29/04/2015

Les pains, les poissons, les associations

 

Commentaire publié dans GHI - Mercredi 29.04.15

 

Je n’ai pas sous la main les statistiques pour les villes de Valparaiso ni de Vladivostok, mais il me semble bien que Genève doit être au monde la ville où prospèrent, au mètre carré, le plus grand nombre d’associations. Il y en a de toutes les sortes et pour tous les goûts. Protectrices de peuples lointains, de toutes les minorités possibles et imaginables. Il y a les caritatives, les amicales, celles qui défendent les quartiers, les sous-quartiers, les groupements d’immeubles, de locataires, de propriétaires, de sous-locataires, d’aide-concierges. Il y a les groupements d’intérêts, les lobbies, les usagers du tram, les fous du volant, les partisans des Bains et ceux du vélocipède. Les associations sont comme les pains et les poissons : elles se multiplient à l’infini.

 

Créer une association ne doit pas être très difficile, à en juger par le nombre d’hurluberlus qui s’en réclament, et aussitôt s’en vont quémander aux pouvoirs publics – la Ville, notamment – une aide financière. Au point que nos édiles municipaux, ces fameux cinq conseillers administratifs que nous allons élire le 10 mai, sont devenus de véritables machines à distribuer des sous aux associations. Et il faut les voir, les lobbyistes de ces groupements, faire le siège du Conseil municipal, chaque décembre, pour aller rappeler, sans la moindre vergogne, à nos 80 élus délibératifs de ne surtout pas les oublier, lorsqu’ils votent le budget. Et ça marche ! Parce que les élus, justement, ils ont besoin d’être un jour réélus. Alors, ils se font une clientèle. Et c’est ainsi qu’à Genève, par pléthore, l’associatif, tout doucement, prend la place du politique.

 

Pascal Décaillet

 

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Commentaires

Les conseillers administratifs vus comme des machines à sous, c'est parfait comme métaphore.

Mais il y a mieux, notamment de la part de la sortante Esther Alder qui a fait éditer, aux frais de la collectivité bien entendu, un petit livre gris, voué à faire son apologie personnelle. A lire ce ramassis de réussites réelles ou imaginées, on a envie d'en demander davantage (de sous).

Dans les deux cas, associations ou machines à sous, il s'agit de dépenser de l'argent que l'on a pas gagné, au bénéfice d'effets électoralistes.

Écrit par : Déblogueur | 29/04/2015

Le clientélisme est un problème qui s'apparente à la corruption. Si des organes de l'Etat influencent ou cherchent à influencer le vote populaire (un autre organe de l'Etat) ou à gagner les faveurs des électeurs par des cadeaux, on est même en plein dedans.
Pas de quoi s'inquiéter. Il y a plus grave. Mais lorsque l'on discutera d'édicter des règles sur le financement des partis ou campagnes politiques (en particulier sur la transparence de ce financement), n'oublions pas de compter, aussi, les subventions accordées arbitrairement à certains groupes ou lobbies, la redevance radio-tv (qui n'est pas politiquement neutre), et le budget consacré à ce que l'on appelle communément la "culture" (qui n'est pas politiquement neutre non plus).

Écrit par : Raphaël Baeriswyl | 29/04/2015

Vous exagérez, une grande partie des associations ne demandent rien. Elle sont autonomes d'aides financières publiques.
Si une association rend service a la communauté, on peut penser qu'elle a bien droit a une aide lorsqu'elle rencontre des difficultés. D'autres, ont des mandats qui sont une source d'économie pour l'Etat, les communes. Des prestations a la population qui pourraient être beaucoup plus chères si effectuées par des employés communaux, fonctionnaires.
N'oublions pas les privés qui soutiennent financièrement ces associations. La loterie romande le fait aussi.
Nous devons être fier de cette vigueur associative, car en Suisse le bénévolat et l’engagement citoyen sont en baisse
http://www.bfs.admin.ch/bfs/portal/fr/index/themen/21/02/ind32.indicator.70603.3203.html

Écrit par : Steve Roeck | 30/04/2015

Quand on sait qu'il suffit parfois de quelques voix pour être élu, le tissu associatif est une vraie mine électoraliste. Le clientélisme - particulièrement au Dpt de la Kultur avec sa mirobolante enveloppe d'un quart de milliard par an ! - donne à plein. Des troupes qui n'ont JAMAIS vendu un spectacle en dehors de la ville peuvent ainsi entretenir des permanents, des artistes comptant pour rien bénéficient d'avantages bien réels et des détachés, pardon, attachés culturels s'offrent des CD de musiques navrantes au frais du contribuable. Epatant !

Écrit par : Malentraide | 30/04/2015

Cette campagne électorale, la première pour un poste au CA de Carouge, m'a révélé la force du clientélisme. Impressionnant, surtout à gauche.

Écrit par : Bertrand Buchs | 30/04/2015

Sans prétendre que votre analyse est entièrement fausse, je trouve que vous regardez les choses avec un éclairage orienté. Les associations ne sont-elles pas l'expression de notre société vivante? Souhaitons-nous que notre pays se limite à des individus, des entreprises et des parlements? La vie en Suisse se déroule, entre autres, sous forme de vie associative et c'est très bien comme ça.

Écrit par : Daniel Gubler | 30/04/2015

Bravo, bien dit! Qu'attendez-vous M Pascal Decaillet pour vous engager en politique active?... Votre alter ego alémanique (Roger Koppel) l'a fait et sera élu cet automne haut la main au National pour le canton de Zurich...

Écrit par : Chatelain | 30/04/2015

Bravo, bien dit! Qu'attendez-vous M Pascal Decaillet pour vous engager en politique active?... Votre alter ego alémanique (Roger Koppel) l'a fait et sera élu cet automne haut la main au National pour le canton de Zurich...

Écrit par : Chatelain | 30/04/2015

Et si, juste pour une période, on arrêtait les subventions, rien que pour payer un peu plus vite cette dette ?
Pour équilibrer le budget, remplir les caisses des fonds de pensions, etc ?

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 01/05/2015

Il serait très intéressant, qu'un jour, un journaliste s’intéresse au lien:

associations / subventions / candidats élection-élus / partis & associations politiques

Il y a quelques années, un citoyen avait commencé un travail sur le sujet.
Mais, c'est un travail beaucoup trop volumineux pour un simple citoyen.
Des journalistes d'investigation parviendraient peut-être à "éclairer" la population ou mieux, l’Électeur.
Mettre toutes les associations dans le même "panier" n'est pas très juste. Surtout, pour toutes celles qui ne demandent jamais rien à la ville et aux autres autorités.

Écrit par : Steve Roeck | 01/05/2015

Pascal Décaillet devrait s'engager en politique ? Surtout pas ! Il perdrait d'un coup sa force de frappe: une vista indépendante dans les médias romands. La politique compromet forcément celui qui s'y adonne. On peut trouver ça déplorable, c'est ainsi. (La politique est l'art du compromis.) Des confrères qui ont franchi le pas n'ont guère convaincu et après, il est très difficile, voire impossible de recréer un lien de confiance avec le public.

Écrit par : Malentraide | 02/05/2015

Les commentaires sont fermés.