26/05/2015

Tous esclaves, tous Hébreux !

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Sur le vif - Lundi 26.05.15 - 16.11h

 

 

Quelqu'un pourrait-il gentiment expliquer aux huiles du DIP que le Chœur des Esclaves, dans Verdi, n'est pas - du moins à notre connaissance - composé d'esclaves professionnels, mais de choristes qui jouent les esclaves, entonnent un air d'esclaves, écrit sur une partition?

 

 

De même, il n'est pas dit que pour chanter dans le Chœur des Hébreux, l'appartenance à la religion juive soit obligatoire.

 

Ou encore, les Pèlerins qui entrent dans le Wartburg, chez Wagner, ne font pas chaque jour, entre deux représentations, le trajet de Rome à pied.

 

Je doute également que la Traviata meure vraiment chaque soir sur scène.

 

Donc, poliment leur dire que chanter une prière chez Britten, ça n'est pas encore prier.

 

Cela s'appelle une fiction. Cela s'appelle une démarche artistique. Cela s'appelle une distance. Cela s'appelle de l'art.

 

Ignorer cela, au plus haut niveau de quel Département ? Hélas, hélas, hélas : celui-là même, justement, dont on attendrait qu'il sensibilise les élèves à ce qu'est un rôle, une représentation, une mise en scène.

 

Parce que les initier à cela, c'est justement les arracher à l'enfantine cruauté d'une nature qui nous fait prendre les sorcières des films pour de vraies sorcières, les bandits pour des bandits. Riche de cette initiation, on décapitera moins l'infidèle. On brûlera moins les livres. Et peut-être, allez rêvons, on se laissera moins tétaniser par une petite clique qui, à Genève, est entrée en laïcité comme d'autres en religion.

 

Pascal Décaillet

 

16:11 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (11) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Oui. On n'est ici plus dans le politiquement correct, on est dans l'effarante désolation de l'obscurantisme.

Écrit par : Daniel Gubler | 26/05/2015

On est dans la douce et inquiétante aurea mediocritas, sorte d'état indéfini où tout le monde se doit d'être à la page, celle de la mode, celle de l'instant brute sans recul. Alors qu'un tel département se devrait de promouvoir la culture, la signification des oeuvres. Au lieu de cela on en est au raz des pâquerettes, dans l'argumentation primitive, sans recul aucun, sans même finalement donner l'impression d'avoir vu,senti la portée catastrophique d'une telle censure (car s'en est bien une !). Triste si ce n'est inquiétant.

Écrit par : uranus2011 | 26/05/2015

Suite à mon action (question urgente au DIP), on apprend ce soir, via 20 minutes :

Le DIP, lui, a tenu à préciser que «la possibilité d’exécuter cette œuvre ultérieurement n’a pas été abandonnée», peut-être en renforçant l’encadrement autour de cette opération. Il a aussi noté que si les raisons liées à la laïcité ont été déterminantes dans sa décision, la version traduite en français ne faisait pas l'unanimité sur le plan artistique et que chanter l'opéra en anglais ajoutait «une forte complexité avec des jeunes enfants».

Écrit par : Jean Romain | 26/05/2015

Réjouissant d'une certaine manière de voir ces jeunes prendre le bulletin à pleine main. Réjouissant car ce sont eux qui souffrent le plus, ce sont eux qui pourtant représentent l'avenir de toutes ces nations. Oui, c'est un cri, une indignation mais elle ne suffira pas. Il s'agira par la suite d'agir, de construire et de ne pas seulement crier son indignation. Face à ces bouillonnements, l'UE apparaît dans toutes ses contradictions, incapable de donner le cap, la marche à suivre pour que le cri se transforme en espoir, puis en victoire vers un état meilleur. Plus que la rhétorique gauche-droite habituelle et sclérosante, c'est la scission entre ces nouveaux venus et les dogmes européens qu'il faudra gérer. Les forces centrifuges sont en train de mettre l'union à mal. Y résistera-t-elle ? Au-delà de la crise financière c'est l'incertitude politique qui menace l'Europe qui, faute d'avoir su grandir finira peut-être par s'effondrer sur elle-même.

Écrit par : uranus2011 | 26/05/2015

Et dire que Madame la Conseillère d'Etat est ministre de la Culture !

Écrit par : Bertrand Buchs | 27/05/2015

Je crains que l'ignorance à laquelle vous faites référence ne se situe pas que dans les plus hautes sphères du département, mais aussi dans l'esprit décérébré de quelque obscur "juriste" dudit département.

Si cela continue, il faudra cesser de faire écouter des cantates de Bach ou le Requiem de Mozart pendant les cours de musique... On devra se contenter de l'Internationale ou des chants populaires de Mongolie intérieure, jouées par le (défunt) grand orchestre et choeur de l'armée rouge. On se réjouit.

Au secours! La stupidité revient... Mais, attendez... Je crois qu'elle n'était jamais partie.

Écrit par : Déblogueur | 27/05/2015

Les explications données par Jean Romain atténuent quelque peu l'affront que la décision prise par le DIP semble avoir faite à la culture. A moins que ces explications ne soient qu'une manière de calmer les esprits en attendant que le scandale l'éteigne de lui-même.
Car il y a bien un scandale, du moins un "mal" (pour utiliser un terme tiré de La Fontaine) qui semble s'être répandu dans notre République, et particulièrement dans le Département en question: celui de se sentir la vocations de juger du bien et du mal en politiciens laïques pour remplacer les principes hérités de la religion chrétienne et de son sentiment de charité envers les faibles.
Malheureusement, ceux qui sont considérés comme "faibles" en ce sens, sont maintenant systématiquement des minorités, parfois d'un seul individu, comme dans l'exemple que je vais donner plus bas.
Le phénomène est encore plus patent dans le cas ou ces minorités sont actives et font peur, comme dans le cas de mouvements religieux concurrents du christianisme, comme la référence au coeur des Hébreux le laisse subtilement entendre.
Quoi qu'il en soit, un exemple pris dans le champ qui relève du DIP et de ceux qui en dépendent me paraît illustrer la même peur de prendre un risque, même imaginaire, ou de léser, même une seule personne, alors qu'un peu de courage, de diplomatie et d'initiative pouvait remédier à une situation des plus banales.
L'année dernière, plusieurs classes de dernière année du Cycle d'Orientation ont vu leur voyage de fin d'études annulé à la suite d'une bagarre. Parmi elles, une classe qui devait aller visiter Pompéi et Herculanum pour illustrer un aspect de leur apprentissage du latin et de la culture romaine.
Cette année, la même visite a été annulée de nouveau, parce qu'un élève n'avait pas les papiers d'identité lui permettant de sortir de Suisse. La classe se rendra dont, à un prix avoisinant les cinq cents francs dans la belle région de Montreux, pour éviter qu'un seul élève ne se sente "discriminé".
Les bons sentiments des personnes qui ont pris la décision ne sont pas directement en cause, je doute cependant qu'ils soient indépendant d'une manière générale de concevoir ce qui est juste ou injuste, bien ou mal, qui doit beaucoup moins à un véritable sentiment de générosité poussé à l'extrême, qu'à un courant qui sacrifie l'idée d'un bien général accepté par une majorité bien disposée et passive à l'exigence (en l'occurrence probablement imaginaire) d'un ou de plusieurs individus qui le sont beaucoup moins.

Écrit par : Mère-Grand | 27/05/2015

Par curiosité, qui a pris concrètement cette décision ?
Toujours savoir "d'où" les gens parlent.

Écrit par : Paul Bär | 27/05/2015

En fait, cette affaire révèle un flagrant manque de coordination entre les degrés inférieurs des "éclairés" et les degrés supérieurs des forces de "progrès". Les degrés inférieurs ne semblent pas avoir compris que le noachisme est un des objectifs de base des degrés supérieurs. En dire plus serait compliqué.

Écrit par : Paul Bär | 27/05/2015

Monsieur "Déblogueur", peut-être faudrait-il faire une différence entre le gauchisme de salon du bout du lac et ce que peut transmettre de positif certaines manifestations identitaires, sublimino-nationales, de l'expression communiste russe...

https://www.youtube.com/watch?v=uNb54rwDQJM

... après tout, le national-communisme, si on enlève le communisme, ce n' est pas si mal. Et c'est ce qui fait que les Russes survivront en tant qu'entité collective et nous, probablement pas.

Écrit par : Paul Bär | 27/05/2015

C'est triste, mais on dirait que certaines personnes, quand elles entendent le mot "culture" sortent leur révolver pour flinguer le dip. Alors mettons les choses au point: Britten specified that the opera should be staged in churches or large halls, not in a theatre. Et pas dans une école non plus donc. A moins de transformer les écoles en églises... Ensuite à Genève il s'agissait d'embrigader des enfants de la maternelle alors que ce spectacle s'adresse à des jeunes "dès 7 ans".

http://www.theatre-imperial.com/detail-evenement.aspx?card=1784

Enfin comparer Britten à Verdi ou à Wagner... il faut oser. Et vous, tous les commentateurs si avisés, si sûrs de leur juste courroux, qui d'entre vous a lu le texte de cet "opéra".

Et je ferai remarquer que le refus d'une collaboration n'est en aucun cas une interdiction.

Et où étiez-vous tous quand la pièce de Voltaire a été effectivement interdite?


"Car il y a bien un scandale, du moins un "mal" (pour utiliser un terme tiré de La Fontaine) qui semble s'être répandu dans notre République, et particulièrement dans le Département en question: celui de se sentir la vocations de juger du bien et du mal en politiciens laïques pour remplacer les principes hérités de la religion chrétienne et de son sentiment de charité envers les faibles."

Je ne vous savais pas converti au christianisme...

Écrit par : Johann | 28/05/2015

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