15/06/2015

Le Mammouth et ses gentilles petites soeurs

 

Sur le vif - Lundi 15.06.15 - 10.38h

 

Les grands vainqueurs du scrutin d'hier sont les TV régionales en Suisse romande. Non parce qu'elles vont toucher des miettes supplémentaires. Mais parce qu'enfin, pendant cette campagne, leur rôle a commencé à être reconnu. Leur rôle, dans quel domaine ? Mais précisément dans celui du service public ! Leur rôle, au coeur même de ce fleuron dont la SSR a toujours tenté de s'arroger le monopole.

 

Dans ces conditions de début (timide) de redistribution des cartes dans les années qui vont venir, insupportable est le paternalisme soudain de la SSR, parlant à ces TV régionales comme à de gentilles petites sœurs, "nous sommes du même monde", "notre combat est le même", "notre seul adversaire, ce sont les géants étrangers", "bâtissons ensemble une place médiatique suisse forte".

 

Tous ces poncifs œcuméniques mielleux, que révèlent-ils ? La soudaine faiblesse du Mammouth face à ces dérangeantes petites sœurs. Non en termes économiques, où il demeure totalement dominant. Mais au fond, dans un domaine bien plus dangereux : celui du combat d'images. Le travail acharné, le tissage quotidiennement renouvelé des TV régionales privées (Canal 9, La Télé, Léman Bleu, etc.) pour produire une information de proximité vivante, DONC JUSTEMENT DU SERVICE PUBLIC, commence doucement à porter ses fruits dans l'opinion. Il faudra encore de longues années d'un labeur chaque jour recommencé, pour affiner, améliorer, parfaire cette présence de proximité, mais quelque chose est lancé, qui pourrait aller loin.

 

Pour ma part, je me méfie comme de la peste de cette paix des braves. Cette main tendue par le puissant, l'arrogant. Je recommande absolument à mes amis des TV régionales privées de ne tomber en aucun cas dans ce piège. Dans le combat, on fait la guerre. Les petites paix séparées, en rase campagne, ne servent que le plus puissant des antagonistes. Peut-être parce qu'il a besoin de souffler. Alors, comme deux boxeurs groggys, on se reposerait quelques secondes, l'un sur les épaules de l'autre.

 

Ce modèle n'entre pas exactement dans la conception que, depuis mes plus jeunes années, je me fais du combat.

 

Pascal Décaillet

 

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