15/10/2015

2015 - 2019 : respecter la décision du 9 février 2014 !

 

Éditorial paru ce matin en première page du Giornale del Popolo - Jeudi 15.10.15


 
Migrations, avenir des assurances sociales, santé économique et financière du pays, conséquences du 9 février 2014, transition énergétique, tels sont quelques-uns des grands thèmes de la campagne fédérale qui s’achève. Ils seront, évidemment, ceux de la législature 2015-2019. Pour ma part, c’est ma huitième campagne nationale comme journaliste. Je dirais qu’elle s’est correctement déroulée, sans éclats, peut-être aussi, hélas, sans grand relief, car les sujets qui touchent les gens de très près, comme celui de la frontière (au Tessin comme à Genève !), des bouchons dans les rues, du logement, de l’emploi, de la formation, sont davantage cantonaux que fédéraux.
 


Au fond, même si le temps des diligences, ou celui des tout premiers trains, le temps de 1848, nous apparaît comme préhistorique, les Suisses continuent de percevoir la Berne fédérale comme lointaine. L’image reste celle d’un beau Palais, avec son austère molasse grise, sa Coupole, ses Messieurs en costumes (oui, des hommes, surtout !), ses huissiers, ses lustres, ses tapis rouges. Bref, l’officialité. Les Suisses, de Chiasso comme de Coire ou de Sion, aiment et respectent ce décorum, avec sa liturgie, ses officiants, ses rites. Plus que tout, ils aiment suivre à la télévision la réélection du Conseil fédéral, en décembre tous les quatre ans (quelques semaines après les élections législatives), n’ayant en général (mais pas en 2003, ni en 2007 !) d’autre suspense que le nombre de voix que fera chaque candidat ! Heureux pays, dont la quiétude semble émerger des aléas du monde, du tragique de l’Histoire.


 
Heureux, oui, en comparaison internationale ! L’un des plus prospères du monde. Avec une paix sociale, des institutions fortes depuis 1848, une culture politique appréciée par les citoyens, une démocratie directe qui leur donne la parole, un fédéralisme qui respecte les différences. Heureux, mais tout de même inquiet face aux grands défis qui nous attendent. Qu’il habite Lugano ou Genève, Neuchâtel ou Saint-Gall, chaque Suisse voit bien la dimension globale, au moins continentale, des vagues de migrations qui déferlent sur l’Europe. Assurément, la gestion de ces flux sera l’un des enjeux de la législature 2015-2019.


 
D’autant que nous avons à mettre en application une décision du peuple et des cantons : le oui du 9 février 2014 (et le Tessin en sait quelque chose !) à l’initiative contre l’immigration de masse. Tant que le Conseil fédéral n’aura pas expliqué comment il entend mettre en application le verdict souverain du corps électoral, nous serons dans le flou, dans l’incertitude, dans l’impasse. Impérativement, dans les mois qui viennent, le gouvernement doit donner une réponse à cette question capitale. Dans cette réponse, il commettrait une faute politique majeure, s’il devait donner l’impression de contourner une volonté populaire clairement exprimée. Ou encore, de sous-estimer la souffrance sociale de cantons-frontières, comme le Tessin ou Genève.
 


Et puis, il y a les assurances sociales, principalement l’avenir de nos retraites, la question de leur financement. Le paquet Berset est mal parti : à force de vouloir jeter des ponts, ménager la chèvre et le chou, il apparaît comme un bric-à-brac de compromis, on élève d’un an l’âge de la retraites des femmes, on baisse le taux de conversion du deuxième pilier, on compense avec de meilleures rentes AVS, bref on donne l’impression de naviguer à vue. En 1947, notre pays a inventé l’AVS, c’est une étape majeure de notre Histoire nationale, la génération de l’immédiate après-guerre a su nous forger un outil social capable de traverser les décennies. Aujourd’hui, il appartient au politique de relever le défi du vieillissement de la population avec une nouvelle donne, oui un « New Deal » qui ressemble à autre chose qu’à un rafistolage. Il le faudra bien, car la question démographique est centrale dans l’avenir de notre pays.


 
Les autres chantiers, on les connaît : transports routiers et ferroviaires, deuxième tube au Gothard, prise de congé du nucléaire en ayant l’assurance de l’efficacité d’énergies renouvelables, soutien sans faille à nos agriculteurs, optimisation de la qualité de nos produits, encouragement à respecter l’environnement, la qualité de vie animale, autrement que dans des batteries. Enfin, demeurer souverains dans notre politique de sécurité, qui passe évidemment par d’autres outils, en 2015-2019, que seulement par des chars et des canons. Les enjeux ne manquent pas. Puisse la législature à venir nous dessiner une Suisse vivante, fière de ses valeurs, notamment sa culture politique, ouverte au monde. A mes amis tessinois comme à tous mes compatriotes, je dis surtout : n’oubliez pas d’aller voter !

 

Pascal Décaillet

 

09:54 Publié dans Editos Giornale del Popolo | Lien permanent | Commentaires (4) | |  Imprimer |  Facebook | |

Commentaires

Sauf que...
Plus aucune décision d'envergure ne peut se prendre au niveau national seul.
Le monde est devenu village et tout s'accélère.
Si la crise migratoire annonce un premier réveil, les accords commerciaux qui favorisent la fuite en avant du capitalisme financier risquent bien de secouer profondément les citoyens du monde.
A force d'encourager les rentes et les rendements du capital au sens large, le 99% finira bien par se soulever pour remettre les pendules à l'heure. Dans la douleur.

Écrit par : Pierre Jenni | 15/10/2015

Quand on voit l'attitude des politiciens dans votre émission sur les 'Élections fédérales 2015' a propos de la votation du 9 février, on ne peut que être pessimiste. Les politiciens considèrent que le peuple n'a rien compris et qu'il faut revoter. Je n'ai pas eu le courage de regarder l'émission jusqu'au bout, car les quelques interventions que j'ai regardé m'ont dégoûtées. Sébastian Desfayes, président du PDC genevois nous affirme que le peuple devra revoter en toute connaissance de cause. Est-ce que pendant la campagne les adversaires de l'initiative n'ont pas eu le temps ni la possibilité de défendre leur point de vue ? Alors que tous les médias n'arrêtaient de nous inonder jour et nuit de prédictions apocalyptiques si l'initiative était acceptée. Ensuite entendre Alexandre de Senarclens, président du PLR genevois, nous affirmer que le peuple s'est tiré une balle dans le pied, et que Genève était un exemple dans la lutte anti-dumping, alors que les travailleurs peuvent constater tous les jours la détérioration du marché du travail. Non seulement tout les travailleurs subissent une pression sur les salaires, mais il devient très difficile de trouver un travail, car les patrons engagent de plus en plus en priorité des jeunes frontaliers. Tous ces politiciens affichent un mépris scandaleux envers une majorité de la population qui souffre de plus en plus.

Écrit par : Philippe | 15/10/2015

"soutien sans faille à nos agriculteurs"
A choisir je préfère un soutien sans faille à notre industrie. C'est bien la prospérité de l'économie qui permet un soutien financier aux agriculteurs.

J'ai bien compris que dans votre lyrisme vous ne pouviez pas oublier les paysans, symbole d'une Suisse légendaire.

Nous sommes dans une période de grand changement, avec une multitude de défis.
Je souhaite que les partis politiques travaillent ensemble sans populisme de droite comme de gauche, que ce soit au niveau fédéral, cantonal et communal. Moins de politique, moins de posture idéologique, plus de bon sens.
Le citoyen que je suis en a assez de combats stérile.
Les défis ne seront pas surmonté avec des gens de mauvaise foi qui ont pour logique enfantine de dire le contraire des autres, de chercher la petite bête alors qu'il y a des sujets importants en plan.

Beznau 1 qui ne va probablement jamais redémarrer, est un clin d'œil du destin pour nous lancer sur le thème de la transition énergétique. J'espère que ce sera un point fort de cette législature. C'est un thème majeur pour notre futur.

Écrit par : Glob | 15/10/2015

"C'est un thème majeur pour notre futur." La souveraineté alimentaire qui viendra 4 fois dans les urnes et qui va certainement nous refaire le coup du 9.2.2014 avec l'UE!
Bien évidemment cela met en première ligne nos Agriculteurs, car il faudra bien faire barrage à l'accord transatlantique. Celui-là me parait bien le plus grand défi que nous devrons aborder ...tout...tout prochainement!

Quand on voit les résultats catastrophiques du "Cassis de Dijon", l'augmentation des importations de mauvaise qualités; autant alimentaires que salariales, nous en arriverons à rejeter les bilatérales et comme une voiture qui a fait un tonneau, nous pourrons enfin retomber sur nos roues!

Pour cela il faut juste espérer que notre nouveau parlement soit épuré de tous ces parasites qui ne veulent que nous faire adhérer à l'UE contre la volonté du peuple.
Que les nouveaux se prennent vraiment pour les élus du peuple, donc à son service, et les vaches seront bien gardées.

Écrit par : Corélande | 15/10/2015

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