25/05/2015

La jeunesse d'Espagne a parlé à l'Europe

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Sur le vif - Dimanche 25.05.15 - 16.46h

 

Pour tous ceux qui suivent la politique espagnole depuis la mort de Franco (1975), ce dimanche 25 mai 2015 marque un tournant. Tout l’après-franquisme s’est construit sur le bipartisme, entendez la rivalité de deux grandes familles politiques, les conservateurs et les socialistes. Pendant quarante ans, ils ont occupé le pouvoir, tantôt les uns, tantôt les autres, traversé les épreuves, tenté de faire avancer le pays. Mais aujourd’hui, à la faveur des élections municipales et régionales, une nouvelle carte politique de l’Espagne est en train, cet après-midi en direct, de sortir d’un révélateur, comme on le disait du temps de la photographie chimique.

 

Une nouvelle génération arrive aux affaires : elle s’appelle Podemos (gauche radicale) ou Ciudadanos (centre droit). Dans certaines régions, certaines villes, à commencer par Madrid et Barcelone, de nouveaux partis, de nouvelles tendances sont aux portes du pouvoir. Oh, les deux grands partis traditionnels sont loin de disparaître, mais désormais, ils vont devoir composer avec d’autres. En trouvant des majorités par objectifs, par exemple : c’est peut-être d’ailleurs ce que le peuple attend.

 

L’un des facteurs les plus déterminants de cette mutation de la politique espagnole, c’est la jeunesse. Voilà de longues années que, dans ce pays, la proportion de chômeurs chez les moins de 25 ans constitue un signal d’alarme. Pour les régions les plus pauvres, comme l’Andalousie, la masse des jeunes sans emploi est effrayante. Par contraste, en Espagne comme ailleurs en Europe, la génération aujourd’hui à la retraite, celle qui est née juste après la guerre, bénéficie de la répartition des richesses. C’est valable pour l’Espagne, mais ce déséquilibre devrait tout autant nous interpeller en Suisse, malgré la différence de nos systèmes économiques et sociaux.

 

Cette jeunesse n’a pas de travail, mais elle vote. Et le message d’aujourd’hui est celui d’une défiance. Podemos dans l’ensemble du pays, Indignés aux portes du pouvoir municipal à Barcelone, avec une Ada Colau qui a construit sa campagne sur la lutte contre les expulsions d’immeubles, il y a là de multiples signaux du besoin d’émergence d’une autre politique, plus concrète, plus juste, et pourquoi pas, lâchons le mot, plus fraternelle. En sachant que cette « fraternité », ça n’est plus par les grands partis traditionnels de l’après-franquisme qu’on ambitionne de l’atteindre.

 

Il est bien possible que le message de l’Espagne ait une dimension européenne. Oh, bien sûr, ce pays a son Histoire politique propre, elle lui appartient, et ne saurait se reporter sur d’autres. Mais tout de même : l’échec du libéralisme axé sur le casino financier, déjà criant dans ce pays au moment de l’éclatement de la bulle immobilière, le besoin d’une société plus juste, de richesses mieux réparties entre les générations, l’appel de la jeunesse pour qu’on ne l’oublie pas, tout cela ne peut demeurer étranger à notre perception.

 

En Espagne comme en Grèce, on est sur le continent européen, je dis « le continent » et pas l’institution de Bruxelles. En Espagne, en Grèce, et aussi dans ce petit pays du centre de l’Europe, dont la prospérité n’a rien d’éternel, et qui ne serait rien sans ses réseaux de mutualité et de solidarité. Ce petit pays s’appelle la Suisse. Il ferait bien de décoder le message du peuple espagnol. Il n’est pas certain du tout que les problèmes de nos amis ibériques soient si différents des nôtres. Juste, pour l’heure, le curseur de l'injustice sociale n'est pas placé au même endroit. Mais un curseur, ça se déplace si vite. Sans même qu’on s’en aperçoive.

 

Pascal Décaillet

 

16:46 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (5) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Vous êtes bien optimiste, Monsieur Décaillet, pour un professionnel de l'analyse politique. Les urnes ont simplement chassé des globalistes de droite pour installer au pouvoir des globalistes de gauche.

"Left-wing populist parties include immigrants and native workers in their definition of “the people."

http://america.aljazeera.com/opinions/2014/12/podemos-spain-politicspopulismeurope.html

Ce qui ne gênera en rien les intérêts des forces transnationales.
Libéraux de droite, libéraux de gauche, étiquettes différentes, même produit, même effets (sur les choses qui comptent vraiment).

Écrit par : Paul Bär | 25/05/2015

Vous me semblez trop limitatif M. Decaillet! A voir ce qui vient de se passer en Pologne également. Après la votation anglaise; dont Cameron se retrouve otage et obligé de négocier avec l'UE, on voit clairement que
l'Europe (UE) se meurt! Si en plus la Grèce fait défaut, nous allons enfin voir ce modèle mortifère pour les peuples d'Europe s'auto détruire!

Les votes italiens se profilent aussi, Renzi n'ayant pas fait grand chose cela va certainement parler aussi dans les urnes.

Enfin les Votants européens se rendent compte qu'ils ont une marge de manœuvre et qu'il faut qu'il l'utilise.
Tout cela c'est bien meilleur pour nous que les journaleux-complices (pas vous bien sûr)nous le présentent!
Le PLR peut carrément, comme le PDC, se retirer du panel politique de notre pays, puisqu'ils n'ont pas compris que LEURS intérêts devaient passer APRES ceux des Citoyens Suisses!
(Qui avaient vendus lors des votations; Schengen, le dijon de cassis, comme la panacée pour les citoyens-consommateurs, et surtout pas des problèmes majeurs comme on le constate tous, aujourd'hui?)

Écrit par : Corélande | 26/05/2015

Je suis du même avis que ma chère "Corélande", l'Union Européenne est toute proche, proche comme jamais auparavant, de cette si attendue implosion.

P.S. meilleures salutations Corélande,

Victor

Écrit par : Victor-Liviu DUMITRESCU | 26/05/2015

Et voilà, il n'a pas fallu deux jours, Podemos fera la voiture-balai pour les socialistes, un peu comme Mélanchon pour le PS en France. Fausse gauche, fausse droite, fausses oppositions.

http://www.courrierinternational.com/article/espagne-podemos-veut-deloger-la-droite-du-pouvoir

Écrit par : Paul Bär | 26/05/2015

Réjouissant d'une certaine manière de voir ces jeunes prendre le bulletin à pleine main. Réjouissant car ce sont eux qui souffrent le plus, ce sont eux qui pourtant représentent l'avenir de toutes ces nations. Oui, c'est un cri, une indignation mais elle ne suffira pas. Il s'agira par la suite d'agir, de construire et de ne pas seulement crier son indignation. Face à ces bouillonnements, l'UE apparaît dans toutes ses contradictions, incapable de donner le cap, la marche à suivre pour que le cri se transforme en espoir, puis en victoire vers un état meilleur. Plus que la rhétorique gauche-droite habituelle et sclérosante, c'est la scission entre ces nouveaux venus et les dogmes européens qu'il faudra gérer. Les forces centrifuges sont en train de mettre l'union à mal. Y résistera-t-elle ? Au-delà de la crise financière c'est l'incertitude politique qui menace l'Europe qui, faute d'avoir su grandir finira peut-être par s'effondrer sur elle-même.

Écrit par : uranus2011 | 27/05/2015

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