24/09/2015

Campagne 2015 : que du bonheur !

 

Commentaire publié dans GHI - 23.09.15


 
Il fut un temps où le candidat se devait d’être un individu différent des autres. Il parlait d’une estrade, haranguait la foule. Il y avait une voix, il y avait un rythme, un tonus, un tempérament. Il y avait un message. Pour lui, on organisait un meeting. Il arrivait du fond de la salle, comme le célébrant d’une messe. Il dispensait la parole, maudissait, bénissait, il était lui-même le verbe, on l’écoutait.


 
Aujourd’hui, plus rien de tout cela. Que fait le candidat ? Il ne songe qu’à se fondre dans la similitude avec l’électeur. Il ne lui dit plus : « Du haut de mon autel, je te parle », mais « Je suis avec toi, comme toi, tu me touches, je te touche, nous posons sur le même selfie, j’ai ta main sur mon épaule, j’ai ta main dans ma main, je suis toi, mais n’oublie pas tout de même de voter pour moi ».


 
Alors, quoi ? Alors, le « terrain », s’il vous plaît ! Alors, Russin ! Alors, Fête des Vendanges ! Alors, kermesses, tracteurs, rudes et sains travaux des champs, enfin pour la photo. Alors, se montrer. Non face à la foule, mais au milieu d’elle. En tendre empoignade avec elle. Électeur, je suis comme toi. Je suis ton semblable, je bois dans le même verre, je trinque sous les mêmes cieux. Je souris aux mêmes femmes. Aux mêmes hommes. Je caresse les mêmes chiens.


 
Le message ? Disparu. Volatilisé, dans l’invisible fermentation de cette liturgie commune. Fini, le contenu. Fini, le discours. Aux orties, l’élévation du verbe, celui qui cisèle l’individu, sculpte la différence. Non, tous pareils. Tous au même endroit, au même moment. Tous à la même messe. Que du bonheur.


 
Pascal Décaillet

 

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Commentaires

Rien de plus juste et vrai que votre billet, hélas ! J'observe aussi que la plupart des candidat(e)s , comme mes élèves, parlent vitre, de plus en plus vite, sans articuler un son, le plus souvent pour ne rien dire !

Écrit par : jmo | 24/09/2015

Cette campagne 2015 apparaît comme neutralisée, dépourvue de contenu ou de projection. A quelques exceptions près les candidats tous ensemble racontent les mêmes fadaises, votez pour moi je suis votre défenseur. Aucune véritable question politique ou constitutionnelle n’est posée. Pour la plupart c’est une simple guerre de position d’où pas grand-chose n’émerge, aucune question de fond qui dérange, aucune idée novatrice, un ensemble mou de slogans administratifs mille fois entendus. On a pour beaucoup l’impression d’élire des gérants administratifs ou des commissaires comptables qui iront siéger dans un parlement simple chambre d’enregistrement. Il n’y a aucun souffle.

En apparence cette campagne se dessine comme une pure formalité, protégée par les médias qui ont développés de très gros moyens (la RTS a des programmes sur tous les réseaux sociaux, si nombreux que les recenser serait fastidieux, mais faute de donner la parole à ce qui dérange elle en a lissé tous les contenus jusqu’à les rendre totalement insipides et sans intérêt. A tel point qu’on peut se demander s’il ne s’agit pas d’une nouvelle stratégie d’étouffement du discours politique en Suisse). Mais cela n’est sans doute pas toute la réalité, les Suisses et Suissesses, nous le savons tous, parlent autour des tables et dans leurs cuisines, entre amis, dans les familles. Il y a cette Suisse souterraine qui parle entre elle, et qu’on appelle le peuple. Et je peux vous dire que le livre « Suisse, années 2015… Un peuple Qui Disparaît » dont aucun média ni appareil politique ne veut parler, commence à porter des échos dans le sous-sol. Je reçois des messages où des Suisses du peuple me disent merci. Les élections fédérales pourraient laisser voir un mouvement de colère, peut-être pas. Cependant la faille existante entre le peuple et les médias, entre le peuple et les partis politiques est en train de s’élargir encore. Le parlement pourrait ne pas être bouleversé, une fracture tectonique d’une ampleur sans précédent est en train de prendre forme sous ses pieds.

Écrit par : Michel Piccand | 24/09/2015

En perdant le verbe, ils sont devenus des sans-patrie.

Écrit par : Malentraide | 25/09/2015

Je partage entièrement l'analyse de Monsieur Piccand.
Les médias d'état ont remanié leurs grilles "politique" et réaménagé leurs émissions de débat de telle sorte à ce que les opposants au système (en gros, l'UDC) n'aient pas accès aux micros ou qu'ils s'expriment dans un environnement systématiquement hostile. Par exemple, l'émission de débats de 0810 sur la RTS: disparue; Infrarouge, l'affrontement bloc contre bloc: neutralisé etc...
Il faut vraiment faire péter ce monopole d'état !

Écrit par : Paul Bär | 25/09/2015

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