20/07/2015

Série Allemagne - No 1 - Rastenburg, 20 juillet 1944

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L'Histoire allemande en douze tableaux - Série d'été - No 1 - L'attentat contre Hitler - Ombres et lumières - Lundi 20.07.15 - 14.45h

 

Tous les 20 juillet, depuis l'adolescence, je pense évidemment à ce qui s'est passé au Quartier Général du Führer, le 20 juillet 1944. Je pense au Colonel-Comte von Stauffenberg, à ses complices dans l'opération Walkyrie, à leur échec, à l'exécution de Stauffenberg quelques heures plus tard à Berlin (1h du matin, le 21 juillet), et à l'épouvantable répression qui a suivi. Des milliers d'officiers exécutés, leurs cadavres suspendus à des crocs de bouchers : alors que l'Allemagne était en danger de mort, les Russes avançant à l'Est et un nouveau front s'étant ouvert le 6 juin à l'Ouest, la première préoccupation du régime était de tuer des officiers... allemands !



L'affaire du 20 juillet 1944 est complexe. Aujourd'hui, on considère les conjurés comme des héros. Ils le sont, assurément, si on prend la seule mesure de leur acte, le risque encouru, puis surtout leur sang versé. Mais il ne s'agit pas de se fourvoyer sur leurs intentions, ni surtout de leur prêter, face au régime nazi, une pureté de résistants qu'ils n'avaient pas. L'immense majorité de ces hommes qui tentent d'assassiner le chef suprême, en juillet 44, avaient été les premiers à le suivre dans les heures de gloire. A commencer, bien sûr, par la campagne de France, la plus fulgurante et la plus accomplie de toutes, du 10 mai au 22 juin 1940. Mais aussi, dans la percée des Balkans en mai 1941, et encore dans les premières victoires en Russie, à partir du 22 juin 1941. Jusqu'à Stalingrad. Et même, après Stalingrad. Faut-il rappeler ici les remarquables contre-attaques de von Manstein (le théoricien de génie de la campagne de France en 40), après la défaite de la Sixième Armée (Paulus), fin janvier 1943, à Stalingrad ?


Autre élément, capital : le profil idéologique de Stauffenberg. Je lui avais consacré plusieurs épisodes d'une série historique, il y a vingt ans, à la RSR, ayant rencontré des témoins directs. Le héros du 20 juillet avait longtemps soutenu Hitler. Il était un national-conservateur détestant Versailles, ayant voté Hitler contre Hindenburg à la présidentielle de 1932, et certains éléments de sa correspondance laissent poindre un homme qui, sans être certes un nazi militant, applaudit aux victoires du régime. L'asservissement des populations de l'Est, par exemple, ne semble pas créer chez lui un traumatisme irréversible. Le Colonel-Comte von Stauffenberg, mort fusillé en criant "Vive l'Allemagne sacrée !" dans la nuit du 20 au 21 juillet 1944, fait donc partie de ces nombreux hommes qui, quelque part dans l'année 1943, sans doute après Stalingrad, a commencé à se rendre compte qu'il fallait "faire quelque chose". Sans doute davantage par pragmatisme, pour la survie d'une Allemagne qu'il aimait passionnément, plutôt que par choc face aux horreurs du régime.



Cela, il faut le savoir. Nous sommes très loin, avec les gens du 20 juillet, de la Rose Blanche (j'y reviendrai) ou de la Rote Kapelle (Résistance communiste). Mais enfin, au final, son acte, Stauffenberg l'a commis. L'incroyable courage de tenter de tuer Hitler, il l'a eu. De sa vie, quelques heures après, il a payé. Cette incomparable preuve par l'acte efface et dilue, comme une vague sur la plage, toutes les légitimes réticences dûment établies par les historiens sur la "pureté" de ses intentions résistantes.



Je serai amené, d'ici quelques années, à en dire un peu plus sur ce qui me relie à cette affaire, qui m'a amené à fréquenter des témoins directs de l'opération Walkyrie. Des gens dont je fus proche. Et qui, pour leur part, avaient profondément désapprouvé l'attentat du 20 juillet. Officier comme Stauffenberg, ayant combattu en Russie, dans les chars, l'un d'entre eux, pourtant lié familialement au héros de l'attentat, me disait toujours, jusqu'à sa mort : "En temps de guerre, on ne porte pas la main contre le chef suprême".



Le courage d'avouer cette position loyaliste, qui fut, sur le moment, celle de l'écrasante majorité, il fallait aussi l'avoir, après la guerre.

 

Pascal Décaillet

 

*** L'Histoire allemande en douze tableaux, c'est une série d'été non chronologique, revenant sur douze moments forts entre la traduction de la Bible par Luther (1522-1534) et aujourd'hui.

 

*** Prochain épisode (no 2) - Berlin, 1807 : les Discours à la Nation allemande, Reden an die Deutsche Nation, de Johann Gottlieb Fichte.

 

 

 

14:45 Publié dans Sur le vif | Lien permanent | Commentaires (2) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Merci Pascal.

Écrit par : norbert maendly | 20/07/2015

Je me demande, que dirait le patriote Colonel-Comte von Stauffenberg s'il voyait l'Allemagne d'aujourd'hui, l'Allemagne "qui s'efface elle-même" (selon le titre du livre de Thilo Sarrazin) et que ferait-il s'il disposait, muni de cette connaissance, d'une machine à remonter le temps?

Quand on voit ceci...

http://www.canalfrance.info/Angela-Merkel-L-islam-appartient-a-l-Allemagne--elle-marche-avec-les-musulmans_a3197.html

... on peut effectivement se dire que Céline n'avait pas tort quand il disait que "l'homme blanc était mort à Stalingrad."

L'Europe, ces centaine de millions de morts à la guerre au cours des siècles pour finir entre les gay-prides et les défilés en burkas.

Écrit par : Paul Bär | 20/07/2015

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