11/06/2015

Ville de Genève : trop d'associations

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Sur le vif - Jeudi 11.06.15 - 16.52h

 

 

Il y a beaucoup trop « d’associations » en Ville de Genève, stipendiées par l’autorité municipale. Une véritable foison, dans tous les domaines imaginables. Tous les mois de décembre, on connaît le rituel : les permanents de ces « associations », au fond des fonctionnaires municipaux déguisés, viennent tendre leur obole auprès du délibératif de la Ville, au moment du Budget. On fait le siège des élus, on se frotte à leur compagnie, on se pique de sympathie, et finalement l’escarcelle se remplit.

 

Je n’aime pas les « associations ». Encore moins, l’esprit associatif, qui m’est toujours apparu très antinomique à celui de la République. Je le dis franchement, je n’ai jamais aimé le principe de ces montres molles, ces structures flasques qui prétendent ne rien devoir à l’autorité élue, sauf qu’elles vont tous les ans lui solliciter l’aumône. On y retrouve d’ailleurs, comme par hasard, très souvent les représentants de partis de souche libertaire, pour lesquels l’Etat, l’institution, n’a qu’une existence lointaine, et s’il pouvait n’en point avoir du tout, ce serait parfait.

 

Je n’ai jamais très bien compris, si telle activité (sociale ou culturelle, par exemple) est à ce point importante, pourquoi l’autorité (municipale, en l’espèce) ne la prend pas organiquement sous son aile, comme corps d’un ensemble, plutôt que de lui allonger chaque année prébendes ou subsides. Avec tout ce que ce petit jeu amène de pressions, de pouvoir à des roitelets, le pouvoir de la bourse, celui de délier. Et ils en rotent de jouissance, ces petits potentats municipaux, dans la Cour de l’un ou de l’autre, à la seule idée d’exercer cet arbitraire de vie ou de mort. Lequel doit être confirmé par le délibératif, d’où l’éternel petit jeu de pas perdus et de joies retrouvées.

 

Je n’aime pas les associations. J’aime l’Etat. Ou, en l’espèce, la Ville. L’autorité démocratiquement élue, qui organise son administration, rend des comptes. Avec, au final, le peuple comme souverain. Ou plutôt le corps électoral : il n’a jamais été question que toute la population vote. Je n’aime pas ces réseaux de copinage en Ville de Genève. Je n’ai jamais compris, par exemple, pourquoi les deux grands théâtres subventionnés devaient dépendre d’une nébuleuse à la représentation complexe et pléthorique.

 

Nous entrons, en Ville, dans une nouvelle législature. Avec une nouvelle majorité. Peut-être ne serait-il pas inutile que les élus se livrent cette fois, en profondeur, avant même d’attaquer le Budget 2016, à un audit un peu sérieux et professionnel de cette jungle d’associations. Ils pourraient, par aventure, y dénicher quelques doublons, inutilités, voire fictions, dont l’éventuelle disparition (au tableau des subventions) ne traumatiserait pas nécessairement l’opinion publique. Au besoin, par les mécanismes de la démocratie directe municipale, le peuple, pardon le corps électoral, pourrait à son tour empoigner ce chantier. Il n’est pas dit qu’il le fasse, lui, avec la traditionnelle onctuosité débonnaire des élus.

 

Pascal Décaillet

 

16:52 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (7) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Vous confondez les associations, celles qui ont des statuts clairs et qui ne demandent rien à l'autorité tout en vivant leur vie dans la plus grande transparence et ceux qui s'associent juste pour les subventions. Attention aux amalgames !
Je vous verrais assez bondir si d'aventure la rue affirmait avec force que tous les journalistes sont vendus au pouvoir.

Écrit par : Michel Sommer | 11/06/2015

Diantre! Quel salve! Toqueville disait des associations qu'elles étaient le ciment de la démocratie et de l'engagement civique. Que leur mode de financement puisse être à revoir, je le concède volontiers. De là à vouer aux gémonies l'engagement bénévole, souvent désintéressé, il y a un fossé que je n'oserais pas franchir...

Écrit par : Marko Bandler | 11/06/2015

Vous le dites avec une candide franchise : « Je n'ai jamais compris ». Comme l'a dit Esther Alder ce soir à votre micro, les associations sont le tissu de notre société. Un peu comme les fanfares en Valais, non ?

Écrit par : Daniel Gubler | 11/06/2015

Dans le genre "on prend les mêmes et on recommence", cette nouvelle législature se pose un peu là !* Une audit ? Bien sûr que c'est indispensable mais vous n'y songez pas: les associatifs forment une part importante de la clientèle électorale. Ils sont reçus, flattés, logés et financés par ceux-là même qui devraient étudier leur utilité réelle.

* J'ai voté blanc aux deux tours mais j'ai voté car je crois avec Winston Churchill que le régime parlementaire est le "moins mauvais des systèmes" (politiques) puisqu'il garantit au citoyen une relative liberté de mouvement et de parole. Il vaut qu'on se batte pour le défendre.

Écrit par : Malentraide | 12/06/2015

Il me semble que le problème est bien plus large. Dans le domaine culturel, il est pratiquement impossible d'exercer une activité déployée sans être une association ou une fondation - les pouvoirs publics et les institutions sont les premiers à se méfier de structures qui sont auto-financées et ne vivent pas de subventions. Dès lors, pour gérer des projets d'intérêt, il est incontournable de présenter le statut juridique d'association ou de fondation.
Ce qui tend à expliquer partie du problème que vous soulevez.

Écrit par : VG | 12/06/2015

L'Etat, que vous aimez, distingue dans la LIAF (loi sur les indemnités et les aides financières du 15.12.2005) les tâches qu'il reconnaît d'intérêt public mais qu'il ne veut/ne peut pas accomplir et qu'il préfère déléguer. L'indemnité est plus solide dans sa pérennité est ainsi plus solide dans sa pérennité :
art. 2/al.3 et 4 "les indemnités sont accordées à des bénéficiaires étrangers à l'administration cantonal afin d'assurer ou de promouvoir une tâche PRESCRITE ou DELEGUEE par le droit cantonal" tandis que "les aides financières......d'assurer ou de promouvoir une tâche que CEUX-CI ONT LIBREMENT CHOISIE" ; l'aide financière ne dépend que du bon vouloir politique et non pas du droit cantonal elle est moins solide dans la durée.
Il s'agit donc de "subventions cantonales" art. 2/al.1. La Ville pratique à peu près de la même manière...mais elle n'y est pas contrainte...libre donc à elle (le CA et/ou la nouvelle majorité de droite de faire comme il/elle entend)
P.Losio

Écrit par : pierre losio | 16/06/2015

@ VG
Votre commentaire soulève plusieurs questions et problématiques.

Je vous cite: "Il me semble que le problème est bien plus large. Dans le domaine culturel, il est pratiquement impossible d'exercer une activité déployée sans être une association ou une fondation "
Il me semble qu'exercer une activité culturelle ne requiert aucune forme d'association.
Par contre déployer une activité culturelle suppose que vous ne soyez pas seul mais une équipe. Ce qui vous manque, c'est une autorisation des officiels qui détiennent le pouvoir de la délivrer après jugement.
Une équipe qui serait active mais qui ne sollicite aucune subvention n'est pas susceptible de devoir constituer une fondation ou de se faire coiffer par une fondation, à moins que le volume de ses prestations-productions soit si important qu'il requiert du personnel et une coordination, des préparations et des exécutions, des lieux, des déplacements ou l'entretien de locaux d'accueil et de dépôt de matériel. Bref, une charge telle qui engage de lourdes responsabilités.
Une fondation est conçue pour gérer des fonds étrangers (mécénat subventions, dons, leggs et héritages) à ceux des membres mis en commun. En principe le fondateur est aussi l’octroyer du plus important des subsides.

Si j'ai bien compris, le type d'association dont vous parlez est de type "Utilité Publique". En effet, elle doit correspondre aux besoins et aux critères du pouvoir public qui cherche à sous-traiter certaines tâches culturelles et sociales qu'il n'entend pas assumer lui-même pour des raisons multiples - Dans ce cas, pour la bonne réputation du Pouvoir Public, il serait bon qu'il publie une catalogue des besoins sous-traitables et des critères bien définis pour que chacun puisse en juger de la pertinence de ses propres offres.

je cite encore:
"Les pouvoirs publics et les institutions sont les premiers à se méfier de structures qui sont auto-financées et ne vivent pas de subventions. "

Ici j'aimerais que vous développiez un peu plus ce que sous-tendent ces propos.
Je crois trouver la réponse et je l'ai défini très sommairement dans un commentaire sous Beatrix pour un autre contexte: http://voix.blog.tdg.ch/archive/2015/06/05/paris-de-l-amour-cadenasse-au-provisoire-street-art.html

En effet, les gens qui ne demandent rien sont les moins intéressants. C'est un bénéficiaire de la subvention pour son exploitation d'une salle de cinéma qui me l'a confirmé: "si on ne peut pas t'acheter avec de l'argent et une accréditation, tu n'es pas intéressant pour les politiques. Il faut fonctionner avec leur propre monnaie. Ils gouvernent, l'espace public avec tout ce qu'il y a dessus appartient à leurs pouvoirs en leasing. Ils sont les dépositaires des droits et des privilèges par leur octroi à ceux qui viennent les solliciter".
Beaucoup de candidats, peu d'élus. Les leurs avant tous les autres"... "entre au parti, je te parraine et les portes s'ouvriront peu à peu..."

Bel aveu n'est-ce pas? Tellement juste. On ne peut que le remercier pour cette franchise et cette confirmation. Le doute n'est donc plus permis. Nous sommes clients et marchandises à la fois, ils nous faut séduire et nous soumettre. Nous sommes les prostitués. Les élites ont réussi à inverser les rôles.
Dans cet exemple, on remarquera que nos élites créent la discrimination en créant deux catégories de commerçants: des protégés, ceux qu'elles subventionnent et les non protégés, ceux qui doivent s'escrimer tout seuls.

Je cite encore:
"Dès lors, pour gérer des projets d'intérêt, il est incontournable de présenter le statut juridique d'association ou de fondation."

Vous avez sans doute oublié de préciser "Intérêt Général".
Même si les projets ne sont pas d'Intérêt Général, il est plus loyal vis à vis de ses associés de rédiger un minimum de contrat de fonctionnement, mais avant tout de s'accorder sur les buts communs et faire acte d'allégeance et d'engagement pour les réaliser.

1 - Un statut est un acte de clarification. Il définit de ce qui doit être la sphère du projet: moyens, fonctionnement, politique de réalisation et de développement, en cas de discorde ou de trahison, des dispositions résolutoires pour éviter des dissensions dégénérant en conflits qui se terminent parfois devant la justice.

2 - Si le projet ne reçoit pas de fonds de tiers et qu'il n'est pas reconnu comme d'Utilité Publique (car c'est le pouvoir public qui le décrète et non pas l'auteur du projet), il n'est pas obligé de rédiger un statut. Il peut aussi reposer et fonctionner sur la seule confiance des membres. Mais par prudence, il vaut mieux définir les latitudes et les limites à l'avance.

Je ne vais pas développer une longue thèse ici, car la sériation des problématiques existentielles et des problèmes politiques donnerait lieu à une étude documentée et plus fouillée et éventuellement un power-point des statistiques pour illustrer les démonstrations. Chose que je préfère me réserver dans une démarche réglementée où l'éthique et la loyauté sont contractuelles que juridiques à défaut d'être naturelles.

Justement, ne vous vient-il pas à l'esprit qu'il ne faut pas gaspiller vos idées en les soumettant aux pseudo-membres de votre association ou à des faussaires-imposteurs qui pillent votre travail, qui vont le présenter aux autorités à votre place pour bénéficier et de conseils et du remaniement afin qu'il entre dans les critères (non divulgués) pour bénéficier de subventions et d'accréditations pour "Utilité Publique"?
Des usurpateurs, il y en a beaucoup. Ils sont né parasites, incapables d'imagination et d'efforts, veulent et calomniateurs, ils sont prêts à leurrer et à siphonner l'énergie et l'inspiration productrices de leur entourage pour se légitimer des succès. Ce sont les Roitelets dont parle Pascal. Ils deviennent par ce truchement, patrons, encadreurs, animateurs, utiles un public qui se confie et s'épanche sur ses déconvenues, ils sont bien payés et invités dans les "think-tanks" des partis pour faire un bilan de retour... ou dans des consortiums d'associations pour élaborer des stratégies de conquêtes, ces consortiums sont organisés en véritable pôle d'un certain pouvoir public exerçant pression et menace sur les autorités qui les nourrissent. Mais les élus disposent d'armes efficaces: le chantage du retrait de la concession et de l'accréditation, par exemple.

Les concours lancés par les villes et les cantons sont fait pour vous déposséder de vos génie, idées et travail d'élaboration et d'affinement de vos projets.

Le conseil que je donnerais ici, c'est:

ATTENTION AUX ASSOCIATIONS ET AUX CONCOURS.
VOUS ALLEZ ABANDONNER CE QUI VOUS A PRIS TEMPS ET ÉNERGIE: VOTRE SANTÉ

Les conditions de ces dernières le disent sans équivoque. En acceptant les conditions du concours, vous acceptez que les émetteurs du concours disposent exhaustivement de votre travail sans contre-partie dans le cas où vous ne serez pas retenu lauréat. Le recours en propriété intellectuelle devant la justice est rendu irrecevable par cet avertissement.

Ma première question est:

Les autorités des villes et des cantons, en sous-traitant les tâches sociales, culturelles et à travers elles, la sécurité (sans que cela soit avoué), achetant ainsi leur déresponsabilisation,
contrôlent-elles leurs dépenses?
Contrôlent-elles l'effectivité de la prétendue action sur le terrain?
Contrôlent-elles si les actions sont bien accomplies comme prétendues?
Contrôlent-elles la conformité des outils humains et matériels?
Contrôlent-elles les prétendues compétences et leur adéquation avec les tâches dévolues ou concédées?
Contrôlent-elles les factures?
vérifient-elles la véracité des dépenses?
Font-elles un rapport honnête au parlement?

Pourquoi les associations ne mentionnent-elles jamais le montant de leur(s) subvention(s) publique(s)?

Les commissions font-elles consciencieusement et impartialement leur travail.
Ou bien c'est le consensus de l'omerta?

Qu'en est-il du comportement moral des fondateurs-animateurs de leur(s) propres association(s) lorsqu'ils s'improvisent recruteurs-employeurs de bénévoles? indemnisés pour certains et non indemnisés pour d'autres.
Leur devoir moral vis à vis des concitoyens contribuables. Leur comportement. Leur relation au public. Qu'en est-il?


FONDATION DE DROIT PUBLIC
UN AUDIT URGEMMENT.

Les salaires pléthoriques et cumulés par une seule ou plusieurs personnes pour une seule et même fonction, ce sont des millions pour un petit Conseil d'Administration qui se soigne royalement de jetons de présence en plus des salaires, de frais de représentation, de privilèges en nature, qui se cooptent avec le renvoi d'ascenseurs, qui intimide et qui ostracise l'administrateur ou administratrice qui aspire à un peu de transparence et d'équité.

A quoi servent les administrateurs représentant la société civile et les partis politiques, censés être leurs yeux et leurs oreilles, quand ils ne peuvent même pas leur faire un compte rendu?
Pourquoi l'argent public doit-il être traités en "secret d’État" et Secret (de Fonction)?

Nocives prébendes.
Mettre un terme aux mœurs sociétales, on éviterait de gaspiller chaque année plusieurs millions de francs en corruption structurelle et institutionnelle, une corruption endémique qui sévit l'élite et les organes de la république, qui pollue la société entière.

Chevènement dit dans une interview: "les socialistes, faute de pouvoir faire du social, font dans le sociétal."
Quel blasphème commet Chevènement!

Écrit par : Beatrix | 16/06/2015

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