19/06/2015

Les Chemins de la Liberté

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Sur le vif - Vendredi 19.06.15 - 17.25h

 

Mais enfin, que se passe-t-il avec les textes ? Pourquoi nous obsèdent-ils tant ? Chaque année, à l’approche de l’été, je me promets de relire Kafka ou Thomas Mann, Homère, Brecht, Sophocle, Gide, Céline, Cingria, Grass, Koltès. Et des dizaines d’autres. Je les lis, ou non, j’en lis d’autres, c’est la vie, c’est la chaleur, c’est le miracle de l’été.

 

Mais d’où nous vient cet impérieux besoin de textes, et de musiques aussi ? Recommencer la vie ? Lorsque j’ai passé ma Maturité, en avril 1976, un peu avant mes dix-huit ans, ma première pulsion était d’étudier la théologie. A cause des textes. Et puis, il y eut l’autre miracle d’un autre été, d’autres voies. Mais j’y ai pensé très fort hier soir, sur mon plateau, face à Mme Elisabeth Parmentier, qui a produit sur moi (et, je l’espère, sur les téléspectateurs) une puissante impression.

 

C’est une femme de foi et de textes, luthérienne, ayant commencé par la Germanistik avant de se lancer en théologie, elle vient d’enseigner quinze ans à l’Université de Strasbourg. L’Alsace, comme on sait, a « échappé » à la loi de 1905 : allemande de 1871 à 1918, elle n’était pas concernée par la Séparation. Du coup, nous dit Mme Parmentier, la question religieuse se vit de façon beaucoup plus calme que dans les tensions (extrêmes, ces temps) de la France laïque : on la croit volontiers.

 

Surtout, la manière dont la future prof de théologie pratique (elle commence cet automne) à l’Université de Genève parle des textes, est saisissante. Elle a commencé, des années, par se tremper dans la littérature allemande (tiens, la traduction de la Bible par Luther, par exemple, premier texte allemand moderne), puis elle a étudié la théologie. Et ma foi (si j’ose dire), lorsqu’elle parle d’un texte « sacré » (précisant bien que ce dernier ne doit jamais être pris comme un fondement, intangible), elle nous emporte. Et elle nous donne envie.

 

Envie de quoi ? Mais de faire théologie ! D’aller suivre ses cours ! De se mettre à l’hébreu ! De se replonger dans le grec, cette fois dans la patristique et le néotestamentaire. Bref, se coltiner amoureusement la formation (intellectuelle, et pas nécessairement sacerdotale) d’un pasteur, ou d’un prêtre. Pour ma part, aujourd’hui, si longtemps après, je le ferais dans une perspective furieusement littéraire, abordant ces textes-là avec une passion pour la parole (avec un petit p), allez disons le logos, celui dont Jean nous dit qu’il a précédé toute chose.

 

Alors bon, si par hasard il y a, dans les lecteurs de ce texte, des jeunes (ou moins jeunes) qui ont envie de se frotter à la puissance de cette parole partagée, j’ai envie de vous inviter très fort à aller  fréquenter les cours de Mme Parmentier.

 

Pour le reste, laissons-nous surprendre par nos lectures d’été. Ou par les musiques. Ne prévoyons pas trop. Allons de l’un à l’autre, ouvrons nos âmes. Elles en ont besoin : nos métiers nous accaparent, la passion pour eux nous serre comme les petites griffes d’une petite mère, jalouse, possessive. Ouvrir un livre, c’est donner une chance à des espaces d’affranchissement. L’un des romans très forts de Jean-Paul Sartre (Gallimard, trois volumes) porte un titre qui nous y invite à merveille. C’est un très grand livre, écrit juste au sortir de la guerre : il s’appelle les Chemins de la Liberté.

 

Pascal Décaillet

 

 * Image : Thomas Mann - Buddenbrooks - Manuscrit original de la première page.

 

17:25 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Les cours de madame Parmentier à coup sûr seront bien fréquentés

On souhaiterait que ces cours, en urgence, le soient également par Musulmans ainsi qu'imams en formation.

Mais, en étudiant théologie langues et culture, Pascal Décaillet: les Révélations, en quelle langue sinon la langue même de la personne "contactée" dès lors, incontournablement, traductions de traductions... du message spirituel (EAU VIVE?) qui semble s'être avec le temps comme "figé" à tout sauf aujourd'hui?!

Écrit par : Myriam Belakovsky | 19/06/2015

C'est ce que je me suis dit en découvrant cette femme : pourquoi n'irais-je pas suivre ses cours cet automne ? Il faudrait cependant renoncer au cours d'histoire des religions.

Est-il impertinent de vous demander des suggestions de lecture pour l'été ?

Chaque année je prenais en Bretagne une belle édition d'un auteur qu'il faut avoir absolument lu avant qu'"un jour nous ne prenions un des trains qui partent". Ainsi passèrent Diderot, Montesquieu, Homère, La Fontaine, Jarry, Pascal (j'ai assez vite craqué) St Augustin...... je ne vais plus en Bretagne.....

C'est qui est rageant, je n'arrive pas à m'y résigner, c'est que le temps manquera pour lire tout ce qu'on voudrait lire.

p.losio

Écrit par : pierre losio | 19/06/2015

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