plonge, comme je l’ai tenté ces derniers jours, dans le maximum d’accès possibles à l’Oltramare historique, on découvre qu’il est par sa mère le petit-fils du conseiller d’Etat Antoine Carteret, leader radicalissime du dix-neuvième genevois, ou encore que son frère cadet était devenu conseiller d’Etat socialiste, lointain prédécesseur de Chavanne au DIP, entre 1924 et 1927.

 

Le destin du Georges Oltramare historique, on le connaît : il collabore (c’est le mot !) à Radio Paris pendant l’Occupation, sous le surnom de Charles Dieudonné (si !), passe par Sigmaringen en 44-45, fait de la prison en Suisse, est condamné à mort par contumace en France, décède en 1960. Saviez-vous par exemple qu’il avait même, en 1956, au début du règne de Nasser, animé une émission antisémite en Egypte, « La Voix des Arabes » ?

 

Mais disant tout cela, je ne vous ai encore rien dit. J’aimerais, dans un autre texte, revenir sur l’essentiel : l’art du dialogue, du récit, les tournures du roman chez Yves Laplace. Car nous sommes dans une structure incroyablement travaillée : le surgissement des personnages, des événements, est paré de la folie des meilleurs mécanismes du théâtre. Oui, ce roman-là est peut-être fait pour les planches. Mais c’est une autre histoire. Ou tout juste la même, autrement.

 

Pascal Décaillet

 

"Plaine des héros" - Par Yves Laplace - Fayard, février 2015 - 346 pages.

 

 

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Commentaires

Georges, dit Géo (G. O.) Oltramare, dit "le chef", pour ses "lascars" comme Mario Soldini, dit Diodati, dit Dieudonné, dit Déodat de Séverac, n'écrivait pas seulement sous le pseudonyme de Charles Dieudonné, il a aussi été acteur de théâtre et de cinéma sous le pseudonyme d'André Soral, notamment dans: Le baiser qui tue (1927), Chacun porte sa croix, et Un soir au cocktail's bar (1929). ( http://www.unifrance.org/film/38801/le-baiser-qui-tue )

Dieudonné et Soral alias Géo Oltramare. Il y a là tout de même une coïncidence étonnante.

Le pseudonyme Dieudonné faisait-il référence à une famille distinguée d'origine italienne et parpaillotte comme la famille Oltramare: Diodati? Y avait-il là une parenté? Et pourquoi Soral? La famille Oltramare, ou Carteret, avait-elle une "campagne" dans ce joli village des communes réunies dont est originaire le polémiste franco-suisse Alain Bonnet de Soral ?

Écrit par : Petit fils de Töpffer | 17/03/2015

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